Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Article généré par une intelligence artificielle, selon un processus conçu et contrôlé par le cabinet

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Votre bailleur vend les murs de votre boutique : exercer votre droit de préférence, faire annuler la vente et sauver votre bail (2026)

Vous venez d’apprendre, par votre concierge, par une affiche de notaire ou par une rumeur de quartier, que le propriétaire des murs de votre boutique, de votre restaurant ou de votre atelier s’apprête à vendre l’immeuble. Votre premier réflexe est l’inquiétude pour votre bail : allez-vous être expulsé par le nouvel acquéreur, votre loyer va-t-il augmenter, votre fonds de commerce va-t-il perdre sa valeur ? Votre second réflexe devrait être offensif : la loi vous donne un droit de préférence pour racheter les murs vous-même, au prix notifié, avant tout tiers. Encore faut-il que le bailleur vous ait régulièrement informé, que vous répondiez dans des délais très courts et que vous sachiez contester une vente conclue dans votre dos.

Le contentieux a changé de visage depuis un an. D’une part, la nouvelle rédaction de l’article L. 145-46-1 du code de commerce, applicable depuis le 28 mai 2026, renforce vos garanties : lorsque le bailleur n’a pas lui-même notifié son projet de vente, c’est désormais le notaire qui doit le faire, à peine de nullité de la vente, dès que le prix ou les conditions deviennent plus avantageux pour l’acquéreur. D’autre part, la Cour de cassation a fixé le 19 juin 2026 les frontières exactes de votre droit dans deux arrêts jumeaux : votre préférence ne dépasse jamais l’assiette de votre bail et elle disparaît en cas de cession globale de l’immeuble. Entre ces deux bornes, il reste un large terrain pour agir vite et bien : accepter l’offre, surveiller la vente définitive, assigner en nullité, réclamer des dommages et intérêts et, le cas échéant, articuler votre action avec le contentieux du renouvellement et de l’indemnité d’éviction. Ce guide expose la procédure pas à pas, les délais qui vous perdent si vous les manquez et les pièces à réunir dès aujourd’hui.

I. Exercer votre droit de préférence et racheter les murs au prix notifié

Le droit de préférence du preneur commercial n’est pas un droit de préemption général sur tout l’immeuble : c’est une offre de vente légale, enfermée dans des formes et des délais stricts, qui vous permet de devenir propriétaire des murs que vous exploitez. La méconnaître, c’est laisser passer une chance unique de sécuriser votre emplacement pour des décennies ; la respecter à la lettre, c’est contraindre le bailleur à vous vendre au prix annoncé.

A. Recevoir une offre régulière et répondre dans les délais : comment accepter le rachat des murs

Tout commence par la notification du bailleur. Aux termes de la loi, « Lorsque le propriétaire d’un local à usage commercial ou artisanal envisage de vendre celui-ci, il en informe le locataire par lettre recommandée avec demande d’avis de réception, ou remise en main propre contre récépissé ou émargement. Cette notification doit, à peine de nullité, indiquer le prix et les conditions de la vente envisagée. Elle vaut offre de vente au profit du locataire. » Trois enseignements pratiques découlent de cette phrase. D’abord, seuls deux modes de notification sont valables : la lettre recommandée avec accusé de réception ou la remise en main propre contre récépissé ou émargement. Un simple courrier électronique, un appel téléphonique ou une information orale par l’agent immobilier ne valent pas offre et ne font courir aucun délai contre vous. Ensuite, la notification vaut offre de vente : vous n’avez pas à négocier, vous avez à accepter ou à refuser. Enfin, cette notification doit, à peine de nullité, indiquer le prix et les conditions de la vente envisagée : un prix manquant, des conditions de paiement occultées ou un périmètre flou vicient l’offre et vous permettront plus tard d’en demander l’annulation.

Dès réception de l’offre, le compte à rebours démarre et il est bref. Vous disposez d’un délai d’un mois à compter de la réception pour vous prononcer. Concrètement, faites partir votre réponse en lettre recommandée avec accusé de réception, conservez-en une copie ainsi que la preuve de dépôt, et indiquez sans ambiguïté que vous acceptez l’offre aux prix et conditions notifiés. Si vous envisagez de financer l’achat par un emprunt, mentionnez-le expressément dans votre réponse : votre acceptation sera alors subordonnée à l’obtention du prêt et le délai de réalisation de la vente sera porté à quatre mois au lieu de deux. Cette mention protège votre engagement : si la banque refuse le crédit, votre acceptation devient sans effet et vous ne serez pas contraint d’acheter sans financement.

