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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Congé pour reprise reçu à Paris : vérifier sa validité, le contester et obtenir des délais (2026)

Vous avez reçu un congé pour reprise et votre bailleur vous demande de libérer votre logement parisien pour y installer l’un de ses enfants, son conjoint ou lui-même. Avant de préparer vos cartons ou de refuser en bloc, vérifiez ce papier point par point : un congé pour reprise ne produit ses effets que s’il respecte des mentions obligatoires, un préavis de six mois et un motif réel et sérieux. À défaut, le juge peut l’annuler et le bail se poursuit. Deux décisions parisiennes très récentes montrent comment les juges tranchent en 2026. Le 10 septembre 2026, la cour d’appel de Paris (pôle 4, chambre 3, RG 24/06229) a validé le congé pour reprise d’un studio parisien délivré au profit des deux filles étudiantes de la bailleresse, venues prendre leur indépendance. Le 1er octobre 2026, le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Paris (RG 26/01767) a validé un congé pour reprise délivré au profit du fils du bailleur dans un appartement occupé depuis plus de trente ans par les mêmes locataires, alors même que ceux-ci dénonçaient trois congés successifs et une manœuvre pour évincer la belle-famille. Dans les deux affaires, les locataires ont perdu parce que leur contestation ne démontrait pas la fraude et parce que le congé respectait les exigences de l’article 15 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989. Cet article explique la méthode complète : contrôler la forme du congé, attaquer le motif lorsqu’il est artificiel, invoquer les protections légales quand vous y avez droit, et gagner des délais même lorsque le congé est validé.

I. Le congé pour reprise que vous avez reçu est-il valable ?

Un congé pour reprise obéit à un régime fermé. La première question n’est pas de savoir si le projet de votre bailleur vous arrange, mais si l’acte qu’il vous a fait délivrer tient juridiquement. Les juges parisiens appliquent en 2026 une grille stable, directement issue de la Cour de cassation : contrôle de la forme, puis contrôle du caractère réel et sérieux du motif, avec une charge de la preuve qui pèse différemment selon que vous invoquez la nullité ou la fraude.

A. Mentions obligatoires, bénéficiaire désigné et préavis de six mois : le contrôle de la forme

Le congé délivré par le bailleur doit indiquer le motif allégué, et en cas de reprise, les nom et adresse du bénéficiaire ainsi que la nature du lien entre le bailleur et ce bénéficiaire. Le cercle des bénéficiaires possibles est fermé : le bailleur lui-même, son conjoint, le partenaire auquel il est lié par un pacte civil de solidarité enregistré à la date du congé, son concubin notoire depuis au moins un an à la date du congé, ses ascendants, ses descendants ou ceux de son conjoint, de son partenaire ou de son concubin notoire. Un congé qui reprend le logement pour un neveu, un ami ou une société est nul, car aucune de ces personnes n’entre dans la liste légale. Vérifiez donc les trois lignes du congé : qui reprend, où habite cette personne, quel lien l’unit au bailleur. Dans le jugement parisien du 1er octobre 2026, le tribunal a d’abord relevé que le congé précisait le bénéficiaire, en l’espèce le fils du bailleur, né le 3 juillet 1987, avec son adresse, et qu’il contenait ainsi les mentions légales nécessaires établissant la régularité du congé en sa forme. Cette vérification préalable conditionne tout le reste : si une mention manque, le congé encourt la nullité et il devient inutile de débattre du fond.

Le deuxième point de forme porte sur le délai. Le préavis applicable au congé qui émane du bailleur est de six mois. Ce délai court à compter de la notification et le congé doit prendre effet à l’échéance du bail. Pour un bailleur personne physique, le contrat de location est conclu pour une durée au moins égale à trois ans, de sorte qu’un congé notifié en cours de période pour un motif de reprise ne peut pas interrompre le bail avant son terme : il doit être délivré au moins six mois avant l’échéance. Un congé délivré tardivement ne vous expulse pas à la date indiquée ; ses effets sont reportés. Conservez l’enveloppe, l’accusé de réception et l’acte de commissaire de justice : la date exacte de notification détermine le point de départ du préavis et, en cas de litige, le juge recompte les mois au jour près. Enfin, une notice d’information relative aux obligations du bailleur et aux voies de recours et d’indemnisation du locataire est jointe au congé délivré par le bailleur en raison de sa décision de reprendre le logement. Son absence ne rend pas automatiquement le congé nul, mais elle prive le bailleur d’un argument de bonne information et elle vous donne la liste officielle de vos recours : lisez-la avant toute démarche.

