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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Facture électronique obligatoire depuis le 1er septembre 2026 : client qui refuse de payer, comment récupérer votre argent ?

Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent être en mesure de recevoir des factures électroniques, et l’émission électronique devient progressivement obligatoire par l’intermédiaire d’une plateforme agréée. Pour une PME parisienne qui facture un client professionnel, la question n’est plus théorique : un client qui prétend ne pas avoir reçu la facture, qui refuse le format PDF simple ou qui retarde le paiement sous prétexte d’un problème de plateforme doit être traité avec méthode. Cet article expose les règles applicables à la facturation électronique, les mentions qui rendent une facture exigible, puis les leviers concrets pour récupérer le paiement, pénalités et procédures rapides comprises, avec les spécificités utiles à Paris et en Île-de-France.

I. Facture électronique depuis le 1er septembre 2026 : que pouvez-vous exiger de votre client professionnel ?

A. Qui doit recevoir et émettre en électronique, et par quel canal ?

Le principe posé par le article 289 du code général des impôts demeure que tout assujetti doit s’assurer qu’une facture est émise pour les livraisons de biens et les prestations de services réalisées au profit d’un autre assujetti. La facture est en principe émise dès la réalisation de la livraison ou de la prestation, et l’assujetti doit en conserver un double. Ce socle n’a pas disparu avec la réforme : il conditionne la TVA, la preuve de la créance et le point de départ des délais de paiement.

La nouveauté réside dans le article 289 bis du code général des impôts, qui dispose que « l’émission, la transmission et la réception des factures relatives aux opérations mentionnées aux a et d du 1 du I dudit article 289 ainsi qu’aux acomptes s’y rapportant s’opèrent sous une forme électronique, selon des normes de facturation électronique définies par arrêté du ministre chargé du budget, lorsque l’émetteur de la facture et son destinataire sont des assujettis qui sont établis ou ont leur domicile ou leur résidence habituelle en France » et « L’émission, la transmission et la réception des factures électroniques s’effectuent en recourant à une plateforme agréée ». Depuis le 1er septembre 2026, l’obligation de réception s’applique à toutes les entreprises, y compris les plus petites, tandis que l’obligation d’émission est déployée par paliers selon la taille de l’entreprise. Le service public des entreprises le confirme dans son actualité sur la généralisation : toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir, l’émission suivant un calendrier progressif.

Concrètement, un simple PDF joint à un courriel ne suffit plus pour les opérations domestiques entre assujettis français dès lors que l’émission électronique vous est applicable : il faut passer par une plateforme agréée au sens de l’article 289 bis du code général des impôts, avec un format normé Factur-X, UBL ou CII, et une adresse de réception inscrite dans l’annuaire central mis à la disposition des plateformes. Le texte précise que « l’Etat met un annuaire central à la disposition des plateformes agréées » pour l’adressage des factures. Vérifiez donc trois points avant tout litige : votre plateforme est-elle immatriculée comme plateforme agréée, votre client vous a-t-il communiqué son adresse de réception dans l’annuaire, et la facture a-t-elle obtenu un statut de dépôt et de mise à disposition horodaté. Ces traces techniques valent preuve de la présentation de la facture et neutralisent l’argument du « je n’ai rien reçu ».

Le droit commercial renforce cette exigence. Le article L441-9 du code de commerce dispose que : « Tout achat de produits ou toute prestation de service pour une activité professionnelle fait l’objet d’une facturation ». Il ajoute que : « Le vendeur est tenu de délivrer la facture dès la réalisation de la livraison ou de la prestation de services » et que « l’acheteur est tenu de la réclamer ». Autrement dit, votre client professionnel ne peut pas se retrancher derrière son silence : il doit réclamer la facture, la recevoir dans le circuit agréé et la conserver. En cas de contrôle, tout manquement au paragraphe I est passible d’une amende administrative pouvant atteindre 75 000 euros pour une personne physique et 375 000 euros pour une personne morale, portée au double en cas de réitération dans les deux ans. Cette pression administrative explique pourquoi les directions financières régularisent vite après une mise en demeure bien rédigée qui vise ce texte.