En cas d’acceptation, vous disposez, à compter de la date d’envoi de votre réponse, d’un délai de deux mois pour la réalisation de la vente, porté à quatre mois lorsque vous avez notifié votre intention de recourir à un prêt. Si la vente n’est pas réalisée à l’expiration de ce délai, votre acceptation devient sans effet et le bailleur retrouve sa liberté. D’où une discipline rigoureuse : saisissez immédiatement votre notaire, faites établir l’avant-contrat, déposez votre dossier de prêt dans la semaine et relancez par écrit chaque interlocuteur. À Paris et en Île-de-France, où les études notariales sont engorgées entre septembre et décembre, anticipez les rendez-vous de signature et exigez des dates écrites : un dépassement de délai, même de quelques jours, anéantit votre acceptation et le bailleur pourra vendre à un tiers sans vous.

Symétriquement, l’absence de réponse de votre part dans le mois rend l’offre caduque et libère le bailleur. Ne laissez donc jamais une lettre recommandée du bailleur sans réponse, même si le prix vous paraît excessif : répondez, demandez les pièces manquantes, faites vérifier la régularité de l’offre par votre conseil. Une offre irrégulière ne fait pas courir le délai et pourra être contestée, mais c’est au juge qu’il faudra le démontrer, avec des preuves. Conservez l’enveloppe, l’accusé de réception, le bail, les avenants, les quittances de loyer et tout échange avec le bailleur : ce dossier constituera le socle de votre acceptation comme de votre contestation ultérieure.

Le champ d’application de ce droit mérite une attention particulière, car la Cour de cassation vient d’en tracer les limites dans deux arrêts du 19 juin 2025 qu’il faut connaître avant d’agir. Dans le premier, la troisième chambre civile juge que « En l’absence de disposition légale expresse, ce texte ne confère pas au locataire commercial un droit d’acquérir en priorité au-delà de l’assiette du bail qui lui a été consenti. » (Cass. 3e civ., 19 juin 2025, n° 23-17.604). Autrement dit, si votre bail ne porte que sur le rez-de-chaussée commercial et que le bailleur vend l’immeuble entier avec les étages d’habitation, votre préférence ne s’étend pas à tout l’immeuble. Dans le second arrêt, rendu le même jour, la Cour ajoute que « Selon le dernier alinéa du même texte, ces dispositions ne sont pas applicables à la cession globale d’un immeuble comprenant des locaux commerciaux. » (Cass. 3e civ., 19 juin 2025, n° 23-19.292). Vérifiez donc dès l’offre le périmètre exact de votre bail : extrait du contrat, désignation des locaux, plans annexés, quote-part de parties communes. Si les murs loués ne constituent qu’une partie de l’immeuble vendu, votre droit de préférence risque d’être écarté et votre stratégie devra basculer vers la négociation ou vers le contentieux du renouvellement plutôt que vers l’annulation de la vente.

B. Déjouer la vente à prix plus avantageux : la seconde notification du notaire et la nullité de la vente

La fraude la plus redoutée des commerçants est la suivante : le bailleur vous notifie un prix élevé que vous refusez, puis vend quelques semaines plus tard à un tiers à un prix inférieur ou à des conditions plus douces, sans jamais revenir vers vous. La nouvelle rédaction de l’article L. 145-46-1, applicable depuis le 28 mai 2026, organise précisément la parade. Lorsque le propriétaire décide de vendre à des conditions ou à un prix plus avantageux pour l’acquéreur, le notaire doit, lorsque le bailleur n’y a pas préalablement procédé, notifier au locataire ces conditions et ce prix dans les formes de l’alinéa premier, à peine de nullité de la vente. Cette notification vaut à nouveau offre de vente à votre profit, valable pendant un mois à compter de sa réception, et votre acceptation ouvre les mêmes délais de réalisation de deux mois, portés à quatre mois en cas de recours au prêt.

Concrètement, deux vigilances s’imposent. D’abord, surveillez la publicité foncière et les mutations de votre immeuble après votre refus : demandez régulièrement à votre notaire ou à votre conseil de vérifier les actes publiés, interrogez le service de publicité foncière, conservez les annonces et les actes de vente dont vous avez connaissance. Si vous découvrez que la vente définitive a été conclue à un prix inférieur de quelques milliers d’euros, avec un paiement échelonné, une dispense temporaire de charges ou un mobilier inclus, sans que vous ayez été destinataire d’une seconde notification, vous tenez un moyen de nullité de la vente. Ensuite, réagissez vite : la nullité doit être demandée en justice et votre action se prescrit par deux ans en application de l’article L. 145-60 du code de commerce, aux termes duquel « Toutes les actions exercées en vertu du présent chapitre se prescrivent par deux ans. » Chaque mois perdu affaiblit votre dossier, car le tiers acquéreur peut revendre, hypothéquer ou transformer les lieux.

