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Bail commercial : ce que change la loi du 15 avril 2026 pour les bailleurs et les preneurs

La loi de simplification de la vie économique a été adoptée définitivement par le Parlement le 15 avril 2026. Elle modifie en profondeur le statut des baux commerciaux. La promulgation est attendue fin mai 2026. Plusieurs dispositions s’appliqueront dès cette date. Les bailleurs et les preneurs doivent anticiper ces changements pour sécuriser leurs contrats en cours et à venir. Cette réforme touche la mensualisation des loyers, les clauses d’indexation, le plafonnement des garanties, les délais de restitution du dépôt de garantie et les conditions de la clause résolutoire. Les professionnels de l’immobilier commercial et les commerçants doivent examiner sans délai leurs baux existants. Cet article décrypte chaque évolution et en précise les conditions d’application dans le temps.

La mensualisation du loyer, un droit nouveau pour le preneur commercial

La loi du 15 avril 2026 instaure un droit au paiement mensuel du loyer pour le preneur à bail commercial. Cette disposition sera insérée dans le Code de commerce sous l’article L. 145-32-1. Elle concerne les locaux destinés à une activité de commerce de détail, de commerce de gros ou de prestations de services à caractère commercial ou artisanal. Le preneur pourra imposer ce mode de paiement sur simple demande écrite. Cette demande prendra effet à compter de l’échéance suivante de paiement du loyer prévue par le bail.

Cette mensualisation est toutefois subordonnée à une condition. Le preneur ne doit pas être en arriéré de paiement des loyers et charges. Ces arriérés ne doivent pas avoir fait l’objet d’une contestation préalable. Si le preneur est à jour, le bailleur ne pourra pas opposer une clause contractuelle de paiement trimestriel. La nouvelle disposition sera d’ordre public. Toute clause contraire sera réputée non écrite. Les bailleurs institutionnels et les grandes foncières devront adapter leurs procédures comptables. Les preneurs bénéficieront d’un allègement de trésorerie significatif.

Les clauses « tunnel » d’indexation désormais validées

Le nouvel article L. 145-38-1 du Code de commerce, introduit par la loi du 15 avril 2026, autorise expressément les clauses dites « tunnel ». Ces clauses encadrent la variation annuelle de l’indice des loyers commerciaux. Elles limitent à la fois la hausse et la baisse dans les mêmes proportions. Avant cette réforme, de telles clauses étaient contestées. La jurisprudence récente a progressivement admis leur validité sous certaines conditions.

La Cour de cassation a précisé que seule la stipulation prohibée doit être réputée non écrite. Cass. 3e civ., 19 juin 2025, n° 23-18.853 (décision), motifs :

« qu’il pouvait être fait abstraction du seul membre de phrase « uniquement à la hausse » en laissant subsister la clause générale d’indexation à la hausse ou à la baisse, et que l’obligation de ne faire varier le loyer que dans le seul sens de l’augmentation était divisible et dissociable de la simple obligation de faire varier le loyer dans un sens ou dans l’autre ».

La loi du 15 avril 2026 consacre désormais cette solution législativement. Elle valide les mécanismes de plafonnement symétriques. Une clause tunnel unilatérale, qui ne limiterait que la baisse sans mécanisme correspondant à la hausse, restera toutefois réputée non écrite. Les parties pourront ainsi sécuriser leurs prévisions budgétaires. Les bailleurs et les preneurs gagneront en visibilité sur l’évolution du loyer. Pour approfondir la question de l’indexation, consultez notre analyse sur la validité de la clause d’échelle mobile dans le bail commercial.

Le plafonnement du dépôt de garantie et les délais de restitution encadrés

La réforme apporte une modification majeure au régime du dépôt de garantie. L’article L. 145-40 du Code de commerce sera complété par plusieurs alinéas. Les sommes payées à titre de garantie par le preneur ne pourront plus excéder le montant d’un trimestre de loyer. Ce plafond s’applique également à la valeur des biens, titres, engagements et garanties de toute nature demandés pour assurer la bonne exécution du contrat.

