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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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Loyer commercial impayé : commandement de payer, clause résolutoire et comment sauver le bail à Paris (2026)

Le 17 octobre 2026, de nombreux commerces sont restés rideau baissé : cortèges à Paris, blocages d’axes en Île-de-France, livraisons annulées et salariés arrivés en retard ou absents. Pour un commerçant, une journée sans encaissements reste une journée où le loyer commercial court. Quand la trésorerie dérape et qu’un terme demeure impayé, le bailleur dégaine souvent la même arme : le commandement de payer visant la clause résolutoire. À compter de cet acte, un compte à rebours d’un mois décide de l’avenir du bail. Payez dans le délai et la clause ne joue pas. Laissez passer le délai et le bailleur peut faire constater la résiliation, réclamer l’expulsion et une indemnité d’occupation. Depuis la loi du 26 mai 2026, obtenir du juge des délais pour sauver le bail est devenu plus exigeant : il faut démontrer sa capacité à régler la dette et avoir repris le paiement intégral du loyer courant avant la première audience. Cet article explique, pas à pas, comment lire un commandement, comment réagir dans le mois et comment construire un dossier de délais qui tient devant le tribunal judiciaire.

I. Recevoir un commandement visant la clause résolutoire : le mois qui décide de tout

Le commandement de payer est l’acte qui met en marche la machine de la résiliation. Sans lui, une clause de résiliation de plein droit insérée dans un bail commercial ne produit aucun effet. Avec lui, le locataire dispose d’un mois pour éteindre la dette visée. Ce mois n’est pas un simple usage : c’est une règle d’ordre public que ni le bail ni le bailleur ne peuvent contourner. Comprendre ce que l’acte doit contenir et ce que le mois impose permet d’éviter les erreurs qui coûtent le bail.

A. Commandement de payer en bail commercial : les mentions qui font sa validité

Le commandement est signifié par un commissaire de justice et doit viser expressément la clause résolutoire du bail. Cette exigence rejoint le droit commun : « La clause résolutoire précise les engagements dont l’inexécution entraînera la résolution du contrat. La résolution est subordonnée à une mise en demeure infructueuse, s’il n’a pas été convenu que celle-ci résulterait du seul fait de l’inexécution. La mise en demeure ne produit effet que si elle mentionne expressément la clause résolutoire. » Un courrier simple, un courriel ou un appel téléphonique du bailleur ne remplacent jamais cet acte. Vérifiez donc en premier lieu la nature de l’acte reçu : seul un acte de commissaire de justice fait courir le délai.

Le commandement doit ensuite mentionner le délai d’un mois, et cette mention est prescrite à peine de nullité : « Toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu’un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai. » Concrètement, l’acte doit indiquer au locataire qu’il dispose d’un mois pour payer les sommes réclamées, faute de quoi le bailleur poursuivra la résiliation. Si cette mention manque, le commandement encourt la nullité et la procédure de résiliation s’effondre, quel que soit le montant de l’arriéré.

Le décompte joint au commandement mérite le même examen attentif. Le bailleur doit détailler les sommes réclamées : loyers, charges, taxes et accessoires, période par période. Un montant global sans ventilation, des pénalités calculées sur un taux non prévu au bail ou des frais de recouvrement ajoutés sans fondement peuvent être contestés. Réclamez le relevé complet et rapprochez chaque ligne du bail et des appels de loyers. Toute somme indue gonfle artificiellement la dette à apurer dans le mois et fausse le débat devant le juge.

Méfiez-vous aussi des clauses qui prétendent accélérer la résiliation. Certains baux stipulent que la résiliation interviendra quinze jours ou trois semaines après le commandement. Une telle stipulation heurte de front une disposition d’ordre public et ne survit pas à l’examen du juge. La Cour de cassation l’a tranché sans détour : « La mention, dans la clause résolutoire d’un bail commercial, d’un délai inférieur à un mois après commandement resté infructueux pour que la clause joue, a pour effet de faire échec aux dispositions d’ordre public de l’article L. 145-41 du code de commerce en vertu duquel toute clause résolutoire ne produit effet qu’un mois après un commandement demeuré infructueux. Une telle clause est donc, par application de l’article L. 145-15 du code de commerce, dans sa rédaction issue de la loi n° 2014-626 du 18 juin 2014, réputée non écrite en son entier. » Autrement dit, la clause trop pressée est réputée non écrite dans son entier, et le délai légal d’un mois s’applique. Ce caractère d’ordre public est confirmé par le texte lui-même : « Sont réputés non écrits, quelle qu’en soit la forme, les clauses, stipulations et arrangements qui ont pour effet de faire échec au droit de renouvellement institué par le présent chapitre »