Sur le plan fiscal, l’erreur de format coûte cher. Le article 1737 du code général des impôts prévoit que : « Le non-respect par l’assujetti de l’obligation d’émission d’une facture sous une forme électronique dans les conditions prévues à l’article 289 bis donne lieu à l’application d’une amende de 50 € par facture, sans que le total des amendes appliquées au titre d’une même année civile puisse être supérieur à 15 000 € ». La même disposition sanctionne d’une amende égale à 50 % du montant le fait de ne pas délivrer une facture ou de délivrer une facture ne correspondant pas à une livraison réelle, et punit de 15 euros chaque omission ou inexactitude dans les mentions, dans la limite du quart du montant facturé. Avant de poursuivre votre client, assurez-vous donc que vos propres factures respectent le bon canal et les bonnes mentions : un créancier en règle négocie et gagne plus vite.

Le socle de la négociation commerciale reste les conditions générales de vente. Le article L441-1 du code de commerce indique que les conditions générales de vente comprennent notamment les conditions de règlement et les éléments de détermination du prix, qu’elles doivent être communiquées à tout acheteur professionnel qui en fait la demande, et que, dès lors qu’elles sont établies, « elles constituent le socle unique de la négociation commerciale ». Conservez la preuve de cette communication : conditions jointes au devis signé, lien stable dans vos courriels d’offre, accusé de réception de la plateforme. Lorsque le prix du service ne peut être déterminé à l’avance, le prestataire doit communiquer la méthode de calcul ou un devis détaillé. Cette discipline documentaire évite que le débat sur la facture électronique ne masque un désaccord sur le prix.

À Paris et en Île-de-France, ajoutez un réflexe local : identifiez la plateforme de votre client dès la commande, testez l’adresse d’annuaire avec une facture d’acompte de faible montant si l’enjeu le permet, et désignez dans le contrat un interlocuteur facturation avec une adresse électronique de secours. Les groupes franciliens changent souvent de plateforme au second semestre ; le texte organise un préavis d’au moins un an de services minimaux de l’ancienne plateforme, mais en pratique les flux se perdent pendant la migration. Un courriel de suivi le jour du dépôt sur la plateforme, avec numéro de facture, montant toutes taxes comprises et date d’échéance, fige la chronologie et servira devant le tribunal des activités économiques de Paris en cas d’impayé.

B. Quelles mentions rendent votre facture électronique incontestable et exigible ?

Une facture électronique régulière doit contenir toutes les mentions du droit fiscal et du droit commercial, sous peine de donner à votre client un motif légitime de contestation partielle et de retarder le paiement. Le article L441-9 du code de commerce impose notamment le nom des parties, leurs adresses et adresse de facturation si elle diffère, la date de la vente ou de la prestation, la quantité, la dénomination précise, le prix unitaire hors TVA, les réductions acquises et directement liées à l’opération, la date à laquelle le règlement doit intervenir, les conditions d’escompte, le taux des pénalités exigibles le jour suivant la date de règlement et le montant de l’indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, ainsi que le numéro du bon de commande lorsqu’il a été établi par l’acheteur. Le règlement est réputé réalisé à la date à laquelle les fonds sont mis à la disposition du bénéficiaire. Chaque oubli affaiblit votre mise en demeure : reprenez cette liste comme grille de relecture avant tout envoi.

