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Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Mon voisin loue son appartement sur Airbnb : bruit, fêtes et va-et-vient, comment le faire cesser et obtenir réparation à Paris (2026)

Les valises à roulettes claquent sur le palier à deux heures du matin, la porte d’entrée reste bloquée en position ouverte, des fêtards que vous n’avez jamais vus frappent à votre porte par erreur et le local à poubelles déborde de cartons de livraison. Depuis que votre voisin loue son appartement sur Airbnb, votre immeuble ressemble à un hall d’hôtel sans réceptionniste. Vous vous demandez si vous devez subir cette situation, qui peut agir et avec quelles preuves. La réponse tient en deux leviers que la justice parisienne manie chaque semaine : la légalité de la location elle-même, contrôlée par la mairie, et les nuisances qu’elle provoque, sanctionnées par le juge civil. Le 3 septembre 2026, la Cour de cassation a rappelé avec fermeté que la location répétée d’un logement à une clientèle de passage constitue un changement d’usage soumis à autorisation, et le tribunal judiciaire de Paris a précisé le même mois ce que doit prouver un syndicat de copropriétaires pour faire cesser une telle exploitation. Ce guide explique pas à pas comment vérifier que la location de votre voisin est illégale, comment alerter la mairie de Paris, quelles pièces réunir pour démontrer le trouble anormal de voisinage, quel juge saisir et quelles sommes réclamer.

I. Mon voisin loue sur Airbnb sans autorisation : comment le vérifier et le faire sanctionner par la mairie

A. Comment savoir si la location Airbnb de votre voisin est interdite : règlement de copropriété, déclaration en mairie et limite de 90 jours

Le premier réflexe consiste à relire le règlement de copropriété de votre immeuble. Ce document peut interdire purement et simplement les locations de courte durée, ou les autoriser sous conditions. L’article 8 de la loi du 10 juillet 1965 pose le cadre : le règlement de copropriété détermine la destination des parties privatives et communes ainsi que leurs conditions de jouissance, et il ne peut restreindre les droits des copropriétaires que pour des motifs justifiés par la destination de l’immeuble telle que définie aux actes, par ses caractères ou sa situation. Le régime d’autorisation applicable à Paris relève de l’article L. 631-7 du code de la construction et de l’habitation. Concrètement, dans un immeuble à destination exclusivement d’habitation, une clause qui réserve les logements à l’habitation et prohibe toute activité commerciale ou hôtelière donne au syndicat des copropriétaires un fondement direct pour agir. Quand le règlement autorise la location des logements sans autre précision, la partie n’est pas perdue pour autant, car le syndicat peut toujours invoquer le trouble de jouissance : la plupart des règlements stipulent que chaque copropriétaire doit jouir de son lot sans nuire aux autres, et interdisent tout trouble diurne ou nocturne par le bruit, les odeurs ou les allées et venues.

Le deuxième contrôle porte sur la déclaration en mairie. Aux termes de l’article L. 324-1-1 du code du tourisme, « les meublés de tourisme sont des villas, appartements ou studios meublés, à l’usage exclusif du locataire, offerts à la location à une clientèle de passage qui n’y élit pas domicile et qui y effectue un séjour caractérisé par une location à la journée, à la semaine ou au mois. » Toute personne qui offre un tel bien à la location doit procéder au préalable à une déclaration soumise à enregistrement auprès d’un téléservice national, et les plateformes ont l’obligation de vérifier cette formalité : « Toute personne qui se livre ou prête son concours contre rémunération ou à titre gratuit, par une activité d’entremise ou de négociation ou par la mise à disposition d’une plateforme numérique, à la mise en location d’un meublé de tourisme soumis à l’article L. 324-1-1 du présent code et aux articles L. 631-7 et suivants du code de la construction et de l’habitation informe le loueur des obligations de déclaration ou d’autorisation préalables prévues par ces articles » (article L. 324-2-1 du code du tourisme). Chaque annonce doit donc afficher un numéro d’enregistrement délivré par la mairie. Si l’annonce du logement de votre voisin n’en comporte aucun, photographiez-la avec sa date : cette capture constitue un premier indice d’irrégularité.