Enfin, contrôlez la date et le point de départ du délai. Le mois court à compter de la signification du commandement, et la résiliation ne peut être constatée qu’une fois ce mois écoulé sans paiement intégral. Conservez l’acte original, notez sa date de signification et calculez l’échéance au jour près. Toute assignation délivrée avant l’expiration du mois est prématurée et expose le bailleur à un rejet. Ce premier contrôle calendaire conditionne toute la suite : s’il est favorable, il neutralise la procédure avant même tout débat sur le fond.

B. Payer dans le mois ou voir le bail résilié : la règle du jeu après le commandement

La règle est binaire. Si le locataire paie l’intégralité des causes du commandement dans le mois, la clause résolutoire ne joue pas et le bail se poursuit. S’il ne paie pas, ou paie partiellement, le bailleur peut saisir le juge pour faire constater que la clause est acquise. Les juges appliquent ce mécanisme avec constance. Dans une ordonnance rendue à Lyon le 10 août 2026, le juge des référés a ainsi rappelé : « L’article L. 145-41 du code de commerce dispose que toute clause insérée dans le bail prévoyant la résiliation de plein droit ne produit effet qu’un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit, à peine de nullité, mentionner ce délai. » Puis, constatant que la société locataire admettait ne pas s’être acquittée des causes du commandement dans le délai imparti, le juge a constaté l’acquisition de la clause résolutoire. Dans une autre ordonnance rendue à Metz le 9 juin 2026, le même raisonnement a conduit au constat de la résiliation d’un bail commercial à compter de l’expiration du mois suivant un commandement délivré pour plus de 12 000 euros d’arriéré : ordonnance de référé du tribunal judiciaire de Metz du 9 juin 2026, constatant la résiliation par le jeu de la clause résolutoire après commandement demeuré infructueux. Ces décisions récentes montrent que le mois n’est pas négociable après coup : ce qui n’est pas payé dans le délai expose le bail à la résiliation.

Le paiement partiel ne suffit pas à sauver le bail. Verser la moitié de l’arriéré ou régler seulement le loyer en oubliant les charges laisse subsister une part impayée des causes du commandement, et le bailleur peut soutenir que le commandement est demeuré infructueux. Si vos moyens sont limités, versez ce que vous pouvez sans attendre, mais ne considérez jamais un versement partiel comme une protection : seule l’extinction complète de la dette visée dans le mois paralyse la clause. Gardez les preuves de chaque virement avec leur date, car le juge vérifiera ligne à ligne ce qui a été réglé avant l’échéance.

Une fois le délai expiré sans paiement complet, le bailleur agit généralement en référé pour faire constater la résiliation, obtenir l’expulsion et une provision sur l’arriéré. Le juge peut alors constater que le bail est résilié par l’effet de la clause, ordonner la libération des lieux et condamner le locataire à payer une indemnité d’occupation jusqu’au départ effectif, généralement fixée au montant du loyer augmenté des charges. Les effets de la rupture sont ceux du droit commun de la résiliation : « La résolution prend effet, selon les cas, soit dans les conditions prévues par la clause résolutoire, soit à la date de la réception par le débiteur de la notification faite par le créancier, soit à la date fixée par le juge ou, à défaut, au jour de l’assignation en justice. » Pour un bail à exécution successive, la rupture vaut pour l’avenir et n’efface pas les loyers déjà courus : l’arriéré reste dû. Le juge garde toutefois une marge d’appréciation sur la sanction globale : « Le juge peut, selon les circonstances, constater ou prononcer la résolution ou ordonner l’exécution du contrat, en accordant éventuellement un délai au débiteur, ou allouer seulement des dommages et intérêts. »

L’arriéré produit des intérêts moratoires, et le point de départ compte. En matière d’obligation de somme d’argent, « Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d’une obligation de somme d’argent consistent dans l’intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. » Le commandement de payer vaut mise en demeure : chaque semaine de retard après sa signification fait courir les intérêts au taux légal sur les sommes visées, sans que le bailleur ait à démontrer un préjudice. S’y ajoutent, le cas échéant, la clause pénale du bail et les pénalités de retard entre professionnels. Vérifiez donc le coût réel du temps qui passe avant de laisser filer le mois.

