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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Eau du robinet : danger et interdiction de boire dans 18 communes, que faire, qui paie et comment être indemnisé

Le 6 octobre 2026 au matin, les habitants de dix-huit communes des Hautes-Pyrénées ont appris que l’eau de leur robinet n’était plus potable. Des analyses réalisées sur le réseau du syndicat mixte d’alimentation en eau potable de l’Arize ont révélé une contamination bactériologique, une bactérie qui serait selon France 3 Régions probablement de type Escherichia coli. La consigne diffusée par les mairies est nette : ne plus boire l’eau du robinet, ne plus l’utiliser pour se laver les dents ni pour préparer les repas, et la faire bouillir pendant cinq minutes avant tout usage alimentaire. Les services du syndicat ont procédé à un chlorage du réseau et l’agence régionale de santé doit réaliser de nouveaux prélèvements dans la journée, avec des résultats attendus pour jeudi selon La Semaine des Pyrénées. Les communes concernées sont Anères, Aventignan, Bazus-Neste, Bize, Bizous, Gazave, Générest, Hautaget, Lombrès, Mazouau, Montégut, Montoussé, Montsérié, Nestier, Nistos, Saint-Arroman, Saint-Laurent-de-Neste et Seich. Cet article explique, dans l’ordre où les foyers se posent la question, ce qu’il faut faire dans les premières heures, quelles preuves garder, qui doit payer les bouteilles et la facture d’eau, et comment obtenir réparation auprès du distributeur, du bailleur ou de l’assureur, textes et décisions de justice à l’appui.

I. Eau du robinet déclarée impropre : ce que votre foyer doit faire dans les premières heures

A. Eau du robinet et danger : ne plus boire, faire bouillir cinq minutes et protéger les plus fragiles

La première règle tient en une phrase : dès qu’une restriction des usages alimentaires est prononcée sur votre réseau, l’eau du robinet ne se boit plus, même en petite quantité, même pour goûter un plat en cours de cuisson. D’après France 3 Régions, qui a publié l’information le 6 octobre 2026 à 8 h 41, la restriction décidée sur le réseau de l’Arize concerne l’eau de boisson, l’eau utilisée pour se laver les dents et l’eau des préparations culinaires, y compris le lavage des aliments consommés crus et le lavage des ustensiles de cuisine lorsque l’eau n’a pas été bouillie. Les mairies des communes concernées, dont Aventignan sur sa page Facebook ainsi que Lombrès et Générest via PanneauPocket selon La Semaine des Pyrénées du 5 octobre 2026, ont relayé la même consigne : porter l’eau à ébullition pendant cinq minutes avant tout usage alimentaire, c’est-à-dire pour boire, pour préparer les aliments et pour se laver les dents. Cette durée de cinq minutes n’est pas un délai de procédure que l’on pourrait discuter, c’est la consigne sanitaire diffusée par les autorités locales pour ce réseau, et elle s’applique tant que la restriction n’est pas levée. Le syndicat mixte d’alimentation en eau potable de l’Arize a indiqué qu’il communiquerait lui-même sur la levée de la restriction, après les résultats des recontrôles : en attendant cette annonce, la prudence commande de maintenir les gestes barrières alimentaires même si l’eau paraît claire et sans odeur, car une contamination bactériologique ne se voit pas et ne se sent pas.

Les foyers avec un bébé ou avec des personnes âgées doivent redoubler de vigilance. France 3 Régions rappelle que la précaution de faire bouillir l’eau s’impose en particulier pour les personnes les plus fragiles comme les personnes âgées et les nourrissons. Les requêtes qui montent ce 6 octobre sur Google, relevées dans les suggestions de recherche, le confirment : les internautes tapent eau du robinet bébé et eau du robinet danger. Pour le biberon comme pour la toilette des nourrissons, l’eau du robinet visée par la restriction ne doit pas être utilisée directement. Si un membre du foyer présente des troubles digestifs après avoir consommé l’eau du robinet, la seule conduite à tenir sur le plan de la santé consiste à consulter un professionnel de santé, médecin traitant ou urgences selon l’état de la personne. Cet article ne donne aucun avis médical : il signale seulement que tout document médical, certificat, ordonnance ou résultat d’analyse, constitue une pièce du dossier d’indemnisation. Conservez ces documents avec les factures de pharmacie, car ils permettront ensuite d’établir le lien entre la période de contamination et les frais engagés, ce que le juge exigera si le distributeur conteste.

