Jugement étranger, sentence arbitrale, décision de l'Union · saisie des comptes, des immeubles et des créances

Avocat exequatur à Paris : faire exécuter la décision étrangère sur les biens situés en France.

Une condamnation obtenue à l'étranger ne permet aucune exécution forcée en France tant qu'elle n'y est pas devenue un titre exécutoire. Le travail commence donc par l'inventaire des biens saisissables du débiteur, comptes bancaires, immeubles, créances ou actifs d'un État, puis par le choix de la voie : exequatur, exécution directe d'une décision de l'Union accompagnée de son certificat, ou mesure conservatoire dans l'attente du titre.

Le délai d'exécution forcée de dix ans court à compter de la décision d'exequatur, et le débiteur informé de la procédure peut déplacer ses avoirs. Conservez la décision étrangère, ses actes de signification et tout indice sur la localisation de ses biens en France.

Exequatur et exécution · Paris

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Envoyez la décision ou la sentence étrangère, sa traduction si elle existe, les preuves de signification et ce que vous savez des biens du débiteur en France : le cabinet examine le titre à obtenir et les saisies possibles.

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Cabinet Kohen Avocats, Paris 17

Exequatur et saisies : du titre étranger aux biens saisis

Maître Reda Kohen, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KohenAvocat au Barreau de Paris

Droit international des affaires · Paris 17e

Ce que fait un avocat exequatur à Paris

  • Barreau de Paris
  • Droit international des affaires
  • Exécution des décisions étrangères

Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris, peut intervenir pour le créancier qui détient un jugement, une ordonnance ou une sentence arbitrale rendue hors de France et veut l'exécuter sur des biens situés en France.

L'exequatur n'est qu'un moyen. Ce qui compte pour le créancier, c'est la saisie qui suit : le compte bancaire tenu par un établissement présent en France, l'immeuble inscrit au fichier immobilier, la créance détenue par un client français ou l'actif d'un État étranger qui n'est pas couvert par l'immunité.

Le cabinet examine d'abord le régime applicable à la décision, droit commun, règlement de l'Union, convention bilatérale ou Convention de Lugano, puis le titre exécutoire à obtenir, les mesures conservatoires possibles dès maintenant et les obstacles propres à chaque catégorie de biens.

Transmettez ce que vous avez, même incomplet : le cabinet hiérarchise et complète avec vous en urgence au 06 46 60 58 22.

Fiche officielle sur l'annuaire des avocats de France (CNB)Cabinet au 11 rue Margueritte, 75017 Paris

Un titre exécutoire au sens français

Le jugement étranger devient un titre exécutoire lorsqu'il est déclaré exécutoire par une décision non susceptible d'un recours suspensif, sous réserve du droit de l'Union (article L. 111-3 du code des procédures civiles d'exécution).

Une saisie qui peut précéder l'exequatur

La mesure conservatoire suppose une créance paraissant fondée en son principe et une menace sur son recouvrement. Une décision étrangère peut fonder cette apparence avant même l'exequatur.

Des biens plus ou moins saisissables

Un compte doit être tenu par un tiers établi en France. Les biens d'un État étranger exigent une autorisation préalable du juge et, pour les comptes diplomatiques, une renonciation expresse et spéciale.

Les règles

Exécuter une décision étrangère : les règles qui commandent la saisie

Quatre règles déterminent ce que le créancier peut saisir, quand et sur quel fondement.

