Un démarcheur sonne un soir de septembre pendant que vous cuisinez au gaz, ou vous appelle sur votre mobile : le prix du gaz augmente au 1er octobre, il vous propose de « bloquer votre prix » dès maintenant, sans frais, sans coupure, avec une mensualité qui ne bougera plus. L’annonce est vraie : la Commission de régulation de l’énergie a indiqué le 10 septembre 2026 que le prix repère de vente de gaz s’établira à 182,88 euros TTC du mégawattheure en octobre 2026, contre 172,05 euros en septembre, soit une hausse de 6,3 % d’un mois sur l’autre. Mais entre cette annonce exacte et la signature, trois choses sont à séparer avant de s’engager : ce que dit vraiment le chiffre de la CRE, ce que vaut la promesse du vendeur, et ce que le droit vous permet de faire après avoir signé. La réponse tient en trois phrases, avec leurs réserves. Oui, la hausse d’octobre est réelle, elle touche les offres indexées sur le prix repère et elle renchérira la facture moyenne d’environ 5,28 euros sur le mois, tandis que la facture annuelle 2026 pourrait dépasser d’environ 10 % celle de 2025. Oui, une offre à prix fixe peut vous en protéger, à condition de vérifier la durée du fixe, son périmètre et ses clauses de révision, car « bloqué » n’a de sens que dans le contrat écrit. Et oui, après un démarchage à domicile ou par téléphone, vous avez quatorze jours pour vous rétracter sans motif, et le juge annule les contrats au formalisme non respecté. Réserves : le prix repère n’est qu’un indicateur, pas une facture ; tout dépend de votre contrat actuel, de votre chauffage et de vos relevés ; certaines décisions citées portent sur des équipements vendus à domicile, mais les articles appliqués encadrent aussi la fourniture d’énergie.
I. La hausse d’octobre est un fait, la promesse du vendeur est un contrat à lire
A. Ce que la CRE a vraiment annoncé le 10 septembre 2026
Depuis la fin des tarifs réglementés du gaz au 30 juin 2023, la Commission de régulation de l’énergie publie chaque mois un prix repère de vente de gaz pour les consommateurs résidentiels. Comme le rappelle Il n’y a plus de tarif réglementé de vente du gaz depuis le 1er juillet 2023 et la CRE publie chaque mois un prix repère de vente de gaz (PRVG), véritable boussole pour s’orienter sur le marché, notamment au moment de souscrire une nouvelle offre. Le mot boussole est bien choisi, et il est aussi un avertissement : Il ne s’agit donc pas d’une offre commerciale à laquelle le consommateur peut souscrire. Le prix repère n’est pas votre facture, et aucun fournisseur ne peut vous « mettre au prix repère » comme s’il s’agissait d’un tarif officiel. Une partie des offres du marché lui est simplement indexée, et ce sont elles qui bougeront en octobre.
Le chiffre, lui, est précis. Au 1er octobre 2026, seule la part approvisionnement évolue : elle repose à 80 % sur l’indice mensuel du marché de gros et à 20 % sur l’indice trimestriel, calculés sur les cotations constatées du 1er au 31 août 2026. Résultat : 182,88 euros TTC du mégawattheure en octobre contre 172,05 euros en septembre, soit 6,3 % de hausse. La CRE chiffre l’effet moyen à 5,28 euros TTC de plus sur les factures du mois d’octobre, et elle estime que la facture annuelle 2026 pourrait être en moyenne 10 % plus élevée que celle de 2025, soit environ 120 euros TTC de plus, si la situation reste stable d’ici la fin de l’année. Le contexte invoqué est celui de tensions persistantes sur le marché du gaz, dans un contexte de conflit au Moyen-Orient. Et la hausse d’octobre n’arrive pas seule : en septembre, le prix repère avait déjà augmenté de 5,6 % TTC, après une légère baisse de 0,8 % en août, comme le rappelle l’actualité de service-public.fr publiée le 11 septembre 2026.
Trois conséquences pratiques en découlent pour un occupant chauffé au gaz. D’abord, si votre offre est indexée sur le prix repère, votre facture d’octobre augmentera même si vous ne changez rien à vos habitudes, et même si vous n’avez signé aucun nouveau papier : l’indexation fait ce travail toute seule. Ensuite, Les ménages qui ont souscrit une offre à prix fixe ne sont donc, quant à eux, pas concernés par cette évolution : le fixe protège, mais seulement pendant sa durée et dans son périmètre. Enfin, le prix repère se compose de trois parts : la fourniture, l’acheminement et les taxes décidées par l’État, si bien qu’une offre « moins chère que le repère » sur la seule fourniture peut rester lourde une fois ajoutés l’abonnement, l’acheminement et les taxes. Comparer deux offres exige donc de comparer des factures complètes, pas des slogans.