Le article 289 du code général des impôts ajoute que l’authenticité de l’origine, l’intégrité du contenu et la lisibilité de la facture doivent être assurées depuis l’émission jusqu’à la fin de la conservation, et qu’un décret fixe les mentions d’identification des parties, les données sur les biens et services et celles relatives à la TVA. Avec la plateforme agréée, ces garanties sont apportées par le cachet ou la signature électronique qualifiée et par le journal des événements ; conservez les attestations de dépôt, les accusés de mise à disposition et les journaux de transmission. En cas de facture périodique ou d’avoir, veillez à viser la facture initiale de façon spécifique et non équivoque, car tout document qui modifie la facture initiale est assimilé à une facture et doit comporter l’ensemble des mentions prévues.

La Cour de cassation veille à l’application exacte du bon texte dans le temps, y compris pour les intérêts de retard. Par arrêt du 11 février 2026, n° 23-21.177, la chambre commerciale a jugé : « Selon ce texte, le juge tranche le litige conformément aux règles de droit qui lui sont applicables », et a censuré une cour d’appel qui avait écarté une demande d’intérêts fondée sur l’ancien article L. 441-6 du code de commerce au motif que ce texte ne prévoyait pas d’intérêts, alors que le litige portait sur des contrats et factures antérieurs à l’ordonnance du 24 avril 2019 et que ces dispositions étaient applicables. La Cour a ensuite fait application de l’article L. 441-6 devenu L. 441-10 pour assortir la condamnation des intérêts au taux de la Banque centrale européenne majoré de dix points (Cass. com., 11 févr. 2026, n° 23-21.177). La leçon opérationnelle est directe : visez dans vos conclusions le texte applicable à la date des factures, rappelez la transposition L. 441-6 vers L. 441-10, et demandez expressément le taux majoré avec son point de départ, faute de quoi le juge peut rejeter une demande mal fondée en droit.

Lorsque le client invoque une facture non conforme pour refuser de payer l’intégralité, distinguez la contestation sérieuse de la manoeuvre dilatoire. Une erreur sur le numéro de bon de commande, sur l’adresse de facturation ou sur le taux de TVA justifie un avoir correctif rapide, mais n’autorise pas le client à bloquer l’intégralité d’une prestation exécutée et non contestée sur le fond. Émettez l’avoir sur la plateforme, réémettez la facture corrigée avec référence à l’avoir, et maintenez par écrit l’exigibilité du solde non contesté. À l’inverse, si la prestation elle-même est contestée, documentez la réalité de l’exécution : bons d’intervention signés, procès-verbaux de recette, journaux de connexion, échanges sur la plateforme. Le juge des référés et le juge de l’injonction de payer examinent d’abord si la créance paraît fondée en son principe ; une facture électronique régulière adossée à des preuves d’exécution emporte la conviction.

Ne négligez pas l’acompte. Le droit fiscal impose une facture pour les acomptes versés avant la réalisation de l’opération, et la réforme électronique vise aussi ces acomptes entre assujettis français. Facturez l’acompte sur la plateforme dès son versement, imputez-le sur la facture de solde, et stipulez dans vos conditions si l’acompte est à valoir ou définitivement acquis en cas d’annulation imputable au client. Cette clarté évite qu’un client qui a versé 30 % ne prétende solder le litige en abandonnant l’acompte alors que le solde reste dû.

Pour les entreprises franciliennes qui facturent des grands comptes, ajoutez une clause de facturation électronique dans vos contrats-cadres : plateforme utilisée, adresse d’annuaire, format accepté, interlocuteur de secours, délai de signalement d’une anomalie de réception de quarante-huit heures, et principe selon lequel l’absence de signalement dans ce délai vaut présomption de réception régulière, sans priver le client de contester le fond. Cette stipulation, négociée dans le socle unique des conditions générales, réduit les prétextes et accélère les règlements. Si votre client change de plateforme, demandez la nouvelle adresse d’annuaire par écrit et conservez l’historique des dépôts de l’ancienne plateforme pendant toute la durée de prescription.

II. Votre client ne paie pas malgré une facture électronique régulière : comment récupérer vite et avec les majorations ?

