Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Loi de simplification de la vie économique 2026 : impacts majeurs sur le bail commercial et les contentieux de renouvellement

Loi de simplification de la vie économique 2026 : impacts majeurs sur le bail commercial et les contentieux de renouvellement

La publication de la loi de simplification de la vie économique en 2026 marque un tournant significatif dans la gestion des baux commerciaux. Alors que les relations entre bailleurs et preneurs étaient jusqu’alors régies par un formalisme parfois rigide, cette nouvelle législation introduit des mécanismes d’allègement procédural destinés à fluidifier la gestion locative. Cet article propose une analyse transversale des évolutions apportées par ce texte et leurs conséquences directes sur les contentieux liés au renouvellement du bail commercial.

Depuis plusieurs décennies, le bail commercial, régi par le Code de commerce, a fait l’objet de nombreuses réformes visant à protéger le fonds de commerce du preneur tout en garantissant une juste rémunération de l’investissement du bailleur. La loi de 2026 s’inscrit dans cette volonté de modernisation, en répondant à un besoin accru de souplesse dans les relations contractuelles dans un contexte économique incertain. La simplification de la vie économique ne saurait s’analyser comme une dérégulation de la matière commerciale, mais plutôt comme une modernisation des obligations contractuelles, visant à sécuriser les transactions tout en réduisant le poids des formalités administratives. Le statut des baux commerciaux, né du décret historique du 30 septembre 1953 et aujourd’hui codifié aux articles L. 145-1 à L. 145-60 du Code de commerce, repose sur un équilibre complexe d’ordre public de protection de la « propriété commerciale », c’est-à-dire le droit pour le locataire d’obtenir le renouvellement de son bail ou, à défaut, le versement d’une indemnité d’éviction substantielle destinée à compenser la perte de sa clientèle et les frais de transfert de son activité. C’est précisément dans cette zone d’ombre et de tension permanente que s’insère la loi de simplification de la vie économique de 2026. Loin de bouleverser les fondations et les équilibres fondamentaux du statut protecteur, le législateur a entendu moderniser les modalités pratiques d’application de ces textes d’ordre public, en les adaptant aux réalités de la numérisation des entreprises et aux exigences de célérité du droit des affaires contemporain. Les contentieux de renouvellement, traditionnellement réputés longs, lourds et parsemés de pièges formels pour les parties, se trouvent ainsi directement impactés par ces nouvelles dispositions procédurales.

I. La portée de la loi de simplification 2026 sur les relations contractuelles dans le bail commercial

La simplification de la vie économique, telle qu’introduite par la loi de 2026, repose sur une ambition majeure : l’allègement des charges procédurales pesant sur les entreprises et la sécurisation des relations contractuelles.

A. Allègement des formalités administratives et impact sur la gestion du bail

L’allègement des formalités administratives vise à réduire la charge pesant sur les parties au moment de la conclusion ou de la modification du bail commercial. La numérisation consacrée par la loi de 2026 facilite le suivi des échéances et réduit les risques d’omission procédurale.

Dans notre système juridique, la fin d’un bail commercial n’intervient jamais par l’effet de l’arrivée du terme contractuellement fixé par les parties. En effet, en vertu des dispositions d’ordre public de l’article L. 145-9 du Code de commerce, le bail commercial se poursuit par tacite prolongation au-delà de sa durée initiale si aucun acte formel n’est délivré. Pour rompre cette continuité contractuelle ou solliciter un renouvellement, le législateur impose un formalisme strict. La loi de simplification de la vie économique de 2026 introduit des réformes pratiques d’envergure en sécurisant et en encadrant plus largement l’usage de la Lettre Recommandée Électronique (LRE) et des notifications numériques pour les actes majeurs de la gestion du bail, qui nécessitaient auparavant l’intervention quasi systématique d’un commissaire de justice (anciennement huissier de justice). Cette dématérialisation, qui permet de réduire les frais administratifs pour les commerçants et les propriétaires, obéit toutefois à des exigences technologiques et procédurales très strictes afin de préserver l’intégrité des échanges. Pour être pleinement opposable, la LRE doit respecter les normes de l’article L. 100 du Code des postes et des communications électroniques, lequel impose l’identification sécurisée de l’expéditeur et du destinataire, un horodatage qualifié attestant de la date exacte du dépôt et de la réception, et la conservation des preuves de transmission pendant une durée légale définie. De surcroît, le preneur professionnel doit avoir donné son accord écrit et exprès à l’usage exclusif de la voie électronique pour les notifications d’actes contractuels majeurs, ce qui nécessite l’insertion de clauses spécifiques lors de la rédaction initiale ou de la modification des baux.