Qui est vraiment concerné par la hausse d’octobre ? D’abord les occupants chauffés au gaz avec une offre indexée : pour eux, l’effet est automatique et la saison de chauffe qui commence amplifie chaque dixième de point. Ensuite les occupants en chauffage collectif au gaz : ils ne changeront pas de fournisseur eux-mêmes, mais la facture de combustible de la copropriété augmentera et se répercutera dans les provisions puis la régularisation annuelle des charges. En revanche, si vous ne consommez du gaz que pour la cuisson et l’eau chaude, l’effet reste modeste en euros, et un changement de contrat précipité peut vous coûter plus en frais annexes qu’il ne vous rapporte. Enfin, « Lorsque le fournisseur propose une offre, celle-ci comporte au moins un contrat d’une durée d’un an. » : exigez donc de savoir si le prix fixe proposé ne vaut qu’un an avant bascule, car c’est souvent là que se niche la mauvaise surprise de l’année suivante.
B. « Prix bloqué » : les quatre vérifications avant de dire oui
Le démarcheur qui vous promet un prix bloqué avant octobre vous vend une assurance contre la hausse. Cette assurance n’existe que dans le contrat écrit, et le Code de la consommation impose au fournisseur un contenu précis à son offre. L’offre de fourniture précise, dans des termes clairs et compréhensibles, l’identité du fournisseur, les coordonnées de contact, la description de l’offre et ses prix, leur mode de révision, la durée du contrat et ses conditions de renouvellement et de résiliation, les modalités de facturation ou encore les conditions de remboursement en cas de trop-perçu. Ces informations doivent vous être remises par écrit ou sur support durable avant la conclusion du contrat, accompagnées d’une synthèse des principales dispositions contractuelles. Autrement dit : si le « bloqué » n’est écrit nulle part, il n’existe nulle part.
Première vérification : le fixe porte sur quoi, et jusqu’à quand. Un prix fixe porte le plus souvent sur la seule part fourniture, hors abonnement, hors acheminement et hors taxes, et pour une durée limitée, fréquemment un à trois ans. Or le fournisseur est tenu de vous proposer au moins un contrat d’une durée d’un an, mais rien ne l’oblige à figer son prix au-delà de ce qu’il écrit. Demandez la date exacte de fin du fixe et ce qui se passe ensuite : bascule automatique sur une offre indexée, reconduction, résiliation. Deuxième vérification : les frais annexes. Abonnement mensuel, dépôt de garantie éventuel, frais de mise en service, pénalités en cas de résiliation anticipée d’une offre à durée déterminée : c’est la facture annuelle complète, abonnement compris, qu’il faut comparer à votre facture actuelle et au repère de la CRE, pas le seul prix du kilowattheure mis en avant au téléphone.
Troisième vérification : la clause de révision. Un contrat peut prévoir une révision du prix, mais toute modification des modalités de détermination du prix doit vous être communiquée de manière transparente au moins un mois avant son application, avec ses raisons et sa portée, et cette communication vous rappelle que vous pouvez résilier sans pénalité dans un délai maximal de trois mois. Autrement dit, « il peut résilier le contrat sans pénalité, dans un délai maximal de trois mois à compter de sa réception ». Un « prix bloqué » qui s’accompagne d’une clause permettant au fournisseur de répercuter les hausses de taxes ou de revoir sa grille n’est pas un mensonge en soi, mais ce n’est plus une assurance tous risques : lisez la clause. Quatrième vérification : l’interlocuteur. Le démarcheur est-il salarié du fournisseur ou apporteur d’affaires payé à la signature ? Le nouveau fournisseur s’occupe-t-il lui-même de résilier l’ancien contrat, sans coupure, et à quelle date prend effet le nouveau ? Faites-vous transmettre le contrat unique, car « Le fournisseur est tenu d’offrir au client la possibilité de conclure avec lui un contrat unique portant sur la fourniture et la distribution d’électricité ou de gaz naturel. », avec en annexe les relations entre fournisseur et gestionnaire de réseau. Et avant de signer, comparez par vous-même grâce au comparateur indépendant des offres proposé par le médiateur national de l’énergie (voir service-public.fr), joignable aussi au numéro vert 0 800 112 212 en cas de litige avec votre fournisseur.
