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Maître Reda KOHEN
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Mon syndic ne répond plus et refuse les comptes à Paris : exiger les documents, contester et changer de syndic en 2026

Votre syndic ne répond plus à vos courriers, les comptes de la copropriété restent introuvables et l’assemblée générale d’automne approche sans aucun document joint à la convocation : cette situation, très fréquente à Paris et en Île-de-France en cette rentrée 2026, n’est pas une fatalité. Un syndic opaque expose le syndicat des copropriétaires à des décisions fragiles, à des appels de fonds contestables et, parfois, à la nullité pure de son propre mandat. La Cour de cassation vient d’ailleurs de rappeler, dans un arrêt de section publié au Bulletin du 16 avril 2026, que le délai de deux mois pour contester une assemblée générale court dès la première présentation du recommandé, que le pli ait été retiré ou non : attendre que le syndic daigne répondre peut donc faire perdre vos droits. Cet article explique comment exiger concrètement les documents et les comptes, comment contester utilement une assemblée générale irrégulière et comment obtenir le changement de syndic, avec les pièces à réunir et les délais à respecter.

I. Obtenir les documents et les comptes que votre syndic refuse de transmettre

A. Mettre en demeure le syndic et exiger la communication du dossier de copropriété

Quand le syndic ne répond plus, la première étape consiste à transformer vos relances informelles en une mise en demeure écrite, envoyée par lettre recommandée avec demande d’avis de réception. Cette formalité n’est pas une simple politesse procédurale : en copropriété, les notifications et mises en demeure se font valablement par lettre recommandée avec demande d’avis de réception, et le délai qu’elles font courir part du lendemain de la première présentation au domicile du destinataire. Autrement dit, votre mise en demeure fait courir les délais dès sa première présentation au cabinet du syndic, même si personne ne la retire. Conservez précieusement l’avis de passage, le récépissé de dépôt et le suivi de distribution : ces pièces prouveront la date de la première présentation si le litige arrive devant le juge.

Le contenu de la mise en demeure doit lister précisément chaque document réclamé : le relevé général des dépenses de l’exercice et son détail par clé de répartition, les factures des prestataires, les contrats d’entretien et d’assurance, les relevés du compte bancaire séparé ouvert au nom du syndicat, le carnet d’entretien de l’immeuble, les procès-verbaux des trois dernières assemblées générales et la feuille de présence correspondante, ainsi que le contrat de syndic en cours avec sa fiche d’information sur les honoraires. Exigez également la communication des devis et des marchés de travaux lorsque des sommes importantes ont été appelées. Plus votre liste est précise, plus le silence du syndic devient éloquent : un professionnel qui refuse de transmettre les comptes qu’il est chargé de tenir se place lui-même en faute.

Le fondement de cette exigence se trouve dans la nature même de la mission du syndic. Le syndic est le mandataire du syndicat des copropriétaires, et « Le mandat ou procuration est un acte par lequel une personne donne à une autre le pouvoir de faire quelque chose pour le mandant et en son nom. Le contrat ne se forme que par l’acceptation du mandataire. » Ce rappel de l’article 1984 du Code civil (article 1984 du Code civil) a une conséquence directe : le mandataire travaille pour le mandant, pas l’inverse, et il doit des comptes. L’article 1993 du Code civil (article 1993 du Code civil) dispose ainsi que « Tout mandataire est tenu de rendre compte de sa gestion, et de faire raison au mandant de tout ce qu’il a reçu en vertu de sa procuration, quand même ce qu’il aurait reçu n’eût point été dû au mandant. » Un syndic qui encaisse les charges, paie les fournisseurs et place les marchés sans jamais rendre compte méconnaît frontalement cette obligation de reddition.