La jurisprudence rappelle l’importance du formalisme, comme en témoigne la décision du tribunal judiciaire de Paris en date du 8 avril 2025 (n° 24/01837) : « Selon l’article L. 145-9 du code de commerce, les baux commerciaux ne cessent que par l’effet d’un congé donné six mois à l’avance ou d’une demande de renouvellement. »

Dans cette décision importante, les juges du fond ont été saisis d’un litige où le congé délivré par un propriétaire s’est avéré irrégulier car il ne respectait pas le délai de préavis de six mois exigé par la loi, ou présentait des irrégularités de notification matérielle. Le bailleur tentait d’arguer de l’absence de préjudice (le fameux grief) du locataire, qui connaissait de fait ses intentions de reprise. Le tribunal judiciaire de Paris a écarté fermement cette thèse en réaffirmant le caractère absolu et d’ordre public de la règle des six mois. L’inobservation de ce délai de préavis de six mois ou le non-respect des formalités légales strictes de l’article L. 145-9 du Code de commerce emporte la nullité de plein droit ou l’inefficacité totale de l’acte, maintenant ainsi le preneur sous le statut de la tacite prolongation avec l’ensemble de ses garanties contractuelles intactes. Cette sévérité prétorienne démontre que, malgré l’orientation simplificatrice du législateur en 2026, la rigueur procédurale reste un impératif pour la sécurité juridique des transactions locatives. Les praticiens doivent calculer ce préavis de six mois avec une précision extrême : le congé doit être délivré pour le dernier jour du trimestre civil en cours ou pour la date d’expiration exacte du contrat selon le type de bail. Une erreur d’un seul jour fait échec au congé et repousse automatiquement ses effets de plusieurs mois ou d’un trimestre civil, entraînant des préjudices financiers majeurs pour le propriétaire et conférant un droit de maintien prolongé au locataire.

Il importe également de préciser que pour tout litige né de la validité des actes ou de la durée du préavis, la compétence matérielle exclusive appartient de manière d’ordre public au Tribunal Judiciaire du lieu de situation de l’immeuble. Cette règle de compétence absolue écarte le tribunal de commerce, y compris dans l’hypothèse où les parties ont toutes deux la qualité de commerçant, et impose la constitution obligatoire d’un avocat postulant inscrit au barreau du ressort concerné, garantissant ainsi l’application rigoureuse du code de procédure civile et des principes fondamentaux du contradictoire judiciaire.

B. Évolution des obligations d’information et transparence

La loi de 2026 renforce les obligations d’information, permettant au preneur d’évaluer le coût global de son occupation. La décision du tribunal judiciaire de Paris du 7 novembre 2025 (n° 24/14629) confirme l’exigence de clarté dans le renouvellement des baux.

Le renforcement des obligations d’information constitue un pilier de la transparence contractuelle moderne. La loi Pinel du 18 juin 2014 avait déjà opéré une rupture historique en codifiant l’article L. 145-40-2 du Code de commerce, lequel impose d’annexer à chaque contrat de bail commercial un inventaire précis, limitatif et annuel des charges, taxes, impôts et redevances liés au bail, avec une répartition financière claire entre le propriétaire et son locataire. La loi de simplification de la vie économique de 2026 pousse ce mécanisme à son terme en imposant une numérisation et un accès permanent du preneur aux pièces justificatives d’exploitation. Le bailleur est désormais légalement tenu de mettre à disposition du preneur, sur une plateforme numérique dédiée ou par voie électronique, l’ensemble des factures de syndic, états de répartition des charges de copropriété et relevés fiscaux de taxes foncières ayant servi à la régularisation de ses comptes. L’état récapitulatif annuel des charges doit être adressé au locataire au plus tard le 30 septembre de l’année suivant l’exercice de régularisation ou dans un délai maximal de neuf mois à compter de la clôture comptable de l’exercice du bailleur. En cas d’inexécution ou de retard injustifié, les sanctions civiles sont sévères : le preneur est en droit de suspendre le paiement des provisions sur charges futures ou d’obtenir le remboursement judiciaire des sommes d’avance versées pour défaut de justification sincère et complète.