  1. Les jugements étrangers ne sont exécutoires en France que dans les cas et selon les modalités prévus par la loi (article 509 du code de procédure civile). La demande relève du tribunal judiciaire statuant à juge unique, qui connaît aussi de l'exequatur des sentences arbitrales françaises ou étrangères (article R. 212-8 du code de l'organisation judiciaire). Pour une décision rendue en Suisse sous la Convention de Lugano, la requête est en revanche présentée au directeur de greffe du tribunal judiciaire (article 509-2 du code de procédure civile). Une fois l'exequatur accordé par une décision sans recours suspensif, le jugement étranger entre dans la liste des titres exécutoires (article L. 111-3, 2°, du code des procédures civiles d'exécution).
  2. Le titre ne suffit pas : il doit constater une créance liquide et exigible pour permettre l'exécution forcée sur les biens du débiteur (article L. 111-2 du code des procédures civiles d'exécution). La Cour de cassation applique cette exigence à une décision luxembourgeoise et casse l'arrêt qui validait des saisies, car ce jugement, « qui ne constatait pas une créance liquide et exigible à son encontre, ne pouvait fonder une mesure d'exécution forcée sur ses biens » (Cass. 2e civ., 2 décembre 2021, n° 20-14.092). La solution est défavorable au créancier saisissant.
  3. L'exécution forcée du jugement étranger déclaré exécutoire est limitée dans le temps. La Cour de cassation juge que « l'exécution forcée du jugement étranger déclaré exécutoire en France ne peut être poursuivie que pendant le délai prévu à l'article L. 111-4 du code des procédures civiles d'exécution, lequel court à compter de la décision d'exequatur » (Cass. 1re civ., 26 novembre 2025, n° 23-21.764). Ce délai est de dix ans, sauf prescription plus longue de la créance (article L. 111-4 du code des procédures civiles d'exécution).
  4. Avant tout titre, le créancier dont la créance paraît fondée en son principe peut demander une saisie conservatoire ou une sûreté judiciaire s'il justifie de circonstances qui menacent le recouvrement (article L. 511-1 du code des procédures civiles d'exécution). Aucune autorisation préalable n'est requise lorsqu'il se prévaut d'une décision de justice qui n'a pas encore force exécutoire (article L. 511-2 du même code), sous réserve des régimes spéciaux, comme l'autorisation préalable exigée pour les biens d'un État étranger. Pour une décision rendue dans un État membre et exécutoire, l'autorisation de procéder aux mesures conservatoires résulte du règlement lui-même (article 40 du règlement (UE) n° 1215/2012).

L'exequatur et la saisie sont deux procédures distinctes, devant deux juges différents. Le juge de l'exequatur contrôle la régularité internationale de la décision ; le juge de l'exécution tranche les difficultés relatives au titre et les contestations nées de la saisie.

Vos pièces

Les pièces à réunir selon la décision que vous détenez

Le dossier se construit autour de deux questions : la décision est-elle exécutoire là où elle a été rendue, et où se trouvent les biens du débiteur en France.

Situation A

Décision rendue hors de l'Union européenne

  • Expédition ou copie certifiée de la décision et, le cas échéant, de l'arrêt d'appel, avec leur traduction
  • Preuve que la décision est exécutoire dans l'État d'origine et règle de prescription des jugements de cet État
  • Actes introductifs d'instance, convocations et significations adressés au débiteur pendant la procédure étrangère
  • Décompte de la créance en principal, intérêts et frais, avec le taux appliqué par le juge étranger

Situation B

Décision d'un État membre ou sentence arbitrale

  • Copie authentique de la décision et certificat délivré par la juridiction d'origine sur le formulaire prévu par le règlement
  • Pour une sentence, l'original ou une copie authentique de la sentence et de la convention d'arbitrage
  • Éléments sur les biens visés : banques et succursales en France, immeubles, créances détenues par des clients français
  • Si le débiteur est un État ou une entité publique, les actes de renonciation à l'immunité et l'affectation des biens

Ne signalez pas au débiteur l'intention de saisir ses biens en France avant d'avoir arrêté la stratégie conservatoire : une saisie de comptes n'a d'utilité que si les fonds s'y trouvent encore.

Le cabinet traite aussi :

  • Recouvrement de créances
  • Contentieux commercial
  • Contrat international
  • Arbitrage

La méthode

Comment le cabinet conduit l'exécution en France

Partir des biens du débiteur, choisir le titre adapté, puis saisir dans l'ordre utile.

Étape 1

Lire la décision et son régime

Le cabinet vérifie l'État d'origine, la date d'introduction de l'instance, le caractère exécutoire de la décision et l'instrument applicable : droit commun, règlement de l'Union, Convention de Lugano ou convention bilatérale.

