D’après MoneyVox le 14 octobre 2026, le Crédit Mutuel fait disparaître sa gamme historique Eurocompte au 1er janvier 2027 pour la remplacer par une nouvelle gamme baptisée Connect : finis Tranquillité, Confort et Sérénité, place à Initial à 8 euros par mois, Plus à 10 euros et Prestige à 21 euros, avec des cartes, des autorisations de découvert et des franchises d’agios redessinées. Pour les couples qui partagent leurs dépenses sur un compte joint adossé à l’une de ces formules, y compris la déclinaison pour deux cotitulaires que les internautes recherchent sous le nom d’Eurocompte Duo Confort, la question dépasse le simple comparatif de prix : qui accepte la bascule quand le compte a deux titulaires, que devient la solidarité sur le découvert, et comment refuser ou clôturer sans se retrouver bloqué ? Cet article explique le droit applicable à cette bascule annoncée, les réflexes à adopter avant le 1er janvier 2027 et les solutions quand les deux cotitulaires ne sont plus d’accord.
I. Eurocompte Duo Confort, c’est quoi : un compte joint à solidarité totale basculé vers Connect
A. Fin d’Eurocompte au 1er janvier 2027 : ce que la nouvelle gamme Connect change en prix et en services
Selon l’enquête de MoneyVox publiée le 14 octobre 2026 par le journaliste Vincent Mignot, les nouvelles brochures tarifaires datées du 1er janvier 2027, publiées par les fédérations du groupe mutualiste, affichent une nouvelle dénomination pour les offres groupées de services, qui incluent la tenue du compte courant, une carte de paiement et une série de services bancaires du quotidien : les offres Connect, qui remplaceraient les formules Eurocompte. Le même constat est rapporté par Le Revenu, qui titre sur la disparition d’Eurocompte en 2027 et détaille les nouveaux tarifs bancaires. Les fédérations concernées citées par MoneyVox sont celles de Centre Est Europe, Sud-Est, Île-de-France, Savoie Mont-Blanc, Dauphiné-Vivarais, Midi-Atlantique, Méditerranée et Loire Atlantique et Centre-Ouest, et le relevé a été effectué le 14 octobre 2026 sur les tarifs pratiqués au Crédit Mutuel Centre Est Europe.
Sur les prix, toujours d’après ce relevé, la formule d’entrée de gamme Initial passerait de 7 à 8 euros par mois, avec une carte à autorisation systématique et une autorisation de découvert ramenée de 1 600 à 1 000 euros, sans franchise d’agios, tandis que tous les retraits déplacés en zone euro deviendraient offerts. La formule Plus, qui succéderait à Confort, baisserait de 13,05 à 10 euros par mois avec une carte classique, un découvert jusqu’à 1 500 euros, une franchise d’agios et des opérations en devises incluses. La formule Prestige, qui succéderait à Sérénité, passerait de 22,95 à 21 euros par mois avec une carte premium, un découvert jusqu’à 5 000 euros et une franchise d’agios portée à 500 euros. Les offres jeunes suivraient le même mouvement : exit Eurocompte Jeune à 3,50 euros et Eurocompte Jeune Actif à 7,25 euros, place à Plus Jeune à 3 euros et Prestige Jeune à 11 euros par mois, avec des cartes et des découverts différenciés.
Pour un couple, ces chiffres se lisent différemment que pour un compte individuel. Quand chaque cotitulaire paie sa formule ou quand le ménage paie une formule Duo, la bascule automatique vers Connect modifierait le coût mensuel du foyer et le contenu des services partagés : carte de chacun, plafond de découvert commun, franchise d’agios commune, retraits déplacés. Avant de comparer les euros, il faut donc comprendre l’objet juridique sur lequel la bascule s’applique : un compte joint, c’est-à-dire un compte collectif à solidarité active et passive, où chaque cotitulaire peut à lui seul faire fonctionner le compte et où chacun répond de la totalité du solde. C’est ce mécanisme que la suite de l’article détaille, car il commande qui peut accepter la nouvelle offre, qui peut la refuser et qui paiera le découvert si la séparation s’en mêle.
Un point de méthode avant d’entrer dans le droit : les montants et les contenus d’offres cités ici sont ceux rapportés par la presse spécialisée à partir des brochures 2027 des fédérations, et chaque fédération du groupe mutualiste publie sa propre brochure. Vérifiez donc votre brochure fédération par fédération et le courrier que votre caisse vous adressera : c’est ce courrier, avec sa date d’envoi et sa date d’application annoncée, qui fera courir vos délais pour refuser ou résilier, comme expliqué en seconde partie. Conservez-le avec votre convention de compte initiale et vos relevés des douze derniers mois : ce trio constitue votre dossier de preuve si un frais contesté apparaît en 2027.