L’importance d’une transparence absolue lors de la phase de renouvellement contractuel est parfaitement illustrée par la décision du tribunal judiciaire de Paris du 7 novembre 2025 (n° 24/14629). Dans cette affaire, un propriétaire avait cherché, à l’occasion de la négociation du bail renouvelé, à introduire unilatéralement des modifications substantielles dans la répartition des charges d’entretien et la clause d’indexation annuelle du loyer (en remplaçant par exemple l’indice d’indexation initial par un indice plus onéreux ou en imputant au preneur des impôts non prévus auparavant) sans que ces changements n’aient été négociés de manière claire et transparente lors des échanges de mémoires. Le locataire avait alors engagé une action devant le Juge des loyers commerciaux afin d’exclure ces nouvelles stipulations non explicitées.

Le tribunal judiciaire de Paris a statué en faveur du locataire, rappelant que le renouvellement d’un bail commercial n’est pas un prétexte pour modifier de façon unilatérale ou clandestine l’économie générale et l’équilibre financier convenus à l’origine par les parties. Bien que le bail renouvelé soit considéré juridiquement comme un contrat nouveau, il doit impérativement s’exécuter aux clauses et conditions du bail expiré, à la seule exception du montant du loyer réajusté selon les critères stricts de la valeur locative ou de l’indice légal. Toute clause modifiant la répartition des charges, les indexations ou d’autres obligations financières substantielles au détriment du preneur doit faire l’objet d’un accord écrit, préalable et parfaitement éclairé lors des négociations de renouvellement. À défaut de preuve d’un consentement dénué de toute ambiguïté, la clause litigieuse est déclarée réputée non écrite ou inapplicable, et le bailleur est condamné à restituer au preneur les sommes indûment régularisées au titre des exercices passés.

Cette décision rappelle en outre que le délai de prescription applicable aux actions en contestation de charges injustifiées ou en restitution de trop-perçus est soumis à la prescription triennale de l’article 2224 du Code civil (ou la prescription biennale de l’article L. 145-60 selon la qualification de l’action), forçant les propriétaires à conserver une traçabilité comptable et justificative impeccable sous peine d’obligations d’apurement rétroactif lourdes.

II. Les mutations du contentieux du renouvellement à l’aune de la simplification 2026

Le contentieux du renouvellement, traditionnellement centré sur la fixation du loyer, se trouve impacté par ces évolutions procédurales.

A. Simplification des procédures de fixation du loyer de renouvellement

L’objective de la loi de 2026 est de raccourcir les délais de résolution des litiges locatifs. La décision du tribunal judiciaire de Paris du 13 mars 2026 (n° 25/06519) illustre la pratique des tribunaux : « Le nouveau bail prend effet à compter de l’expiration du bail précédent… ».

La fixation du montant du loyer du bail renouvelé est au cœur de l’activité du Juge des loyers commerciaux. Par principe, la variation du loyer du bail renouvelé est plafonnée selon l’indice contractuel de référence (ILC pour les commerces, ILAT pour les bureaux). Toutefois, le bailleur est en droit d’exiger un loyer à la valeur locative réelle (déplafonnement) s’il démontre l’existence d’une modification notable de l’un des critères de la valeur locative posés par l’article L. 145-33 du Code de commerce (caractéristiques des locaux, destination contractuelle, obligations respectives des parties) ou de facteurs locaux de commercialité ayant une incidence favorable directe sur le chiffre d’affaires potentiel de l’activité exercée. Les facteurs locaux de commercialité, tels que l’implantation d’infrastructures de transports publics, la création de voies piétonnes ou de zones d’activités tertiaires dynamiques, font l’objet d’une appréciation au cas par cas par les tribunaux.

