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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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Tempête à Paris : votre bailleur retient le dépôt de garantie pour les dégâts, comment le récupérer (2026)

Les tempêtes Austen puis Boelo ont balayé Paris et l’Île-de-France en octobre 2026 avec des rafales violentes placées sous vigilance : tuiles arrachées, vitres brisées, volets arrachés, gouttières tordues, caves et parkings inondés. Pour les locataires qui quittaient leur logement au même moment, la surprise arrive avec l’état des lieux de sortie : le bailleur retient une partie du dépôt de garantie pour des dégâts que le vent a causés. Un volet arraché facturé 800 euros, des vitres à remplacer, un nettoyage de toiture ou des traces d’infiltration imputés au locataire sortant. La question se pose alors simplement : le bailleur a-t-il le droit de garder votre argent pour des dégâts de tempête, et comment le récupérer s’il refuse de le rendre. La réponse tient en deux temps. D’abord, le droit fixe des règles strictes : le dépôt de garantie est plafonné, il doit être restitué dans un délai d’un ou deux mois, et le locataire ne répond pas des dégradations causées par un cas de force majeure comme une tempête exceptionnelle. Ensuite, tout se joue sur la preuve : la comparaison des états des lieux d’entrée et de sortie, les devis et les factures que le bailleur doit produire, et la déclaration rapide du sinistre à l’assurance. Ce guide explique pas à pas, pour Paris et l’Île-de-France, ce que votre bailleur peut retenir, ce qu’il doit vous rendre, et le parcours précis pour récupérer votre dépôt.

I. Votre bailleur peut-il garder votre dépôt de garantie pour des dégâts de tempête ?

A. Dépôt de garantie après la tempête : plafond, délais de restitution et pénalité de retard

Le dépôt de garantie obéit d’abord à un plafond. Lorsqu’un dépôt de garantie est prévu par le contrat de location, « il ne peut être supérieur à un mois de loyer en principal ». Un bailleur parisien qui exige deux mois de dépôt pour une location vide commet donc déjà une première faute, et le trop-perçu doit être restitué. Le même texte dispose : « Un dépôt de garantie ne peut être prévu lorsque le loyer est payable d’avance pour une période supérieure à deux mois » ; toutefois, si le locataire demande ensuite le bénéfice du paiement mensuel, le bailleur peut exiger un dépôt de garantie. Avant même de discuter des dégâts de la tempête, vérifiez donc le montant versé à la signature : tout euro au-delà d’un mois de loyer en principal doit vous revenir.

Vient ensuite le délai de restitution, qui court à compter de la remise des clés au bailleur ou à son mandataire, en main propre ou par lettre recommandée avec demande d’avis de réception. La règle de base est la suivante : « Il est restitué dans un délai maximal de deux mois à compter de la remise en main propre, ou par lettre recommandée avec demande d’avis de réception, des clés au bailleur ou à son mandataire, déduction faite, le cas échéant, des sommes restant dues au bailleur et des sommes dont celui-ci pourrait être tenu, aux lieu et place du locataire, sous réserve qu’elles soient dûment justifiées. » Le bailleur peut donc déduire des loyers impayés, des charges restant dues ou des réparations locatives, mais uniquement des sommes dûment justifiées : chaque euro retenu doit correspondre à une pièce.

Le délai tombe à un mois dans un cas précis, celui où l’état des lieux de sortie est conforme à l’état des lieux d’entrée : « Il est restitué dans un délai maximal d’un mois à compter de la remise des clés par le locataire lorsque l’état des lieux de sortie est conforme à l’état des lieux d’entrée », toujours déduction faite des sommes restant dues et dûment justifiées. Concrètement, si le logement rendu après la tempête ne présente aucune dégradation imputable au locataire, comme l’a jugé le tribunal judiciaire de Bobigny le 30 mars 2026 dans une affaire où l’état des lieux de sortie du 28 juin 2023 ne relevait aucune dégradation, le bailleur doit rendre l’intégralité du dépôt dans le mois qui suit la remise des clés. Dans cette affaire, le dépôt s’élevait à 840 euros et le bailleur, qui avait jusqu’au 28 juillet 2023 pour restituer, ne s’était pas exécuté, accumulant vingt-sept mois de retard que le tribunal a sanctionnés par 2 268 euros de pénalités, soit 84 euros par mois, pour une condamnation totale de 3 108 euros.