La reproduction des dispositions légales dans chaque notification constitue une autre cause de nullité trop souvent négligée. Les quatre premiers alinéas de l’article L. 145-46-1 doivent être reproduits, à peine de nullité, dans chaque notification, qu’elle émane du bailleur ou du notaire. À réception de toute lettre, vérifiez ce point avec votre conseil : l’absence de reproduction intégrale, une citation tronquée ou une version antérieure au 28 mai 2026 vicient la notification. Une offre nulle ne fait pas courir vos délais d’un mois et de deux mois, et la vente conclue sur son fondement pourra être annulée. Photographiez l’enveloppe, conservez l’original, faites constater la teneur par votre conseil et n’acceptez jamais de régularisation verbale a posteriori.

Le rôle du notaire se trouve ainsi au cœur du dispositif depuis la réforme : lorsqu’il instrumente une vente de murs loués à usage commercial ou artisanal, il doit s’assurer que le preneur a été régulièrement informé et, à défaut, procéder lui-même à la notification, sous peine d’engager sa responsabilité et de voir l’acte annulé. En pratique, écrivez au notaire chargé de la vente dès que vous en connaissez l’identité : rappelez votre qualité de preneur à bail commercial, demandez copie de la notification initiale, exigez d’être destinataire de toute seconde offre et indiquez que vous entendez exercer votre droit de préférence. Ce courrier, envoyé en recommandé, crée une trace, place le notaire face à ses obligations et dissuade les ventes précipitées. Si la vente est malgré tout passée, ce même courrier démontrera votre diligence devant le tribunal.

Enfin, préparez votre financement en parallèle de la surveillance juridique. Faites évaluer les murs par un expert indépendant, comparez le prix notifié aux transactions du quartier, sollicitez deux accords de principe bancaires et chiffrez les droits de mutation, les frais de notaire et les travaux à prévoir. Un commerçant qui accepte l’offre avec un financement déjà calibré réalise la vente dans le délai de deux ou quatre mois et rend toute manœuvre du bailleur inopérante. À l’inverse, une acceptation sans financement sérieux expose à la caducité et à des demandes de dommages et intérêts du bailleur pour immobilisation abusive. L’offre légale est une arme puissante, à condition d’être solvable au jour où l’on s’en saisit.

II. Contester la vente faite sans vous et obtenir réparation

Lorsque la vente a été signée sans notification, avec une notification irrégulière ou à un prix minoré sans seconde offre, votre action bascule du rachat vers l’annulation et l’indemnisation. Le tribunal peut anéantir la vente, condamner le bailleur et parfois le notaire à vous indemniser, et vous replacer dans la situation antérieure. Mais cette voie obéit à ses propres délais couperets et suppose de viser les bons défendeurs avec les bonnes demandes : annulation à titre principal, indemnisation à titre subsidiaire, le tout dans la prescription biennale.

A. Faire annuler la vente réalisée dans votre dos : qui assigner, dans quel délai et avec quelles preuves

L’action en nullité appartient au preneur évincé de son droit de préférence. Assignez cumulativement le bailleur vendeur, l’acquéreur tiers et, le cas échéant, le notaire instrumentaire, devant le tribunal judiciaire du lieu de situation de l’immeuble. Viser le seul bailleur serait une erreur : sans l’acquéreur à la cause, le juge ne pourra pas anéantir la mutation et vous n’obtiendrez qu’une indemnisation. Viser le notaire est indispensable lorsque la seconde notification à prix plus avantageux faisait défaut depuis la réforme : sa responsabilité professionnelle pourra garantir votre indemnisation si l’annulation en nature devient impossible, par exemple après revente à un sous-acquéreur de bonne foi ou transformation irréversible des lieux.