Étape 2

Cartographier les biens saisissables

Comptes tenus par des établissements établis en France, immeubles, parts sociales, créances sur des clients ou des locataires : chaque catégorie suit sa propre procédure et ses propres limites.

Étape 3

Conserver avant d'exécuter

Lorsque le recouvrement est menacé, une saisie conservatoire ou une hypothèque judiciaire provisoire peut être pratiquée avant l'exequatur, à charge d'engager ensuite la procédure d'obtention du titre dans le délai imposé.

Étape 4

Obtenir le titre et saisir

Le cabinet prépare la demande d'exequatur ou fait signifier le certificat européen, puis convertit les mesures conservatoires et engage la saisie-attribution ou la saisie immobilière, sous le contrôle du juge de l'exécution.

Un jugement étranger ancien n'est pas forcément perdu : l'action en exequatur d'un jugement n'est soumise à aucune prescription, mais la loi de l'État d'origine peut l'avoir privé de sa force exécutoire. La prescription d'une demande d'exequatur de sentence arbitrale s'examine à part.

Le calendrier

La chronologie d'une exécution en France

De la décision étrangère à la distribution des sommes saisies.

  1. Décision étrangère

    Dès son prononcé. Obtenez une copie authentique, la preuve de sa signification et une attestation de son caractère exécutoire dans l'État d'origine.

  2. Recherche des biens

    Identifiez les comptes, immeubles et créances du débiteur en France, ainsi que leur titulaire exact et l'établissement qui les détient.

  3. Mesure conservatoire

    Si le recouvrement est menacé, pratiquez une saisie conservatoire ou une sûreté judiciaire, puis engagez dans le mois la procédure d'obtention du titre.

  4. Exequatur ou certificat

    Hors Union, saisissez le tribunal judiciaire, ou son directeur de greffe pour une décision suisse ; pour une décision relevant du règlement Bruxelles I bis, notifiez ou signifiez le certificat, avec la décision si elle ne l'a pas été, avant la première mesure d'exécution forcée.

  5. Exécution forcée

    Le délai de dix ans court à compter de la décision d'exequatur. Les mesures conservatoires sont converties et les saisies définitives engagées.

  6. Contestations

    Le débiteur peut saisir le juge de l'exécution, demander la mainlevée ou, dans l'Union, le refus d'exécution pour l'un des motifs prévus par le règlement.

Les vérifications

Ce que le cabinet contrôle avant de saisir

Une saisie annulée coûte au créancier des frais, du temps et parfois des dommages-intérêts.

  • Force exécutoire dans l'État d'origine : décision définitive ou seulement exécutoire, prescription locale des jugements, recours encore ouverts.
  • Régime applicable : date d'introduction de l'instance, État d'origine, matière civile ou commerciale, convention internationale éventuelle.
  • Contenu du titre : créance liquide et exigible, débiteur désigné par la décision, intérêts et frais chiffrables.
  • Localisation des biens : tiers saisi établi en France, immeuble identifié, bien d'un État affecté ou non à une mission de service public.
  • Calendrier : délai d'un mois après une mesure conservatoire, délai de dix ans après l'exequatur, signification du certificat européen avant la première mesure d'exécution forcée, hors mesures conservatoires.

Synthèse

Décision, biens, voie d'exécution

Les situations fréquentes et la première décision à prendre.

Situation

Jugement d'un État tiers, débiteur titulaire de comptes en France

Preuve décisive : Décision, preuve de son caractère exécutoire, significations, identité de la banque et de son établissement en France.

Délai : Agir avant que l'information sur la procédure ne conduise au déplacement des fonds.

Action utile : Saisie conservatoire des comptes, puis exequatur et conversion en saisie-attribution.

Situation

Décision d'un État membre relevant de Bruxelles I bis, action intentée depuis le 10 janvier 2015

Preuve décisive : Copie authentique de la décision, exécutoire dans l'État d'origine, et certificat de la juridiction d'origine.