La jurisprudence illustre ce que le juge attend du syndic en matière de transparence documentaire. Dans un arrêt du 9 juin 2016 (pourvoi n° 15-19.470, troisième chambre civile, cassation partielle : arrêt du 9 juin 2016, n° 15-19.470), la Cour de cassation a examiné le cas de copropriétaires qui demandaient l’annulation de résolutions approuvant les comptes et le quitus donné au syndic. La Cour a relevé, dans cet arrêt du 9 juin 2016, n° 15-19.470, que « Mais attendu qu’ayant retenu qu’il n’était nullement établi que des documents, dont la communication était légalement ou réglementairement imposée, avaient été omis ou que certaines mentions y incluses avaient été délibérément erronées et que les devis présentés aux assemblées générales de 2006 et 2007 avaient fait l’objet d’une régularisation lors de l’assemblée générale de mai 2008, dont aucune décision n’avait été contestée dans le délai de l’article 42 de la loi du 10 juillet 1965 ». La leçon pratique est double : d’une part, seuls les documents dont la communication est légalement ou réglementairement imposée permettent de faire annuler une résolution pour défaut d’information ; d’autre part, une irrégularité régularisée lors d’une assemblée ultérieure non contestée dans le délai de l’article 42 ne suffit plus à obtenir l’annulation. D’où l’importance d’agir vite et de viser juste : réclamez par écrit chaque document imposé par les textes et, si l’assemblée a déjà voté sur des comptes opaques, préparez immédiatement la contestation dans le délai de deux mois au lieu d’espérer une régularisation spontanée.

En pratique parisienne, adressez une copie de votre mise en demeure au président du conseil syndical, ou à l’ensemble du conseil syndical s’il en existe un : ses membres, eux aussi copropriétaires de l’immeuble, ont accès aux pièces et peuvent relayer votre demande en assemblée. Si l’immeuble n’a pas de conseil syndical, proposez sa création dans votre courrier : un conseil syndical actif change souvent le rapport de force avec un cabinet de gestion débordé ou négligent. Fixez au syndic un délai précis de quinze jours pour transmettre l’intégralité des pièces, et annoncez que vous saisirez le tribunal judiciaire en référé pour obtenir la communication sous astreinte si ce délai expire sans résultat. Cette annonce n’est pas une menace en l’air : le juge des référés ordonne couramment la remise des documents de copropriété sous astreinte lorsque le syndic ne justifie d’aucun motif légitime pour les retenir.

B. Comptes opaques, compte bancaire séparé et appels de fonds injustifiés : les leviers qui font céder le syndic

Le premier point à vérifier quand les comptes semblent opaques est l’existence d’un compte bancaire séparé ouvert au nom du syndicat des copropriétaires. La loi impose au syndic d’ouvrir un tel compte, et l’assemblée générale ne peut l’en dispenser que par une décision expresse qui fixe la durée de la dispense. La Cour de cassation l’a jugé sans ambiguïté dans un arrêt du 25 octobre 2018, n° 17-20.131 (pourvoi n° 17-20.131, troisième chambre civile, cassation partielle), qui vise « Vu l’article 29-1, alinéa 1, du décret du 17 mars 1967 ; » avant d’énoncer : « Attendu que la décision, prise en application du septième alinéa de l’article 18 de la loi du 10 juillet 1965, par laquelle l’assemblée générale dispense le syndic de l’obligation d’ouvrir un compte bancaire ou postal séparé au nom du syndicat, fixe la durée pour laquelle la dispense est donnée ». Dans cette affaire, l’assemblée avait dispensé le syndic d’ouvrir un compte séparé sans en préciser la durée, et la cour d’appel avait validé cette dispense au motif que l’article 18 de la loi n’exigeait pas d’en préciser la durée. La Cour de cassation a censuré cette analyse : « Qu’en statuant ainsi, la cour d’appel a violé le texte susvisé ». Concrètement, si votre syndic fonctionne sur un compte unique ou un sous-compte de son cabinet sans qu’une résolution d’assemblée fixant la durée de la dispense ait été votée, chaque résolution financière adoptée dans ce contexte devient contestable, et le mandat du syndic lui-même peut être anéanti rétroactivement lorsqu’aucun compte séparé n’a été ouvert dans les trois mois de sa désignation. Demandez donc par écrit l’attestation d’ouverture du compte séparé, son numéro et ses relevés : l’absence de réponse à cette question simple est déjà un indice majeur.

