Compte gelé, retrait refusé, clôture, plateforme en faillite : particuliers face à une plateforme
Avocat crypto à Paris : retrait bloqué, compte gelé, actifs à récupérer.
Une plateforme suspend votre compte, retient un retrait, demande sans fin des justificatifs ou annonce sa fermeture. La première question est de savoir qui conserve réellement vos actifs, et sur quel fondement il les retient. La réponse décide de la réclamation, du juge à saisir et de la mesure à demander.
Avant tout échange, faites constater le solde, l'historique et les messages de la plateforme, puis conservez les conditions générales acceptées à l'ouverture du compte. Un écran modifié ou un compte fermé efface souvent la preuve.
Crypto · retrait et blocage · Paris
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Envoyez les captures du compte, l'historique des opérations, les messages du support, les demandes de justificatifs et les conditions générales : le cabinet identifie le conservateur, le motif plausible du blocage et la voie de restitution.
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première lecture
juridique
Cabinet Kohen Avocats, Paris 17
Compte crypto bloqué : ce que le juge regarde d'abord
Crypto et fintech · Paris 17e
Ce que fait un avocat crypto à Paris
- Barreau de Paris
- Crypto-actifs
- Litiges avec une plateforme
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris, intervient pour les particuliers dont les crypto-actifs ou les euros sont retenus par une plateforme, un service d'accès bancaire ou un prestataire en difficulté.
Le dossier commence par la chaîne des contrats. Beaucoup d'utilisateurs achètent depuis une application qui transmet seulement les ordres, alors que les actifs sont conservés par une autre société. Le juge des référés de Pontoise a ainsi refusé d'ordonner à l'intermédiaire le transfert de bitcoins, en relevant que « la société N26 BANK SE n’a pas le pouvoir de procéder au transfert des bitcoins sollicités » (TJ Pontoise, réf., 9 janvier 2026, n° 25/00726).
Le cabinet recherche ensuite le motif réel de la retenue : contrôle d'identité, opposition de Tracfin, gel administratif, saisie, difficulté de trésorerie ou simple défaillance du support. Chaque hypothèse appelle une démarche différente, de la réclamation écrite au référé, de la mesure d'instruction à la déclaration de créance.
Transmettez ce que vous avez, même incomplet : le cabinet hiérarchise et complète avec vous en urgence au 06 46 60 58 22.
Fiche officielle sur l'annuaire des avocats de France (CNB)Cabinet au 11 rue Margueritte, 75017 Paris
Le bon défendeur
Le conservateur des actifs, l'intermédiaire qui transmet les ordres et la banque qui reçoit les euros n'ont pas les mêmes obligations. Une action mal dirigée échoue, même lorsque le blocage est réel.
La preuve du solde
Relevé des positions, constat d'écran, historique daté et adresses de portefeuille établissent ce que la plateforme détient pour vous au jour de la demande.
Le motif du blocage
Un contrôle d'identité, une opposition administrative ou une saisie ne se traitent pas comme une rétention sans cause. Le cabinet distingue ces situations avant toute assignation.
Les règles
Retrait refusé, compte gelé : les règles applicables
Cinq règles encadrent la retenue d'actifs par une plateforme et la manière de les récupérer.
- Le prestataire agréé qui conserve des crypto-actifs pour ses clients tient un registre des positions ouvert au nom de chacun, fournit un relevé au moins tous les trois mois et à la demande, et met en place des procédures pour les restituer le plus rapidement possible (article 75, § 2, § 5 et § 6, du règlement (UE) 2023/1114, dit MiCA). Lorsque la plateforme ne répond plus, le juge des référés peut ordonner l'exécution : celui de Nice a jugé qu'il y avait lieu de « condamner la société THE ROCK TRADING SRL à débloquer son compte », sous astreinte, la société n'ayant pas comparu (TJ Nice, réf., 11 février 2025, n° 24/01467).