À Paris et en Île-de-France, ce contrôle de forme se joue le plus souvent devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Paris, seul compétent pour les baux d’habitation du ressort. Les deux décisions parisiennes de l’automne 2026 ont été rendues par ce juge puis par la cour d’appel de Paris, ce qui donne à leurs solutions un poids direct pour tous les locataires du ressort : mêmes mentions exigées, même lecture du préavis, mêmes pièces attendues de part et d’autre. Si vous êtes locataire à Paris, adressez votre contestation à cette juridiction et joignez dès le premier courrier le bail, le congé, les justificatifs de notification et, le cas échéant, les échanges avec le bailleur sur le motif réel du départ demandé.

B. Motif réel et sérieux : ce que le juge vérifie depuis la délivrance du congé

Lorsque le bailleur donne congé à son locataire pour reprendre le logement, il doit justifier du caractère réel et sérieux de sa décision de reprise. Cette justification ne se limite pas à une formule : la cour d’appel de Paris rappelle dans son arrêt du 10 septembre 2026 que le bailleur doit justifier du caractère réel et sérieux de sa décision de reprise lorsqu’il donne congé; il doit donc motiver précisément le congé, c’est à dire indiquer les raisons de la reprise. Un congé qui se borne à écrire que le bailleur reprend pour sa fille, sans expliquer pourquoi ce logement précis et pourquoi maintenant, expose le bailleur à l’annulation. En cas de contestation, le juge peut, même d’office, vérifier la réalité du motif du congé et le respect des obligations prévues par la loi, et il peut notamment déclarer non valide le congé si la non-reconduction du bail n’apparaît pas justifiée par des éléments sérieux et légitimes. Le contrôle porte donc sur la réalité du projet, pas sur sa simple affirmation.

Ce contrôle peut s’exercer dès la délivrance du congé, sans attendre de savoir si le bénéficiaire s’est effectivement installé : la loi du 24 mars 2014 a consacré la possibilité d’un contrôle a priori, et non pas seulement a posteriori. Concrètement, vous pouvez saisir le juge dès que vous recevez un congé dont le motif vous paraît artificiel, sans attendre la fin du préavis. Mais ce contrôle a une limite que les locataires perdent souvent de vue : il n’implique pas un contrôle de l’opportunité même de la décision de reprise. Le juge vérifie que le projet existe et qu’il est sérieux ; il ne dit pas au bailleur comment loger sa famille. Dans l’affaire parisienne du studio, la locataire soutenait qu’aucune des deux filles n’était inscrite dans une université parisienne et que le congé mentionnait seulement une intention de poursuivre des études à Paris. La cour a répondu que la décision de reprendre le logement loué pour y loger une de ses deux filles, âgées de 20 ans au moment de la délivrance du congé, résidant à son domicile et souhaitant prendre leur indépendance, caractérise suffisamment la volonté de reprendre le logement, s’agissant d’un studio adapté à un jeune étudiant, et que le fait qu’aucune de ses filles ne soit inscrite dans un établissement d’étude parisien n’est pas suffisant à remettre en cause la légitimité de ce choix, le parcours d’études se construisant progressivement. La bailleresse justifiait en outre en appel que ses deux filles étaient toujours étudiantes, sans revenus propres permettant de prendre leur indépendance, et logées encore au domicile familial. Moralité : pour faire annuler un congé, il ne suffit pas de relever une imprécision ou un changement de projet ; il faut démontrer que le projet n’a jamais existé.

La Cour de cassation a fixé la règle d’appréciation que les juges parisiens appliquent : dans son arrêt du 12 octobre 2023 (troisième chambre civile, pourvoi n° 22-18.580, publié au bulletin), elle juge que pour apprécier, au jour de la délivrance du congé, le caractère réel et sérieux de l’intention du bailleur de reprendre le logement pour l’habiter à titre de résidence principale, le juge peut tenir compte d’éléments postérieurs, dès lors qu’ils sont de nature à établir cette intention. Autrement dit, le bailleur peut produire après coup des pièces qui confirment l’intention annoncée au jour du congé : certificats de scolarité, attestations, preuves de recherches de logement, situation de famille. Retrouvez cet arrêt sur Cour de cassation (3e civ., 12 octobre 2023, pourvoi n° 22-18.580). Pour le locataire, la conséquence est directe : une contestation qui se contente de critiquer le congé au jour de sa réception, sans apporter d’éléments sur l’absence de projet réel, échoue. Rassemblez des preuves contraires : logement du bénéficiaire déjà adapté et stable, déclarations contradictoires du bailleur, mise en vente parallèle du bien, relogement effectif du bénéficiaire ailleurs, absence durable d’installation après votre départ.