Vos moyens de nullité doivent être hiérarchisés. Premier moyen : l’absence totale de notification initiale, en violation de l’obligation d’informer le locataire par lettre recommandée ou remise en main propre. Deuxième moyen : l’irrégularité de la notification, qu’il s’agisse de l’absence de prix ou de conditions, du défaut de reproduction des quatre premiers alinéas du texte ou de l’emploi d’un mode d’envoi non prévu par la loi. Troisième moyen, le plus fréquent depuis 2026 : l’absence de seconde notification par le notaire alors que la vente définitive est intervenue à des conditions ou à un prix plus avantageux pour l’acquéreur, sanctionnée par la nullité de la vente elle-même. Chaque moyen doit être prouvé : produisez votre bail et ses avenants pour établir votre qualité de preneur, l’acte de vente attaqué avec son prix définitif, les notifications reçues avec leurs enveloppes et accusés, le tableau comparatif entre le prix notifié et le prix définitif, et toute correspondance avec le bailleur et le notaire.

Anticipez les défenses qui vous seront opposées, car la Cour de cassation les a balisées le 19 juin 2025. Si l’immeuble vendu dépasse l’assiette de votre bail, l’acquéreur soutiendra que votre droit ne s’appliquait pas : la Cour juge en effet « Il en résulte que le locataire à bail commercial ne bénéficie pas d’un droit de préférence lorsque le local pris à bail ne constitue qu’une partie de l’immeuble vendu, même si celui-ci ne comprend qu’un seul local commercial. » (Cass. 3e civ., 19 juin 2025, n° 23-17.604). S’il s’agit d’une cession globale d’immeuble comprenant des locaux commerciaux, il invoquera l’exclusion légale, confirmée par le second arrêt du même jour. Pour répliquer, démontrez que la vente portait exactement sur le local objet de votre bail, parcelle et désignation à l’appui, ou que l’opération a été artificiellement élargie pour éluder votre droit : un parking accessoire, une cave ou un lot de faible valeur ajoutés à la vente ne suffisent pas toujours à caractériser une cession globale exclusive de votre préférence, et le juge apprécie la réalité économique de l’opération au vu des pièces.

Le délai est votre principal ennemi. Toutes vos actions relèvent du statut des baux commerciaux et se prescrivent par deux ans. Faites dater le point de départ au jour où vous avez eu connaissance de la vente définitive et de ses conditions réelles, et agissez dans les semaines qui suivent la découverte : faites établir un constat, demandez la copie de l’acte au service de publicité foncière, adressez une mise en demeure au bailleur et au notaire, puis assignez. Une jurisprudence constante sanctionne les preneurs attentistes : passé le délai, la vente devient inattaquable et seule une action en responsabilité, elle-même enfermée dans le même délai, subsiste. Ne confondez pas non plus cette prescription avec le délai de deux ans applicable au congé : en matière de congé avec refus de renouvellement, la Cour de cassation juge que « A défaut d’une demande ou d’une défense pouvant s’analyser comme une contestation, dans le délai de deux années suivant la date, fût-elle erronée, pour laquelle il est délivré, le congé produit ses effets à la date indiquée. » (Cass. 3e civ., 23 sept. 2021, n° 20-10.026). La leçon est identique dans les deux contentieux : en baux commerciaux, le délai de deux ans ne pardonne pas l’inaction, même quand l’acte du bailleur comporte une erreur.

B. Obtenir l’indemnisation et sauver l’exploitation : dommages et intérêts, renouvellement et indemnité d’éviction

L’annulation n’est pas toujours possible ni toujours souhaitable. Si l’acquéreur a revendu, si votre financement ne suit plus ou si vous préférez rester locataire plutôt que devenir propriétaire, demandez à titre subsidiaire la condamnation solidaire du bailleur et du notaire à des dommages et intérêts correspondant à la perte de chance d’acquérir les murs : différence entre le prix notifié et la valeur vénale, frais d’éviction future, perte de valeur du fonds, trouble commercial. Chiffrez chaque poste avec des pièces : estimation d’expert du fonds et des murs, attestations d’agents immobiliers du quartier, refus de prêt, surcoût du relogement envisagé. Le juge indemnise le préjudice démontré, jamais le préjudice allégué.