- La retenue peut avoir une cause légale. Le prestataire qui ne parvient pas à identifier son client ou à vérifier les éléments fournis n'exécute aucune opération et met fin à la relation (article L. 561-8 du code monétaire et financier, renvoyant à l'article L. 561-5). Tracfin peut aussi s'opposer à une opération déclarée, qui est alors reportée de dix jours ouvrables, délai que le président du tribunal judiciaire de Paris peut proroger (article L. 561-24).
- Ces obligations ne profitent pas directement au client. La Cour de cassation juge que l'obligation de vigilance imposée aux organismes financiers « a pour seule finalité la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme », de sorte qu'un client ne peut en invoquer la méconnaissance pour obtenir des dommages-intérêts (Cass. com., 4 mars 2026, n° 24-19.588). La décision est défavorable aux victimes et oblige à fonder la demande ailleurs.
- Une retenue expliquée peut devenir fautive par le silence. Le juge des référés de Paris, saisi contre une banque qui avait bloqué un compte par crainte d'un abus de faiblesse, a admis que ce refus pouvait se comprendre, mais a retenu que « le fait qu’elle n’ait apporté aucune explication tant à M. [U] qu’à son conseil est fautif », puis a ordonné la restitution (TJ Paris, réf., 1er août 2025, n° 25/54874). La solution concerne un dépôt bancaire, régi par l'article 1944 du code civil ; sa transposition à un conservateur de crypto-actifs reste à discuter selon le contrat.
- Le consommateur domicilié en France conserve en principe l'accès au juge français. Contre un professionnel établi hors de l'Union, la Cour de cassation juge qu'il « ne peut être privé, par une clause attributive désignant une juridiction étrangère, du droit de saisir les juridictions françaises » (Cass. 1re civ., 7 octobre 2026, n° 25-14.323). Encore faut-il être consommateur : la cour d'appel de Toulouse a écarté cette qualité pour un investisseur dont elle a relevé qu'il « exerce de façon habituelle des activités professionnelles à caractère international en lien avec divers modes et supports d'investissements », puis a constaté l'incompétence du tribunal judiciaire saisi (CA Toulouse, 3e ch., 25 juin 2025, n° 24/02146).
Une réclamation qui reproche à la plateforme ses contrôles d'identité a peu de chances d'aboutir. Celle qui démontre que les justificatifs ont été fournis, que le solde est établi et que la retenue n'est plus expliquée change le rapport de force.
Vos pièces
Ce qu'il faut réunir selon votre situation
Le juge statue sur des pièces datées. Ce qui n'a pas été conservé au moment du blocage se reconstitue mal ensuite.
Situation A
Votre compte est gelé ou votre retrait refusé
- Captures datées du solde, des positions et du message de blocage, idéalement constatées par un commissaire de justice
- Historique complet des dépôts, achats, ventes et demandes de retrait, avec les identifiants de transaction
- Échanges avec le support, demandes de justificatifs et preuves de leur envoi
- Conditions générales acceptées, relevés de positions et identité exacte de la société cocontractante
Situation B
Vos actifs ont quitté votre compte
- Adresses de portefeuille de départ et d'arrivée, hachages des transactions et heures d'exécution
- Récépissé de plainte et, le cas échéant, rapport d'analyse de la blockchain avec sa méthode
- Relevés bancaires montrant le parcours des euros avant leur conversion
- Tout message de la plateforme destinataire ou de l'émetteur du jeton concerné
Ne fermez pas vous-même le compte, ne réinstallez pas l'application et ne changez pas d'adresse électronique avant d'avoir sauvegardé l'historique : l'accès en lecture seule est parfois la dernière fenêtre sur le solde.
Le cabinet traite aussi :
- Plateforme en liquidation
- Escroquerie aux faux placements
- Fraude bancaire
- Compétence contre une plateforme étrangère
La méthode
Comment le cabinet vous accompagne
Identifier qui retient les actifs, comprendre pourquoi, puis choisir la mesure qui les fait revenir.