B. Compte joint et solidarité : chacun fait fonctionner le compte seul et répond de tout le découvert
Le compte joint repose sur une solidarité à double sens que le code civil encadre strictement. D’un côté, la solidarité active entre créanciers : l’article 1311 du code civil dispose que « La solidarité entre créanciers permet à chacun d’eux d’exiger et de recevoir le paiement de toute la créance », ce qui signifie que chaque cotitulaire peut retirer seul la totalité du solde créditeur. De l’autre, la solidarité passive envers la banque pour le solde débiteur : chaque cotitulaire peut être poursuivi pour la totalité du découvert, même s’il n’a pas personnellement dépensé les sommes. Et cette solidarité ne se devine jamais : l’article 1310 du code civil rappelle qu’elle « est légale ou conventionnelle ; elle ne se présume pas », de sorte que c’est votre convention de compte, signée par les deux titulaires, qui la crée. L’article L. 312-1-1 du code monétaire et financier l’exige d’ailleurs noir sur blanc : « L’acceptation de la convention de compte de dépôt est formalisée par la signature du ou des titulaires du compte. »
Concrètement, tant que le compte fonctionne en mode joint, la signature de l’un ou de l’autre suffit pour les virements, les chèques, les prélèvements et les retraits, et les procurations éventuellement données à un tiers restent valables. Cette souplesse fait son succès dans les couples, mais elle a un revers que la bascule Connect rend très actuel : l’un des deux peut engager seul le ménage sur la nouvelle formule, et l’un des deux peut aussi vider le compte ou le laisser dériver en découvert pendant que l’autre croit la situation réglée. La cour d’appel de Paris l’a illustré le 27 mai 2022 dans une affaire où un chèque d’indemnisation d’assurance de 9 426,03 euros avait été déposé sur le compte joint d’un couple, suivi d’un virement de 8 000 euros vers le compte personnel de l’épouse : le compte affichait ensuite un découvert de 7 816,42 euros, la banque avait fait injonction de payer aux deux époux « de payer solidairement à la société Boursorama Banque la somme de 7 816,42 euros avec intérêts au taux légal à compter de sa signification, correspondant au solde débiteur du compte bancaire joint », et la cour a confirmé le jugement en toutes ses dispositions (CA Paris, pôle 4 chambre 9, 27 mai 2022, RG 19/13592). Peu importait, pour la dette envers la banque, lequel des deux avait provoqué le découvert : la solidarité du compte joint jouait pour le tout.
Trois conséquences pratiques en découlent pour la bascule de janvier 2027. Premièrement, le découvert autorisé attaché à la nouvelle formule Connect concernerait le compte dans son ensemble, et les agios courraient sur le solde global quel que soit l’auteur des dépenses : surveillez donc le plafond applicable à votre nouvelle formule, d’autant que les montants changeraient selon MoneyVox, avec un découvert ramené à 1 000 euros sur l’entrée de gamme. Deuxièmement, les cartes des deux cotitulaires et les éventuelles procurations continueraient de fonctionner sur le même solde, sauf révocation expresse : si vous ne voulez plus qu’un ex-conjoint utilise la carte, la dénonciation du compte, expliquée en seconde partie, est l’outil adapté, pas le simple retrait de la carte. Troisièmement, les prélèvements du foyer, loyer, énergie, assurances, crédit immobilier, resteraient adossés au même compte et au même relevé d’identité bancaire tant que le compte ne serait pas clôturé : changer de formule ne changerait ni le RIB ni les mandats de prélèvement, mais clôturer le compte, lui, obligerait à tout re-router, point sur lequel la seconde partie donne la marche à suivre avec l’aide à la mobilité bancaire.
Retenez la formule qui résume le fonctionnement joint : chacun peut tout faire seul, chacun doit tout si le compte passe au rouge. C’est précisément parce que ce mécanisme est puissant que la loi verrouille la sortie : on peut s’en extraire seul par la dénonciation, mais on ne peut pas clôturer seul ni transformer seul le compte, et c’est là que les couples séparés ou en désaccord sur la bascule Connect doivent redoubler d’attention.