Le jugement du 1er octobre 2026 illustre l’exigence de preuve du côté locataire. Les occupants, installés depuis plus de trente ans, invoquaient trois congés successifs : un premier congé pour reprise au bénéfice de la fille en 2018 sans suite, un second en 2021 avec la même bénéficiaire suivi d’une assignation radiée, puis le congé litigieux de 2024 au bénéfice du fils. Le tribunal a jugé que les précédents congés n’ayant pas été menés à leur terme, il ne peut en être fait le reproche au bailleur d’un éventuel caractère frauduleux du congé objet du présent litige. Il a relevé que le fils, âgé de 39 ans, ingénieur, fiancé selon un certificat de fiançailles de 2025, occupait un appartement de 65,70 mètres carrés loi Carrez appartenant à sa mère, substantiellement plus petit que le logement litigieux de 96 mètres carrés, et que les locataires n’apportaient aucun élément prouvant l’absence d’intention de déménager. L’argument tiré du divorce du bailleur et d’une volonté d’évincer la belle-famille a été écarté faute d’un commencement de preuve. Trois enseignements pour votre dossier : un congé antérieur abandonné ne prouve pas la fraude du suivant ; la comparaison des surfaces et de la situation familiale du bénéficiaire joue en faveur du bailleur quand le besoin de se loger est cohérent ; une suspicion, même alimentée par un contexte familial tendu, ne remplace jamais une preuve.

II. Comment contester un congé pour reprise et obtenir des délais ?

Une fois le congé reçu, deux batailles distinctes s’ouvrent : faire reconnaître qu’il est nul ou frauduleux, et, si le congé est validé, obtenir le maximum de temps et limiter les sommes réclamées. Ces deux batailles obéissent à des règles différentes et se plaident devant le même juge. Les connaître évite l’erreur la plus fréquente : tout miser sur la fraude sans préparer le plan de repli des délais.

A. Fraude, nullité et sanctions : prouver au lieu de soupçonner

Quand le congé est mensonger, la loi prévoit des sanctions lourdes. Le fait pour un bailleur de délivrer un congé justifié frauduleusement par sa décision de reprendre ou de vendre le logement est puni d’une amende pénale dont le montant ne peut être supérieur à 6 000 euros pour une personne physique et à 30 000 euros pour une personne morale, et le montant de l’amende est proportionné à la gravité des faits constatés. Surtout, le locataire est recevable dans sa constitution de partie civile et la demande de réparation de son préjudice. Vous pouvez donc, en parallèle de l’action civile en nullité, déposer plainte et demander réparation de votre préjudice devant le juge pénal : frais de déménagement, différence de loyer, trouble de jouissance. Sur le terrain civil, tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer : un congé frauduleux ouvre droit à des dommages et intérêts dès lors que la faute et le préjudice sont établis. Conservez toutes les traces utiles : annonces de mise en vente ou de relocation du bien après votre départ, installation d’un tiers sans lien avec le bénéficiaire désigné, courriers contradictoires du bailleur, témoignages sur l’absence d’installation du bénéficiaire dans l’année qui suit.

Mais la charge de la preuve de la fraude repose sur vous. La cour d’appel de Paris le rappelle sans détour : le juge doit rechercher, lorsqu’une fraude est invoquée par le preneur, si celle-ci existe, étant précisé qu’il appartient au preneur de rapporter la preuve de cette fraude et que l’appréciation des juges du fond est souveraine en la matière. La cour vise à l’appui trois arrêts de la troisième chambre civile de la Cour de cassation (24 janvier 1996, 11 juin 1997 pourvoi n° 96-20.020, 18 février 2004 pourvoi n° 01-16.664). Concrètement, le doute profite au bailleur quand le congé est régulier en la forme et que le projet paraît cohérent. Ne vous contentez donc pas d’affirmer que le motif est un prétexte : produisez des pièces qui établissent positivement le mensonge, comme un bail signé avec un nouveau locataire sans lien familial, une promesse de vente concomitante, ou la preuve que le bénéficiaire désigné s’est durablement installé ailleurs. Et agissez vite : assignez devant le juge des contentieux de la protection avant l’expiration du préavis quand c’est possible, afin que la validité du congé soit tranchée avant que le bailleur ne réclame votre départ. Si le congé est annulé, le bail se poursuit aux mêmes conditions et le bailleur devra, pour vous faire partir, délivrer un nouveau congé régulier à la prochaine échéance.