Le deuxième levier concerne les appels de fonds. Un syndic opaque adresse souvent des appels de fonds globaux, sans détail par clé de répartition ni référence aux résolutions votées, parfois pour des travaux jamais délibérés en assemblée. Sachez qu’un appel de fonds injustifié n’est pas un simple désagrément de trésorerie : la Cour de cassation a jugé, dans ce même arrêt du 9 juin 2016, n° 15-19.470, que l’appel de fonds injustifié de la part d’un syndic auprès d’un copropriétaire entraîne nécessairement un préjudice personnel à celui-ci. Dans cette affaire, la cour d’appel avait rejeté la demande de dommages et intérêts des copropriétaires au motif, selon « Attendu que, pour rejeter la demande de dommages et intérêts formée par M. et Mme M…, l’arrêt retient, par motifs propres et adoptés, que ceux-ci n’apportent aucun élément permettant de considérer qu’ils auraient subi un préjudice personnel ; », avant de censurer : « Qu’en statuant ainsi, tout en reconnaissant que l’appel de fonds injustifié de la part d’un syndic auprès d’un copropriétaire entraîne nécessairement un préjudice personnel à celui-ci, la cour d’appel, qui n’a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations, a violé le texte susvisé ; », à savoir l’article 1382 du Code civil dans sa rédaction alors applicable, devenu l’article 1240 du Code civil (article 1240 du Code civil), selon lequel « Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. » Retenez l’essentiel : si vous avez payé un appel de fonds qui ne correspond à aucune dépense votée ou justifiée, vous n’avez pas à démontrer longuement un préjudice distinct, l’avance injustifiée constitue en elle-même un préjudice réparable, et vous pouvez en demander le remboursement avec dommages et intérêts.

Le troisième levier est l’obligation d’exécution diligente du mandat. L’article 1991 du Code civil (article 1991 du Code civil) prévoit que « Le mandataire est tenu d’accomplir le mandat tant qu’il en demeure chargé, et répond des dommages-intérêts qui pourraient résulter de son inexécution. Il est tenu de même d’achever la chose commencée au décès du mandant, s’il y a péril en la demeure. » Un syndic qui laisse les factures d’eau ou d’électricité impayées jusqu’à la menace de coupure, qui n’engage pas les travaux urgents votés, qui ne recouvre pas les charges des débiteurs ou qui égare les archives de la copropriété manque à cette obligation d’accomplissement. Chaque manquement documenté (relances restées sans réponse, sinistre aggravé par l’inaction, pénalités facturées au syndicat) nourrit une action en responsabilité contre le syndic, fondée sur l’inexécution de son mandat et, plus largement, sur la faute délictuelle de l’article 1240 précité.

Sur le plan pratique, constituez dès maintenant un dossier « syndic opaque » : copies de tous vos courriers et courriels avec leurs accusés de réception, avis de passage des recommandés non retirés par le cabinet, appels de fonds reçus et justificatifs éventuellement joints, photos des désordres non traités dans les parties communes, attestations des voisins qui connaissent les mêmes difficultés, et relevés de vos propres paiements de charges. Ce dossier servira trois fois : pour appuyer la mise en demeure, pour contester les résolutions adoptées sur la base de comptes non justifiés, et pour demander la révocation du syndic en assemblée ou sa condamnation en justice. À Paris, où les cabinets gèrent parfois plusieurs centaines de lots avec des gestionnaires qui changent chaque année, ce dossier écrit fait toute la différence entre un copropriétaire que l’on fait patienter au téléphone et un créancier de transparence que le syndic prend au sérieux.