Étape 1
Cartographier les contrats et les actifs
Le cabinet relit les conditions générales, identifie la société qui conserve les crypto-actifs, celle qui tient les euros et celle qui transmet les ordres, puis rapproche ces éléments des relevés produits.
Étape 2
Qualifier le blocage
Contrôle d'identité inachevé, demande sur l'origine des fonds, opposition administrative, gel, saisie pénale, difficulté de trésorerie ou fermeture annoncée : chaque cause dicte les pièces utiles et le délai raisonnable.
Étape 3
Réclamer par écrit et chiffrer
La réclamation fixe le solde, rappelle les justificatifs fournis, demande le motif et la date de restitution, et prépare la saisine du médiateur auquel le consommateur a droit, lorsque le litige entre dans sa compétence.
Étape 4
Saisir le juge
Selon l'évidence de l'obligation, le cabinet prépare un référé en restitution ou en provision, une mesure d'instruction, une action au fond en responsabilité ou une déclaration de créance si une procédure collective est ouverte.
La rapidité compte, mais la précision davantage : un référé dirigé contre le seul intermédiaire, ou appuyé sur un rapport d'analyse imprécis, peut aboutir à un rejet et à une condamnation aux frais.
Le calendrier
La chronologie d'un retrait bloqué
Du premier message de blocage à la restitution ou à la décision du juge.
Blocage constaté
Le jour même. Captures du solde, des positions et du message affiché ; export de l'historique et des relevés disponibles.
Demande de justificatifs
Réponse complète et datée aux demandes d'identité ou d'origine des fonds, avec preuve de l'envoi par le canal prévu au contrat.
Réclamation écrite
Courrier au service des réclamations du prestataire agréé, auprès duquel la réclamation est gratuite et qui doit rendre une décision motivée dans les deux mois de sa réception, sauf circonstances exceptionnelles.
Médiation éventuelle
Saisine d'un médiateur de la consommation ou du médiateur de l'AMF lorsque le litige entre dans sa compétence.
Mise en demeure
Rappel du solde, des pièces fournies et du fondement de la restitution, avec un délai précis.
Juge
Référé, mesure d'instruction ou action au fond, devant la juridiction compétente au regard du domicile et de la qualité de consommateur.
Les vérifications
Ce que le cabinet contrôle avant d'agir
Cinq points décident de la voie à suivre et du défendeur à viser.
- Identité du conservateur : société qui détient les crypto-actifs ou leurs moyens d'accès, distincte ou non de l'application utilisée.
- Statut du prestataire : présence sur la liste des prestataires autorisés publiée par l'AMF, État d'agrément et éventuelle radiation.
- Motif de la retenue : justificatif manquant, opposition, gel, saisie, procédure collective ou absence de toute explication.
- Qualité de consommateur et domicile au jour de l'assignation, qui commandent le juge compétent.
- Preuve du solde et du parcours des fonds : relevés, constats, hachages et rapports d'analyse, chacun avec sa date.
Synthèse
Situation, preuve, réponse
Les configurations fréquentes et la première priorité de chacune.
Situation
Retrait en attente après une demande de justificatifs
Preuve décisive : Copie des pièces envoyées, accusés de réception et réponses du support.
Délai : Répondre complètement et rapidement ; relancer par écrit si le silence se prolonge.
Action utile : Réclamation écrite, puis mise en demeure rappelant les pièces fournies et demandant une date de restitution.
Situation
Compte gelé sans aucune explication
Preuve décisive : Constat du blocage, solde, historique et échanges restés sans réponse.
Délai : Agir dès que la retenue n'est plus justifiée par une démarche en cours.
Action utile : Référé en exécution ou en provision si l'obligation de restituer n'est pas sérieusement contestable.