Articulez ce contentieux avec celui du renouvellement, car la vente des murs s’accompagne fréquemment d’un congé avec refus de renouvellement délivré par le nouveau propriétaire. Rappelez les règles qui vous protègent. Le congé doit être donné six mois à l’avance par acte extrajudiciaire et doit, à peine de nullité, préciser ses motifs et indiquer que vous devez saisir le tribunal dans un délai de deux ans pour contester ou réclamer l’indemnité d’éviction, conformément à l’article L. 145-9 du code de commerce. Votre demande de renouvellement obéit à l’article L. 145-10 du code de commerce : notifiée par acte extrajudiciaire ou lettre recommandée, elle contraint le bailleur à répondre dans les trois mois par acte extrajudiciaire, son silence valant acceptation du principe du renouvellement. Si le bailleur refuse le renouvellement, il vous doit en principe « une indemnité dite d’éviction égale au préjudice causé par le défaut de renouvellement », comprenant notamment la valeur marchande du fonds, les frais de déménagement et de réinstallation et les frais et droits de mutation (article L. 145-14 du code de commerce). Les lecteurs trouveront l’analyse complète de ces défenses dans nos guides consacrés aux défenses du locataire face au congé sans indemnité, au contentieux de l’indemnité d’éviction et à la prescription biennale de l’action en indemnité.

Le bailleur qui refuse le renouvellement sans indemnité invoquera presque toujours un motif grave et légitime ou une reconstruction. Vérifiez ces motifs avec la même rigueur que la vente. Au titre de l’article L. 145-17 du code de commerce, le motif grave tiré de l’inexécution ou de la cessation d’exploitation ne peut être invoqué que si l’infraction s’est poursuivie ou renouvelée plus d’un mois après une mise en demeure délivrée par acte extrajudiciaire, précisant le motif et reproduisant le texte, à peine de nullité. Exigez la copie de cette mise en demeure et démontrez, quittances et constats à l’appui, que vous respectiez vos obligations. Au titre de l’article L. 145-18 du code de commerce, le bailleur qui reprend pour construire ou reconstruire doit viser le texte dans son refus et vous offrir un local équivalent correspondant à vos besoins, avec indemnité compensatrice et remboursement des frais de déménagement : faites chiffrer l’équivalence d’emplacement par un expert et refusez tout relogement dégradé. Enfin, gardez en réserve le droit de repentir : en application de l’article L. 145-58 du code de commerce, le propriétaire peut encore, dans les quinze jours de la décision passée en force de chose jugée, renoncer à l’éviction en supportant les frais et en consentant au renouvellement, pour autant que vous soyez resté dans les lieux sans avoir reloué ou acheté ailleurs. Rester dans les lieux pendant le procès n’est donc pas de l’entêtement, c’est la condition de cette dernière porte de sortie.

À Paris et en Île-de-France, ce contentieux présente des particularités qu’il faut intégrer dès la mise en demeure. Le tribunal judiciaire de Paris, pôle des loyers commerciaux, statue vite mais exige des dossiers chiffrés : mémoire d’expert sur la valeur du fonds et des murs, attestations de chalandise, comparables de cession du même arrondissement. Les prix parisiens rendent le droit de préférence particulièrement précieux : racheter les murs d’une boutique à Paris sécurise un emplacement dont la valeur locative explose, tandis que rater la notification peut coûter plusieurs centaines de milliers d’euros de fonds. Les délais pratiques sont tendus : comptez trois à six semaines pour obtenir un rendez-vous notarial en Île-de-France à l’automne, anticipez la demande de prêt et faites délivrer vos actes par un commissaire de justice parisien rompu aux mentions obligatoires. Mentionnez dans chaque courrier votre implantation parisienne et l’urgence commerciale : un local fermé rue de Rivoli ou à Saint-Germain ne pardonne pas les mois d’immobilisme procédural.

Conclusion

La vente des murs n’est pas une fatalité pour le commerçant locataire : c’est une offre d’achat légale qu’il faut saisir dans le mois, réaliser dans les deux ou quatre mois et surveiller jusqu’à la publication définitive, avec l’appui du notaire devenu garant de la seconde notification depuis le 28 mai 2026. Manquer ces délais ou négliger les formes, c’est perdre le droit de racheter ; les respecter et les faire respecter, c’est contraindre le bailleur à vendre au prix annoncé ou voir la vente annulée. Les deux arrêts du 19 juin 2025 rappellent les frontières : pas de préférence au-delà de l’assiette du bail, pas de préférence en cas de cession globale de l’immeuble. À l’intérieur de ces frontières, le preneur diligent dispose d’un arsenal complet : acceptation financée, courrier au notaire, action en nullité dans les deux ans, dommages et intérêts subsidiaires et articulation avec le renouvellement et l’indemnité d’éviction. Face à une lettre du bailleur ou à une rumeur de vente, ne répondez jamais seul et ne laissez jamais passer le mois : faites vérifier l’offre, calibrez le financement et placez le notaire face à ses obligations. Votre boutique vaut cette discipline.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».