Le retard se paie. « A défaut de restitution dans les délais prévus, le dépôt de garantie restant dû au locataire est majoré d’une somme égale à 10 % du loyer mensuel en principal, pour chaque période mensuelle commencée en retard. » Cette pénalité court de plein droit, sans mise en demeure préalable, et elle peut vite dépasser le dépôt lui-même : dans l’affaire jugée à Bobigny, la pénalité de 10 %, soit 84 euros par mois, a atteint 2 268 euros pour vingt-sept mois de retard, et le bailleur a été condamné à payer 3 108 euros au total. La seule excuse admise par le texte tient à l’adresse du locataire : cette majoration n’est pas due lorsque le défaut de restitution résulte de l’absence de transmission par le locataire de l’adresse de son nouveau domicile. Indiquez donc toujours votre nouvelle adresse par écrit lors de la remise des clés, comme le texte vous y invite.

Deux situations particulières méritent l’attention des locataires parisiens, souvent logés en immeuble collectif. Lorsque les locaux se situent dans un immeuble collectif, le bailleur procède à un arrêté des comptes provisoire et peut, lorsqu’elle est dûment justifiée, conserver une provision ne pouvant excéder 20 % du montant du dépôt de garantie jusqu’à l’arrêté annuel des comptes de l’immeuble, et la loi impose ensuite : « La régularisation définitive et la restitution du solde, déduction faite, le cas échéant, des sommes restant dues au bailleur et des sommes dont celui-ci pourrait être tenu en lieu et place du locataire, sont effectuées dans le mois qui suit l’approbation définitive des comptes de l’immeuble ». Une retenue de 20 % pour charges en attente de régularisation reste donc possible en copropriété parisienne, mais elle doit être justifiée et le solde doit suivre l’approbation des comptes. Enfin, en cas de vente du logement loué entre la sortie et la restitution, la restitution incombe au nouveau bailleur, et toute clause contraire n’a d’effet qu’entre les parties à la vente : l’acquéreur d’un appartement occupé à Paris récupère l’obligation de rendre le dépôt avec le bien.

Pour fixer les idées avec un exemple parisien concret : pour un loyer mensuel de 1 400 euros, le dépôt de garantie ne peut dépasser 1 400 euros. Si l’état des lieux de sortie est conforme à celui d’entrée, le bailleur doit rendre les 1 400 euros dans le mois de la remise des clés, déduction faite des seules sommes justifiées. S’il retient 900 euros pour des dégâts de tempête sans les justifier et rend le solde avec quatre mois de retard, la pénalité atteint 140 euros par mois commencé, soit 560 euros, en plus des 900 euros indûment retenus. Le calcul se fait toujours sur le loyer mensuel en principal, hors charges.

B. Dégâts de tempête : le locataire ne répond que de ce qui lui est imputable

Le principe qui protège le locataire après un coup de vent figure dans la loi elle-même. Le texte impose au locataire : « De répondre des dégradations et pertes qui surviennent pendant la durée du contrat dans les locaux dont il a la jouissance exclusive, à moins qu’il ne prouve qu’elles ont eu lieu par cas de force majeure, par la faute du bailleur ou par le fait d’un tiers qu’il n’a pas introduit dans le logement ». Trois portes de sortie existent donc : la force majeure, la faute du bailleur et le fait d’un tiers étranger au logement. Les dégâts d’une tempête relèvent de la première lorsqu’elle est exceptionnelle, et souvent de la deuxième lorsque le gros œuvre ou la toiture étaient mal entretenus. Le Code civil dit la même chose à sa manière : « Il répond des dégradations ou des pertes qui arrivent pendant sa jouissance, à moins qu’il ne prouve qu’elles ont eu lieu sans sa faute. » Et lorsque l’état des lieux a été dressé, « celui-ci doit rendre la chose telle qu’il l’a reçue, suivant cet état, excepté ce qui a péri ou a été dégradé par vétusté ou force majeure ». Ce qui a péri par vétusté ou par force majeure ne se rend pas, ne se répare pas et ne se retient pas sur le dépôt de garantie.