Deux protections légales spécifiques peuvent paralyser un congé pourtant régulier. D’abord, la protection liée à l’âge et aux ressources : le bailleur ne peut s’opposer au renouvellement du contrat en donnant congé à l’égard de tout locataire âgé de plus de soixante-cinq ans et dont les ressources annuelles sont inférieures à un plafond de ressources en vigueur pour l’attribution des logements locatifs conventionnés, sans qu.un logement correspondant à ses besoins et à ses possibilités soit mis à sa disposition dans les limites géographiques prévues par la loi. La même protection joue quand le locataire a à sa charge une personne de plus de soixante-cinq ans vivant habituellement dans le logement et remplissant la condition de ressources, avec un plafond cumulé pour l’ensemble du foyer. L’âge s’apprécie à la date d’échéance du contrat et les ressources à la date de notification du congé. Si vous avez plus de soixante-cinq ans avec de faibles ressources, vérifiez si le bailleur a mis à votre disposition un relogement correspondant à vos besoins et à vos possibilités dans le périmètre légal : à défaut d’offre, le congé ne peut pas vous priver du renouvellement. Attention à l’exception symétrique : cette protection ne s’applique pas lorsque le bailleur est lui-même une personne physique âgée de plus de soixante-cinq ans ou si ses ressources annuelles sont inférieures au même plafond. Comparez donc les situations des deux côtés avant d’invoquer ce moyen.

Ensuite, la procédure liée à l’état de l’immeuble peut suspendre le congé. La possibilité pour un bailleur de donner congé et la durée du bail sont suspendues à compter de l’engagement de la procédure contradictoire prévue pour la sécurité et la salubrité des immeubles bâtis, et cette suspension est levée au plus tard six mois après, faute de notification d’un arrêté ou d’abandon de la procédure. Quand l’autorité administrative a notifié un arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l’insalubrité, pris à l’issue d’une procédure contradictoire avec la personne tenue d’exécuter les mesures en application de l’article L. 511-10 du code de la construction et de l’habitation, ce sont les règles protectrices des occupants d’immeubles frappés d’un tel arrêté qui s’appliquent. Si votre immeuble parisien fait l’objet d’un arrêté de péril ou d’insalubrité, signalez-le au juge : le congé délivré pendant la période de suspension ne peut pas produire effet. Enfin, si le bailleur a choisi la vente plutôt que la reprise, le régime change : le congé vaut offre de vente au profit du locataire avec un droit de préemption et des délais propres, que décrit l’article consacré au congé pour vente reçu à Paris : préemption, délais et contestation d’un congé frauduleux. Vérifiez la nature exacte du congé que vous avez reçu avant de choisir vos moyens : un congé pour reprise ne donne aucun droit de préemption, et un congé pour vente n’autorise pas le bailleur à relouer librement après votre départ.

B. Congé validé : indemnité d’occupation, expulsion et délais à Paris et en Île-de-France

Quand le congé est déclaré valable, vous devenez occupant sans droit ni titre à compter de sa date d’effet, mais vous ne devez pas quitter les lieux précipitamment ni cesser tout paiement : chaque étape obéit à des délais que le bailleur doit respecter. Le premier poste financier est l’indemnité d’occupation due jusqu’à la libération effective. Dans le jugement parisien du 1er octobre 2026, le tribunal a fixé le montant de l’indemnité d’occupation mensuelle à une somme égale au montant mensuel du loyer indexé et des charges qui auraient été dus si le bail s’était poursuivi, sans majoration, avec intérêts au taux légal à compter de l’exigibilité de chacune des échéances. Retenez la méthode : le bailleur ne peut pas appliquer unilatéralement une majoration punitive, et toute somme supérieure au dernier loyer indexé augmenté des charges doit être justifiée. Continuez à payer l’équivalent du loyer et des charges pendant la période litigieuse : des paiements réguliers démontrent votre bonne volonté, critère que le juge retiendra au moment d’accorder des délais, et ils évitent l’accumulation d’intérêts au taux légal.