L’article L. 145-40 du Code de commerce (texte officiel) prévoit actuellement :

« les loyers payés d’avance, sous quelque forme que ce soit, et même à titre de garantie, portent intérêt au profit du locataire, au taux pratiqué par la Banque de France pour les avances sur titres, pour les sommes excédant celle qui correspond au prix du loyer de plus de deux termes ».

La loi du 15 avril 2026 prévoit en outre que ces sommes ne porteront plus intérêt au profit du preneur. Le bailleur devra restituer le dépôt de garantie dans un délai maximum de trois mois après la remise des clés. Pour les cautions, garanties bancaires et autres sûretés, ce délai sera porté à six mois. En cas de mutation du local, l’obligation de restitution sera transmise de plein droit au nouveau propriétaire. Ce dernier sera personnellement tenu envers le preneur. Le cédant devra procéder aux mainlevées nécessaires dans un délai de six mois.

La clause résolutoire : des conditions plus strictes pour obtenir des délais

La loi du 15 avril 2026 renforce les conditions d’octroi de délais de paiement par le juge en cas de clause résolutoire. Désormais, le preneur défaillant devra cumuler deux conditions pour échapper à la résiliation. Il devra justifier avoir repris le versement intégral du loyer courant avant la première audience. Il devra également démontrer sa capacité à apurer sa dette. Ces conditions s’ajoutent à celles déjà existantes.

Cette disposition ne s’appliquera qu’aux demandes judiciaires initiées après l’entrée en vigueur de la loi. Les bailleurs qui engagent une procédure de résiliation pour impayés devront donc surveiller le calendrier législatif. Les preneurs en difficulté disposeront d’une marge de manœuvre réduite pour obtenir des sursis. Cette mesure vise à accélérer le traitement des contentieux locatifs. Elle renforce l’efficacité de la clause résolutoire comme instrument de pression.

Le droit de préférence limité et la transmission des obligations au nouveau bailleur

La loi du 15 avril 2026 précise le champ d’application du droit de préférence du preneur en cas de vente du local. Ce droit est désormais exclu pour les locaux à usage exclusif de bureaux et les entrepôts. Seuls les locaux commerciaux et artisanaux en bénéficient. Cette clarification met fin à des incertitudes jurisprudentielles.

Par ailleurs, la réforme consacre la transmission de plein droit de l’obligation de restitution du dépôt de garantie à l’acquéreur des locaux. L’acquéreur est tenu personnellement envers le preneur. Cette obligation subsiste même si le cédant ne lui a pas effectivement transmis les sommes perçues. L’acquéreur devra donc impérativement prévoir une contre-garantie dans l’acte de vente. Il devra vérifier le montant exact des garanties détenues par le vendeur. En cas de refus de renouvellement du bail, le preneur évincé peut également revendiquer une indemnité d’éviction.

Ce que les bailleurs et les preneurs doivent anticiper

La loi du 15 avril 2026 s’applique de manière différenciée selon les dispositions. Le tableau suivant récapitule les règles d’application dans le temps.

Disposition Baux en cours Baux conclus ou renouvelés après la promulgation
Mensualisation du loyer Applicable dès la demande du preneur Applicable
Clause tunnel d’indexation Applicable si insérée dans le bail Applicable
Plafonnement du dépôt de garantie à un trimestre Non applicable (garanties existantes conservées) Applicable
Restitution du dépôt de garantie sous 3 mois Applicable si restitution des locaux dans les 3 mois de la promulgation Applicable
Clause résolutoire : reprise du loyer courant avant la 1ère audience Applicable aux demandes judiciaires initiées après l’entrée en vigueur Applicable
Droit de préférence limité aux locaux commerciaux Applicable Applicable

Les bailleurs doivent auditer leur portefeuille de baux. Ils doivent identifier les locaux éligibles à la mensualisation et les garanties excédant les futurs plafonds. Ils doivent réviser leurs modèles de baux et d’actes de vente. Les preneurs doivent évaluer l’intérêt de demander la mensualisation. Ils doivent vérifier, lors d’un renouvellement, que les garanties exigées ne dépassent pas le plafond de trois mois. Ils doivent conserver la traçabilité de l’état des lieux de sortie pour faire courir le délai de restitution.