La force majeure elle-même est définie par le Code civil : « Il y a force majeure en matière contractuelle lorsqu’un événement échappant au contrôle du débiteur, qui ne pouvait être raisonnablement prévu lors de la conclusion du contrat et dont les effets ne peuvent être évités par des mesures appropriées, empêche l’exécution de son obligation par le débiteur. » Trois caractères cumulatifs en découlent : l’extériorité, l’imprévisibilité et l’irrésistibilité. Les juges appliquent cette grille aux tempêtes au cas par cas. Le tribunal judiciaire de Toulon, statuant le 2 octobre 2025 sur les dégâts de la tempête survenue en Corse le 18 août 2022, a jugé que la tempête en cause, en raison de son exceptionnelle gravité, présentait un caractère d’imprévisibilité qui, joint aux caractères d’irrésistibilité et d’extériorité, en faisait un cas de force majeure, en s’appuyant sur des rafales d’une violence jamais observée auparavant. Le tribunal en a déduit que le preneur ne répondait pas des pertes non imputables survenues pendant sa jouissance, au regard des articles 1730 et 1732 du code civil, et il a constaté la résolution des contrats sans retenir aucune faute contre celui qui avait restitué la caution. Rendue à propos d’une location, cette décision illustre la méthode que les juges suivent pour les baux d’habitation : une tempête d’une gravité exceptionnelle, établie par des relevés officiels, exonère le locataire.

Pour les tempêtes Austen et Boelo d’octobre 2026, placées sous vigilance vents violents à Paris et en Île-de-France, la même démonstration doit être faite pièce par pièce : bulletins et relevés de Météo-France, coupures et chutes d’arbres constatées dans le quartier, arrêtés éventuels, photographies datées des dégâts. Un simple coup de vent de saison, prévisible et d’intensité ordinaire, ne constitue pas une force majeure, et le tribunal de Toulon le rappelle en creux : seule une tempête exceptionnelle par rapport aux phénomènes habituels réunit les trois caractères. Mais l’issue reste favorable au locataire dans un second cas de figure : lorsque les dégâts s’expliquent par un défaut d’entretien de l’immeuble. Des tuiles descellées depuis des mois, une toiture jamais démoussée, des gouttières obstruées qui débordent à la première pluie ou un volet aux attaches rongées par la rouille relèvent de la faute du bailleur. Or la loi oblige le bailleur : « D’entretenir les locaux en état de servir à l’usage prévu par le contrat et d’y faire toutes les réparations, autres que locatives, nécessaires au maintien en état et à l’entretien normal des locaux loués ». La toiture, la charpente, les gouttières et le gros œuvre appartiennent à cette catégorie : leur défaillance face au vent ne peut pas être facturée au locataire sortant.

Le même raisonnement s’applique aux menues réparations et aux réparations locatives. Le locataire prend à sa charge l’entretien courant et les réparations locatives définies par le décret du 26 août 1987, « sauf si elles sont occasionnées par vétusté, malfaçon, vice de construction, cas fortuit ou force majeure ». L’annexe de ce décret range par exemple parmi les réparations locatives la « réfection des mastics » et le « remplacement des vitres détériorées » : une vitre que le locataire a brisée en claquant la fenêtre reste à sa charge, mais une baie vitrée soufflée par une rafale de tempête relève de la force majeure et ne peut pas être retenue sur le dépôt. La frontière passe toujours par la cause du désordre, jamais par sa seule existence sur l’état des lieux de sortie.