Délai : Le certificat est notifié ou signifié, avec la décision si elle ne l'a pas été, avant la première mesure d'exécution forcée ; les mesures conservatoires en sont dispensées.

Action utile : Exécution directe sans déclaration de force exécutoire, sous réserve d'une demande de refus du débiteur.

Situation

Décision rendue en Suisse

Preuve décisive : Décision et certificat prévu par la Convention de Lugano établissant qu'elle est exécutoire.

Délai : La déclaration constatant la force exécutoire peut être demandée sans attendre l'issue des recours.

Action utile : Requête au directeur de greffe du tribunal judiciaire en déclaration constatant la force exécutoire, puis saisies.

Situation

Débiteur propriétaire d'un immeuble en France

Preuve décisive : Relevé du fichier immobilier, titre de propriété, décision étrangère et décompte.

Délai : La publicité définitive doit être faite dans les deux mois du jour où la décision d'exequatur est passée en force de chose jugée.

Action utile : Hypothèque judiciaire provisoire, exequatur, puis inscription définitive ou saisie immobilière.

Situation

Sentence arbitrale rendue à l'étranger

Preuve décisive : Sentence et convention d'arbitrage en original ou copie authentique, traduction si nécessaire.

Délai : La procédure d'exequatur n'est pas contradictoire ; la décision qui l'accorde reste exposée aux recours.

Action utile : Ordonnance d'exequatur du tribunal judiciaire de Paris, puis saisies sur les actifs identifiés.

Situation

Débiteur qui est un État étranger

Preuve décisive : Acte de renonciation à l'immunité, affectation des biens visés, lien avec l'entité condamnée.

Délai : Aucune mesure sans autorisation préalable du juge par ordonnance sur requête.

Action utile : Requête au juge, ciblage des biens à usage commercial, exclusion des comptes de mission diplomatique sans renonciation spéciale.

Questions fréquentes

Vos questions : exequatur

Quels biens du débiteur peut-on saisir en France une fois l'exequatur obtenu ?

Le jugement étranger déclaré exécutoire par une décision sans recours suspensif devient un titre exécutoire au sens de l'article L. 111-3 du code des procédures civiles d'exécution. Il ouvre alors les mêmes saisies qu'un jugement français, à condition de constater une créance liquide et exigible (article L. 111-2). Les sommes détenues par un tiers, comptes bancaires, loyers dus par un locataire ou factures dues par un client, se saisissent par la saisie-attribution de l'article L. 211-1. Un immeuble situé en France peut faire l'objet d'une saisie immobilière dans les conditions de l'article L. 311-2. Les parts sociales, les valeurs mobilières et les véhicules suivent leurs propres procédures. Le choix dépend de ce que le débiteur détient réellement en France et de la rapidité avec laquelle il peut déplacer ses avoirs. C'est pourquoi le cabinet commence par la recherche des biens et ne prépare la demande d'exequatur qu'en fonction de la saisie qu'elle doit permettre. Le juge de l'exécution reste compétent pour les difficultés relatives au titre et pour les contestations élevées pendant la saisie (article L. 213-6 du code de l'organisation judiciaire).

Peut-on pratiquer une saisie conservatoire avant d'avoir obtenu l'exequatur ?

Oui, dans les conditions de l'article L. 511-1 du code des procédures civiles d'exécution : une créance qui paraît fondée en son principe et des circonstances susceptibles d'en menacer le recouvrement. L'article L. 511-2 dispense d'autorisation préalable le créancier qui se prévaut d'une décision de justice n'ayant pas encore force exécutoire. La cour d'appel de Paris en a déduit qu'un créancier albanais n'avait pas besoin de l'exequatur pour pratiquer ses saisies conservatoires, et que le refus d'exequatur intervenu ensuite « n'affecte en effet que le caractère exécutoire en France de ces décisions, non pas l'existence d'une créance paraissant fondée en son principe » (CA Paris, pôle 1 ch. 10, 17 mai 2023, n° 22/11816). Les saisies ont été maintenues. Il s'agit d'une décision de cour d'appel, non d'un arrêt de principe de la Cour de cassation. La menace sur le recouvrement doit être établie par des éléments concrets, et la même cour rappelle que la seule contestation de la créance par le débiteur ne suffit pas à la caractériser. Après la saisie, le créancier sans titre exécutoire doit engager dans le mois la procédure d'obtention du titre, à peine de caducité (article R. 511-7).