La loi de simplification de la vie économique de 2026 tente d’alléger cette procédure judiciaire traditionnellement longue et coûteuse. Les parties sont invitées, avant d’engager une action contentieuse, à soumettre leur différend à la Commission Départementale de Conciliation des baux commerciaux (article L. 145-35 du Code de commerce). Cette commission paritaire, réunissant à parts égales des représentants des propriétaires et des locataires, formule un avis motivé dans un délai de trois mois. Si l’avis n’a pas de force exécutoire, sa saisine a pour effet de suspendre la prescription biennale, permettant aux parties de négocier de bonne foi une solution transactionnelle sans craindre l’extinction de leurs droits judiciaires.

En cas d’échec de la conciliation, l’action doit être obligatoirement précédée de la notification d’un mémoire préalable contenant les prétentions financières de la partie demanderesse et les justificatifs d’estimation locative, conformément à l’article R. 145-9 du Code de commerce. Le destinataire dispose d’un délai d’un mois à compter de la réception de ce mémoire pour y répondre en notifiant son propre mémoire. L’assignation devant le Juge des loyers commerciaux ne peut être délivrée qu’après l’expiration de ce délai d’un mois, sous peine d’irrecevabilité absolue de la demande. Le juge désigne fréquemment un expert judiciaire immobilier indépendant pour évaluer scientifiquement la valeur locative des locaux. L’expertise judiciaire comporte de multiples étapes : visites des lieux, réunions contradictoires de recueil des observations des conseils, analyse des prix du marché local et dépôt final d’un rapport technique d’expertise.

La décision du tribunal judiciaire de Paris du 13 mars 2026 (n° 25/06519) éclaire d’une lumière crue les lourds enjeux économiques de la date de prise d’effet du nouveau loyer : « Le nouveau bail prend effet à compter de l’expiration du bail précédent… ».

Cette règle emporte des répercussions pratiques et comptables colossales pour les commerçants et les propriétaires bailleurs. En effet, en raison de l’encombrement chronique des rôles judiciaires, des délais d’instruction et de la durée requise pour la réalisation des expertises, le jugement définitif du Juge des loyers commerciaux n’intervient souvent que deux, trois, voire quatre années après l’expiration du bail précédent. Pendant toute la durée de cette instance judiciaire complexe, le locataire est tenu de continuer à payer son loyer sur la base de l’ancien montant indexé. Dès lors que le jugement devient définitif et fixe rétroactivement un loyer renouvelé supérieur au loyer d’origine, il s’opère un effet de rétroactivité absolue : le locataire doit s’acquitter d’un rappel de loyer substantiel couvrant l’intégralité de la période écoulée depuis la date d’effet du renouvellement.

La décision rendue le 13 mars 2026 rappelle en outre que ces rappels de loyers rétroactifs génèrent des intérêts moratoires de plein droit au taux légal à compter de chaque échéance contractuelle devenue exigible. Pour les petites et moyennes entreprises ou les exploitants de fonds de commerce indépendants, la charge cumulée de ces rappels rétroactifs rétro-facturés sur plusieurs années représente une dette financière soudaine de plusieurs dizaines de milliers d’euros, capable d’asphyxier leur trésorerie courante et de mener l’entreprise à la liquidation. Cette décision jurisprudentielle alerte ainsi solennellement les conseils juridiques et les dirigeants d’entreprises sur la nécessité absolue de provisionner mensuellement ou trimestriellement des sommes correspondant à la différence estimée de valeur locative dès le début de la procédure de renouvellement. Elle incite les praticiens à une vigilance temporelle extrême, car l’action en fixation de loyer est enserrée dans le délai de la prescription biennale de l’article L. 145-60 du Code de commerce, expirant de façon irréversible deux ans après la date de notification du congé ou de la demande de renouvellement.

B. Nouvelles garanties procédurales pour le preneur et le bailleur

La réforme évite les nullités d’actes trop fréquentes. Comme le rappelle la décision du tribunal judiciaire de Bayonne du 30 juillet 2026 (n° 25/00589) : « L’erreur figurant dans l’acte extrajudiciaire ne portant pas sur une appréciation économique inexacte mais sur le calcul de l’augmentation du loyer… ». Enfin, la décision du tribunal judiciaire de Paris du 30 juillet 2025 (n° 25/01433) et la décision du tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand du 20 mai 2025 (n° 24/00854) assurent la continuité des principes protecteurs.