Reste la question que posent tous les commerçants frappés par un événement extérieur : une fermeture subie, comme celle imposée par les blocages du 17 octobre 2026, suspend-elle l’obligation de payer le loyer ? La réponse de la jurisprudence est ferme pour les dettes de somme d’argent. La Cour de cassation juge que « le débiteur d’une obligation contractuelle de somme d’argent inexécutée ne peut s’exonérer de cette obligation en invoquant un cas de force majeure », en précisant que l’impossibilité d’exercer une activité du fait de mesures prises par les autorités ne pouvait exonérer la locataire du paiement des loyers échus. Transposée aux blocages et aux manifestations, cette solution signifie qu’une journée sans chiffre d’affaires, même totalement subie, ne suspend pas l’exigibilité du terme de loyer. L’événement extérieur servira, en revanche, à expliquer le retard et à soutenir une demande de délais devant le juge, mais il n’éteint pas la dette. Payer le loyer reste l’obligation première du preneur : « Le preneur est tenu de deux obligations principales : 1° D’user de la chose louée raisonnablement, et suivant la destination qui lui a été donnée par le bail, ou suivant celle présumée d’après les circonstances, à défaut de convention ; 2° De payer le prix du bail aux termes convenus. »

Face à un commandement, la conduite à tenir dans le mois tient donc en quatre réflexes : vérifier la régularité de l’acte et la mention du délai d’un mois, contrôler le décompte ligne par ligne, payer tout ce qui peut l’être sans attendre l’échéance, et préparer dès maintenant le dossier de délais au cas où le solde ne pourrait pas être apuré à temps. Chaque pièce compte : relevés bancaires, justificatifs de virements, échanges avec le bailleur, attestations sur l’impact des blocages sur l’activité du mois d’octobre. Ce dossier servira deux fois : pour négocier un échéancier amiable avec le bailleur et, à défaut d’accord, pour convaincre le juge.

II. Sauver le bail après un impayé : délais du juge, loyer courant et recours du bailleur

Quand le mois du commandement n’a pas suffi à tout payer, tout n’est pas perdu. Le juge peut suspendre les effets de la clause résolutoire et accorder des délais de paiement. Mais depuis l’entrée en vigueur de la loi du 26 mai 2026, cette porte de sortie s’est rétrécie : le locataire doit démontrer qu’il peut régler sa dette et doit avoir repris le paiement du loyer courant avant la première audience. Cette seconde partie détaille le régime des délais, le sort des pénalités et la stratégie concrète à adopter devant les tribunaux parisiens.

A. Délais de grâce et suspension de la clause : le nouveau verrou de 2026

Le fondement des délais de grâce figure dans le Code civil : « Le juge peut, compte tenu de la situation du débiteur et en considération des besoins du créancier, reporter ou échelonner, dans la limite de deux années, le paiement des sommes dues. » Le juge peut donc étaler l’arriéré sur vingt-quatre mois au maximum, en tenant compte de la situation des deux parties. La décision peut prévoir que les échéances reportées portent intérêt à un taux réduit, que les versements s’imputent d’abord sur le capital, et subordonner les délais à des garanties. Pendant le délai accordé par le juge, les poursuites du créancier sont suspendues et les majorations pour retard ne courent pas : « La décision du juge suspend les procédures d’exécution qui auraient été engagées par le créancier. Les majorations d’intérêts ou les pénalités prévues en cas de retard ne sont pas encourues pendant le délai fixé par le juge. » Pour un commerce, ces deux années constituent une respiration décisive, à condition de respecter rigoureusement l’échéancier fixé.

En bail commercial, ces délais permettent de suspendre la clause résolutoire elle-même : « Les juges saisis d’une demande présentée dans les formes et conditions prévues à l’article 1343-5 du code civil peuvent, en accordant des délais, suspendre la réalisation et les effets des clauses résolutoires, lorsque la résiliation n’est pas constatée ou prononcée par une décision de justice ayant acquis l’autorité de la chose jugée. La clause résolutoire ne joue pas, si le locataire se libère dans les conditions fixées par le juge. » Si le locataire respecte l’échéancier et paie le loyer courant, la clause est réputée ne jamais avoir joué et le bail se poursuit comme si la crise n’avait pas eu lieu. En revanche, si la résiliation a déjà été constatée par une décision passée en force de chose jugée, il est trop tard pour demander la suspension : les délais doivent donc être sollicités dès la première procédure, jamais après.