II. Après la signature : rétractation, nullité et facture sous contrôle
A. Démarché à domicile ou par téléphone : quatorze jours pour changer d’avis, et un formalisme qui protège
Le contrat signé sur votre palier ou au téléphone après un démarchage n’est pas un contrat ordinaire : c’est un contrat conclu hors établissement ou à distance, et la loi vous donne un droit de sortie. « Le consommateur dispose d’un délai de quatorze jours pour exercer son droit de rétractation d’un contrat conclu à distance, à la suite d’un démarchage téléphonique ou hors établissement », « sans avoir à motiver sa décision ». Le délai court à compter de la conclusion du contrat pour une fourniture de services comme la fourniture d’énergie, et pour un contrat conclu hors établissement vous pouvez l’exercer dès la conclusion. Concrètement, si vous signez le 25 septembre sous la pression de la hausse d’octobre, vous pouvez encore revenir en arrière jusqu’au 9 octobre, par l’envoi du formulaire de rétractation, sans avoir à expliquer pourquoi. Et « Le consommateur n’est engagé que par sa signature. » : un accord donné oralement au téléphone, sans signature ni confirmation écrite, ne vous engage pas.
Ce droit n’est effectif que si le professionnel respecte un formalisme strict, et c’est là que beaucoup de démarchages fautifs se perdent. « Le professionnel fournit au consommateur un exemplaire daté du contrat conclu hors établissement, sur papier signé par les parties ou, avec l’accord du consommateur, sur un autre support durable, confirmant l’engagement exprès des parties », avec toutes les informations prévues par la loi et le formulaire type de rétractation joint. À défaut, la sanction est radicale : « Les dispositions des articles L. 221-9 et L. 221-10 sont prévues à peine de nullité du contrat conclu hors établissement. » Le tribunal judiciaire de Bergerac l’a appliqué le 3 février 2026, dans une affaire de démarchage à domicile du 23 juin 2020 pour une installation énergétique : après avoir rappelé que le bon de commande doit répondre aux informations de l’article L. 221-5 et être accompagné du formulaire de rétractation, le tribunal a prononcé la nullité du contrat de vente et celle du crédit affecté qui l’accompagnait, en ordonnant à l’occupante de tenir le matériel à disposition pour reprise sous deux mois. Certes, cette affaire portait sur des panneaux photovoltaïques et non sur un contrat de fourniture de gaz, mais les articles visés encadrent tout contrat conclu hors établissement, fourniture d’énergie comprise, et le raisonnement vaut pour le démarcheur qui vous fait signer dans votre entrée.
Deux décisions de 2026 montrent jusqu’où va la protection. Le 21 mai 2026, le tribunal judiciaire de Dijon a jugé valable la rétractation exercée contre un bon de commande signé le 12 octobre 2019 avec une société de l’habitat, et condamné cette société à restituer l’acompte de 4 200 euros, plus 2 000 euros de frais de procédure : une fois la rétractation exercée dans le délai, le professionnel doit rendre l’argent, point final. Et le 2 juillet 2026, la cour d’appel de Limoges a confirmé le jugement qui avait fait droit à un client rétracté le 4 février 2023, en retenant que le défaut d’information sur le droit de rétractation prolonge le délai : « le délai de rétractation est prolongé de douze mois à compter de l’expiration du délai de rétractation initial ». La cour a en outre débouté l’organisme de crédit de sa demande de 28 900 euros au titre du prêt, et l’a condamné aux dépens. Moralité pratique : conservez le bon de commande, le contrat daté, le formulaire de rétractation s’il vous a été remis, et la preuve de votre envoi en rétractation. Si le démarcheur ne vous a rien laissé d’écrit et de daté, ce n’est pas un détail, c’est potentiellement une cause de nullité. Et si l’on vous demande un acompte dans les jours qui suivent un démarchage à domicile, méfiance : « Le professionnel ne peut recevoir aucun paiement ou aucune contrepartie, sous quelque forme que ce soit, de la part du consommateur avant l’expiration d’un délai de sept jours à compter de la conclusion du contrat hors établissement. » Un chèque encaissé le lendemain de la signature, c’est déjà un indice de plus.