Le troisième contrôle concerne la limite de 90 jours. Quand le logement loué constitue la résidence principale du loueur, entendu comme le logement occupé au moins huit mois par an, la location en meublé de tourisme reste possible sans autorisation de changement d’usage mais dans la limite annuelle fixée par la commune, 90 jours à Paris. Au-delà, le loueur bascule dans l’illégalité. Quand le logement ne constitue pas sa résidence principale, comme dans le dossier jugé à Paris en septembre 2025 où le propriétaire, dentiste exerçant hors de la capitale, ne pouvait justifier que d’une occupation très occasionnelle, les factures de livraison versées aux débats ne montrant qu’une présence épisodique de l’ordre d’un jour tous les deux mois, toute location répétée à une clientèle de passage relève du changement d’usage soumis à autorisation. Pour vérifier, observez le calendrier de l’annonce sur plusieurs semaines, notez les périodes de disponibilité et d’occupation, et demandez à la gardienne ou aux voisins depuis quand le va-et-vient dure. Ces éléments aideront la mairie à qualifier la situation.

Le quatrième contrôle relève de l’autorisation de changement d’usage, obligatoire à Paris. Dans les communes concernées, « le changement d’usage des locaux à usage d’habitation peut être soumis, sur décision de l’organe délibérant, à autorisation préalable dans les conditions fixées à l’article L. 631-7-1 » (article L. 631-7 du code de la construction et de l’habitation). Et « L’autorisation préalable au changement d’usage est délivrée par le maire de la commune dans laquelle est situé l’immeuble, après avis, à Paris, Marseille et Lyon, du maire d’arrondissement concerné » (article L. 631-7-1 du code de la construction et de l’habitation). La loi du 19 novembre 2024, dite loi Le Meur, a renforcé ce dispositif : elle a élargi la définition des locaux réputés à usage d’habitation, en visant ceux qui étaient affectés à cet usage « soit à une date comprise entre le 1er janvier 1970 et le 31 décembre 1976 inclus, soit à n’importe quel moment au cours des trente dernières années », et elle a relevé le plafond de l’amende civile. Si votre voisin loue un appartement d’habitation à des touristes sans être passé par cette autorisation, la mairie de Paris peut le poursuivre, même si aucun voisin ne se plaint du bruit. Votre signalement suffit à déclencher le contrôle : écrivez au service municipal chargé de la lutte contre les meublés de tourisme illégaux, joignez les captures d’annonces avec le numéro d’enregistrement manquant ou falsifié, les dates d’occupation constatées et une copie du règlement de copropriété si celui-ci réserve l’immeuble à l’habitation.

Pour les lecteurs pressés qui veulent agir dès cette semaine, retenez l’ordre utile : captures d’écrans des annonces, lecture du règlement de copropriété, courrier au syndic pour qu’il mette le loueur en demeure, puis signalement à la mairie de Paris avec pièces. Chacune de ces démarches laisse une trace écrite qui servira ensuite devant le juge civil si les nuisances persistent. Les règles détaillées du côté du loueur, autorisations et sanctions encourues, sont exposées dans notre analyse des locations de meublés de tourisme à Paris, autorisation de changement d’usage et amendes applicables en 2026.

B. Comment faire condamner le voisin qui loue sans autorisation : amende civile et retour forcé à l’habitation

L’actualité jurisprudentielle de septembre 2026 donne aux voisins et aux communes un appui décisif. Dans un arrêt du 3 septembre 2026, la troisième chambre civile de la Cour de cassation a cassé une décision d’appel qui avait refusé de sanctionner une propriétaire louant son appartement en meublé de tourisme sans autorisation. La Cour énonce : « Le fait de louer un local meublé destiné à l’habitation de manière répétée pour de courtes durées à une clientèle de passage qui n’y élit pas domicile constitue un changement d’usage. » (Cass. 3e civ., 3 septembre 2026, pourvoi n° 25-16.157, ECLI:FR:CCASS:2026:C300463). La cour d’appel avait retenu que l’activité, sans prestation hôtelière, présentait une nature civile et ne violait ni le règlement de copropriété ni les règles du changement d’usage. La Cour de cassation balaye ce raisonnement : « En statuant ainsi, par des motifs inopérants, alors qu’elle avait constaté que l’appartement était à usage d’habitation et qu’il avait été donné en location de manière répétée pour de courtes durées à une clientèle de passage qui n’y élit pas domicile sans autorisation préalable de changement d’usage, la cour d’appel a violé les textes susvisés. » Autrement dit, le caractère civil de l’activité et l’absence de services hôteliers ne protègent plus le loueur : seule compte la réalité de locations courtes et répétées à des passagers.