Situation
Achat via l'application d'une banque ou d'un intermédiaire
Preuve décisive : Conditions générales du service d'accès et de la plateforme qui conserve les actifs.
Délai : Identifier le conservateur avant d'assigner.
Action utile : Diriger la demande de transfert contre le conservateur ; viser l'intermédiaire pour ses propres manquements.
Situation
Plateforme placée en procédure collective en France
Preuve décisive : Jugement d'ouverture, publication, relevé des positions et identité du mandataire. Une simple fermeture sans jugement relève de la réclamation, et une procédure étrangère de son propre droit.
Délai : Déclarer la créance dans le délai fixé et, si ses conditions sont réunies, exercer la revendication dans les trois mois de la publication, puis saisir le juge-commissaire dans le délai prévu.
Action utile : Déclaration de créance, demande de restitution des actifs séparés et suivi auprès du liquidateur.
Situation
Actifs détournés vers un portefeuille tiers
Preuve décisive : Plainte, hachages, rapport d'analyse précis reliant vos fonds à l'adresse visée.
Délai : Avant que les fonds ne soient de nouveau déplacés.
Action utile : Mesure d'instruction pour identifier le titulaire et suspendre l'accès, puis action contre le responsable.
Situation
Plateforme étrangère invoquant une clause de juridiction
Preuve décisive : Domicile au jour de l'assignation, finalité personnelle de l'opération, État d'établissement de la plateforme, site et langue de l'offre.
Délai : Justifier la compétence du juge français dès l'acte de saisine.
Action utile : Vérifier le régime de compétence, qui diffère selon que la plateforme est établie dans l'Union ou hors de l'Union, puis saisir le juge français compétent et écarter la clause si ce régime le permet.
Questions fréquentes
Vos questions : compte crypto bloqué
Pourquoi une plateforme crypto bloque-t-elle un retrait ?
Les causes sont plus variées qu'il n'y paraît. Une cause habituelle tient aux contrôles imposés par la lutte contre le blanchiment. Avant d'entrer en relation, l'organisme assujetti identifie son client et vérifie ces éléments sur présentation d'un document probant (article L. 561-5 du code monétaire et financier). S'il n'y parvient pas, il n'exécute aucune opération et met fin à la relation (article L. 561-8). Les prestataires autorisés au titre de l'article 59 de MiCA figurent parmi les assujettis visés par l'article L. 561-2 du même code.
D'autres causes échappent au prestataire. Tracfin peut s'opposer à une opération signalée (article L. 561-24), et les personnes tenues par une mesure de gel l'appliquent sans délai (article L. 562-4). Une saisie pénale peut aussi frapper les actifs. Enfin, le blocage révèle parfois une difficulté de trésorerie : à Nice, la plateforme avait elle-même annoncé l'interruption de son fonctionnement en raison de difficultés de liquidités (TJ Nice, réf., 11 février 2025, n° 24/01467). Le cabinet recherche d'abord laquelle de ces situations est en cause, car elle détermine la démarche utile et le délai raisonnable d'attente.
La plateforme peut-elle refuser de m'expliquer le motif du blocage ?
Parfois, oui. Une déclaration de soupçon adressée à Tracfin est confidentielle : le prestataire ne peut en révéler au client ni l'existence, ni le contenu, ni les suites (article L. 561-18 du code monétaire et financier). Lorsque Tracfin a, en outre, notifié son opposition à l'opération, la loi interdit à la personne chargée de l'opération de porter à la connaissance de quiconque les informations qui en proviennent, sous peine des sanctions prévues par le même code (article L. 561-24 du code monétaire et financier). Le silence du support ne prouve donc pas, à lui seul, une faute.
Ce secret ne couvre pas tout. Une plateforme qui exige des justificatifs doit dire lesquels et permettre de les transmettre. Le prestataire agréé publie une procédure de réclamation, fournit un modèle standard et communique le résultat de l'examen dans un délai raisonnable (article 71 du règlement MiCA). Sa décision répond à tous les points soulevés, est motivée et intervient au plus tard deux mois après la réception de la réclamation, sauf circonstances exceptionnelles dont il doit alors exposer les raisons en indiquant la date de sa décision (article 6 du règlement délégué (UE) 2025/294).