II. Contester les décisions votées sur des comptes opaques et obtenir le changement de syndic

A. Contester l’assemblée générale dans le délai de deux mois sans rater le point de départ du recommandé

Lorsque l’assemblée générale a approuvé des comptes que vous n’avez jamais pu contrôler, ou donné au syndic un quitus les yeux fermés, l’action en contestation des résolutions est votre arme principale. Mais elle est enfermée dans un délai couperet de deux mois, et un arrêt tout récent de la Cour de cassation vient d’en durcir considérablement le calcul. Dans son arrêt du 16 avril 2026 (pourvoi n° B 24-18.842, troisième chambre civile, formation de section, publié au Bulletin, rejet : arrêt du 16 avril 2026, n° 24-18.842), la Cour rappelle d’abord le cadre, dans cet arrêt du 16 avril 2026, n° 24-18.842 : « Selon l’article 42, alinéa 2, de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965, les actions en contestation des décisions des assemblées générales doivent, à peine de déchéance, être introduites par les copropriétaires opposants ou défaillants dans un délai de deux mois à compter de la notification du procès-verbal d’assemblée. Cette notification est réalisée par le syndic dans le délai d’un mois à compter de la tenue de l’assemblée générale. » Seuls les copropriétaires opposants (qui ont voté contre) ou défaillants (absents et non représentés) peuvent agir : si vous avez voté pour une résolution, vous ne pourrez plus la contester ensuite, d’où l’importance de faire consigner votre opposition au procès-verbal, résolution par résolution.

L’apport décisif de cet arrêt porte sur le point de départ du délai lorsque la notification est faite par lettre recommandée. La Cour énonce, dans cet arrêt du 16 avril 2026, n° 24-18.842 : « Aux termes de l’article 64, alinéa 1er, de ce décret, dans sa version antérieure à celle issue du décret n° 2025-1292 du 22 décembre 2025, toutes les notifications et mises en demeure prévues par la loi du 10 juillet 1965 et le présent décret sont valablement faites par lettre recommandée avec demande d’avis de réception. Le délai qu’elles font, le cas échéant, courir a pour point de départ le lendemain du jour de la première présentation de la lettre recommandée au domicile du destinataire. » Puis elle tranche, dans ce même arrêt du 16 avril 2026, n° 24-18.842, la question qui divisait les copropriétaires : « La loi ne distinguant pas, selon que le pli recommandé est ou non retiré par son destinataire, pour fixer le point de départ du délai de deux mois pour agir en contestation des décisions d’une assemblée générale de copropriétaires, ce délai court, dans tous les cas, à compter du lendemain du jour de la première présentation de la lettre recommandée, de notification du procès-verbal de l’assemblée générale, au domicile du destinataire. » En clair, que vous ayez retiré le pli le jour même ou que vous l’ayez laissé dormir au bureau de poste pendant deux semaines, le compteur des deux mois démarre le lendemain de la première présentation du facteur. Dans l’affaire jugée, le copropriétaire avait retiré le pli et calculé son délai à partir du retrait effectif : son action, pourtant intentée dans les deux mois du retrait, a été déclarée irrecevable comme forclose.

La Cour a également écarté, dans ce même arrêt du 16 avril 2026, n° 24-18.842, l’argument tiré du droit d’accès au juge : « Si ces dispositions ont pour effet de restreindre le délai pour agir ouvert au copropriétaire lorsque la lettre recommandée ne lui est pas remise dès sa première présentation, elles résultent de textes clairs et leurs conséquences sont prévisibles. » Et elle ajoute que ces dispositions poursuivent un but légitime de sécurité juridique dans la gestion des immeubles soumis au statut de la copropriété, avec un rapport raisonnable de proportionnalité entre le moyen employé et le but visé. Ne comptez donc sur aucune clémence du juge pour un dépassement, même de quelques jours : la sécurité juridique des copropriétés prime, et le délai forclos ne se relève pratiquement jamais.