A. Quels délais, pénalités et indemnités pouvez-vous réclamer sans rappeler ?

Les délais de paiement entre professionnels sont encadrés par le article L441-10 du code de commerce. Sauf dispositions contraires, le délai ne peut dépasser trente jours après la réception des marchandises ou l’exécution de la prestation. Le délai convenu ne peut dépasser soixante jours après l’émission de la facture, ou quarante-cinq jours fin de mois s’il est expressément stipulé et ne constitue pas un abus manifeste. En cas de facture périodique, le plafond est de quarante-cinq jours après émission. Toute clause qui dépasserait ces plafonds est réputée non écrite et expose le débiteur à une amende administrative. Vérifiez donc la date d’émission portée sur la facture électronique et le délai contractuel : beaucoup de retards parisiens proviennent de conditions d’achat imposant 60 jours fin de mois, qui sont illicites si elles ne respectent pas le plafond légal.

Les pénalités de retard sont exigibles de plein droit le lendemain de la date de règlement figurant sur la facture, sans qu’un rappel soit nécessaire. La Cour de cassation rappelle, par arrêt du 24 avril 2024, n° 22-24.275 : « les conditions de règlement doivent obligatoirement préciser les conditions d’application et le taux d’intérêt des pénalités de retard exigibles le jour suivant la date de règlement figurant sur la facture ainsi que le montant de l’indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement due au créancier dans le cas où les sommes dues sont réglées après cette date » et « Sauf disposition contraire, qui ne peut toutefois fixer un taux inférieur à trois fois le taux d’intérêt légal, ce taux est égal au taux d’intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à son opération de refinancement la plus récente majoré de dix points de pourcentage », en précisant le taux applicable au premier ou au second semestre selon le taux en vigueur au 1er janvier ou au 1er juillet, et que : « Les pénalités de retard sont exigibles sans qu’un rappel soit nécessaire » (Cass. com., 24 avr. 2024, n° 22-24.275). Demandez dans votre mise en demeure le taux BCE majoré de dix points, semestre par semestre, plutôt qu’un taux forfaitaire inventé : le juge l’applique plus volontiers lorsqu’il est exactement calculé et justifié.

Le même arrêt tranche le cumul : la pénalité commerciale constitue un intérêt moratoire et ne se cumule pas avec les intérêts légaux de l’article 1231-6 du code civil pour la même période. Le article 1231-6 du code civil dispose que : « Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d’une obligation de somme d’argent consistent dans l’intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure » et qu’ils sont dus sans justification de perte, avec possibilité de dommages distincts en cas de mauvaise foi causant un préjudice indépendant du retard. En pratique, réclamez la pénalité commerciale BCE majorée, plus l’indemnité forfaitaire de 40 euros pour frais de recouvrement, plus, sur justification, une indemnité complémentaire si vos frais réels dépassent 40 euros. N’ajoutez pas en plus l’intérêt légal pour la même période : le juge écartera le double compte et votre demande perdra en crédibilité.

La mise en demeure reste indispensable pour figer le dossier, même si les pénalités courent sans rappel. Adressez-la par lettre recommandée avec accusé de réception et par courriel à l’interlocuteur facturation, en visant la facture électronique avec son numéro, sa date d’émission sur la plateforme, son montant hors taxes et toutes taxes comprises, la date d’échéance, le taux de pénalité réclamé avec le taux BCE de référence du semestre, l’indemnité de 40 euros, et un délai de paiement de huit jours. Joignez l’attestation de dépôt sur la plateforme et l’accusé de mise à disposition. Rappelez le article L441-9 du code de commerce sur l’obligation de payer une facture régulière et le article L441-10 du code de commerce sur les délais et pénalités. Cette mise en demeure fait courir l’intérêt légal pour d’autres chefs éventuels, interrompt la prescription et prépare l’injonction de payer ou le référé.

