Depuis le 1er janvier 2026, le calcul du DPE a changé pour les logements chauffés à l’électricité. Le coefficient de conversion de l’énergie finale en énergie primaire est passé de 2,3 à 1,9. Sur le papier, la mesure paraît technique. En pratique, elle peut modifier l’étiquette énergétique d’un logement, sortir certains biens d’une classe F ou G, changer la stratégie d’un bailleur, déplacer le rapport de force avec un locataire et peser sur une vente.
La demande Google est nette. Google Ads remonte 5 400 recherches mensuelles en France sur « DPE 2026 », avec une concurrence faible et un CPC haut de 1,70 euro. Le cluster « nouveau DPE 2026 » atteint 2 400 recherches mensuelles. L’intention n’est pas seulement informative : propriétaires, bailleurs et locataires veulent savoir si un ancien DPE reste valable, s’il faut refaire un diagnostic, si l’attestation ADEME suffit, si le logement peut encore être loué et quoi faire lorsqu’une agence ou un bailleur s’appuie sur une nouvelle étiquette.
Le point décisif est le suivant : le nouveau calcul ne règle pas tous les litiges. Il peut améliorer une étiquette, mais il ne corrige pas une surface erronée, un chauffage mal renseigné, une ventilation absente, un numéro ADEME inexistant ou un DPE réalisé avant le 1er juillet 2021 devenu caduc. Avant de signer un bail, d’augmenter un loyer, de contester une indécence énergétique ou de négocier une vente, il faut donc vérifier la pièce exacte produite.
Ce qui change vraiment depuis le 1er janvier 2026
L’arrêté du 13 août 2025, publié au Journal officiel du 26 août 2025, modifie le facteur de conversion de l’électricité utilisé dans le diagnostic de performance énergétique. Les DPE établis depuis le 1er janvier 2026 intègrent directement le nouveau coefficient.
Pour les anciens DPE encore valables, l’arrêté prévoit une attestation. Cette attestation ne refait pas tout le diagnostic. Elle remplace l’étiquette initiale par une nouvelle étiquette lorsque le changement de coefficient le justifie. Elle est générée de façon dématérialisée par l’Observatoire DPE-Audit de l’ADEME et sa validité prend fin en même temps que le DPE initial.
Autrement dit, un propriétaire peut parfois obtenir une nouvelle étiquette sans payer une nouvelle visite du diagnostiqueur. Mais il ne peut pas transformer une attestation en audit complet. Il ne peut pas non plus utiliser cette attestation pour masquer une erreur de diagnostic.
La différence est importante. Si le DPE initial est valable, correctement enregistré, postérieur au 1er juillet 2021 et seulement pénalisé par l’ancien coefficient électrique, l’attestation peut suffire. Si le DPE est caduc, absent, sans numéro ADEME, incohérent avec le logement ou fondé sur de mauvaises données, il faut traiter le problème à la source.
Ancien DPE, attestation ou nouveau diagnostic : quelle pièce utiliser ?
La première vérification porte sur la date du DPE.
Les DPE réalisés depuis le 1er juillet 2021 sont en principe valables dix ans. Les DPE plus anciens ont connu des régimes transitoires et certains ne peuvent plus être utilisés pour une nouvelle location. En location, le propriétaire bailleur doit fournir un DPE valide dans le dossier de diagnostic technique lors de la signature ou du renouvellement du bail.
La deuxième vérification porte sur le numéro ADEME. Un DPE transmis à l’ADEME comporte un identifiant. Sans ce numéro, la pièce est fragile. Un bailleur qui produit seulement un tableau, une capture ou un document non vérifiable prend un risque, surtout si le locataire conteste une révision de loyer ou l’état de décence énergétique du logement.
La troisième vérification porte sur l’objet de l’attestation. Une attestation ADEME liée au nouveau coefficient électrique n’est utile que si elle correspond au DPE initial et au logement concerné. Elle doit être conservée avec le DPE initial. Isolée, elle peut créer une confusion : elle indique une nouvelle étiquette, mais elle ne décrit pas nécessairement toutes les caractéristiques techniques du logement.