Lorsque le logement lui-même est partiellement détruit par l’événement climatique, un autre texte prend le relais : « si elle n’est détruite qu’en partie, le preneur peut, suivant les circonstances, demander ou une diminution du prix, ou la résiliation même du bail », et dans les deux cas sans dédommagement à verser au bailleur. Un appartement parisien dont une pièce devient inhabitable après l’arrachement de la toiture ouvre ainsi droit à une baisse de loyer ou à un départ anticipé, ce qui rejoint le régime des infiltrations et dégâts des eaux après la tempête : réparation, preuve et diminution du loyer marchent ensemble. Et si aucun état des lieux n’a été dressé à l’entrée, le locataire bénéficie d’une présomption favorable, car « S’il n’a pas été fait d’état des lieux, le preneur est présumé les avoir reçus en bon état de réparations locatives, et doit les rendre tels, sauf la preuve contraire » : au bailleur de prouver l’état initial et la dégradation imputable, ce qui rend toute retenue pour dégâts de tempête particulièrement fragile sans état des lieux d’entrée.

II. Comment récupérer votre dépôt de garantie après la tempête à Paris et en Île-de-France ?

A. Prouver que les dégâts viennent de la tempête et contester chaque euro retenu

La bataille du dépôt de garantie se gagne sur les états des lieux. L’état des lieux obéit à des formes précises : il « est établi contradictoirement et amiablement par les parties ou par un tiers mandaté par elles et joint au contrat de location ». Si les parties ne parviennent pas à l’établir ensemble, il est établi par un commissaire de justice, sur l’initiative de la partie la plus diligente, « sur l’initiative de la partie la plus diligente, à frais partagés par moitié entre le bailleur et le locataire », les parties devant en être avisées par le commissaire de justice au moins sept jours à l’avance par lettre recommandée avec demande d’avis de réception. À Paris, où les sorties s’enchaînent et où les agences programment des états des lieux expéditifs, exiger un constat contradictoire précis, pièce par pièce, avec photographies, change tout : chaque dégât de tempête doit être décrit, localisé et daté, avec la mention de sa cause apparente.

La cour d’appel de Paris a rappelé le 14 avril 2026, dans un arrêt rendu entre un bailleur et ses anciens locataires d’un appartement meublé, que la comparaison des deux états des lieux décide de tout. Le bail portait sur un loyer de 2 000 euros et un dépôt de garantie de 4 000 euros ; l’état des lieux de sortie signé le 31 mai 2022 constatait des dégradations et le bailleur avait retenu 3 396 euros pour ne restituer que 604 euros. La cour a relevé que les états des lieux d’entrée et de sortie, tous deux contradictoires, autorisent une comparaison précise de l’état du logement, et que leur examen comparatif fait apparaître plusieurs dégradations allant au-delà de la simple usure normale, expressément mentionnées dans l’état des lieux de sortie et corroborées par des photographies. Elle a validé la retenue parce que chaque poste était justifié par des devis, des factures et des relevés bancaires : des retenues ne sont admises que si elles correspondent à des dégradations excédant l’usure normale et si elles sont justifiées par des devis ou des factures. Le miroir de cette décision éclaire votre situation : sans comparaison précise entre l’entrée et la sortie, sans dépassement de l’usure normale et sans devis ni facture, une retenue pour dégâts de tempête ne tient pas. Réclamez donc systématiquement au bailleur, par écrit, la copie des états des lieux comparés et chaque justificatif de chaque somme retenue.

