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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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Niche fiscale 2027 : votre meublé de tourisme à Paris face au rabot de l’amortissement, que vérifier avant le vote du budget

La location de votre appartement parisien en meublé de tourisme traverse en quelques jours une double actualité qui change vos calculs. D’un côté, le projet de loi de finances pour 2027 présenté à Bercy le 2 octobre 2026 propose, dans son article 7, de plafonner la déduction des amortissements des loueurs en meublé non professionnels à 2,5 % de la valeur du bien par an et à 7 000 euros par foyer fiscal, avec une économie attendue de 200 millions d’euros par an selon les informations de l’Agence France Presse relayées par BFM Business le 1er octobre 2026. De l’autre, le tribunal judiciaire de Paris a condamné le 15 avril 2026 une société civile immobilière à 65 000 euros d’amendes civiles cumulées pour avoir exploité un appartement parisien en meublé de tourisme sans autorisation de changement d’usage, sans enregistrement et sans transmettre le décompte des nuitées, tout en ordonnant le retour du local à l’habitation sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard. Ce guide explique le droit en vigueur qui s’applique déjà à votre meublé de tourisme, ce que le budget 2027 modifierait s’il était voté en l’état, et les vérifications concrètes à mener à Paris et en Île-de-France avant la fin de l’année.

I. Votre meublé de tourisme en 2026 : le cadre en vigueur que le budget ne change pas

A. Qui est visé par le régime fiscal du meublé de tourisme : 15 000 euros, 30 % et enregistrement obligatoire

Le meublé de tourisme répond à une définition légale précise. Aux termes du I de l’article L. 324-1-1 du code du tourisme, dans sa version en vigueur depuis le 20 mai 2026, « les meublés de tourisme sont des villas, appartements ou studios meublés, à l’usage exclusif du locataire, offerts à la location à une clientèle de passage qui n’y élit pas domicile et qui y effectue un séjour caractérisé par une location à la journée, à la semaine ou au mois ». Si votre appartement parisien est proposé sur une plateforme pour des séjours de quelques nuits à des voyageurs qui n’y habitent pas, il entre dans cette définition, même si vous l’occupez vous-même une partie de l’année.

Sur le plan fiscal, la loi n° 2024-1039 du 19 novembre 2024 visant à renforcer les outils de régulation des meublés de tourisme à l’échelle locale a resserré le régime micro-BIC applicable aux meublés non classés. L’article 50-0 du code général des impôts, dans sa version en vigueur depuis le 1er juillet 2026, dispose que relèvent du micro-BIC « 1° bis 15 000 € s’il s’agit d’entreprises dont l’activité principale est de louer directement ou indirectement des meublés de tourisme, au sens du I de l’article L. 324-1-1 du code du tourisme, autres que ceux mentionnés aux 1° et 2° du I de l’article 1414 bis du présent code ». En dessous de 15 000 euros de recettes annuelles, le bénéfice imposable égale les recettes diminuées « d’un abattement de 30 % pour le chiffre d’affaires provenant d’activités de la catégorie mentionnée au 1° bis ». Les meublés classés et les chambres d’hôtes visés à l’article 1414 bis conservent un régime plus favorable, et le même article 50-0 précise que « Pour l’application de la première phrase du présent alinéa, les abattements mentionnés au sixième alinéa du présent 1 sont réputés tenir compte des amortissements pratiqués selon le mode linéaire » : en micro-BIC, vous ne déduisez donc aucun amortissement réel, l’abattement forfaitaire étant censé les intégrer.

Avant toute mise en location, la déclaration est obligatoire. Le même article L. 324-1-1 impose une déclaration préalable : « Toute personne qui offre à la location un meublé de tourisme procède préalablement en personne à une déclaration soumise à enregistrement auprès d’un téléservice national opéré par l’organisme public unique ». Conservez le récépissé et le numéro de déclaration : la plateforme qui diffuse votre annonce doit obtenir de lui, « préalablement à la publication ou à la mise en ligne de l’annonce de location, une déclaration sur l’honneur attestant du respect de ces obligations » et « publie, dans toute annonce relative à ce meublé, ce numéro de déclaration », en application de l’article L. 324-2-1 du code du tourisme. Si vous louez votre résidence principale, la limite de 120 jours par an est surveillée : l’organisme public unique signale à la commune « lorsqu’un meublé déclaré comme résidence principale du loueur a été loué plus de cent vingt jours » au cours d’une même année civile. Au-delà, vous basculez dans le régime de la résidence secondaire, avec l’autorisation de changement d’usage décrite ci-après et la taxe d’habitation sur les résidences secondaires, sauf exonération : les communes peuvent exonérer « de taxe d’habitation sur les résidences secondaires, pour la part qui leur revient » les meublés classés et les chambres d’hôtes, sur déclaration adressée au service des impôts « avant le 1er mars de chaque année au titre de laquelle l’exonération est applicable, une déclaration accompagnée de tous les éléments justifiant de l’affectation des locaux », selon l’article 1414 bis du code général des impôts.