Combien de temps dispose-t-on pour exécuter un jugement étranger déclaré exécutoire ?

L'article L. 111-4 du code des procédures civiles d'exécution limite à dix ans l'exécution des titres exécutoires mentionnés aux 1° à 3° de l'article L. 111-3, sauf si l'action en recouvrement de la créance se prescrit par un délai plus long. Le jugement étranger revêtu de l'exequatur relève du 2°. Dans un litige portant sur une condamnation marocaine assortie d'intérêts courant depuis 1990, la Cour de cassation a précisé le point de départ de ce délai : l'exécution forcée « ne peut être poursuivie que pendant le délai prévu à l'article L. 111-4 du code des procédures civiles d'exécution, lequel court à compter de la décision d'exequatur » (Cass. 1re civ., 26 novembre 2025, n° 23-21.764). Le pourvoi du débiteur, qui invoquait le montant atteint par les intérêts et une atteinte à la sécurité juridique, a été rejeté. Pour le créancier, la décision d'exequatur ouvre donc une fenêtre de dix ans. Il doit en tenir compte dans le calendrier des saisies, surtout lorsque le débiteur organise ses actifs entre plusieurs pays.

Un jugement étranger ancien peut-il encore recevoir l'exequatur ?

L'action en exequatur elle-même ne se prescrit pas. La Cour de cassation l'a jugé à propos d'un acte de défaut de biens délivré en Suisse, en énonçant que « l'action en exequatur elle-même n'est soumise à aucune prescription » (Cass. 1re civ., 11 janvier 2023, n° 21-21.168). Le même arrêt distingue deux autres règles : la prescription de l'État d'origine peut affecter le caractère exécutoire du jugement et donc l'intérêt à agir du demandeur, tandis que celle de l'État requis peut affecter l'exécution forcée en France. La Cour a confirmé cette lecture en 2025, en jugeant que lorsque la loi de l'État d'origine prévoit une prescription des jugements, « celle-ci affecte le caractère exécutoire de la décision » et rend l'action irrecevable à l'expiration du délai (Cass. 1re civ., 26 novembre 2025, n° 23-21.764). Dans cette affaire, le droit marocain permettait l'exécution pendant trente ans, et l'exequatur a été maintenu. Avant d'agir sur une décision ancienne, le cabinet vérifie donc la règle de prescription des jugements dans le pays où elle a été rendue.

Faut-il un exequatur pour un jugement rendu dans un autre État de l'Union ?

Non pour les décisions entrant dans le règlement (UE) n° 1215/2012, dit Bruxelles I bis, applicable aux actions intentées à compter du 10 janvier 2015 (article 66 du règlement). La décision exécutoire dans l'État membre d'origine s'exécute en France sans déclaration de force exécutoire, selon l'article 39 du même règlement. Le créancier communique à l'autorité chargée de l'exécution une copie authentique de la décision et le certificat délivré par la juridiction d'origine (articles 42 et 53). Ce certificat est notifié ou signifié au débiteur avant la première mesure d'exécution, accompagné de la décision si elle ne l'a pas déjà été, sauf pour les mesures conservatoires prises en vertu de l'article 40 (article 43). L'exécution suit ensuite le droit français. La Cour de cassation en tire une limite concrète : le jugement d'un autre État membre doit répondre « aux mêmes critères que ceux appliqués, en droit interne, pour déterminer si une décision rendue par une juridiction nationale permet au créancier d'en poursuivre l'exécution forcée sur les biens de son débiteur » (Cass. 2e civ., 2 décembre 2021, n° 20-14.092). Dans cette affaire, les saisies fondées sur un jugement luxembourgeois ont été remises en cause. Le débiteur garde la faculté de demander le refus d'exécution pour l'un des motifs du règlement (article 46).