Le juge sanctionne aussi l'information trompeuse. À Pontoise, la banque qui donnait accès à un service crypto a été condamnée à une provision de 3 000 euros pour avoir présenté le blocage comme le sien, ce qui avait laissé le client « dans l’incertitude sur la nature et l’origine du blocage de son compte » (TJ Pontoise, réf., 9 janvier 2026, n° 25/00726). Le cabinet vérifie ce qui a été dit, par qui et à quelle date, avant de qualifier le silence de fautif.
Combien de temps une plateforme peut-elle garder mes cryptos bloquées ?
Aucun texte ne fixe une durée unique valable pour toutes les situations. Le règlement MiCA impose au conservateur agréé des procédures permettant de restituer les crypto-actifs ou leurs moyens d'accès le plus rapidement possible (article 75, § 6, du règlement (UE) 2023/1114), sans fixer de délai chiffré.
Certaines causes ont leur propre calendrier. L'opposition de Tracfin reporte l'opération de dix jours ouvrables à compter du jour d'émission de la notification adressée au prestataire, sauf prorogation ou séquestre ordonnés par le président du tribunal judiciaire de Paris (article L. 561-24 du code monétaire et financier). Un gel national décidé par les ministres de l'économie et de l'intérieur vaut pour six mois, renouvelables (article L. 562-2 du même code) ; une saisie pénale dépend de la décision du juge qui l'a ordonnée.
Hors de ces hypothèses, la durée se juge au regard de la diligence du client et des explications données. Dans l'affaire de Nice, le compte était bloqué depuis février 2023 malgré une mise en demeure d'octobre 2023 ; le juge a ordonné le déblocage sous astreinte de 180 euros par jour (TJ Nice, réf., 11 février 2025, n° 24/01467). Le cabinet date chaque étape pour démontrer, le moment venu, que la retenue n'est plus expliquée.
Contre qui agir quand j'ai acheté des cryptos depuis l'application de ma banque ?
Il faut lire les deux contrats. Certaines banques et applications offrent un service d'accès qui transmet les ordres, tandis qu'une autre société exécute les achats et conserve les actifs. À Pontoise, le juge a constaté que la banque n'avait pas le pouvoir de transférer les bitcoins, conservés par la plateforme partenaire, et a refusé d'ordonner le transfert contre elle (TJ Pontoise, réf., 9 janvier 2026, n° 25/00726).
Le même juge a retenu une faute distincte de la banque, qui avait présenté le blocage comme un contrôle de routine de sa part sans jamais nommer la plateforme partenaire, et lui a imposé une provision de 3 000 euros pour préjudice moral. La demande de préjudice matériel a été rejetée, les raisons du blocage étant sérieusement contestées.
La leçon est pratique. La demande de restitution vise la société qui conserve les actifs, identifiée dans les conditions générales et dans le registre des positions que tient tout conservateur agréé (article 75, § 2, du règlement MiCA). L'intermédiaire répond de ses propres manquements, notamment d'information. Le cabinet met en cause, si nécessaire, les deux sociétés dans la même procédure afin d'éviter un second procès.
Le juge des référés peut-il ordonner le déblocage de mon compte crypto ?
Oui, lorsque l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Le juge des référés peut alors accorder une provision ou ordonner l'exécution de l'obligation, même s'il s'agit d'une obligation de faire ; il peut aussi prescrire les mesures conservatoires qu'impose un dommage imminent ou un trouble manifestement illicite (article 835 du code de procédure civile).