Autre réflexe à proscrire : se rabattre sur l’eau d’un puits particulier ou d’une source voisine. Le syndicat mixte d’alimentation en eau potable de l’Arize alerte expressément la population sur les dangers d’utiliser, comme moyen de substitution au réseau, l’eau des puits particuliers ou des sources qui n’ont pas fait l’objet d’une analyse récente et dont la qualité n’est pas connue, notamment sur le plan microbiologique, et les mairies ont repris cet avertissement dans leurs messages. Une eau de puits non contrôlée peut présenter exactement le même risque bactériologique, sans aucun suivi sanitaire. La solution d’attente sûre reste l’eau en bouteille pour la boisson et l’eau bouillie cinq minutes pour les autres usages alimentaires, jusqu’à la levée officielle de la restriction. Pour toute information complémentaire sur le réseau de l’Arize, les mairies renvoient vers le numéro communiqué par le syndicat, le 05 62 39 62 36, ainsi que vers la mairie de chaque commune. Notez la date et l’heure de chaque appel et le nom de l’interlocuteur : ces notes datées rejoindront votre dossier de preuves.

B. Eau du robinet jaune, blanche ou suspecte : prouver et signaler avant de réclamer

La deuxième urgence, une fois le foyer mis en sécurité, consiste à constituer des preuves. Les suggestions de recherche Google du jour montrent que les foyers s’interrogent sur l’aspect de leur eau : eau du robinet jaune, eau du robinet blanche, eau du robinet ou eau en bouteille. Une eau colorée, trouble ou chargée de particules se photographie et se filme immédiatement, avec la date et l’heure visibles, robinet ouvert et verre transparent à l’appui. Conservez aussi un échantillon dans une bouteille propre et fermée, placée au réfrigérateur, en notant le jour et l’heure du prélèvement. Ces éléments simples établissent la réalité du trouble à votre domicile pendant la période de restriction. Si vous faites réaliser à vos frais une analyse par un laboratoire agréé, conservez la facture et le rapport complet : le coût de cette analyse rejoint les frais dont vous pourrez demander le remboursement. Relevez votre compteur d’eau et photographiez l’index, puis conservez toutes les factures d’achat d’eau en bouteille, tickets de caisse et relevés de carte bancaire. Chaque ticket prouve une dépense rendue nécessaire par la défaillance du réseau. Faites également établir des attestations par vos voisins s’ils ont constaté les mêmes anomalies, et si une dépense importante est en jeu, faites dresser un constat par un commissaire de justice, qui fixera officiellement la date, l’état de l’eau et les désagréments subis. Un dossier horodaté et chiffré vaut toujours mieux qu’un souvenir imprécis lorsque le distributeur discutera, des mois plus tard, l’étendue de votre préjudice.

Le signalement est l’autre geste du premier jour. Prévenez d’abord le distributeur, en l’occurrence les services du syndicat mixte d’alimentation en eau potable de l’Arize au numéro communiqué par les mairies, puis votre mairie, qui centralise les plaintes des habitants et relaie l’information vers l’agence régionale de santé. Chaque signalement écrit, lettre recommandée avec accusé de réception ou message électronique conservé, prouve que le distributeur connaissait votre situation individuelle. Demandez au distributeur une confirmation écrite de la restriction en cours, de son périmètre et de sa durée prévisible, ainsi que les résultats des analyses dès qu’ils seront disponibles. Rassemblez en parallèle votre contrat d’abonnement ou vos factures d’eau, qui établissent votre qualité d’usager du réseau, et le règlement du service de l’eau, que l’exploitant doit tenir à votre disposition. Ce règlement décrit les prestations promises et les obligations de chacun, et il servira de référence lorsque vous réclamerez, comme l’a rappelé la Cour de cassation dans un arrêt du 4 septembre 2025 rendu à propos d’une fuite sur un réseau d’eau potable. Enfin, si votre état de santé ou celui d’un proche s’est dégradé après consommation, le certificat médical initial, qui constate les symptômes à une date compatible avec la période de contamination, forme le point de départ de la preuve du préjudice corporel. Sans ce premier certificat daté de la période des faits, toute demande ultérieure devient fragile, car le distributeur objectera que les troubles ont une autre origine.

