Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Article généré par une intelligence artificielle, selon un processus conçu et contrôlé par le cabinet

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Porte d’immeuble fracturée pendant les manifestations : ce que le syndic doit faire et ce que paie l’assurance de la copropriété

Au matin du dimanche 18 octobre 2026, puis le lendemain, des habitants de Paris ont découvert la porte de leur immeuble fracturée, un hall saccagé, un digicode arraché ou des boîtes aux lettres éventrées. La veille, samedi 17 octobre, des manifestations d’ampleur ont traversé le pays et, dans plusieurs villes, des groupes violents ont provoqué des dégâts matériels et des pillages : 800 000 manifestants selon les organisateurs, 550 000 selon le ministère de l’intérieur, avec des dégâts matériels, des violences et des pillages inédits, selon le récit du Monde publié le 18 octobre 2026. Le lendemain, TF1 info décrivait, dans une vidéo publiée le 18 octobre à 22h25, des affrontements entre casseurs et forces de l’ordre autour de la place de la République, à Paris, avec de nouveaux pillages commis par des délinquants opportunistes.

Quand c’est la porte de l’appartement qui a cédé, la question se règle entre locataire, bailleur et assurance habitation. Mais quand c’est la porte de l’immeuble, le hall, l’interphone ou les boîtes aux lettres, le bien abîmé appartient à tous : ce sont des parties communes. La réponse tient alors en trois temps. D’abord, c’est au syndic d’agir pour le compte du syndicat des copropriétaires : la loi le charge d’administrer l’immeuble, de pourvoir à sa conservation, à sa garde et à son entretien et, en cas d’urgence, de faire procéder de sa propre initiative à l’exécution de tous travaux nécessaires à la sauvegarde de celui-ci. Ensuite, le sinistre doit être déclaré à l’assureur de l’immeuble sans tarder : l’assuré est tenu de donner avis à l’assureur, dès qu’il en a eu connaissance et au plus tard dans le délai fixé par le contrat, de tout sinistre de nature à entraîner la garantie de l’assureur, et ce délai ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés. Enfin, ce que l’assurance ne paie pas, notamment la franchise, se répartit en charges entre les copropriétaires, car ils sont tenus de participer aux charges relatives à la conservation, à l’entretien et à l’administration des parties communes.

Deux réserves s’imposent avant d’aller plus loin. Premièrement, tout dépend du contrat d’assurance de votre immeuble : la clause qui exclut les émeutes et les mouvements populaires ne se présume pas, elle se lit mot à mot, et c’est à l’assureur de prouver qu’elle s’applique. Deuxièmement, cet article décrit les vérifications utiles dans toute situation comparable à partir des textes et de décisions réellement rendues ; il ne remplace pas l’examen de votre police et de votre règlement de copropriété, et les faits évoqués restent susceptibles d’évolutions judiciaires, puisque les enquêtes et les interpellations se poursuivent.

I. Le syndic face au hall dégradé : sécuriser, constater, déclarer

La porte d’immeuble fracturée, le hall souillé ou saccagé, le digicode arraché, la loge du gardien vandalisée, les boîtes aux lettres éventrées : ces éléments ne sont ni au locataire ni au bailleur d’un lot, ils sont au syndicat des copropriétaires. C’est donc le syndic, son représentant légal et son administrateur, qui doit prendre l’initiative. Le copropriétaire ou l’occupant qui découvre les dégâts a un rôle essentiel, celui de l’alerte et de la preuve, mais l’action en réparation et la déclaration d’assurance passent par le syndic.

A. Sécuriser en urgence et figer la preuve, sans attendre l’assemblée générale

Une porte d’immeuble qui ne ferme plus, un hall ouvert à tous les vents, une vitre brisée au rez-de-chaussée : la première obligation est pratique, remettre l’immeuble en sécurité. Sur ce point, la loi donne au syndic un pouvoir propre. Indépendamment des pouvoirs qui lui sont conférés par d’autres dispositions ou par une délibération spéciale de l’assemblée générale, le syndic est chargé d’administrer l’immeuble, de pourvoir à sa conservation, à sa garde et à son entretien et, en cas d’urgence, de faire procéder de sa propre initiative à l’exécution de tous travaux nécessaires à la sauvegarde de celui-ci, dans sa version en vigueur au 19 octobre 2026. Concrètement, il peut commander sans attendre un vote : une fermeture provisoire, une porte de remplacement, la remise en service du digicode, la sécurisation d’une baie vitrée. Ce sont des mesures de sauvegarde, pas des travaux d’amélioration, et c’est précisément ce que vise le texte.