B. Paris et Île-de-France : l’autorisation de changement d’usage, le classement ne suffit pas et la sanction est déjà tombée en 2026

À Paris, louer un appartement en meublé de tourisme de manière répétée pour de courtes durées constitue un changement d’usage soumis à autorisation préalable du maire, avec compensation possible. L’article L. 631-7 du code de la construction et de l’habitation s’applique aux communes désignées par décret, et la Cour de cassation rappelle que « dans certaines communes, le changement d’usage des locaux destinés à l’habitation est soumis à autorisation préalable » et que « Le fait de louer un local meublé destiné à l’habitation de manière répétée pour de courtes durées à une clientèle de passage qui n’y élit pas domicile constitue un changement d’usage au sens de ce texte ». L’autorisation est délivrée par le maire : « L’autorisation préalable au changement d’usage est délivrée par le maire de la commune dans laquelle est situé l’immeuble », et « Elle peut être subordonnée à une compensation sous la forme de la transformation concomitante en habitation de locaux ayant un autre usage ». À Paris, cette compensation rend l’autorisation coûteuse et, en pratique, rarement obtenue pour un simple studio. Retenez aussi que « L’autorisation de changement d’usage est accordée à titre personnel » : acheter un appartement déjà exploité en meublé de tourisme ne vous transmet pas l’autorisation du vendeur, sauf lorsqu’elle est attachée au local par l’effet d’une compensation.

L’erreur la plus fréquente consiste à croire que le classement en meublé de tourisme vaut autorisation. La troisième chambre civile l’a tranchée le 27 juin 2024, par son arrêt n° 340 FS-B sur le pourvoi n° Y 23-13.131 : « alors qu’une décision de classement en meublé de tourisme ne peut se substituer à l’autorisation de changement d’usage prévue à l’article L. 631-7 du code de la construction et de l’habitation, la cour d’appel a violé les textes susvisés », d’où « CASSE ET ANNULE […] l’arrêt rendu le 8 décembre 2022 […] par la cour d’appel de Bordeaux ». Le classement, prononcé par « l’organisme qui a effectué la visite de classement » selon l’article L. 324-1 du code du tourisme, ouvre droit aux avantages fiscaux des meublés classés mais ne régularise rien au regard de l’urbanisme parisien.

La sanction financière a pris en 2026 un niveau inédit à Paris. Par jugement du 15 avril 2026 (RG 26/50908), le président du tribunal judiciaire de Paris, statuant selon la procédure accélérée au fond, a jugé qu’une société civile immobilière avait changé illicitement l’usage d’un appartement parisien et l’a condamnée à une amende civile de 50 000 euros au titre de l’article L. 651-2 du code de la construction et de l’habitation, à 10 000 euros pour défaut de transmission du décompte des nuitées et à 5 000 euros pour défaut d’enregistrement de la déclaration préalable, soit 65 000 euros d’amendes versées à la Ville de Paris, avec retour du local à l’habitation sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard passé un délai d’un mois à compter de la signification, pendant quatre mois. Le fondement légal permet d’aller plus loin : « est condamnée à une amende civile dont le montant ne peut excéder 100 000 € par local irrégulièrement transformé », et « Le produit de l’amende est intégralement versé à la commune dans laquelle est situé ce local ». Pour un bailleur parisien, le risque contentieux actuel dépasse donc déjà, en un seul jugement, plusieurs années de loyers.

La Ville de Paris ne contrôle plus à l’aveugle. La commune qui le demande accède aux données d’activité des plateformes, transmises par l’organisme public unique, et peut exiger un décompte individualisé des nuitées pour les meublés situés sur son territoire ; le défaut de transmission de ce décompte dans le mois de la demande a coûté à lui seul 10 000 euros d’amende dans le jugement du 15 avril 2026. Les agents assermentés croisent ces données avec les annonces en ligne, où l’absence du numéro de déclaration constitue déjà un indice d’irrégularité, puis font assigner selon la procédure accélérée au fond : le président du tribunal judiciaire statue en quelques mois, avec exécution provisoire de droit, et le retour à l’habitation assorti d’une astreinte journalière rend toute stratégie dilatoire coûteuse. Face à une assignation, ne laissez pas le délai courir : produisez l’autorisation de changement d’usage ou la preuve que le local n’est pas votre résidence secondaire, le récépissé d’enregistrement, le classement éventuel et le décompte exact des nuitées, et faites vérifier si la commune a respecté les formes de sa demande de décompte, car chaque irrégularité de procédure, même mineure, peut réduire l’addition.