II. Eau du robinet impropre : qui paie vos bouteilles, votre facture et votre préjudice

A. Contre le distributeur d’eau : une obligation de résultat, le remboursement et l’indemnisation

Le droit applicable au distributeur d’eau potable est sévère pour lui et protecteur pour le foyer. L’article L. 1321-1 du code de la santé publique, en vigueur dans sa rédaction actuelle depuis le 24 décembre 2022, dispose qu’une eau destinée à la consommation humaine est une eau propre et salubre qui, seule, convient aux usages liés à la boisson, à la préparation et à la cuisson des aliments, à l’hygiène corporelle, à l’hygiène générale et à la propreté, ainsi qu’aux autres usages domestiques, et que « Toute personne qui met à la disposition du public de l’eau destinée à la consommation humaine, à titre onéreux ou à titre gratuit et sous quelque forme que ce soit, y compris sous forme de glace alimentaire, est tenue de s’assurer que cette eau est propre et salubre. » L’article L. 1321-4 du même code précise les devoirs du fournisseur d’eau, public ou privé : « Elle est tenue de : 1° Surveiller la qualité de l’eau qui fait l’objet de cette production ou de cette distribution ; 2° Se soumettre au contrôle sanitaire ; 3° Prendre toutes mesures correctives nécessaires en vue d’assurer la qualité de l’eau, et en informer les consommateurs en cas de risque sanitaire », et « 6° Se soumettre aux règles de restriction ou d’interruption, en cas de risque sanitaire, et assurer l’information et les conseils aux consommateurs dans des délais proportionnés au risque sanitaire ». Autrement dit, le jour où le réseau distribue une eau contaminée, le fournisseur manque à la première de ses obligations légales, et il doit en outre informer les consommateurs et les conseiller dans des délais adaptés au danger. L’article R. 1321-2 du code de la santé publique, en vigueur depuis le 1er janvier 2023, ajoute que les eaux destinées à la consommation humaine doivent « ne pas contenir un nombre ou une concentration de micro-organismes, de parasites ou de toutes autres substances constituant un danger potentiel pour la santé des personnes » et « être conformes aux limites de qualité, portant sur des paramètres microbiologiques et physico-chimiques, définies par arrêté du ministre chargé de la santé. » La présence d’une bactérie de type Escherichia coli sur un réseau de distribution, telle que celle qui serait selon France 3 Régions à l’origine de la restriction sur le réseau de l’Arize, entre directement dans ce champ : des micro-organismes constituant un danger potentiel pour la santé.

Sur le terrain de la responsabilité, les juges appliquent au distributeur une obligation de résultat. Le tribunal judiciaire de Saint-Denis de La Réunion, dans un jugement du 27 mai 2025 rendu en premier ressort dans une affaire opposant l’association UFC-Que Choisir à la société CISE Réunion à propos d’une eau récurrentement non potable sur plusieurs communes, a jugé que la société distributrice « s’est inexécutée dans son obligation de résultat d’avoir à livrer une eau potable à ses clients », en visant l’article L. 1321-1 du code de la santé publique dans sa rédaction alors applicable, selon laquelle : « Toute personne qui offre au public de l’eau en vue de l’alimentation humaine, à titre onéreux ou à titre gratuit et sous quelque forme que ce soit, y compris la glace alimentaire, est tenue de s’assurer que cette eau est propre à la consommation. » Concrètement, une obligation de résultat signifie que le foyer n’a pas à démontrer une faute précise du distributeur : la distribution d’une eau impropre suffit à caractériser l’inexécution, et c’est au distributeur de prouver, pour s’exonérer, une cause qui ne peut pas lui être imputée. Le fondement de cette action est contractuel. La troisième chambre civile de la Cour de cassation, dans un arrêt du 4 septembre 2025, pourvoi numéro 24-17.470, publié au Bulletin, a jugé que « Dès lors que le dommage causé par la fuite survenue sur une canalisation de distribution d’eau potable, située en amont d’un compteur individuel et sur la propriété desservie, se rattache à l’exécution des obligations de l’exploitant d’un service public industriel et commercial et de celles de l’usager, définies par le règlement de service, l’action en réparation de ce fait dommageable est fondée sur les règles de la responsabilité contractuelle ». La Cour vise l’ancien article 1147 du code civil, devenu l’article 1231-1, selon lequel « Le débiteur est condamné, s’il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l’inexécution de l’obligation, soit à raison du retard dans l’exécution, s’il ne justifie pas que l’exécution a été empêchée par la force majeure. » L’article L. 2224-12 du code général des collectivités territoriales impose aux communes et groupements responsables d’un service d’eau d’établir « un règlement de service définissant, en fonction des conditions locales, les prestations assurées par le service ainsi que les obligations respectives de l’exploitant, des abonnés, des usagers et des propriétaires. » Ce règlement de service est donc la pièce maîtresse de votre réclamation : réclamez-le, lisez-le, et confrontez chaque engagement du distributeur à ce que vous avez subi. En dehors du contrat, l’article 1240 du code civil rappelle que « Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. »