Quel tribunal accorde l'exequatur et que contrôle-t-il ?

Le tribunal judiciaire, statuant à juge unique, connaît des demandes en reconnaissance et en exequatur des décisions judiciaires et actes publics étrangers, ainsi que des sentences arbitrales (article R. 212-8 du code de l'organisation judiciaire), sauf pour les requêtes que l'article 509-2 du code de procédure civile confie au directeur de greffe, comme celles fondées sur la Convention de Lugano. Hors Union et hors convention, l'article 509 du code de procédure civile renvoie à un contrôle de régularité internationale construit par la jurisprudence : le juge étranger devait être indirectement compétent, sa décision ne doit heurter l'ordre public international ni sur le fond ni dans la procédure, et aucune fraude ne doit l'entacher. Le juge français ne refait pas le procès. Il vérifie la procédure suivie à l'étranger et le contenu de la décision. Dans l'affaire marocaine jugée en 2025, la Cour de cassation précise que ce contrôle porte sur la procédure ayant conduit au jugement et sur son contenu, non sur les conditions de la demande d'exequatur (Cass. 1re civ., 26 novembre 2025, n° 23-21.764). Le montant élevé des intérêts, résultat mécanique du retard du débiteur, n'a pas été jugé contraire à l'ordre public international. Le cabinet prépare la demande en documentant chacun de ces points, car l'exequatur conditionne toutes les saisies définitives.

Le juge peut-il refuser l'exequatur au motif que le juge étranger n'était pas compétent ?

Il le peut, mais lorsque la règle française n'attribue pas une compétence exclusive aux tribunaux français, il doit vérifier s'il existe un lien caractérisé entre le litige et le pays du juge saisi et si le choix de cette juridiction n'a pas été frauduleux, sans rechercher quel pays présentait le lien le plus étroit. La Cour de cassation a cassé un arrêt de la cour d'appel de Paris qui refusait l'exequatur de décisions de la Haute Cour de Singapour rendues au profit d'une société singapourienne bénéficiaire de lettres de crédit émises par une banque irakienne. La cour d'appel avait statué « par des motifs propres à justifier des liens plus étroits du litige avec l'Etat d'Irak mais impropres à justifier l'absence de lien caractérisé avec Singapour » (Cass. 1re civ., 5 novembre 2025, n° 24-14.154). La demanderesse y était immatriculée, y résidait et était bénéficiaire des paiements. L'affaire a été renvoyée devant la cour d'appel de Paris autrement composée. La Cour a aussi relevé que la cour d'appel avait ignoré les dernières conclusions déposées avant la clôture. Pour le créancier, cet arrêt montre l'utilité de documenter précisément les rattachements du litige avec le juge étranger, au besoin par des conclusions complémentaires.

Le juge de l'exequatur peut-il ordonner lui-même des mesures sur les biens du débiteur ?

Non. Sa mission se limite à déclarer la décision étrangère exécutoire après en avoir vérifié la régularité internationale. La troisième chambre civile l'a jugé dans un litige où une banque australienne avait pris en 2012 une hypothèque judiciaire provisoire sur un immeuble situé en Dordogne, puis demandé l'exequatur : « Il n'entre pas dans les pouvoirs du juge saisi d'une demande d'exequatur d'une décision étrangère d'ordonner la conversion en publicité définitive d'une inscription provisoire précédemment prise pour conserver la créance » (Cass. 3e civ., 12 mars 2026, n° 23-20.666). La Cour a cassé sans renvoi et rejeté la demande de conversion. La solution est défavorable au créancier dans cette procédure. L'arrêt n'ordonne pas la mainlevée de l'inscription provisoire, mais sa consolidation suppose les formalités ordinaires auprès du service de la publicité foncière. La publicité définitive doit être faite dans les deux mois du jour où la décision d'exequatur est passée en force de chose jugée (article R. 533-4, 3°, du code des procédures civiles d'exécution). Le créancier doit donc articuler l'exequatur, l'inscription définitive et, le cas échéant, la saisie immobilière, chacune devant l'autorité compétente.