II. Budget 2027 : ce que l’article 7 changerait pour votre amortissement et comment vous y préparer sans parier sur le vote

A. Plafond de 2,5 %, 7 000 euros et réserve d’amortissements : le calcul qui changerait si le texte était voté en l’état

Le projet de loi de finances pour 2027 n’est pas une loi : présenté en conseil des ministres début octobre 2026, il doit être examiné, amendé puis voté par le Parlement, et rien n’interdit que l’article 7 soit réécrit ou retiré. Sous cette réserve, qui commande de ne prendre aucune décision irréversible au seul motif du projet, le dispositif annoncé mérite un calcul anticipé. Selon les informations de l’Agence France Presse reprises par BFM Business le 1er octobre 2026, le gouvernement propose de plafonner la déductibilité des amortissements pratiqués à 2,5 % du montant du bien et dans la limite de 7 000 euros par an et par foyer fiscal, afin de rapprocher le régime du loueur en meublé non professionnel de celui de la location nue et de résorber les déséquilibres du marché locatif, avec une économie attendue de 200 millions d’euros par an. La présentation officielle du budget par vie-publique.fr confirme la direction : le régime de la location meublée non professionnelle est revu, pour le rapprocher de la location nue.

Concrètement, pour un appartement de 200 000 euros loué meublé au régime réel, seuls 5 000 euros d’amortissements resteraient déductibles chaque année au lieu d’un amortissement calculé composant par composant qui permettait d’amortir le bien en vingt-cinq ans environ. Le gouvernement propose en outre de restreindre le report illimité de la réserve d’amortissements, c’est-à-dire le stock d’amortissements non utilisés lorsque les loyers sont inférieurs au plafond déductible et qui s’imputait jusqu’ici sur les bénéfices des années suivantes. Pour les bailleurs dont les loyers couvrent à peine les charges et les intérêts d’emprunt, la réserve constituait l’avantage différé du régime réel : sa restriction renchérit la détention dès 2027, toujours si le texte est adopté tel quel. Les lecteurs qui suivent déjà le plafonnement général des amortissements en meublé non professionnel trouveront le calcul détaillé et les voies de contestation d’un redressement dans l’analyse du plafonnement de l’amortissement du budget 2027, qui paie et comment contester.

Prenez un studio parisien de 255 000 euros loué en meublé de tourisme au régime réel, avec un amortissement comptable de 8 000 euros par an et des loyers annuels de 18 000 euros. En droit en vigueur, les 8 000 euros s’imputent sur les loyers et le reliquat non utilisé alimente la réserve reportable. Si le plafonnement était voté en l’état, seuls 6 375 euros resteraient déductibles au titre des 2,5 %, dans la limite de 7 000 euros, et le report de la réserve serait restreint : près de 1 600 euros de charges déductibles disparaîtraient chaque année, soit environ 750 euros d’impôt et de prélèvements sociaux supplémentaires pour un bailleur à la tranche de 30 %. Ce calcul reprend les ordres de grandeur publiés par la presse patrimoniale début octobre 2026 et montre que l’enjeu se compte en centaines d’euros par an et par bien, pas en dizaines de milliers : il justifie un arbitrage réfléchi entre micro-BIC, régime réel et location nue, pas une revente précipitée.

Deux garde-fous de droit en vigueur tempèrent l’alarmisme. D’abord, le micro-BIC ignore l’amortissement réel : comme l’abattement est réputé intégrer les amortissements linéaires, le plafond de 2,5 % ne frapperait que les bailleurs au régime réel, et le passage au micro-BIC, quand les recettes le permettent, neutralise mécaniquement la mesure. Ensuite, l’exonération des plus-values professionnelles de l’article 151 septies du code général des impôts « Les dispositions du présent article s’appliquent aux activités commerciales, industrielles, artisanales, libérales ou agricoles, exercées à titre professionnel » : le loueur non professionnel n’y a pas droit, ce qui rappelle que le statut LMNP reste un statut d’investisseur non professionnel, avec les seuils de recettes qui l’accompagnent, et que toute bascule vers le statut professionnel se mesure aussi en cotisations sociales et en obligations comptables. Vérifiez enfin votre classement : un meublé classé au sens de l’article L. 324-1 conserve ses abattements et, le cas échéant, l’exonération de taxe d’habitation sur les résidences secondaires, deux avantages que le projet de budget ne remet pas en cause à ce stade.