Si votre client est en difficulté, ne perdez pas de temps : une créance de facture électronique régulière doit être déclarée rapidement en cas de procédure collective du débiteur, et les délais de déclaration sont stricts. Notre analyse consacrée au client placé en redressement judiciaire détaille la déclaration en deux mois et la contestation du rejet (votre client est placé en redressement judiciaire : déclarer votre créance en deux mois). Pour une entreprise parisienne dont le client dépend du tribunal des activités économiques de Paris, surveillez le BODACC dès la première échéance impayée et préparez le dossier de déclaration en parallèle de la relance amiable : attendre la fin des relances fait manquer le délai.

Chiffrez avec rigueur : principal hors taxes et toutes taxes comprises, pénalités jour par jour au taux BCE majoré, indemnité forfaitaire, frais justifiés au-delà, déduction des acomptes déjà versés et imputés sur facture électronique. Un tableau joint à la mise en demeure, avec taux BCE du semestre et dates exactes, impressionne un service comptable et facilite l’ordonnance du juge. Conservez les relevés BCE du semestre concerné : le taux applicable au premier semestre est celui en vigueur au 1er janvier, celui du second semestre celui en vigueur au 1er juillet.

B. Injonction de payer, référé ou assignation au fond : quelle voie rapide à Paris ?

L’injonction de payer reste la voie la plus rapide pour une facture électronique incontestée. Le créancier dépose une requête au tribunal judiciaire ou au tribunal des activités économiques selon la qualité des parties, avec les factures, le contrat, les preuves d’exécution et les attestations de la plateforme agréée. En cas d’ordonnance favorable, l’acte de signification doit respecter le article 1413 du code de procédure civile, qui impose à peine de nullité une sommation d’avoir « soit à payer au créancier le montant de la somme fixée par l’ordonnance ainsi que les intérêts et frais de greffe dont le montant est précisé […] soit, si le débiteur a à faire valoir des moyens de défense, à former opposition, celle-ci ayant pour effet de saisir le tribunal de la demande initiale du créancier et de l’ensemble du litige », avec indication très apparente du délai, du tribunal et des modalités de recours, et avertissement qu’à défaut d’opposition tout recours sera fermé. Faites vérifier la signification par votre commissaire de justice : une omission sur ce point annule la procédure et fait perdre des mois.

L’opposition du débiteur ne fait pas revivre l’ordonnance comme décision. La Cour de cassation juge, au visa de l’article 1420 du code de procédure civile : « Aux termes de ce texte, le jugement du tribunal se substitue à l’ordonnance portant injonction de payer », de sorte qu’un tribunal qui, après avoir déclaré l’opposition recevable, dit que les dispositions de l’ordonnance conservent leurs effets viole ce texte (Cass. 2e civ., 11 sept. 2025, n° 24-14.766). Le moyen invoqué résume la règle : « le jugement rendu sur opposition se substitue à l’ordonnance d’injonction de payer qu’il anéantit » et « l’ordonnance d’injonction de payer, qui n’est une décision qu’en l’absence d’opposition, ne peut être confirmée ». Attendez-vous donc, en cas d’opposition même sommaire, à un examen complet du fond : préparez dès la requête le dossier de preuve comme pour une assignation, avec exécution, échanges et journaux de plateforme.

Même lorsque l’opposition du débiteur est mal formée, ne la négligez pas : elle saisit le tribunal de l’ensemble du litige et la discussion se poursuit au fond. L’article 1413 du code de procédure civile rappelle que l’opposition a pour effet de saisir le tribunal de la demande initiale du créancier et de l’ensemble du litige. Conservez donc tout acte d’opposition, régularisez la procédure sans délai et préparez le dossier au fond avec les mêmes preuves d’exécution et journaux de plateforme : une requête déposée à temps met la créance à l’abri, et un dossier complet dès l’origine évite de perdre les mois gagnés par l’injonction.