La sanction financière suit immédiatement. Selon l’article L. 651-2 du code de la construction et de l’habitation, « Toute personne qui enfreint les dispositions des articles L. 631-7 ou L. 631-7-1 A ou qui ne se conforme pas aux conditions ou obligations imposées en application des mêmes articles L. 631-7 et L. 631-7-1 A est condamnée à une amende civile dont le montant ne peut excéder 100 000 € par local irrégulièrement transformé. » Cette amende est prononcée par le président du tribunal judiciaire à la demande de la commune. À Paris, les condamnations atteignent couramment plusieurs dizaines de milliers d’euros par logement, outre l’ordre de retour à l’usage d’habitation sous astreinte. Pour le voisin excédé, l’enjeu pratique est simple : plus la mairie obtient vite la condamnation, plus vite les allées et venues cessent, car le loueur qui persiste s’expose à une astreinte journalière qui rend l’exploitation déficitaire en quelques semaines.

La loi nouvelle s’applique aux situations en cours, point que la Cour de cassation a pris soin de clarifier. Dans un avis du 10 avril 2025 rendu à la demande du tribunal judiciaire de Paris, la troisième chambre civile a rappelé l’ancien critère puis le nouveau : « Pour l’application de la présente section, un local est réputé à usage d’habitation s’il était affecté à cet usage au 1er janvier 1970. Cette affectation peut être établie par tout mode de preuve. » avant de citer la rédaction issue de la loi du 19 novembre 2024, qui vise les locaux affectés à l’habitation « soit à une date comprise entre le 1er janvier 1970 et le 31 décembre 1976 inclus, soit à n’importe quel moment au cours des trente dernières années » (Cass., avis, 10 avril 2025, n° 25-70.002, ECLI:FR:CCASS:2025:C315010). L’avis confirme également que « le fait de louer un local meublé destiné à l’habitation de manière répétée pour de courtes durées à une clientèle de passage qui n’y élit pas domicile constitue un changement d’usage et toute personne qui ne respecte pas les conditions imposées par la loi pour un changement d’usage est condamnée à une amende civile ». Si le logement de votre voisin servait d’habitation à un moment quelconque des trente dernières années, ce qui est le cas de presque tous les appartements parisiens, la mairie peut donc agir sur le fondement des textes actuels.

Concrètement, votre rôle de voisin se limite à fournir à la commune un dossier solide : adresse exacte du logement, identité du propriétaire si vous la connaissez, copies des annonces en ligne avec les périodes de location visibles, relevé des numéros d’enregistrement affichés ou de leur absence, et attestation sur l’honneur décrivant le va-et-vient constaté. Adressez ce dossier au service de la protection des locaux d’habitation de la mairie de Paris par courrier recommandé avec accusé de réception, et conservez-en une copie complète : le juge civil vous demandera ce que vous avez entrepris avant de saisir la justice, et un signalement resté sans effet renforce la demande d’astreinte. Quand le logement loué appartient à un locataire qui sous-loue sans l’accord de son bailleur, le propriétaire du bien peut lui-même faire résilier le bail et obtenir le remboursement des sous-loyers, comme l’explique notre dossier sur la sous-location Airbnb sans autorisation, résiliation et remboursement des loyers à Paris. N’hésitez pas à prévenir le bailleur si vous le connaissez : son action complète utilement la vôtre.

II. Airbnb du voisin : bruit, fêtes et va-et-vient — comment les faire cesser et vous faire indemniser

A. Quelles preuves réunir pour démontrer le trouble anormal de voisinage causé par un Airbnb

Même quand la location respecte les règles d’urbanisme, par exemple une résidence principale louée moins de 90 jours par an avec un numéro d’enregistrement en règle, les nuisances qu’elle génère restent sanctionnables. Le fondement se trouve à l’article 1253 du code civil : « Le propriétaire, le locataire, l’occupant sans titre, le bénéficiaire d’un titre ayant pour objet principal de l’autoriser à occuper ou à exploiter un fonds, le maître d’ouvrage ou celui qui en exerce les pouvoirs qui est à l’origine d’un trouble excédant les inconvénients normaux de voisinage est responsable de plein droit du dommage qui en résulte. » La responsabilité est donc de plein droit, sans qu’il soit besoin de démontrer une faute : il suffit d’établir un trouble qui dépasse les inconvénients normaux du voisinage, appréciés selon le quartier, la configuration des lieux et la répétition des faits. En complément, l’article 1240 du code civil dispose que « Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. » Pour le bruit nocturne, les textes sanitaires s’ajoutent : « Les dispositions des articles R. 1336-5 à R. 1336-11 s’appliquent à tous les bruits de voisinage » (article R. 1336-4 du code de la santé publique), ce qui couvre les fêtes, les appareils sonores et les comportements bruyants des occupants successifs.