Pour un bailleur, le dossier propre comprend donc :
- le DPE initial complet ;
- le numéro ADEME ;
- l’attestation de changement d’étiquette si elle existe ;
- le bail ou le projet de bail ;
- l’annonce immobilière publiée ;
- les justificatifs de travaux éventuellement réalisés ;
- les échanges avec l’agence ou le diagnostiqueur.
Pour un locataire, les pièces utiles sont les mêmes, mais avec une attention particulière : il faut demander le DPE complet, pas seulement la nouvelle lettre énergétique.
Location : l’attestation peut-elle rendre un logement louable ?
Depuis le 1er janvier 2025, un logement classé G ne respecte plus le niveau de performance minimal exigé pour un logement décent en métropole. À partir du 1er janvier 2028, la contrainte visera les logements classés F ; à partir de 2034, les logements classés E.
Si le nouveau calcul fait passer un logement chauffé à l’électricité de G à F, la conséquence peut être considérable : le logement ne relève plus, sur ce critère énergétique, de l’interdiction applicable aux G en 2025. Si le classement passe de F à E, le bailleur peut aussi gagner du temps avant l’échéance de 2028.
Mais il faut rester précis. La nouvelle étiquette ne dispense pas le bailleur de délivrer un logement décent au sens général : chauffage en état de fonctionnement, absence d’humidité anormale, ventilation suffisante, sécurité des équipements, surface correcte, absence de risques pour la santé. Un logement peut sortir de G sur le papier et rester contestable sur un autre fondement.
Le bailleur qui veut relouer doit donc éviter deux erreurs.
La première consiste à publier une annonce avec la nouvelle étiquette sans conserver l’attestation qui l’explique. Si le locataire ou l’administration demande la preuve, l’annonce doit être justifiée.
La seconde consiste à croire que le changement de coefficient efface les obligations de travaux. Il ne les efface pas. Il peut seulement déplacer le classement énergétique. Lorsque les désordres viennent d’une isolation défaillante, d’un chauffage insuffisant ou d’une humidité persistante, le conflit reste ouvert.
Loyer, gel des loyers et renouvellement du bail
Le DPE ne sert pas seulement à louer. Il sert aussi dans les discussions sur le loyer.
Pour les passoires énergétiques, certaines hausses sont bloquées. Lorsqu’un bailleur prétend que le logement n’est plus classé F ou G grâce au nouveau calcul, il doit pouvoir démontrer la nouvelle situation. Un simple courriel de l’agence ne suffit pas. Il faut produire le DPE et, le cas échéant, l’attestation ADEME.
Le locataire doit vérifier trois points avant d’accepter une révision :
- la date du DPE ;
- la présence du numéro ADEME ;
- la cohérence entre l’ancien classement, l’attestation et la nouvelle étiquette invoquée.
Si la révision est appliquée sans document fiable, il faut répondre vite, par écrit. Le message doit demander la communication du DPE complet, de l’attestation de nouvelle étiquette et du fondement de la révision. En cas de blocage, le dossier peut être porté devant le juge des contentieux de la protection, surtout lorsque la discussion porte aussi sur la décence du logement.
Le cabinet a déjà publié un article plus général sur le DPE et la location en 2026. Le présent article traite le sous-angle plus précis du nouveau calcul électrique et de la preuve à produire.
Vente immobilière : attention à la négociation du prix
En vente, le DPE influence la décision de l’acquéreur, le prix proposé, les travaux anticipés et parfois le financement. Un logement classé F ou G peut déclencher une demande de réduction de prix, un audit énergétique, ou une négociation sur le calendrier des travaux.
Le nouveau calcul peut donc modifier la négociation. Un vendeur dont le logement chauffé à l’électricité sort de F ou G aura intérêt à produire l’attestation. Un acquéreur devra vérifier que la nouvelle étiquette repose seulement sur le coefficient électrique et non sur un DPE initial déjà contestable.
La jurisprudence rappelle qu’un DPE erroné peut engager la responsabilité du diagnostiqueur. La Cour de cassation a notamment jugé, dans un arrêt du 21 novembre 2019, que l’erreur dans le DPE pouvait causer une perte de chance de négocier une réduction du prix, et non automatiquement le coût complet des travaux d’isolation. La décision est consultable ici : Cass. 3e civ., 21 novembre 2019, n° 18-23.251.