Le juge des référés de Nice a ainsi condamné une plateforme à débloquer le compte d'un utilisateur et à lui communiquer les informations relatives à ses données personnelles, sous astreinte de 180 euros par jour pendant trois mois. Le dossier comportait un constat de commissaire de justice, la capture du solde, le contrat traduit et une mise en demeure restée sans effet. La plateforme n'avait ni comparu ni opposé de moyen (TJ Nice, réf., 11 février 2025, n° 24/01467).
Une contestation sérieuse fait obstacle à la provision et à l'exécution forcée de l'obligation : motif légal plausible, défendeur mal choisi, preuve fragile du solde. Elle n'exclut pas, en revanche, les mesures conservatoires justifiées par un dommage imminent ou un trouble manifestement illicite. Le cabinet évalue ces risques avant de choisir entre le référé et l'action au fond, qui permet un débat complet sur la responsabilité et le préjudice.
Quelles preuves réunir avant d'écrire à la plateforme ?
Le solde d'abord. Une capture datée montrant les positions, la valeur affichée et le message de blocage vaut davantage si un commissaire de justice la constate. À Nice, le constat relevait que le site indiquait qu'« il est possible d’accéder à son compte en mode lecture seule pour consulter le solde et la liste des mouvements », et reproduisait l'état du portefeuille (TJ Nice, réf., 11 février 2025, n° 24/01467).
Ensuite, l'historique : dépôts, achats, ventes, demandes de retrait, avec leurs identifiants et leurs dates. Le conservateur agréé fournit un relevé des positions au moins tous les trois mois et à la demande du client, précisant les crypto-actifs, leur solde, leur valeur et les transferts de la période (article 75, § 5, du règlement MiCA). Demandez-le par écrit.
Enfin, le contrat et les échanges : conditions générales acceptées, identité de la société cocontractante, demandes de justificatifs, pièces envoyées et réponses du support. Le cabinet assemble ces éléments en une chronologie qui servira à la réclamation, à la médiation et, s'il le faut, au juge.
La plateforme a fermé mon compte : comment récupérer le solde ?
La fermeture du compte n'éteint pas l'obligation de restituer. Le conservateur agréé tient un registre des positions et met en place des procédures pour rendre les actifs ou leurs moyens d'accès le plus rapidement possible (article 75, § 2 et § 6, du règlement MiCA). Pour les euros détenus en dépôt, le dépositaire remet la chose dès qu'elle est réclamée, sauf saisie ou opposition entre ses mains (article 1944 du code civil).
Le juge des référés de Paris rappelle que « les établissements bancaires dépositaires sont tenus, sauf exception, de restituer les fonds déposés par leur client, à première demande », et a condamné une banque à clôturer les comptes, à restituer le solde et à verser une provision de 4 000 euros (TJ Paris, réf., 1er août 2025, n° 25/54874). Il s'agissait d'un compte bancaire ; l'analogie avec un compte de crypto-actifs dépend du contrat et de la qualification de la conservation.
Lorsque la fermeture suit un contrôle d'identité inabouti, la loi impose au prestataire de mettre fin à la relation ; elle ne règle pas, à elle seule, le sort des avoirs, qui relève du contrat et de l'obligation de restitution. Le cabinet demande la restitution vers un compte ou une adresse au nom du client, en fournissant les justificatifs qui permettent au prestataire de l'exécuter.
Mes cryptos sont parties vers un portefeuille inconnu : peut-on faire geler ce portefeuille ?
Parfois. Une mesure d'instruction peut être ordonnée avant tout procès s'il existe un motif légitime de conserver ou d'établir la preuve de faits dont dépend la solution d'un litige (article 145 du code de procédure civile). Le juge des référés de Lyon a ainsi ordonné à une plateforme de communiquer les informations permettant d'identifier les titulaires d'un portefeuille, ainsi que « la suspension temporaire de l’accès aux services proposés par la plateforme », sous astreinte (TJ Lyon, réf., 5 mai 2025, n° 25/00183). La victime avait porté plainte et produit une analyse localisant une partie des fonds sur cette adresse.