Ce que vous pouvez réclamer se décompose en trois postes. Premièrement, le remboursement des dépenses rendues nécessaires par la défaillance : achats d’eau en bouteille, analyses payées de votre poche, frais médicaux et pharmaceutiques, sur justificatifs. Le tribunal de Saint-Denis de La Réunion a rappelé, dans son jugement du 27 mai 2025, qu’un précédent jugement du 17 décembre 2019, devenu définitif, avait condamné le même distributeur : « La CISE RÉUNION a été condamnée à payer à Monsieur [L] [Y] la somme de 2.847 € correspondant au remboursement de l’achat d’eau en bouteilles pendant les cinq années précédant l’assignation, la somme de 2.000 € en réparation de son préjudice de jouissance et de son préjudice moral et la somme de 3.000 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile. » Deuxièmement, une indemnisation forfaitaire même sans facture : dans son jugement du 27 mai 2025, le même tribunal a fixé « l’indemnisation due à la somme de 54 (cinquante-quatre) centimes d’euros par consommateur concerné et par jour, équivalent au prix moyen d’un litre et demi d’eau embouteillée, à arrondir à l’euro supérieur », en précisant que les consommateurs indemnisables comprenaient l’ensemble des membres des foyers, y compris les plus vulnérables, et que le distributeur qui n’avait pas fourni lui-même d’eau embouteillée ne pouvait pas reprocher aux consommateurs de ne pas rapporter chaque ticket. Troisièmement, la facture d’eau elle-même : un service facturé doit correspondre à une eau propre à la consommation, et vous pouvez demander par écrit le dégrèvement de la période pendant laquelle l’eau était impropre, en joignant la preuve de la restriction. Adressez d’abord une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception au distributeur, en chiffrant chaque poste et en joignant vos justificatifs, puis, à défaut d’accord, portez le litige devant le juge. Les actions personnelles se prescrivent par cinq ans : l’article 2224 du code civil dispose que « Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer. » Ne laissez donc pas dormir votre dossier, même si la restriction n’a duré que quelques jours : les dépenses s’additionnent et le délai court. Enfin, sachez qu’une association de consommateurs agréée peut porter une action de groupe pour l’ensemble des foyers touchés : c’est exactement ce qui s’est produit à La Réunion, où le tribunal a ordonné au distributeur de publier un appel aux consommateurs et fixé à trois mois le délai d’adhésion au groupe après la dernière publication. Rapprochez-vous d’une association agréée si votre commune compte de nombreux foyers concernés et conservez cet article comme point de départ de vos démarches.

B. Face au bailleur et à l’assureur : loyer, décence du logement et contrat multirisque

Si vous êtes locataire, votre premier réflexe consiste à informer votre bailleur par écrit, dès le premier jour de la restriction : décrivez la situation, joignez la copie du message de la mairie ou du distributeur, et demandez-lui d’intervenir pour le logement qu’il vous loue. L’article 1719 du code civil oblige en effet le bailleur, « par la nature du contrat, et sans qu’il soit besoin d’aucune stipulation particulière : 1° De délivrer au preneur la chose louée et, s’il s’agit de son habitation principale, un logement décent », « 2° D’entretenir cette chose en état de servir à l’usage pour lequel elle a été louée » et « 3° D’en faire jouir paisiblement le preneur pendant la durée du bail ». Un logement dont l’eau courante ne peut ni se boire ni servir à la cuisine ni au lavage des dents subit une atteinte directe à l’usage d’habitation, même lorsque la cause vient du réseau public et non des installations de l’immeuble. Concrètement, demandez au bailleur de se rapprocher lui-même du distributeur, de répercuter la demande de dégrèvement sur les charges d’eau qu’il vous refacture, et de prendre en charge les mesures relevant de l’immeuble, comme la purge des canalisations et du ballon d’eau chaude après la levée de la restriction. Si le bailleur reste silencieux, adressez-lui une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception avant d’envisager toute action. En revanche, ne cessez jamais de payer votre loyer de votre propre initiative pour faire pression : le non-paiement du loyer vous exposerait à une procédure d’expulsion alors même que votre réclamation serait fondée, et seules des décisions du juge peuvent aménager le montant dû pendant la période du trouble. Le tribunal judiciaire, saisi en cas de litige persistant, appréciera l’ampleur du trouble de jouissance au vu de vos preuves, de la durée de la restriction et des diligences de chacun, et c’est lui seul qui fixera une éventuelle réduction ou une indemnité. Les propriétaires occupants, eux, agiront directement contre le distributeur selon les règles exposées dans la première partie de ce second volet, et les copropriétaires signaleront en outre les faits au syndic, afin que la copropriété demande elle aussi le dégrèvement de la facture d’eau collective et organise la purge des réseaux intérieurs.