Depuis la réforme du DPE, l’analyse peut être plus exigeante selon les faits, mais l’idée reste utile : il faut prouver le préjudice. Une mauvaise étiquette ne suffit pas. Il faut montrer ce que l’acquéreur aurait négocié, refusé ou exigé s’il avait eu la bonne information.
Que faire si l’agence ou le bailleur communique seulement une nouvelle lettre ?
Il faut demander les documents avant de discuter du fond.
Le message peut être simple :
« Vous m’indiquez que le logement bénéficie d’une nouvelle étiquette DPE depuis le 1er janvier 2026. Je vous remercie de me communiquer le DPE complet, son numéro ADEME, ainsi que l’attestation de changement d’étiquette générée par l’Observatoire DPE-Audit. Sans ces pièces, je ne peux pas vérifier la validité de l’étiquette invoquée ni les conséquences sur le bail ou le loyer. »
Cette demande protège les deux parties. Le bailleur sérieux consolide son dossier. Le locataire évite de contester à l’aveugle. L’acquéreur vérifie que le prix demandé repose sur une donnée fiable.
Si l’agence refuse ou temporise, il faut conserver les échanges. En location, le DPE fait partie du dossier de diagnostic technique. En vente, il fait partie des informations structurantes remises à l’acquéreur. Dans les deux cas, une pièce absente, incomplète ou incohérente peut devenir un argument dans une négociation, une mise en demeure ou une procédure.
Paris et Île-de-France : pourquoi le sujet est sensible
À Paris et en Île-de-France, le nouveau DPE 2026 touche un parc locatif tendu, avec beaucoup de petits logements, de chauffages électriques individuels, de copropriétés anciennes et de relocations rapides.
Un studio parisien classé G en 2025 peut devenir F après attestation. Un deux-pièces classé F peut devenir E. Mais cela ne signifie pas que le logement est confortable, que le bailleur peut ignorer les travaux ou que le locataire doit accepter une hausse sans preuve.
La situation est souvent plus complexe en copropriété. Les travaux d’isolation, de ventilation ou de chauffage peuvent dépendre d’une assemblée générale. L’attestation liée au coefficient électrique peut améliorer l’étiquette, mais elle ne remplace pas une stratégie de travaux si l’immeuble reste énergivore. Elle ne remplace pas non plus un recours contre une erreur de diagnostic ou une agence qui publierait une annonce imprécise.
Pour les propriétaires bailleurs parisiens, le bon réflexe est de traiter le DPE comme une pièce contentieuse : vérifiable, datée, complète, cohérente avec l’annonce et le bail. Pour les locataires, il faut raisonner de la même manière : obtenir la pièce, vérifier la date, contrôler le numéro ADEME, puis seulement discuter du loyer, de la décence ou des travaux.
Pour replacer cette vérification dans une stratégie plus large, la page du cabinet consacrée à l’avocat en droit immobilier à Paris détaille les contentieux locatifs et immobiliers traités par le cabinet.
Les textes et décisions à garder dans le dossier
Les textes utiles sont les suivants :
- l’arrêté du 13 août 2025 relatif au facteur de conversion de l’électricité dans le DPE ;
- l’article 6 de la loi du 6 juillet 1989, sur l’obligation de délivrer un logement décent ;
- l’article 3-3 de la loi du 6 juillet 1989, sur le dossier de diagnostic technique annexé au bail ;
- la décision Cass. 3e civ., 21 novembre 2019, n° 18-23.251, utile pour le préjudice lié à un DPE erroné en vente.
Les sources administratives consultées pour ce run sont Service-Public, page « Calcul du DPE : les nouveautés », mise à jour le 7 janvier 2026 ; Service-Public, fiche « Diagnostic immobilier : diagnostic de performance énergétique », vérifiée le 1er janvier 2026 ; communiqué du ministère de l’Économie du 26 août 2025 sur l’évolution du calcul du DPE au 1er janvier 2026.
Le delta éditorial par rapport aux contenus concurrents est le suivant : les sources générales expliquent surtout le coefficient et l’attestation. L’angle utile pour un dossier est différent : savoir quelle pièce demander, comment prouver la nouvelle étiquette, quand l’attestation suffit, quand elle ne suffit pas, et comment agir si le bailleur, l’agence, le vendeur ou l’acquéreur tire une conséquence juridique trop rapide du nouveau DPE.
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