La démarche peut aussi échouer. Le juge des Sables-d'Olonne a refusé le blocage de portefeuilles demandé contre l'émetteur d'un jeton, relevant que « la demanderesse n’aboutit pas à justifier suffisamment le lien entre son compte Wallet Coinbase et les Poches de Liquidités dont elle demande le blocage », et que ces demandes « pourraient conduire à créer une situation de blocage pour les autres titulaires des cryptomonnaies » (TJ Les Sables-d'Olonne, réf., 28 avril 2026, n° 26/00001). Cette décision défavorable montre l'exigence de précision du rapport d'analyse et de proportion de la mesure demandée.
La plateforme est installée à l'étranger : le tribunal français peut-il juger mon litige ?
Souvent, mais la réponse dépend de votre qualité et de votre domicile. Contre un professionnel établi hors de l'Union, le consommateur domicilié en France à la date de l'assignation ne peut être privé, par une clause désignant une juridiction étrangère, du droit de saisir le juge français (Cass. 1re civ., 7 octobre 2026, n° 25-14.323). La qualité de consommateur doit être établie.
La notion d'activité dirigée vers la France reste exigeante. La Cour de cassation a approuvé une cour d'appel qui avait jugé que « la simple accessibilité du site internet du commerçant dans l'État membre sur le territoire duquel le consommateur est domicilié était insuffisante », avant de casser l'arrêt sur un autre fondement et de déclarer le tribunal français compétent, le client étant domicilié en France (Cass. 1re civ., 17 juin 2026, n° 24-21.528).
La protection disparaît pour l'investisseur professionnel. À Toulouse, la cour a jugé qu'un client ayant investi dans le cadre de ses activités « ne peut se voir reconnaître la qualité de consommateur », a constaté l'incompétence du tribunal judiciaire de Toulouse, saisi malgré une clause désignant les tribunaux estoniens, et a infirmé l'ordonnance obtenue (CA Toulouse, 3e ch., 25 juin 2025, n° 24/02146). Une fois la compétence internationale acquise, le consommateur peut saisir le tribunal du lieu où il demeurait lors de la conclusion du contrat (article R. 631-3 du code de la consommation).
Puis-je reprocher à la plateforme de ne pas m'avoir mis en garde avant un transfert ?
C'est rarement fructueux. Le tribunal judiciaire de Privas a jugé qu'une plateforme intervenue « uniquement en tant que plateforme technique d'échange et de conservation de cryptoactifs » n'était tenue d'aucune obligation d'information, de conseil ou de mise en garde sur l'opportunité des investissements réalisés auprès de tiers, et a débouté la cliente (TJ Privas, 1re ch., 17 mars 2026, n° 25/02750).
Le même jugement retient que « le transfert de cryptoactifs vers un portefeuille externe constitue l'activité usuelle et la fonction même d'une plateforme d'échange » (même jugement). Sur le terrain du devoir de vigilance dans l'exécution de transferts voulus par la cliente, le tribunal exige une anomalie apparente, par exemple une adresse ou une plateforme destinataire signalée publiquement au jour des opérations ; la demanderesse n'en apportait pas la preuve. D'autres fondements restent distincts, comme la responsabilité du conservateur pour la perte d'actifs résultant d'un incident qui lui est imputable (article 75, § 8, du règlement MiCA). Cette décision est défavorable aux clients.
La voie anti-blanchiment est également fermée. La Cour de cassation juge que l'obligation de vigilance imposée aux organismes financiers poursuit la seule lutte contre le blanchiment et ne fonde pas une demande de dommages-intérêts de la victime (Cass. com., 4 mars 2026, n° 24-19.588). Le cabinet recherche donc une anomalie apparente précise, un manquement contractuel identifié ou une faute propre de la plateforme, plutôt qu'un reproche général de passivité.
Que faire si la plateforme est placée en liquidation judiciaire ?