Du côté de l’assurance, une distinction nette s’impose entre la règle légale et votre contrat. La loi n’oblige aucune multirisque habitation à rembourser des bouteilles d’eau parce que le réseau public est contaminé : ce poste relève du distributeur, comme on vient de le voir, et non de votre assureur. Votre contrat peut en revanche contenir des garanties utiles, comme une assistance, une protection juridique ou une prise en charge de frais supplémentaires d’hébergement ou de relogement lorsque le logement devient difficilement habitable. Relisez vos conditions générales et particulières avant d’appeler : c’est ce document, et lui seul, qui dira ce que votre assureur doit prendre en charge dans votre situation. Si un sinistre couvert par votre contrat survient à l’occasion de ces événements, par exemple un dégât des eaux lié aux purges du réseau intérieur, déclarez-le sans tarder. L’article L. 113-2 du code des assurances oblige l’assuré « De donner avis à l’assureur, dès qu’il en a eu connaissance et au plus tard dans le délai fixé par le contrat, de tout sinistre de nature à entraîner la garantie de l’assureur. Ce délai ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés. » La sanction d’une déclaration tardive est strictement encadrée : « Lorsqu’elle est prévue par une clause du contrat, la déchéance pour déclaration tardive au regard des délais prévus au 3° et au 4° ci-dessus ne peut être opposée à l’assuré que si l’assureur établit que » « le retard dans la déclaration lui a causé un préjudice. » Autrement dit, un retard de quelques jours ne fait pas perdre vos droits à lui seul, surtout lorsqu’il est dû à un cas fortuit ou à la force majeure, mais déclarez toujours par écrit et conservez la preuve de l’envoi. Pour la méthode pas à pas de la déclaration de sinistre, des preuves à joindre et des recours quand la déclaration arrive tard, vous pouvez utilement lire notre article consacré aux démarches d’assurance habitation après un sinistre : Inondation et assurance habitation : dans quel délai déclarer, que prouver et que faire si la déclaration est tardive. Enfin, gardez en tête le délai applicable à vos litiges avec votre assureur : l’article L. 114-1 du code des assurances dispose que « Toutes actions dérivant d’un contrat d’assurance sont prescrites par deux ans à compter de l’événement qui y donne naissance. » Ce délai de deux ans, plus court que le délai civil de cinq ans applicable à l’action contre le distributeur, impose de ne pas confondre les deux procédures : réclamez vite au distributeur, et contestez vite auprès de l’assureur, chacun sur son fondement et dans son délai.

Conclusion

L’eau du robinet interdite dans les dix-huit communes du réseau de l’Arize rappelle une règle simple : une eau qui ne peut ni se boire ni servir à la cuisine n’est plus un service rendu, et le foyer n’a pas à en supporter seul le coût. Dans les premières heures, faites bouillir l’eau cinq minutes avant tout usage alimentaire, protégez les nourrissons et les personnes âgées, et ne remplacez pas le réseau par un puits ou une source non contrôlés. Photographiez et conservez tout, signalez par écrit au distributeur, à la mairie et à l’agence régionale de santé, et gardez chaque ticket d’eau en bouteille. Ensuite, chiffrez et réclamez : remboursement des bouteilles et des frais au distributeur tenu d’une obligation de résultat, dégrèvement de la facture d’eau, information du bailleur pour le logement loué, et vérification attentive de votre contrat d’assurance pour les garanties réellement souscrites. Les décisions rendues ces derniers mois montrent que les juges indemnisent ces préjudices, du litre et demi d’eau par jour et par personne jusqu’au préjudice de jouissance, dès lors que le dossier est prouvé et daté. Agissez dans les délais, cinq ans contre le distributeur et deux ans contre l’assureur, et en cas de refus persistant, laissez le juge trancher au vu des pièces de votre dossier : c’est à lui seul qu’il revient de fixer ce que chacun doit.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».