II. Bascule Connect refusée ou couple en désaccord : dénoncer, désolidariser ou clôturer avant le 1er janvier 2027
A. Refuser la hausse ou la nouvelle formule : information deux mois avant, accord tacite et résiliation sans frais
Le principe général du droit des contrats protège le client contre les modifications imposées : la Cour de cassation a jugé le 26 février 2025 que, sauf clause contraire, « toute modification du contrat requiert le consentement de toutes les parties et que le silence ne vaut pas à lui seul acceptation, à moins que des circonstances particulières permettent de lui en donner la signification » (Cass. com., 26 février 2025, n° 23-21.063). En matière bancaire, le législateur a aménagé ce principe pour les contrats-cadres de services de paiement : la banque peut proposer une modification avec acceptation tacite, mais à des conditions strictes de délai et d’information, et le client garde toujours une porte de sortie sans frais. L’article L. 314-13 du code monétaire et financier dispose ainsi que « Tout projet de modification du contrat-cadre de services de paiement est fourni sur support papier ou sur un autre support durable au client au plus tard deux mois avant la date d’application proposée pour son entrée en vigueur », et que le client « est réputé avoir accepté la modification s’il ne lui a pas notifié, avant la date d’entrée en vigueur proposée de cette modification, qu’il ne l’acceptait pas » ; dans ce cas, la banque doit également préciser que « si le client refuse la modification proposée, il a le droit de résilier le contrat-cadre, sans frais, avant la date d’entrée en vigueur proposée de la modification ».
Traduction concrète pour une application annoncée au 1er janvier 2027 : le courrier d’information devrait vous parvenir au plus tard début novembre 2026, et votre silence jusqu’au 31 décembre 2026 vaudrait acceptation de la bascule vers Connect. Si la formule Initial à 8 euros ne vous convient pas, si la baisse du découvert autorisé de 1 600 à 1 000 euros fragilise votre trésorerie de fin de mois, ou si la disparition de la franchise d’agios sur l’entrée de gamme renchérit vos petits découverts, vous pouvez notifier votre refus avant la date d’entrée en vigueur et résilier sans frais. Le même article L. 314-13 ajoute que « Le client peut résilier le contrat-cadre de services de paiement à tout moment, sauf stipulation contractuelle d’un préavis qui ne peut dépasser trente jours », et que « Au-delà de six mois, le contrat-cadre de services de paiement peut être résilié sans frais » : pour des formules Eurocompte souscrites depuis des années, la résiliation serait donc sans frais dans tous les cas, et le préavis ne pourrait pas dépasser trente jours.
La particularité du compte joint tient au nombre de signatures exigées pour refuser et résilier. Puisque la convention a été acceptée par la signature des deux titulaires et que l’article 1103 du code civil dispose que « Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits », la modification s’appliquerait aux deux ensemble et le refus devrait en principe émaner des deux ensemble pour produire la résiliation du compte commun. En pratique, adressez votre refus en recommandé avec accusé de réception, cosigné par les deux cotitulaires, avant la date butoir indiquée dans le courrier de la banque, et conservez la preuve de dépôt : si la banque prétend ensuite que votre silence valait acceptation, c’est la date de votre notification qui tranchera. Si un seul des deux veut partir et l’autre rester, ne résiliez pas le compte dans la précipitation : utilisez la dénonciation unilatérale décrite au B, qui protège le partant sans imposer la clôture au restant.
Si vous choisissez de quitter l’établissement, deux garde-fous légaux sécurisent le départ. D’abord, l’article L. 312-1-7 du code monétaire et financier ouvre son premier paragraphe par une règle claire : « La clôture de tout compte de dépôt ou compte sur livret appartenant à une personne physique ou morale est gratuite. » Ensuite, le même article organise le service d’aide à la mobilité bancaire : la banque d’arrivée prend en charge le transfert des prélèvements et virements récurrents à partir de vos relevés, avec des délais encadrés, ce qui évite les impayés de loyer ou d’assurance pendant la bascule. Signez le mandat de mobilité dans la nouvelle banque, laissez-lui la liste des opérations récurrentes des treize derniers mois, et ne clôturez l’ancien compte joint qu’une fois le premier cycle complet de prélèvements passé sur le nouveau compte, avec l’accord écrit des deux cotitulaires. Enfin, si une clause de votre convention limite votre droit de refuser ou vous impose des frais de résiliation malgré l’ancienneté du contrat, l’article L. 212-1 du code de la consommation permet d’en contester le caractère abusif : « Dans les contrats conclus entre professionnels et consommateurs, sont abusives les clauses qui ont pour objet ou pour effet de créer, au détriment du consommateur, un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties au contrat. »
B. Séparation ou désaccord sur Connect : dénoncer seul, fonctionner à deux signatures et clôturer d’un commun accord
Quand le couple se sépare ou quand les cotitulaires ne s’accordent pas sur la bascule vers Connect, la dénonciation unilatérale est l’arme la plus rapide : chacun peut sortir seul de la solidarité, sans l’accord de l’autre et sans attendre le juge. Le tribunal judiciaire de Paris l’a rappelé le 6 mai 2025 dans une ordonnance de référé opposant une cliente à sa banque mutualiste : « étant toujours révocable, le compte joint perd ce caractère par la seule manifestation de volonté de l’un des titulaires », et « En revanche, la clôture d’un compte joint ou indivis nécessite l’accord de tous ses cotitulaires, de même que sa transformation en compte individuel » (TJ Paris, ord. réf., 6 mai 2025, RG 25/01283). Dans cette affaire, la cliente avait dénoncé la solidarité en mai 2024, la banque avait tardé à en tirer les conséquences puis l’avait inscrite au fichier des incidents de remboursement des crédits : le juge a ordonné la désolidarisation et la radiation de l’inscription sous astreinte de 200 euros par jour de retard. La leçon vaut pour janvier 2027 : dénoncez par écrit dès que le désaccord apparaît, et la banque devrait exécuter sans délai.