La nouveauté de 2026 change la donne pour les impayés de loyers. Désormais, « L’octroi de délai de paiement et la suspension des effets de la clause résolutoire pour non-paiement des loyers sont, par ailleurs, conditionnés à la capacité du preneur à régler la dette locative et à la reprise du versement intégral du loyer courant avant la date de la première audience. » Deux conditions cumulatives s’ajoutent donc à l’appréciation classique du juge. D’une part, la capacité à régler la dette : le locataire doit démontrer, chiffres à l’appui, que l’échéancier proposé est tenable au regard de sa trésorerie, de son chiffre d’affaires et de ses charges. D’autre part, la reprise du loyer courant : avant le jour de la première audience, le locataire doit avoir recommencé à payer intégralement chaque terme à son échéance. Un locataire qui accumule de nouveaux impayés après le commandement ne peut plus espérer de délais. En pratique, dès la réception du commandement, remettez en place le prélèvement du loyer courant en priorité absolue, même si l’arriéré n’est pas encore résorbé.

Le dossier de demande de délais se construit comme un dossier de financement. Rassemblez les douze derniers relevés bancaires professionnels, le grand livre des loyers payés et impayés, les liasses fiscales ou situations comptables récentes, un tableau de trésorerie prévisionnelle sur vingt-quatre mois intégrant l’échéancier proposé, et les justificatifs de la reprise du loyer courant. Joignez les preuves de l’événement qui a provoqué le retard : pour les impayés d’octobre 2026, attestations sur les blocages subis, constats de fermeture, relevés de caisse montrant la chute des encaissements, échanges avec les fournisseurs et les transporteurs. L’ordonnance lyonnaise du 10 août 2026 illustre l’issue recherchée : bailleur et locataire s’étaient accordés sur le montant de l’arriéré et sur un échéancier, et le juge a suspendu les effets de la clause sous condition du respect de l’échéancier et du paiement du loyer courant. Un accord négocié avant l’audience, même partiel, reste la meilleure rampe vers des délais judiciaires.

Les accessoires de la dette se discutent aussi. Si le bail stipule une clause pénale forfaitaire en cas d’impayé, son montant peut être revu par le juge : « Lorsque le contrat stipule que celui qui manquera de l’exécuter paiera une certaine somme à titre de dommages et intérêts, il ne peut être alloué à l’autre partie une somme plus forte ni moindre. Néanmoins, le juge peut, même d’office, modérer ou augmenter la pénalité ainsi convenue si elle est manifestement excessive ou dérisoire. » Une pénalité de 10 % appliquée automatiquement sur un arriéré déjà productif d’intérêts peut ainsi être modérée si elle apparaît excessive au regard du préjudice réel du bailleur. Entre professionnels, les pénalités de retard prévues par le Code de commerce courent de plein droit : « Les pénalités de retard sont exigibles sans qu’un rappel soit nécessaire. » Vérifiez le taux stipulé au bail : à défaut de stipulation contraire, il ne peut être inférieur à trois fois le taux de l’intérêt légal, et le taux supplétif correspond au taux de refinancement de la Banque centrale européenne majoré de dix points. Ajoutez l’indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, due de plein droit en cas de retard. Chiffrer ces accessoires avant l’audience permet de contester ce qui est indu et de provisionner ce qui est dû.

Du côté du bailleur, les impayés répétés produisent un effet au-delà de la résiliation immédiate : ils peuvent fonder un refus de renouvellement sans indemnité d’éviction. Le bailleur peut en effet refuser le renouvellement sans indemnité « S’il justifie d’un motif grave et légitime à l’encontre du locataire sortant », et l’inexécution persistante de l’obligation de payer le loyer, après mise en demeure restée sans effet plus d’un mois, entre dans ce cadre. Pour le locataire, l’enjeu dépasse donc le terme impayé du mois : laisser s’installer une série d’impayés fragilise le droit au renouvellement à l’échéance du bail. Pour le bailleur parisien dont le local a pris de la valeur, documenter chaque commandement et chaque mise en demeure constitue au contraire un investissement pour l’avenir. Chaque partie a intérêt à traiter l’impayé d’octobre 2026 comme un épisode à solder vite, pas comme un différend à laisser pourrir.