La décision rendue le 3 septembre 2025 par le tribunal judiciaire de Paris dans une affaire de location saisonnière intensive enseigne exactement ce qui fait gagner ou perdre ce type de procès (TJ Paris, référés, 3 septembre 2025, RG n° 25/50993). Le syndicat des copropriétaires demandait la cessation de l’activité et une provision de 10 000 euros pour nuisances sonores, dégradations des parties communes et désagréments. Le juge a rejeté ces demandes, et ses motifs dessinent en creux le dossier parfait. D’abord, les témoignages : le syndicat produisait cinq attestations décrivant des allées et venues de touristes avec valises bruyantes, stationnement dans le hall, porte d’entrée bloquée ouverte, détritus dans le local à poubelles et erreurs de porte. Le juge les a écartées comme trop peu nombreuses, peu circonstanciées et sans dates précises, hormis une seule nuit mentionnée par un témoin, certaines n’étant qu’indirectes car reprenant les dires de la gardienne, de sorte qu’elles ne permettaient pas d’établir l’étendue et la fréquence des troubles. La leçon est directe : chaque attestation doit décrire des faits précis, datés, constatés personnellement par son auteur, avec les mentions légales requises, et il en faut davantage que cinq pour un immeuble entier.

Ensuite, les constatations matérielles : aucun procès-verbal de constat n’avait été produit pour attester l’existence et le caractère excessif de la gêne, Faites donc établir par un commissaire de justice plusieurs constats à des dates et heures différentes, de jour comme de nuit : photographies des bagages entreposés dans le hall, de la porte bloquée ouverte, des détritus abandonnés, relevés sonores avec un sonomètre étalonné, captures des annonces mentionnant la capacité d’accueil et le nombre d’avis de voyageurs. Le juge parisien a aussi sanctionné l’exagération : le syndicat alléguait plus de neuf cents locations en trois ans alors que le constat ne révélait qu’une poignée de commentaires de voyageurs sur l’annonce litigieuse, de sorte que la location massive génératrice de troubles excessifs n’était pas établie. Ne gonflez jamais vos chiffres : ne retenez que les locations démontrables par les calendriers d’annonces, les commentaires datés et vos propres relevés. Enfin, le tribunal a conclu que, faute de démontrer des inconvénients supérieurs aux inconvénients normaux du voisinage en zone urbaine, le syndicat ne pouvait qu’être débouté. Dans un quartier animé de Paris, un passage hebdomadaire de voyageurs discrets ne suffit pas ; en revanche, des fêtes hebdomadaires jusqu’à l’aube, des dégradations répétées et un gardiennage rendu impossible caractérisent le dépassement.

Ajoutez à ce socle les plaintes et mains courantes déposées au commissariat pour les tapages nocturnes, avec les numéros de procès-verbaux, les courriers adressés au syndic et au propriétaire restés sans réponse, les photographies datées des parties communes dégradées et, si possible, une mesure d’exposition au bruit réalisée par un acousticien. Chaque pièce doit porter une date certaine. Tenez aussi un carnet de bord quotidien des nuisances pendant deux à trois mois : dates, heures, nature des faits, identité des témoins présents. Ce journal, versé aux débats avec les attestations correspondantes, transforme des griefs épars en démonstration d’une fréquence anormale. C’est ce dossier, précis et mesuré, qui permet au juge des référés de qualifier le trouble manifestement illicite et d’ordonner la cessation de l’activité.

B. Quel juge saisir à Paris, que lui demander et combien espérer : référé, astreinte et dommages-intérêts

Avant tout procès, envoyez au propriétaire loueur une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception : rappel du règlement de copropriété, description datée des nuisances, demande de cessation de la location saisonnière sous quinze jours, et avertissement d’une action en justice avec demande d’astreinte. Écrivez en parallèle au syndic en lui demandant d’agir, car l’article 9 de la loi du 10 juillet 1965 prévoit que chaque copropriétaire use et jouit librement de ses parties privatives et des parties communes à condition de ne porter atteinte ni aux droits des autres copropriétaires ni à la destination de l’immeuble. Le syndic, gardien des parties communes et chargé de faire respecter le règlement, peut mettre le copropriétaire en demeure, inscrire la question à l’ordre du jour de l’assemblée générale et, sur mandat du syndicat, assigner le fauteur. Si le syndic reste inerte, mettez-le lui-même en demeure : sa carence engage la responsabilité du syndicat et justifie que vous agissiez seul pour défendre votre lot.