L’effet de la dénonciation est immédiat et radical : le compte joint devient un compte indivis, qui ne fonctionne plus qu’à deux signatures. Le même jugement l’énonce sans détour : à compter de la dénonciation, le compte est devenu indivis et toutes les opérations de dépôt et de retrait doivent être validées par les deux cotitulaires. Chaque chèque, chaque virement, chaque retrait exigerait alors les deux signatures, et les procurations données à des tiers cesseraient de produire leur effet utile sur ce compte. C’est une protection, mais aussi une contrainte : les prélèvements automatiques du foyer continueraient d’être honorés dans la limite du solde disponible, tandis que toute opération nouvelle à l’initiative d’un seul serait rejetée. Prévenez donc vos créanciers récurrents et provisionnez le compte le temps de la transition, car un rejet de prélèvement de loyer ou d’assurance pendant une indivision conflictuelle aggraverait la situation des deux cotitulaires, y compris de celui qui a dénoncé.
Pour solder définitivement la situation, seule la clôture convenue ensemble libère les deux cotitulaires, puisqu’elle exige l’accord de tous. Organisez-la en quatre temps : d’abord, arrêtez d’un commun accord la date de clôture et la répartition du solde créditeur, par écrit signé des deux, avec copie des relevés ; ensuite, ouvrez chacun un compte individuel et redirigez vos revenus et vos prélèvements personnels, en utilisant si besoin le service d’aide à la mobilité bancaire ; puis, soldez ensemble le découvert éventuel, car la banque pourra réclamer à l’un comme à l’autre la totalité du solde débiteur au titre de la solidarité née avant la dénonciation, comme l’a confirmé la cour d’appel de Paris pour un découvert de compte joint ; enfin, signez ensemble la demande de clôture et exigez l’attestation de clôture avec solde à zéro. Si l’un refuse de signer sans motif, le juge peut être saisi pour autoriser la clôture ou trancher le partage, et les situations de séparation avec compte joint vidé par l’un des deux relèvent du contentieux familial autant que bancaire : notre analyse des comptes joints après divorce ou séparation, entre dettes solidaires et dénonciation détaille ces recours.
Deux derniers réflexes complètent le dispositif. Vérifiez votre inscription éventuelle aux fichiers d’incidents : une dénonciation exécutée à temps interrompt la solidarité pour l’avenir, et une inscription fondée sur des incidents postérieurs à votre dénonciation serait contestable, comme l’a montré l’ordonnance parisienne qui a ordonné la radiation. Et surveillez les frais prélevés au titre de l’ancienne formule comme de la nouvelle : conservez tous les relevés à compter du dernier trimestre 2026, pointez chaque ligne de facturation du package, et contestez par écrit toute facturation non conforme au courrier d’information reçu. Un dossier chronologique, convention initiale, courrier de bascule, refus ou dénonciation avec accusés de réception, relevés annotés, transforme une contestation orale en demande chiffrée que la banque comme le juge peuvent trancher.
Conclusion
La disparition annoncée d’Eurocompte au 1er janvier 2027 et son remplacement par la gamme Connect, rapportés par MoneyVox et Le Revenu à partir des brochures tarifaires des fédérations, ne sont pas une simple actualité tarifaire pour les couples en compte joint : c’est une modification du contrat-cadre que chacun peut refuser, une occasion de vérifier la solidarité qui lie les cotitulaires, et un moment où les désaccords doivent se régler par écrit. Information deux mois avant l’échéance, refus notifié avant l’entrée en vigueur avec résiliation sans frais, dénonciation unilatérale qui transforme le compte en indivis à double signature, clôture convenue ensemble et attestée : ces quatre gestes, accomplis avant le 1er janvier 2027 avec des preuves datées, protègent les deux cotitulaires. Quand la séparation s’ajoute à la bascule, dénoncez tôt, provisionnez les prélèvements et ne signez la clôture qu’une fois le solde apuré et partagé.