Peut-on saisir en France un compte ouvert dans une succursale étrangère d'une banque ?

La saisie-attribution de l'article L. 211-1 du code des procédures civiles d'exécution exerce une contrainte sur le tiers saisi, en principe la banque. La Cour de cassation en déduit qu'en raison de la territorialité des procédures d'exécution, elle « ne peut produire effet que si le tiers saisi est établi en France » (Cass. 2e civ., 10 décembre 2020, n° 19-10.801). Elle précise qu'« Est établi en France le tiers saisi, personne morale, qui soit y a son siège social, soit y dispose d'une entité ayant le pouvoir de s'acquitter du paiement d'une créance du débiteur saisi à son encontre ». Dans cette affaire, les comptes du débiteur étaient ouverts dans la succursale new-yorkaise d'une banque dont le siège était à Londres, et aucune ne l'était dans la succursale française visée. La mainlevée a été confirmée, solution défavorable au créancier. Avant de saisir, le cabinet identifie donc l'établissement qui tient réellement le compte et sa capacité à payer depuis la France, plutôt que la seule présence d'une enseigne à Paris.

Comment saisir les biens d'un État étranger condamné ?

Aucune mesure conservatoire ou d'exécution forcée ne peut viser un bien appartenant à un État étranger sans autorisation préalable du juge, donnée par ordonnance sur requête (article L. 111-1-1 du code des procédures civiles d'exécution). Le juge ne l'accorde que si l'État a consenti à la mesure, a affecté le bien à la demande, ou si le bien est utilisé autrement qu'à des fins de service public non commerciales et se rattache à l'entité condamnée (article L. 111-1-2). Pour les biens des missions diplomatiques, une renonciation expresse et spéciale est exigée (article L. 111-1-3). La Cour de cassation a ainsi confirmé la mainlevée de saisies sur les comptes de l'ambassade du Congo, présumés affectés à la mission, en rappelant que cette présomption « cède devant la preuve contraire qui, pouvant être rapportée par tous moyens, n'est pas rendue impossible aux créanciers » (Cass. 1re civ., 3 février 2021, n° 19-10.669), preuve qui faisait défaut. Elle a en revanche jugé que « la renonciation expresse à l'immunité d'exécution suffit pour que les biens d'un Etat, quels qu'ils soient, puissent faire l'objet d'une mesure d'exécution », hors biens de la mission diplomatique, et validé la saisie d'un aéronef affecté à la présidence de la République du Congo (Cass. 1re civ., 13 mars 2024, n° 21-17.599).

Un jugement suisse encore susceptible de recours peut-il être exécuté en France ?

Les décisions rendues en Suisse relèvent de la Convention de Lugano du 30 octobre 2007, qui maintient une déclaration constatant la force exécutoire. Selon la Cour de cassation, cette déclaration est délivrée lorsque le demandeur produit le certificat prévu par la Convention, sous réserve des motifs de refus qu'elle énumère. Dans une affaire où une juridiction pénale suisse avait condamné une ancienne salariée à indemniser deux sociétés, la Cour a d'abord admis que les condamnations civiles prononcées par un juge répressif entrent dans le champ de la Convention. Elle a ensuite jugé que la cour d'appel n'avait pas à rechercher si la décision était définitive, dès lors que « la Convention n'exige pas que la décision étrangère soit devenue irrévocable » (Cass. 1re civ., 27 novembre 2024, n° 23-13.795). Le pourvoi de la débitrice a été rejeté. Le sommaire publié de cet arrêt oppose cette règle au droit international privé commun, qui requiert un jugement étranger définitif et exécutoire. Un recours pendant en Suisse n'empêche donc pas, en principe, de solliciter la force exécutoire en France, ce qui permet d'avancer sur les saisies sans attendre.

Une pension fixée par un juge étranger après une séparation peut-elle être recouvrée en France ?