Mise en garde : l’acquéreur d’un local commercial qui ignore le montant des garanties détenues par le vendeur s’expose à une obligation de restitution personnelle. Il doit impérativement inscrire une clause de compensation ou de retenue sur prix dans l’acte de vente.

La jurisprudence récente confirme la protection du preneur

La réforme législative s’inscrit dans un contexte jurisprudentiel déjà protecteur pour le preneur. La Cour de cassation a récemment rappelé le caractère continu des obligations du bailleur. Cass. 3e civ., 4 décembre 2025, n° 23-23.357 (décision), motifs :

« les obligations du bailleur de délivrer au preneur la chose louée et de lui en assurer la jouissance paisible sont exigibles pendant toute la durée du bail, de sorte que la persistance du manquement du bailleur à celles-ci constitue un fait permettant au locataire d’exercer une action en exécution forcée de ses obligations par le bailleur ».

En matière de déplafonnement du loyer au renouvellement, la Cour a également précisé la charge de la preuve. Notre article sur le déplafonnement du loyer de bail commercial analyse en détail cette évolution. Cass. 3e civ., 18 septembre 2025, n° 24-13.288 (décision), motifs :

« Il résulte des articles L. 145-34 et R. 145-6 du code de commerce que la modification notable des facteurs locaux de commercialité constitue un motif de déplafonnement du prix du bail renouvelé si elle est de nature à avoir une incidence favorable sur l’activité commerciale effectivement exercée par le locataire, indépendamment de son incidence effective et réelle sur le commerce exploité dans les locaux ».

Ces décisions montrent que le juge continue de modérer le rapport de force entre les parties. La loi du 15 avril 2026 vient compléter cette protection par des règles matérielles nouvelles.

Questions fréquentes

La mensualisation du loyer s’applique-t-elle aux baux en cours ?

Oui. La mensualisation s’appliquera aux baux en cours dès la promulgation de la loi. Le preneur pourra en faire la demande à tout moment. La demande prendra effet à la prochaine échéance de paiement.

Le plafonnement des garanties à un trimestre concerne-t-il les baux existants ?

Non. Le plafonnement des garanties ne s’applique qu’aux baux conclus ou renouvelés après la promulgation. Les garanties excédentaires versées dans le cadre de baux en cours ne donnent pas lieu à restitution automatique.

Quel délai le bailleur a-t-il pour restituer le dépôt de garantie ?

Le bailleur doit restituer le dépôt de garantie dans un délai de trois mois après la remise effective des clés. Pour les cautions et autres garanties, le délai est de six mois. Ces délais s’appliquent aux baux en cours si la restitution intervient dans les trois mois de la promulgation.

Un locataire en impayés peut-il encore obtenir des délais devant le juge ?

Oui, mais à condition cumulative de reprendre le paiement des loyers courants avant la première audience et de démontrer sa capacité à apurer la dette. Cette nouvelle condition s’appliquera aux demandes judiciaires initiées après l’entrée en vigueur de la loi.

En cas de vente du local, qui doit restituer le dépôt de garantie au preneur ?

L’obligation de restitution est transmise de plein droit à l’acquéreur. Celui-ci est personnellement tenu envers le preneur. Il doit donc vérifier le montant des garanties avant l’acquisition et prévoir une contre-garantie dans l’acte de vente.

Les clauses tunnel d’indexation sont-elles désormais toutes valables ?

Non, uniquement celles qui fonctionnent de manière strictement symétrique. La limitation doit s’appliquer à la hausse comme à la baisse et dans les mêmes proportions. Une clause tunnel unilatérale reste susceptible d’être réputée non écrite.

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La réforme des baux commerciaux du 15 avril 2026 impose une relecture urgente de vos contrats. Que vous soyez bailleur ou preneur, nous vous accompagnons dans l’audit de vos baux et la négociation de vos clauses.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».