B. Conduite à tenir avant le 31 décembre : preuves, calendrier et arbitrage entre meublé et location nue

Première vérification, votre situation administrative à Paris. Demandez une copie de votre déclaration enregistrée sur le téléservice national et contrôlez que le numéro de déclaration figure sur chaque annonce publiée par chaque plateforme : l’absence du numéro expose à 5 000 euros d’amende par local selon la jurisprudence parisienne du 15 avril 2026, et la régularisation tardive n’efface pas les périodes d’exploitation sans enregistrement. Si vous louez votre résidence principale, totalisez vos nuitées louées depuis le 1er janvier : au-delà de 120 jours, cessez la location en meublé de tourisme ou engagez la demande d’autorisation de changement d’usage, car chaque nuitée supplémentaire aggrave le dossier que la Ville de Paris présentera au juge. Si vous louez un logement qui n’est pas votre résidence principale, vérifiez que vous disposez d’une autorisation de changement d’usage attachée au local ou obtenue à titre personnel et toujours en cours d’effet : l’achat d’un bien déjà loué en meublé ne vous transmet pas l’autorisation personnelle du vendeur, et l’absence d’autorisation expose au cumul amende de 50 000 euros et retour à l’habitation sous astreinte.

Deuxième vérification, votre option fiscale pour 2027. Si vos recettes de meublé de tourisme restent sous le seuil de 15 000 euros et que vos charges réelles sont faibles, le micro-BIC avec son abattement de 30 % vous met à l’abri du plafonnement des amortissements, qui ne joue qu’au régime réel. Si vous êtes au régime réel avec des amortissements supérieurs à 2,5 % de la valeur du bien, chiffrez l’écart : pour un bien de 300 000 euros amorti à 9 000 euros par an, le plafond de 7 000 euros retranche 2 000 euros de charges déductibles, soit, à une tranche marginale de 30 % plus 17,2 % de prélèvements sociaux, près de 950 euros d’impôt supplémentaire par an, toujours sous réserve du vote. Conservez vos tableaux d’amortissements par composant, vos factures de travaux et vos avis d’imposition : en cas de proposition de rectification, la charge de justifier le montant et le rythme des amortissements repose sur vous, et un dossier incomplet transforme un désaccord de calcul en rehaussement accepté. Si vous envisagez de rebasculer vers la location nue, comparez le rendement net après impôt des deux régimes sur trois ans, en intégrant la fiscalité des loyers nus sans amortissement, le risque de vacance locative et, à Paris, l’encadrement des loyers applicable au bail nu comme au bail meublé de longue durée, mais pas aux locations touristiques de courte durée.

Troisième vérification, votre calendrier procédural. Le projet de budget sera discuté à l’Assemblée nationale en novembre 2026 : ne signez avant le vote définitif ni acte de revente motivé par la seule anticipation fiscale, ni changement de régime irréversible, ni travaux engagés pour gonfler artificiellement les amortissements de 2026, car l’administration contrôle la réalité et la justification des composants amortis. En revanche, ne laissez pas passer les délais de droit en vigueur : la demande d’exonération de taxe d’habitation sur les résidences secondaires pour un meublé classé doit parvenir au service des impôts avant le 1er mars de l’année d’imposition, et la contestation d’un avis de taxe foncière ou d’une amende se joue dans des délais de réclamation stricts, par réclamation préalable puis, en cas de rejet, devant le tribunal administratif pour l’impôt ou le tribunal judiciaire pour l’amende civile d’urbanisme. À Paris, le tribunal judiciaire est celui du ressort du local pour les amendes de changement d’usage, et la Ville de Paris assigne selon la procédure accélérée au fond, ce qui impose de préparer sa défense en quelques semaines, avec l’autorisation, le classement, les décomptes de nuitées et les échanges avec la mairie.

Conclusion

Votre meublé de tourisme parisien obéit aujourd’hui à un droit en vigueur sévère et déjà appliqué : 15 000 euros de seuil et 30 % d’abattement en micro-BIC, enregistrement préalable obligatoire, autorisation de changement d’usage du maire que le classement ne remplace pas, et jusqu’à 100 000 euros d’amende civile par local, comme les 65 000 euros infligés à Paris le 15 avril 2026 le démontrent. Le projet de budget 2027 ajouterait, s’il était voté en l’état, un plafonnement des amortissements à 2,5 % et 7 000 euros qui renchérirait la détention au régime réel sans toucher au micro-BIC ni aux meublés classés. Vérifiez votre enregistrement et vos nuitées, chiffrez votre exposition au régime réel, classez vos preuves d’amortissement et surveillez le vote du Parlement avant toute décision irréversible : en matière de meublé de tourisme, l’anticipation documentée vaut mieux que la précipitation, et le contentieux perdu d’avance coûte toujours plus cher que la vérification menée à temps.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».