Constituez en parallèle votre propre dossier de preuve climatique. Conservez les bulletins de vigilance et demandez les relevés de vents de la station Météo-France la plus proche de votre arrondissement ou de votre commune d’Île-de-France. Photographiez les dégâts le jour même, avec un journal ou un écran daté dans le champ si possible, et faites établir si nécessaire un constat de commissaire de justice : à Paris, les études interviennent en quelques jours et le procès-verbal fait foi jusqu’à preuve contraire. Si le bailleur a fait établir l’état des lieux de sortie sans vous, contestez-le immédiatement par lettre recommandée et demandez un contre-constat. Rassemblez aussi les attestations de voisins qui ont subi les mêmes dégâts, les signalements de la copropriété et les interventions des pompiers ou des services de la Ville : une toiture arrachée sur tout l’immeuble ou des volets arrachés sur toute la façade prouvent mieux que tout discours que le vent, et non le locataire, est en cause.

Déclarez ensuite le sinistre à votre assurance habitation sans attendre. La loi oblige l’assuré à « donner avis à l’assureur, dès qu’il en a eu connaissance et au plus tard dans le délai fixé par le contrat, de tout sinistre de nature à entraîner la garantie de l’assureur ». Elle ajoute : « Ce délai ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés ». Ce délai minimal de cinq jours ouvrés court dès que vous avez connaissance du sinistre : une déclaration tardive expose à une déchéance de garantie si l’assureur prouve un préjudice, sauf cas fortuit ou force majeure. Or la garantie tempête est automatique dans les contrats multirisques : « ouvrent droit à la garantie de l’assuré contre les effets du vent dû aux tempêtes, ouragans et cyclones, sur les biens faisant l’objet de tels contrats » les contrats d’assurance garantissant les dommages d’incendie ou tous autres dommages à des biens situés en France. Déclarez donc par lettre recommandée ou par l’espace en ligne de l’assureur, joignez photos et factures de première urgence, et conservez le récépissé : cette déclaration protège à la fois votre indemnisation et votre argumentaire contre la retenue, puisqu’elle établit officiellement la cause climatique des désordres.

Pensez enfin aux compléments d’état des lieux que la loi vous ouvre. Le locataire peut demander au bailleur de compléter l’état des lieux d’entrée « dans un délai de dix jours à compter de son établissement », et précise : « Si cette demande est refusée, le locataire peut saisir la commission départementale de conciliation territorialement compétente ». Pendant le premier mois de la période de chauffe, il peut aussi demander que l’état des lieux soit complété par l’état des éléments de chauffage. Après une tempête d’automne à Paris, ces fenêtres de dix jours et d’un mois permettent de faire consigner noir sur blanc l’état réel des équipements de chauffage, des huisseries et des occultations avant que le bailleur n’impute au locataire des désordres anciens révélés par le vent.

B. Mise en demeure, conciliation et juge : le parcours parisien dans l’ordre utile

Commencez toujours par une mise en demeure écrite, envoyée en lettre recommandée avec demande d’avis de réception au bailleur ou à l’agence qui gère le bien parisien. Rappelez le montant du dépôt versé, la date de remise des clés, le délai applicable d’un ou deux mois selon la conformité des états des lieux, et le décompte précis des sommes dont vous exigez la restitution, poste par poste, avec la pénalité de 10 % du loyer mensuel par mois de retard commencée. Joignez les pièces qui écartent votre responsabilité : comparaison des états des lieux, photographies de la tempête, relevés de vents, déclaration d’assurance et devis montrant que les désordres relèvent de la force majeure ou du défaut d’entretien de l’immeuble. Fixez un délai de paiement de huit à quinze jours et conservez une copie de tout : ce courrier servira de point de départ chiffré devant le conciliateur puis devant le juge, et il interrompt toute discussion sur une prétendue ignorance de vos demandes.