Les conséquences pratiques sont immédiates pour tout copropriétaire parisien confronté à un syndic opaque. Premièrement, surveillez votre boîte aux lettres après chaque assemblée et retirez sans tarder tout recommandé du syndic : chaque jour de retard à retirer le pli est un jour de moins pour préparer l’assignation. Deuxièmement, dès réception d’un procès-verbal qui approuve des comptes non justifiés, consultez un avocat en droit de la copropriété sans attendre la fin du délai : l’assignation doit être délivrée dans les deux mois, et sa préparation (analyse du procès-verbal, de la feuille de présence, des pouvoirs, des règles de majorité et des pièces comptables enfin obtenues) prend plusieurs semaines. Troisièmement, si le syndic tarde à notifier le procès-verbal au-delà du mois qui suit l’assemblée, mentionnez ce retard dans vos écritures : il ne prolonge pas votre délai une fois la notification reçue, mais il caractérise la désorganisation du cabinet et peut appuyer une demande de dommages et intérêts. Pour un exposé détaillé des recours ouverts quand le délai semble déjà compromis, vous pouvez utilement lire notre analyse consacrée au dépassement du délai de deux mois après une assemblée générale à Paris, qui complète utilement la présente démarche centrée sur l’obtention des documents.

Sur la procédure elle-même, l’assignation en contestation est dirigée contre le syndicat des copropriétaires pris en la personne de son syndic, devant le tribunal judiciaire du lieu de situation de l’immeuble, soit à Paris le tribunal judiciaire de Paris. Demandez au juge l’annulation des résolutions précises (approbation des comptes, quitus, travaux votés sans devis, dispense irrégulière de compte séparé), et chiffrez dès l’assignation vos demandes indemnitaires : remboursement des appels de fonds injustifiés, réparation du préjudice lié à l’opacité des comptes, et frais irrépétibles sur le fondement de l’article 700 du Code de procédure civile (article 700 du Code civil s’agissant des frais exposés et non compris dans les dépens, le juge condamnant la partie perdante à payer à l’autre la somme qu’il détermine à ce titre). Pensez à solliciter la motivation complète du jugement sur chacun de vos moyens : « Le jugement doit être motivé. Il énonce la décision sous forme de dispositif. » (article 455 du Code de procédure civile : article 455 du Code de procédure civile), et un jugement qui passerait sous silence votre grief tiré du défaut de communication des documents encourrait la cassation pour défaut de réponse à conclusions, comme l’illustre la censure prononcée sur le fondement de ce texte dans l’arrêt du 9 juin 2016 précité. Enfin, sachez que le juge tranche ainsi : « Le juge tranche le litige conformément aux règles de droit qui lui sont applicables. Il doit donner ou restituer leur exacte qualification aux faits et actes litigieux sans s’arrêter à la dénomination que les parties en auraient proposée. » (article 12 du Code de procédure civile : article 12 du Code de procédure civile) : même si vos conclusions qualifient imparfaitement les manquements du syndic, le tribunal appliquera lui-même les bons textes, à condition que les faits (silence, comptes manquants, appels injustifiés) soient précisément établis par vos pièces.

B. Révoquer le syndic opaque et faire désigner un nouveau cabinet à Paris et en Île-de-France

Quand la mise en demeure reste lettre morte et que les assemblées se succèdent sans amélioration, la révocation du syndic devient la seule issue saine. Sur le terrain du mandat, le principe est limpide : « Le mandant peut révoquer sa procuration quand bon lui semble et contraindre, s’il y a lieu, le mandataire à lui remettre soit l’écrit sous seing privé qui la contient, soit l’original de la procuration, si elle a été délivrée en brevet, soit l’expédition, s’il en a été gardé minute. » Ce texte de l’article 2004 du Code civil (article 2004 du Code civil) s’applique au syndic avec une particularité propre à la copropriété : seul le syndicat des copropriétaires réuni en assemblée générale peut révoquer le syndic et désigner son successeur, un copropriétaire isolé ne pouvant pas congédier seul le mandataire commun. Votre objectif est donc de faire inscrire à l’ordre du jour de la prochaine assemblée la question de la révocation du syndic et de la désignation d’un nouveau cabinet, en respectant les règles de convocation et en joignant vos projets de résolutions.