B. À Paris et en Île-de-France : où agir, quel calendrier et quel dossier

À Paris et dans les départements limitrophes, le contentieux des loyers commerciaux impayés se joue devant le tribunal judiciaire, le plus souvent en référé pour le bailleur qui veut faire constater rapidement la clause et obtenir une provision. La demande de délais du locataire se présente devant ce même juge, dès ses premières conclusions. Ne perdez pas de temps après l’assignation : le premier réflexe consiste à reprendre le paiement intégral du loyer courant, car cette reprise conditionne les délais depuis la réforme de 2026 et doit intervenir avant la date de la première audience. Le second réflexe consiste à chiffrer l’arriéré au jour près, intérêts et accessoires compris, pour proposer un échéancier réaliste. Le troisième consiste à écrire au bailleur pour proposer cet échéancier avant l’audience : un accord, même partiel, oriente fortement la décision du juge vers la suspension de la clause.

Les montants parisiens donnent à ces réflexes une acuité particulière. Avec des loyers annuels qui atteignent couramment plusieurs dizaines de milliers d’euros pour une boutique, un trimestre impayé représente vite 15 000 à 40 000 euros d’arriéré, avant intérêts et pénalités. Un échéancier sur vingt-quatre mois, durée maximale des délais de grâce, suppose donc des mensualités complémentaires de plusieurs centaines à plus de mille euros en sus du loyer courant. Le juge parisien vérifiera que ce cumul est soutenable : établissez un budget mensuel détaillé, charges sociales et fiscales incluses, et montrez que le commerce dégage la marge nécessaire. Si les chiffres ne passent pas sur vingt-quatre mois, proposez un versement comptant partiel financé par un associé ou un établissement bancaire : un apport initial substantiel crédibilise tout l’échéancier.

La spécificité francilienne tient aussi aux preuves de l’événement d’octobre 2026. Les blocages du 17 octobre ont affecté différemment chaque commerce : rue coupée à Paris, zone d’activité inaccessible en petite couronne, équipe bloquée dans les transports, livraison perdue. Documentez votre cas précis plutôt qu’en invoquant la journée en général : arrêté municipal ou préfectoral de fermeture ou de restriction d’accès, photographies datées du rideau baissé et de la rue barrée, relevé de caisse du jour comparé à la même journée des semaines précédentes, attestations de salariés sur leurs difficultés de transport, échanges avec le transporteur sur la livraison manquée. Ces pièces n’effacent pas la dette, mais elles expliquent le retard, humanisent le dossier et fondent la demande de délais. Joignez également les démarches accomplies pour limiter la perte : vente en ligne, report des rendez-vous clients, demande d’étalement auprès des autres créanciers.

Pensez enfin à l’après-crise. Une fois l’échéancier obtenu ou négocié, sécurisez le bail pour la durée : remettez en place un prélèvement automatique du loyer à date fixe, provisionnez les charges chaque mois au lieu de subir l’ajustement annuel, et anticipez les échéances lourdes comme la révision triennale ou l’indexation. Si le bail arrive à échéance dans les deux ans, traitez l’épisode d’impayé comme un antécédent à effacer : un locataire qui a soldé son arriéré dans les délais fixés par le juge aborde le renouvellement en position incomparablement meilleure que celui qui a laissé une dette pendante. Pour un éclairage d’ensemble sur la gestion des litiges entre commerçants et bailleurs, les développements consacrés au contentieux commercial devant les juridictions parisiennes détaillent les réflexes utiles devant le tribunal judiciaire de Paris. Pour le cadre général de la procédure, notre analyse de septembre 2026 sur le commandement, la clause résolutoire, l’expulsion et les délais pour payer reste le complément utile de ce dossier d’actualité d’octobre 2026.

Conclusion

Un loyer commercial impayé en octobre 2026 n’a rien d’anodin, mais rien d’irrémédiable non plus. Tout se joue dans l’ordre : lire le commandement et vérifier la mention du délai d’un mois, contrôler le décompte, payer l’intégralité des causes du commandement dans le mois chaque fois que c’est possible, et à défaut reprendre immédiatement le loyer courant tout en bâtissant un dossier de délais adossé à une trésorerie réelle. La loi du 26 mai 2026 a resserré l’étau : sans capacité démontrée à régler la dette et sans reprise du loyer courant avant la première audience, la suspension de la clause résolutoire ne s’obtient plus. Les fermetures subies pendant les blocages du 17 octobre expliquent un retard, elles n’éteignent pas la dette d’un loyer, et c’est sur ce terrain de la bonne foi et de l’échéancier tenu que le bail se sauve. Commerçants comme bailleurs ont intérêt à solder vite l’épisode : le bail qui traverse une crise soldée proprement vaut mieux, pour les deux parties, qu’une résiliation suivie d’une vacance, d’une expulsion et d’années de recouvrement.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».