En cas de refus ou de silence, saisissez la commission départementale de conciliation de Paris si le logement s’y trouve, ou celle du département de votre logement en Île-de-France. Cette commission, composée à parité de représentants des bailleurs et des locataires, tente de rapprocher les parties sur les litiges relatifs au dépôt de garantie, aux charges et aux réparations : la saisine se fait par lettre recommandée exposant les faits, le montant réclamé et les pièces, et la séance donne lieu à un avis ou à un accord. Un accord signé devant la commission vaut titre et permet d’obtenir le paiement sans procès. Même en cas d’échec, l’avis de la commission pèse devant le juge, qui constate que le locataire a cherché une solution amiable avant d’assigner. Les délais de traitement varient selon les départements franciliens, de quelques semaines à quelques mois : saisissez-la dès la fin du délai de restitution, sans attendre que la dette de pénalités s’accumule pendant des mois comme dans l’affaire de Bobigny où vingt-sept mois de retard avaient porté la condamnation à 3 108 euros.

Le dernier recours appartient au juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire, à Paris comme dans chaque département d’Île-de-France selon la situation du logement. Demandez la restitution du solde du dépôt, la pénalité de 10 % par mois de retard commencée jusqu’au paiement effectif, les intérêts et le remboursement de vos frais. Le juge appliquera la grille rappelée par la cour d’appel de Paris : comparaison des états des lieux, dépassement de l’usure normale, devis et factures à la charge du bailleur qui retient. Si l’état des lieux de sortie ne mentionne aucune dégradation, comme dans l’affaire de Bobigny, la cause est entendue et la condamnation suit, assortie de la pénalité mensuelle. Si le bailleur produit des justificatifs, discutez-en un par un : devis non suivi de facture pour des travaux jamais réalisés, usure normale présentée comme dégradation, vétusté imputée au locataire, dégâts de tempête relevant de la force majeure ou de l’entretien du gros œuvre. Chaque poste sans facture ni preuve de paiement effectif, chaque désordre climatique et chaque réparation incombant au bailleur au titre de l’entretien de l’immeuble doit être écarté de la retenue.

À Paris et en Île-de-France, trois réflexes pratiques font la différence. D’abord, faites constater vite : un commissaire de justice parisien peut dresser un procès-verbal des dégâts de tempête dans les jours qui suivent, avant toute réparation du bailleur, et ce constat fige la cause climatique des désordres. Ensuite, ne laissez pas passer les délais : déclarez le sinistre à l’assurance dans les cinq jours ouvrés, demandez le complément d’état des lieux dans les dix jours, et mettez en demeure dès l’expiration du délai de restitution d’un ou deux mois. Enfin, chiffrez tout : dépôt plafonné à un mois de loyer, retenue de 20 % maximum pour les charges en copropriété dans l’attente de l’arrêté des comptes, pénalité de 10 % du loyer mensuel par mois de retard. Un dossier chiffré, daté et sourcé obtient un accord en conciliation ou une condamnation au fond, quand un dossier approximatif s’enlise.

Conclusion

Après une tempête à Paris ou en Île-de-France, votre bailleur ne peut pas retenir votre dépôt de garantie pour des dégâts causés par le vent dès lors que la tempête présente un caractère exceptionnel ou que les désordres relèvent de l’entretien de l’immeuble : la force majeure, la faute du bailleur et la vétusté excluent toute retenue, et chaque somme déduite doit être dûment justifiée par des devis ou des factures confrontés à la comparaison des états des lieux d’entrée et de sortie. Le dépôt, plafonné à un mois de loyer, doit vous être restitué dans un délai d’un mois si l’état des lieux de sortie est conforme à celui d’entrée, et de deux mois dans le cas contraire, avec une pénalité de 10 % du loyer mensuel pour chaque mois de retard commencé. Constituez dès les premiers jours votre dossier climatique, déclarez le sinistre à votre assurance, exigez chaque justificatif par écrit, puis suivez l’ordre utile : mise en demeure, commission départementale de conciliation et juge des contentieux de la protection. Les décisions rendues en 2025 et 2026 montrent que les juges valident les retenues prouvées et sanctionnent lourdement les rétentions injustifiées : à dossier égal, c’est le locataire méthodique qui récupère son argent.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».