Il faut agir dans les délais de la procédure. À partir de la publication du jugement, les créanciers déclarent leurs créances au mandataire judiciaire dans les délais fixés par décret (article L. 622-24 du code de commerce). La revendication d'un meuble ne peut être exercée que dans les trois mois suivant la publication du jugement d'ouverture (article L. 624-9).
Le droit européen protège les actifs conservés par un prestataire agréé : ils sont juridiquement séparés de son patrimoine et ses créanciers ne peuvent faire valoir aucun droit sur eux, en particulier en cas d'insolvabilité (article 75, § 7, du règlement MiCA). Il reste à vérifier le statut du conservateur au regard de MiCA et l'identification des actifs qui vous reviennent, ce que permettent le relevé des positions et l'inventaire.
Les procédures surviennent parfois brutalement. Le tribunal de commerce d'Antibes a ouvert directement la liquidation d'un opérateur de paiement en crypto-monnaie après la radiation de son enregistrement par l'AMF, en relevant que le redressement était manifestement impossible (T. com. Antibes, 28 juillet 2026, n° 2026F00565). Le cabinet prépare la déclaration, examine la revendication des actifs identifiables et suit les répartitions.
Faut-il saisir un médiateur avant le juge ?
Ce n'est pas toujours obligatoire, mais c'est souvent utile. Tout consommateur a le droit de recourir gratuitement à un médiateur de la consommation, et le professionnel doit lui garantir l'accès effectif à un tel dispositif (article L. 612-1 du code de la consommation). Les conditions générales désignent en principe le médiateur compétent.
Le médiateur de l'AMF reçoit les réclamations qui entrent dans la compétence de l'Autorité, laquelle délivre l'agrément des prestataires de services sur crypto-actifs (article L. 54-10-7 du code monétaire et financier). Sa saisine suspend la prescription de l'action civile, qui recommence à courir pour au moins six mois lorsque la médiation prend fin (article L. 621-19).
La médiation ne convient pas à toutes les situations. Lorsque la plateforme ne répond plus, annonce sa fermeture ou laisse craindre la disparition des actifs, le cabinet privilégie un référé ou une mesure conservatoire. L'action en restitution ou en responsabilité se prescrit en principe par cinq ans à compter du jour où le titulaire a connu ou aurait dû connaître les faits (article 2224 du code civil).
Une clause permettant à la plateforme de suspendre mon compte est-elle abusive ?
Pas nécessairement. Dans un contrat conclu avec un consommateur, est abusive la clause qui crée à son détriment un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties (article L. 212-1 du code de la consommation). L'appréciation porte sur la clause, son objet et le contexte du contrat.
Une clause qui permet de suspendre le service pour satisfaire une obligation légale résiste en général à la critique. Entre professionnels, la Cour de cassation a jugé qu'« un hébergeur ne crée pas un déséquilibre significatif » en se réservant de suspendre promptement ses services pour des raisons légales puis en appliquant la clause, informé du caractère trompeur d'un site (Cass. com., 4 septembre 2024, n° 22-12.321). La décision, rendue sur le fondement du code de commerce, est défavorable à l'utilisateur suspendu.
La critique porte mieux sur une clause qui autorise un gel sans motif, sans durée, sans information ni voie de sortie, ou qui prive le client de la restitution de ses actifs. Le cabinet confronte la clause appliquée à la cause réelle du blocage et aux obligations de restitution du conservateur.
Sources et pages liées
Textes officiels et pages liées
Les sources de cette page et les expertises voisines du cabinet.
Pour aller plus loin
Page mise à jour le 1er novembre 2026.
Un retrait bloqué ou un compte gelé ? Faites le point aujourd'hui.
Envoyez les captures, l'historique et les échanges avec la plateforme : le cabinet identifie le conservateur, le motif plausible de la retenue et les démarches envisageables pour demander la restitution de vos actifs.
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