B. La facture sous contrôle : relevés, quatorze mois et modification du prix
Changer ou non de fournisseur, la facture reste le terrain où se gagnent les euros. Premier réflexe : vérifier que ce qu’on vous facture correspond à ce que vous avez consommé. Le fournisseur facture au moins une fois par an en fonction de l’énergie réellement consommée, et la loi plafonne les rattrapages : « Aucune consommation d’électricité ou de gaz naturel antérieure de plus de quatorze mois au dernier relevé ou autorelevé ne peut être facturée », sauf défaut d’accès au compteur, absence de transmission de l’index après courrier recommandé du gestionnaire de réseau, ou fraude. Le tribunal judiciaire d’Amiens l’a appliqué le 23 juin 2025 contre EDF : la facture de régularisation du 13 mars 2024, établie après un dernier relevé du 1er mars 2024, ne pouvait porter sur une période antérieure au 1er janvier 2023. Le tribunal a annulé la facture et ses rectifications, jugé que la cliente ne devait rien au titre de la période litigieuse, et condamné EDF à restituer 208 euros déjà réglés, outre les dépens. Si votre facture de régularisation d’automne remonte à plus de quatorze mois en arrière sans que vous ayez bloqué l’accès au compteur ni ignoré un recommandé du gestionnaire de réseau, contestez par écrit en visant ce texte.
Deuxième réflexe : surveiller les modifications de prix en cours de contrat. Si votre fournisseur actuel augmente ses tarifs ou change les modalités de calcul du prix, il doit vous prévenir au moins un mois avant, de façon transparente, et vous rappeler que vous pouvez partir sans pénalité sous trois mois. C’est aussi le moment de comparer à tête reposée, avec le comparateur du médiateur, plutôt que apres un appel. Troisième réflexe, pour les locataires : le contrat de fourniture est nominatif. « Tout client qui consomme le gaz qu’il achète ou qui achète du gaz pour le revendre a le droit, le cas échéant, par l’intermédiaire de son mandataire, de choisir son fournisseur de gaz naturel. » Ce droit s’exerce par site de consommation : ni le bailleur ni le syndic ne peuvent vous imposer un fournisseur pour votre compteur individuel, et à l’inverse le bailleur ne peut pas être tenu des factures d’un compteur au nom du locataire. En revanche, pour un chauffage collectif au gaz, la facture du combustible pèse sur les charges : relevez les index, demandez le décompte et vérifiez la répartition, car la hausse d’octobre s’y répercutera tôt ou tard. Pour suivre l’évolution mois par mois, la page de la CRE sur le prix repère et l’actualité de service-public.fr du 11 septembre 2026 donnent les chiffres de référence opposables aux discours commerciaux.
En cas de litige, ne restez pas seul face au service client. Le médiateur national de l’énergie peut être saisi gratuitement, son comparateur d’offres permet de vérifier en deux minutes si la « bonne affaire » proposée au téléphone existe vraiment, et son numéro vert 0 800 112 212 donne accès à une information sur vos droits. Si le litige porte sur un contrat signé dans votre logement et que le formalisme n’a pas été respecté, un conseil en droit immobilier et de la consommation à Paris permet d’apprécier vite si la rétractation est encore possible ou si la nullité doit être demandée au juge, avant que les mensualités majorées ne s’installent.
Concrètement, voici le calendrier utile avant le 1er octobre. Cette semaine : photographiez vos index de compteur, retrouvez votre contrat actuel et identifiez s’il est fixe ou indexé, puis comparez votre prix complet au repère de 182,88 euros. Si un démarcheur vous appelle, demandez l’envoi de l’offre écrite et de sa synthèse avant tout accord, et ne donnez ni signature ni relevé d’identité bancaire au téléphone. Si vous avez déjà signé ces derniers jours et que vous hésitez, vérifiez la date exacte de signature et envoyez votre rétractation par écrit sans attendre la fin du délai. Et si une facture de régularisation arrive avec la hausse, contrôlez la période facturée au regard des quatorze mois avant de payer.
Conclusion
La hausse du prix repère du gaz au 1er octobre 2026 est un fait établi par la CRE le 10 septembre, de 172,05 à 182,88 euros TTC du mégawattheure, et elle renchérira les offres indexées pendant toute la saison de chauffe. Elle ne vous oblige pourtant à rien : ni à signer dans l’urgence, ni à accepter la première promesse de prix bloqué, ni à payer une régularisation qui remonterait trop loin. Le bon ordre des opérations tient en quatre gestes : comparez la facture annuelle complète avec le comparateur indépendant du médiateur ; exigez l’offre écrite avec la durée du fixe, son périmètre et ses clauses de révision ; si vous êtes démarché, utilisez les quatorze jours de rétractation ou faites constater les manquements au formalisme qui ouvrent la nullité ; et contestez toute facture qui dépasserait quatorze mois de consommation réelle. Le marché du gaz restera volatil tant que dureront les tensions sur l’approvisionnement, et les démarcheurs le savent : à vous de faire de leur urgence votre délai de réflexion.
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