Un autre objectif fondamental de la loi de simplification de la vie économique de 2026 est de combattre l’instabilité contractuelle provoquée par la multiplication des actions en nullité pour des vices de forme insignifiants ou de simples calculs matériels défaillants. Historiquement, la pratique contentieuse des baux commerciaux regorgeait de stratégies dilatoires par lesquelles une partie cherchait à faire annuler un congé ou une demande de renouvellement au motif qu’une coquille administrative s’était glissée dans le texte. La réforme de 2026 clarifie et assainit cette matière en consacrant les règles du Code de procédure civile relatives à la nullité des actes de procédure (articles 112 à 116 du CPC). La loi distingue strictement le vice de forme (erreur matérielle de calcul, imprécision typographique) du vice de fond (absence de qualité à agir, usurpation d’identité, mauvaise qualification légale de l’acte). Désormais, la nullité pour vice de forme d’un acte extrajudiciaire de congé ou d’un mémoire préalable de renouvellement ne peut être valablement prononcée par les tribunaux que si la nullité est expressément prévue par la loi, et à la condition cumulative que le requérant établisse la preuve d’un grief réel et sérieux causé par cette irrégularité dans l’exercice ou la défense de ses droits légitimes.

La décision du tribunal judiciaire de Bayonne du 30 juillet 2026 (n° 25/00589) met en application de manière remarquable cette orientation moderne et pragmatique. Dans cette affaire, un propriétaire avait notifié au preneur un congé avec offre de renouvellement et demande de réajustement de loyer, lequel comportait une erreur de calcul arithmétique évidente dans l’application des coefficients d’indexation de l’indice ILC de référence. Le locataire, s’appuyant sur l’ancien formalisme d’ordre public rigide des baux commerciaux, avait plaidé la nullité absolue et immédiate du congé au motif qu’il induisait en erreur le destinataire sur la réalité économique de l’offre de renouvellement.

Le Tribunal judiciaire de Bayonne a débouté le locataire de sa demande de nullité en retenant de façon très didactique : « L’erreur figurant dans l’acte extrajudiciaire ne portant pas sur une appréciation économique inexacte mais sur le calcul de l’augmentation du loyer… ». Les magistrats ont souligné qu’une simple erreur de calcul matériel, aisément rectifiable par de simples vérifications arithmétiques à l’aide des indices de l’Insee accessibles publiquement, ne constituait pas une tromperie économique ou une manœuvre de mauvaise foi de la part du bailleur visant à fausser l’appréciation du locataire. Ce dernier, dûment conseillé par son avocat, n’avait subi aucun grief réel découlant de cette coquille de calcul et n’avait pas été empêché d’exercer sereinement sa défense. Le tribunal a donc ordonné la simple rectification arithmétique du montant proposé et a maintenu la validité intégrale du congé avec offre de renouvellement, affirmant ainsi la primauté de la vérité des débats de fond sur les arguties formalistes formalisées d’antan.

Pour autant, cette quête d’efficacité et d’allègement procédural ne se réalise pas au détriment des garanties d’ordre public d’indemnisation et de protection qui forment l’armature protectrice du statut du preneur et du bailleur. Les tribunaux veillent avec une fermeté inébranlable au maintien des équilibres fondamentaux de la propriété commerciale, comme en témoignent deux autres décisions de 2025 citées dans l’acte.

D’une part, la décision du tribunal judiciaire de Paris du 30 juillet 2025 (n° 25/01433) rappelle la force et la rigueur d’application du droit de repentir du bailleur prévu par l’article L. 145-58 du Code de commerce. Ce texte d’ordre public offre au propriétaire qui s’est vu condamner judicialement au paiement d’une indemnité d’éviction trop onéreuse une issue contractuelle exceptionnelle : il dispose d’un délai de quinze jours, à compter de la date à laquelle la décision fixant l’indemnité d’éviction est passée en force de chose jugée, pour renoncer au non-renouvellement et offrir au preneur le renouvellement effectif du bail. L’exercice de ce repentir dispense le bailleur du paiement de l’indemnité d’éviction mais l’oblige à supporter l’intégralité des frais d’instance et de procédure engagés. De plus, ce droit de repentir ne peut être exercé que si le locataire est encore dans les lieux et n’a pas déjà loué, acheté ou signé une promesse d’acquisition pour un autre local commercial afin d’y déménager son fonds, rendant son éviction matérielle irréversible. Dans sa décision du 30 juillet 2025, le tribunal judiciaire de Paris a analysé scrupuleusement la validité temporelle et matérielle du repentir exercé, s’assurant que le preneur n’avait pas déjà conclu de transactions irréversibles et confirmant que ce droit reste une garantie économique indispensable pour préserver la liberté de gestion du bailleur.