L’assemblée générale peut également voter l’interdiction des meublés de tourisme dans l’immeuble quand la destination de celui-ci le justifie, par exemple un immeuble bourgeois exclusivement résidentiel. Depuis les réformes récentes, cette décision se vote à la majorité renforcée des deux tiers des voix, et non plus à l’unanimité, ce qui la rend accessible dès lors que les copropriétaires excédés se coalisent. Faites inscrire la résolution à l’ordre du jour par lettre recommandée au syndic avant la convocation, diffusez aux voisins votre dossier de nuisances pour emporter le vote, et faites constater l’adoption par le procès-verbal. Une fois la clause votée et publiée, toute location de courte durée devient une violation directe du règlement, ouvrant la voie à une injonction de cessation sans même débattre du trouble anormal. Cette stratégie collective complète l’action individuelle : la première tarit l’offre, la seconde répare votre préjudice personnel.

Le juge compétent à Paris est le président du tribunal judiciaire statuant en référé. En application du premier alinéa de l’article 835 du code de procédure civile, le juge des référés peut, même en présence d’une contestation sérieuse, prescrire les mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent pour prévenir un dommage imminent ou faire cesser un trouble manifestement illicite. Un trouble anormal de voisinage caractérisé peut constituer un tel trouble manifestement illicite, et il entre dans les pouvoirs du juge des référés de le constater et de le faire cesser malgré les contestations. Concrètement, demandez l’interdiction de toute location de courte durée du lot litigieux sous astreinte de 200 à 500 euros par infraction constatée, la remise en état des parties communes dégradées, et une provision sur votre préjudice en application du deuxième alinéa du même texte, qui permet au juge d’accorder une provision quand l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable. L’assignation doit comporter vos constats de commissaire de justice, vos attestations datées, votre carnet de bord, vos courriers au syndic et au loueur, et le signalement adressé à la mairie. L’ordonnance de référé, exécutoire de droit, produit un effet rapide : l’astreinte rend chaque nouvelle location coûteuse et pousse le loueur à transiger.

Sur le fond, le tribunal judiciaire peut allouer des dommages-intérêts couvrant la perte de jouissance de votre logement, les troubles dans vos conditions d’existence, les frais engagés pour faire constater les faits et, le cas échéant, la dépréciation locative de votre bien. Les montants varient selon la durée et l’intensité : quelques milliers d’euros pour des nuisances épisodiques documentées sur plusieurs mois, davantage quand des fêtes nocturnes hebdomadaires ont duré plus d’un an avec dégradations. Ajoutez le remboursement de vos frais de constats et d’avocat au titre de l’article 700 du code de procédure civile. À Paris et en Île-de-France, juridiction compétente pour les immeubles situés dans le ressort, les délais pratiques sont les suivants : comptez deux à quatre semaines pour obtenir une date en référé après l’assignation, et six à douze mois pour un jugement au fond. Préparez dès maintenant vos pièces : procès-verbal d’assemblée générale, règlement de copropriété, échanges avec le syndic, constats, attestations conformes aux exigences légales, plaintes au commissariat de votre arrondissement et dossier adressé à la mairie. Les voisins d’autres lots qui subissent les mêmes faits peuvent se joindre à votre action, ce qui partage les frais et renforce la démonstration de la fréquence.

Conclusion

Votre voisin peut disposer librement de son appartement, mais cette liberté s’arrête là où commencent vos droits : respect du règlement de copropriété, autorisation de changement d’usage à Paris, enregistrement en mairie, limite annuelle de location et interdiction de vous imposer un trouble qui dépasse les inconvénients normaux du voisinage. La Cour de cassation vient de confirmer, le 3 septembre 2026, que la location répétée à une clientèle de passage constitue un changement d’usage sanctionné par une lourde amende civile, et le tribunal judiciaire de Paris a détaillé ce que doit contenir un dossier de preuves pour faire cesser l’exploitation en référé. Agissez dans l’ordre : photographiez les annonces, relisez le règlement, mettez en demeure le loueur et le syndic, signalez les faits à la mairie de Paris, puis faites constater les nuisances par un commissaire de justice avec des attestations précises et datées. Ce dossier méthodique ouvre la voie à l’interdiction sous astreinte et à l’indemnisation de votre préjudice. Quand les fêtes se succèdent et que le hall ne désemplit pas, chaque semaine compte : les prescriptions probatoires se constituent dès les premiers faits.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».