Oui, et les mesures conservatoires peuvent précéder l'issue définitive de l'exequatur. La cour d'appel de Colmar a examiné une ordonnance d'un tribunal des affaires familiales de l'Ontario condamnant un père à verser des arriérés de pension pour l'enfant, une pension compensatoire forfaitaire et des frais. Le tribunal judiciaire de Colmar avait accordé l'exequatur, et le débiteur en avait fait appel. La cour retient que la créance reste suffisamment fondée en son principe malgré cet appel, et que la menace sur son recouvrement est établie, notamment « du fait de la nécessité de procéder à l'étranger à des actes d'exécution, rendus nécessairement plus complexes » (CA Colmar, ch. 3 A, 19 octobre 2026, n° 25/04394). Elle relève aussi le refus d'exécuter et l'attitude opaque du débiteur devant le juge canadien. Les saisies conservatoires ont été maintenues. La cour juge le montant suffisamment établi par la décision canadienne pour fonder une mesure conservatoire, malgré les griefs tirés d'erreurs de décompte, et relève que les paiements allégués ne sont pas démontrés. La solution reste une décision d'espèce d'une cour d'appel. Elle montre l'intérêt de conserver les décomptes et les pièces de la procédure étrangère pour défendre les saisies.

Que risque le créancier qui saisit sur la foi d'une décision étrangère contestée ?

Le juge peut donner mainlevée de la mesure conservatoire si les conditions de l'article L. 511-1 ne sont pas réunies, même lorsqu'aucune autorisation préalable n'était requise (article L. 512-1 du code des procédures civiles d'exécution). Le créancier peut alors être condamné à réparer le préjudice causé par la mesure (article L. 512-2). La cour d'appel de Paris l'a jugé contre une société bailleresse qui avait saisi les comptes de Garuda France, sa locataire directe, dont les obligations étaient garanties par la société mère Garuda Indonesia. Un plan de restructuration homologué à Djakarta avait éteint le droit d'action des créanciers contre la compagnie et ses filiales. La cour retient que ce jugement, non revêtu de l'exequatur, « n'en constitue pas moins un fait juridique remettant en cause l'existence même de la créance » (CA Paris, pôle 1 ch. 10, 22 février 2024, n° 23/07441). La mainlevée a été confirmée et le saisissant condamné à 20 000 euros de dommages-intérêts pour le blocage des fonds. Cette décision défavorable au créancier montre qu'une décision étrangère peut jouer contre lui avant tout exequatur. Le cabinet vérifie donc les procédures collectives ou les transactions ouvertes à l'étranger avant de conseiller une saisie.

Un tiers peut-il remettre en cause l'exequatur d'une sentence arbitrale rendue à l'étranger ?

Pour une sentence rendue à l'étranger, l'exequatur est accordé par ordonnance du tribunal judiciaire de Paris, au terme d'une procédure non contradictoire, selon l'article 1516 du code de procédure civile, dont une rédaction voisine entrera en vigueur le 1er janvier 2027. La décision qui statue sur l'exequatur d'une sentence rendue à l'étranger est susceptible d'appel. Un tiers lésé dispose d'une autre voie. Dans un litige où des sociétés koweïtienne et égyptienne avaient obtenu l'exequatur d'une sentence rendue contre des autorités libyennes, la Banque centrale de Libye avait formé tierce opposition contre l'arrêt accordant l'exequatur. La Cour de cassation juge que cette tierce opposition est « une voie de recours de droit commun à l'encontre, non de la sentence arbitrale, mais de la seule décision d'exequatur de la sentence rendue à l'étranger » (Cass. 1re civ., 26 mai 2021, n° 19-23.996). L'arrêt d'irrecevabilité a été cassé. Pour le créancier, la solution est défavorable : l'exequatur obtenu peut être contesté par un tiers dont les biens sont visés. La saisie doit donc être préparée en anticipant cette contestation, notamment lorsque les actifs appartiennent à une entité distincte du débiteur nommé dans la sentence.

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