Le référé provision est l’alternative lorsque le client conteste sans argument sérieux ou ne comparaît pas. La jurisprudence admet une provision lorsque l’obligation n’est pas sérieusement contestable : facture électronique régulière, contrat signé, exécution prouvée, attestations de plateforme et décompte précis des pénalités au taux BCE majoré forment un ensemble difficile à contester. L’arrêt du 24 avril 2024 précité, rendu en référé, illustre ce contrôle : le juge des référés applique la loi sur les pénalités et vérifie le cumul avec l’intérêt légal, sans renvoyer systématiquement au fond. Demandez la provision du principal, des pénalités calculées au jour de l’audience, de l’indemnité forfaitaire et d’une provision pour frais, avec exécution provisoire. À Paris, le tribunal des activités économiques statue vite sur les dossiers documentés ; un dossier avec facture électronique horodatée passe mieux qu’une pile de PDF sans preuve de dépôt.

Si la contestation porte sur la qualité de la prestation, l’assignation au fond devient nécessaire, avec expertise éventuelle. Anticipez : conservez les livrables, les tickets, les procès-verbaux sans réserve, les échanges post-livraison où le client ne se plaint pas, et les relances où il promet de payer. Le silence prolongé après mise à disposition sur la plateforme, suivi d’une contestation tardive après l’ordonnance, est sanctionné par les juges comme une manoeuvre. Pour les marchés franciliens avec réception formalisée, faites constater la recette par écrit, même par courriel avec accusé de réception, avant de déposer la facture de solde sur la plateforme.

À Paris et en Île-de-France, juridiction et tempo comptent. Entre commerçants, le tribunal des activités économiques de Paris est compétent pour la plupart des impayés de factures, avec possibilité de clause attributive de juridiction à vérifier dans vos conditions. Prévoyez dans vos contrats une clause de compétence au profit de ce tribunal et une clause de droit applicable français pour les clients étrangers facturés en électronique domestique. Déposez la requête d’injonction avec un jeu complet de pièces numérotées, prévoyez un commissaire de justice parisien pour signifier dans les délais brefs, et suivez le délai d’opposition d’un mois à compter de la signification : à défaut d’opposition, demandez l’apposition de la formule exécutoire et faites exécuter sans attendre. En cas d’opposition, basculez immédiatement en procédure au fond avec un calendrier de mise en état resserré et une demande de provision.

Pour approfondir la gestion d’un débiteur défaillant au-delà de la facture, les règles sur les délais de déclaration et la récupération de la TVA en cas de procédure collective complètent utilement ce dispositif : factures impayées et TVA récupérable forment un ensemble à traiter ensemble (client en liquidation judiciaire et facture impayée : récupérer la TVA). Ce maillage entre recouvrement rapide et traitement des difficultés évite de gagner sur la facture et de perdre sur la procédure collective.

Conclusion

Depuis le 1er septembre 2026, la facture électronique entre assujettis français passe par une plateforme agréée et une adresse d’annuaire, et toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir. Une facture régulière au sens des articles 289 et 289 bis du code général des impôts et de l’article L441-9 du code de commerce, avec mentions complètes, date d’échéance, taux de pénalités et indemnité de recouvrement, prive votre client de l’excuse du format et fait courir les pénalités au taux de la Banque centrale européenne majoré de dix points dès le lendemain de l’échéance, sans rappel, dans la limite du non-cumul avec l’intérêt légal. En cas d’impayé persistant, l’injonction de payer avec signification conforme à l’article 1413 du code de procédure civile, ou le référé provision sur dossier électronique horodaté, permet d’obtenir un titre rapidement devant le tribunal parisien compétent, tandis que l’opposition ouvre un débat au fond où vos preuves d’exécution et vos journaux de plateforme feront la différence. Mettez vos circuits en conformité, mentionnez la plateforme dans vos contrats, chiffrez les pénalités semestre par semestre et agissez dans le mois de l’échéance : c’est ainsi qu’une facture électronique devient un paiement effectif.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».