Pour emporter la décision, préparez un dossier de révocation aussi rigoureux qu’un dossier contentieux : chronologie des courriers restés sans réponse avec les preuves de première présentation des recommandés, tableau des documents réclamés et jamais transmis, relevés du compte bancaire démontrant l’absence de compte séparé ou la dispense sans durée fixée, appels de fonds sans justificatifs et calcul des sommes indûment avancées, constats des désordres non traités dans les parties communes de l’immeuble parisien (hall, toiture, chaufferie, interphone), et devis comparatifs de deux ou trois cabinets concurrents obtenus après mise en concurrence. Sollicitez le conseil syndical pour qu’il porte lui-même la demande d’inscription à l’ordre du jour : une demande collective de copropriétaires représentant une part significative des voix impressionne davantage qu’une initiative isolée. Si le syndic en place refuse d’inscrire vos résolutions ou sabote la convocation, faites constater ce refus par écrit : il caractérisera une faute supplémentaire et justifiera, le cas échéant, une convocation judiciaire de l’assemblée.

À Paris et en Île-de-France, plusieurs spécificités pratiques méritent votre attention. D’abord, la juridiction compétente est le tribunal judiciaire du lieu de situation de l’immeuble : pour un immeuble parisien, le tribunal judiciaire de Paris, pôle civil, avec des délais de mise en état qui s’étalent couramment sur douze à dix-huit mois au fond, d’où l’intérêt du référé pour les mesures urgentes comme la communication des documents sous astreinte ou la désignation d’un administrateur provisoire quand la copropriété est bloquée. Ensuite, les assignations et les mises en demeure sont signifiées par un commissaire de justice du ressort, dont l’étude conserve la preuve de la présentation : préférez la signification par acte de commissaire de justice à la simple lettre recommandée pour les actes décisifs (mise en demeure de transmettre les fonds et archives après révocation, sommation de rendre les comptes de fin de mandat). Enfin, préparez les pièces qui feront la différence devant un juge parisien habitué aux litiges de copropriété : le contrat de syndic avec la grille d’honoraires, les trois derniers procès-verbaux d’assemblée avec leurs feuilles de présence, les appels de fonds des deux derniers exercices et les justificatifs correspondants, les relevés du compte du syndicat, et la copie de vos demandes écrites restées sans suite. Un dossier complet dès la première audience accélère sensiblement l’issue.

La révocation votée, restez vigilant sur la passation de pouvoir : le syndic sortant doit transmettre au nouveau cabinet l’intégralité des fonds, des archives et des documents du syndicat dans des délais courts, et toute rétention est fautive. À défaut de transmission spontanée, le nouveau syndic, le conseil syndical ou tout copropriétaire intéressé peut saisir le juge en référé pour obtenir la remise sous astreinte, avec condamnation du syndic sortant aux dépens et à une indemnité sur le fondement de l’article 700 du Code de procédure civile précité. Parallèlement, l’action en responsabilité contre l’ancien syndic pour les fautes de gestion (comptes opaques, appels injustifiés, travaux non suivis, marchés surfacturés) se prescrit dans le délai de droit commun et peut être engagée par le syndicat ou, à titre personnel, par chaque copropriétaire victime d’un préjudice propre, sur le fondement combiné de l’inexécution du mandat et de l’article 1240 du Code civil. Pour les copropriétaires qui subissent aussi un refus du syndic sur un projet individuel, comme l’installation d’une borne de recharge pour véhicule électrique, notre page consacrée au droit à la prise en copropriété face au refus du syndic expose les recours spécifiques à cette situation voisine.

Conclusion

Face à un syndic qui ne répond plus et refuse les comptes, la méthode gagnante tient en quatre réflexes : mettre en demeure par recommandé en listant chaque document imposé par les textes, vérifier le compte bancaire séparé et contester tout appel de fonds injustifié qui constitue par lui-même un préjudice réparable, contester les résolutions opaques dans le délai de deux mois calculé dès la première présentation du recommandé comme l’exige l’arrêt du 16 avril 2026, et préparer méthodiquement la révocation puis la désignation d’un nouveau cabinet avec mise en concurrence. À Paris comme en Île-de-France, les juges sanctionnent l’opacité documentaire et protègent le copropriétaire diligent qui écrit, qui retire ses recommandés sans tarder et qui agit dans les délais. Constituez votre dossier dès aujourd’hui : chaque courrier conservé et chaque relevé réclamé par écrit renforce votre position, en assemblée comme devant le tribunal.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».