D’autre part, la décision du tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand du 20 mai 2025 (n° 24/00854) confirme la pérennité et le caractère d’ordre public absolu des principes de calcul de l’indemnité d’éviction due au locataire injustement évincé de son outil de travail. Le tribunal a rappelé de façon didactique que l’indemnité d’éviction doit compenser l’intégralité du préjudice réellement subi par le preneur évincé du fait de la perte de son droit au renouvellement.

L’indemnité principale correspond soit à la valeur de remplacement du fonds de commerce lorsque le fonds est définitivement perdu pour le locataire (calculée sur la base de la moyenne du chiffre d’affaires, de la rentabilité ou de l’excédent brut d’exploitation de l’activité, modulée par des coefficients d’évaluation sectoriels), soit à l’indemnité de transfert de bail (valeur du droit au bail) si le fonds s’avère transférable sans perte significative de clientèle. À cette indemnité principale s’ajoutent de manière d’ordre public d’indispensables indemnités accessoires : frais de déménagement et de transport des marchandises, droits de mutation et taxes d’enregistrement fiscaux liés à l’achat du nouveau droit au bail ou du nouveau local commercial, frais de licenciement du personnel rendus inévitables par la fermeture temporaire de l’exploitation, frais de double loyer pendant la période de transition matérielle des installations et coût des aménagements et agencements requis pour rendre le nouveau local identique ou adapté à l’activité commerciale. Le tribunal de Clermont-Ferrand a fermement rappelé que ces garanties d’indemnisation intégrale relèvent de la protection fondamentale des commerçants et qu’aucune clause d’un contrat de bail commercial, ni aucune loi de simplification ne saurait restreindre ou fragiliser ces calculs protecteurs.

La simplification procédurale issue de la loi de 2026 n’altère donc aucunement la substance protectrice du droit des baux commerciaux en France. Elle se borne à purger la matière de ses excès formalistes et de ses pièges temporels archaïques, favorisant la numérisation des échanges administratifs et des instances judiciaires, tout en maintenant sous la surveillance rigoureuse des magistrats du Tribunal Judiciaire l’intégrité de la propriété commerciale du preneur et de la liberté économique du bailleur.

Conclusion

La loi de simplification de la vie économique 2026 apporte des ajustements nécessaires au fonctionnement du bail commercial, en favorisant une gestion plus dynamique des relations locatives. Si ces avancées simplificatrices sont les bienvenues, elles ne sauraient dispenser les parties d’une grande rigueur. L’avocat doit accompagner cette mutation avec vigilance et perspicacité.

L’allègement des charges de forme promis par la numérisation et la réduction des cas de nullités procédurales ne doit en aucun cas occulter la technicité constante du droit immobilier commercial français. Les délais légaux de préavis de six mois de l’article L. 145-9, le formalisme incontournable des notifications de mémoires préalables de l’article R. 145-9, le délai de prescription biennale de l’article L. 145-60 et les exigences comptables d’état récapitulatif annuel de charges restent des règles impératives d’une sévérité absolue. L’accompagnement par un cabinet d’avocats spécialisé en droit immobilier d’entreprise s’avère indispensable pour sécuriser la rédaction des baux, mener à bien les négociations de renouvellement de loyer, évaluer et provisionner méthodiquement les risques de rappels rétroactifs de loyers, mettre en œuvre à temps le droit de repentir ou auditer efficacement les comptes de charges. C’est à cette condition, conjuguant outils numériques modernes et rigueur d’analyse doctrinale, que les propriétaires et les commerçants parviendront à sécuriser durablement la pérennité économique de leurs investissements immobiliers et de leurs exploitations commerciales.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».