L’expulsion elle-même suppose une procédure complète que le bailleur ne peut pas contourner. Après le jugement, il doit faire signifier un commandement d’avoir à libérer les lieux, puis attendre deux mois : si l’expulsion porte sur un lieu habité par la personne expulsée ou par tout occupant de son chef, elle ne peut avoir lieu qu’à l’expiration d’un délai de deux mois qui suit le commandement. Pendant ce délai, vous pouvez quitter volontairement, négocier un départ amiable avec échéancier, ou saisir le juge pour demander des délais supplémentaires. Le juge peut en effet accorder des délais renouvelables aux occupants de lieux habités dont l’expulsion a été ordonnée judiciairement, chaque fois que le relogement des intéressés ne peut avoir lieu dans des conditions normales, et le juge qui ordonne l’expulsion peut accorder les mêmes délais, dans les mêmes conditions, en application de l’article L. 412-3 du code des procédures civiles d’exécution. La durée de ces délais ne peut, en aucun cas, être inférieure à un mois ni supérieure à un an, et pour leur fixation, il est tenu compte de la bonne ou mauvaise volonté manifestée par l’occupant dans l’exécution de ses obligations, des situations respectives du propriétaire et de l’occupant, ainsi que des circonstances locales, conformément à l’article L. 412-4 du même code. Préparez un dossier de relogement concret : attestations de recherches, inscriptions auprès des organismes de logement social, justificatifs de revenus, composition du foyer, état de santé, scolarisation des enfants. Un dossier vide fait rater des délais qu’un dossier documenté obtient.

Pour les sommes d’argent restant dues, un autre délai existe : le juge peut, compte tenu de la situation du débiteur et en considération des besoins du créancier, reporter ou échelonner, dans la limite de deux années, le paiement des sommes dues, en application de l’article 1343-5 du code civil. Cette disposition permet d’étaler sur vingt-quatre mois au maximum les arriérés d’indemnités d’occupation ou les condamnations pécuniaires, avec suspension des procédures d’exécution engagées par le créancier pendant le délai accordé. Demandez ces délais de paiement dans la même assignation que les délais pour quitter les lieux : les deux se cumulent et le juge statue en une fois sur votre calendrier global. À Paris, anticipez aussi la phase administrative : si le bailleur obtient le jugement d’expulsion, il devra demander le concours de la force publique au préfet, et un refus du préfet ouvre droit à indemnisation par l’État, comme l’explique l’article sur le préfet qui refuse le concours de la force publique et l’indemnisation par l’État. Cette phase ajoute souvent plusieurs mois avant toute expulsion effective. Et si votre litige porte plus largement sur la fin du bail, la procédure d’expulsion du locataire doit être menée dans les règles, du commandement jusqu’au concours de la force publique, sous peine d’irrégularités que vous pourrez faire sanctionner.

En pratique, dans le ressort parisien, organisez votre défense en trois temps. D’abord, dans les jours qui suivent la réception du congé, faites vérifier la forme : bénéficiaire, lien de parenté, préavis de six mois, date d’effet à l’échéance, notice d’information jointe. Ensuite, si la forme est régulière, évaluez honnêtement le fond : le projet du bénéficiaire est-il documenté et cohérent avec la taille du logement, comme les deux studios et appartements parisiens validés à l’automne 2026, ou s’agit-il d’un prétexte démontrable par des pièces ? Enfin, préparez simultanément la demande de délais : dossier de relogement, preuves de paiement, situation personnelle et financière. Les locataires parisiens qui obtiennent le plus du juge sont ceux qui contestent le congé sur des moyens précis tout en démontrant qu’ils préparent activement leur départ : cette double posture crédibilise la contestation et maximise les délais si le congé est validé.

Conclusion

Un congé pour reprise n’est ni une simple lettre ni une décision définitive : c’est un acte encadré dont chaque ligne se contrôle. Vérifiez le bénéficiaire et le lien de parenté, recomptez le préavis de six mois, exigez un motif précis et réel, et comparez le projet annoncé à la réalité des pièces. Les décisions parisiennes de septembre et octobre 2026 confirment la sévérité des juges envers les contestations sans preuve : une fraude alléguée sans pièce, des congés anciens abandonnés, des soupçons familiaux ou une simple imprécision sur le parcours d’études du bénéficiaire ne suffisent pas à annuler un congé régulier. En revanche, un congé sans mention obligatoire, un bénéficiaire hors du cercle légal, un préavis non respecté, un projet inexistant démontré par des pièces, un locataire âgé à faibles ressources sans offre de relogement ou un immeuble frappé d’un arrêté de mise en sécurité ouvrent des moyens sérieux d’annulation ou de suspension. Et même lorsque le congé est validé, le droit organise votre temps : deux mois après le commandement avant toute expulsion, des délais renouvelables d’un mois à un an selon votre situation, un étalement des sommes dues jusqu’à deux ans, et les phases administratives du concours de la force publique. La bonne stratégie consiste à contester vite sur des moyens documentés tout en préparant dès le premier jour le dossier de délais qui vous protégera si le congé est maintenu.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».