En parallèle, il faut figer la preuve, car tout le reste – indemnisation, franchise, recours contre les auteurs – en dépendra. Les réflexes utiles, dès la découverte : photographier chaque dégradation avec une vue d’ensemble et des gros plans, noter la date et l’heure de la découverte, conserver les morceaux brisés et les serrures forcées au lieu de les jeter, demander au gardien ou aux voisins s’ils ont vu ou entendu quelque chose, et faire établir un constat par un commissaire de justice pour les dégâts importants. Un procès-verbal de constat dressé par un officier public fige l’état des lieux à une date certaine et pèse lourd dans un dossier d’assurance comme devant un juge.

Le dépôt de plainte fait partie de cette preuve. La destruction, la dégradation ou la détérioration d’un bien appartenant à autrui est un délit : la destruction, la dégradation ou la détérioration d’un bien appartenant à autrui est punie de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende, sauf s’il n’en est résulté qu’un dommage léger, dans sa version applicable au 19 octobre 2026. C’est le syndic qui dépose plainte au nom du syndicat pour les parties communes, et chaque copropriétaire peut signaler les faits dont il a été témoin. L’expérience des contentieux d’assurance montre l’utilité de cette démarche : dans une affaire jugée en mars 2026 à propos d’un véhicule incendié pendant des émeutes, le tribunal a fondé sa décision sur le rapport d’expertise, sur un article de presse décrivant les violences et sur le dépôt de plainte du gardien, qui décrivait les flammes vues de sa fenêtre (tribunal de commerce de Lille Métropole, 10 mars 2026, n° J2025000018). Une plainte précise, déposée sans attendre, avec photos et constat, est donc un investissement, pas une formalité.

Si le syndic ne bouge pas, le copropriétaire n’est pas démuni, mais il doit agir dans l’ordre. D’abord lui écrire : lettre recommandée ou courriel conservé, décrivant les dégradations, rappelant l’urgence de sécurisation et demandant la déclaration à l’assurance de l’immeuble. Ensuite, si l’inertie persiste, le mettre en demeure par écrit de procéder aux mesures de sauvegarde et à la déclaration. Enfin, saisir l’assemblée générale ou le conseil syndical pour que la carence soit constatée collectivement. Ce n’est qu’au bout de cette chaîne, faute, préjudice personnel et lien de causalité prouvés, que la responsabilité du syndic peut être recherchée : les juges rappellent que [la mise en œuvre de la responsabilité du syndic par un copropriétaire nécessite la preuve par ce dernier d’une faute commise par le syndic, d’un préjudice personnel et d’un lien de causalité entre la faute et le préjudice allégué », et qu’un copropriétaire ne peut agir qu’en démontrant un préjudice direct et personnel, indépendamment de celui de la copropriété (tribunal judiciaire de Nice, 4e chambre civile, 10 juillet 2025, n° RG 22/02362). Dans cette affaire, la copropriétaire qui demandait au juge d’ordonner sous astreinte une longue liste de diligences a été déboutée, le tribunal jugeant [qu’il n’entre pas dans ses prérogatives de se substituer à l’assemblée générale des copropriétaires et à son syndic dans l’administration de la copropriété » (même décision). La leçon est claire : le juge sanctionne une faute prouvée du syndic, il ne gouverne pas la copropriété à sa place. Mieux vaut donc une mise en demeure écrite et circonstanciée aujourd’hui qu’une assignation fragile demain. Pour donner du poids à cette démarche individuelle, le copropriétaire a intérêt à ne pas rester isolé : prévenir les autres occupants de l’immeuble, alerter le conseil syndical lorsqu’il en existe un, et demander que la sécurisation et la déclaration soient inscrites à l’ordre du jour de la prochaine assemblée, voire d’une assemblée convoquée spécialement si l’immeuble est resté ouvert plusieurs jours. Un courrier collectif signé de plusieurs copropriétaires, qui décrit les mêmes désordres et réclame les mêmes mesures, est plus difficile à ignorer qu’une réclamation isolée. Et si le syndic reste sourd, chaque écrit compte : la mise en demeure, les photographies datées, les témoignages des voisins et le constat du commissaire de justice formeront, le cas échéant, le dossier qui permettra au juge d’apprécier s’il y a eu faute, et non une simple lenteur excusable.

B. Déclarer le sinistre à l’assurance de l’immeuble : le délai court dès la découverte

L’immeuble est en principe couvert par une assurance souscrite par le syndicat : multirisque immeuble, garantie vandalisme et détériorations, parfois bris de glace des communs. C’est au syndic de déclarer, puisqu’il représente le syndicat, mais c’est à chaque copropriétaire vigilant de vérifier que la déclaration part. Le texte qui gouverne le délai est l’article L. 113-2 du code des assurances : l’assuré est obligé de donner avis à l’assureur, dès qu’il en a eu connaissance et au plus tard dans le délai fixé par le contrat, de tout sinistre de nature à entraîner la garantie de l’assureur, et ce délai ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés. Concrètement, il faut ouvrir la police de l’immeuble et lire le délai contractuel, souvent cinq jours ouvrés, parfois davantage, et adresser la déclaration en recommandé ou par l’envoi électronique prévu au contrat, avec le constat, les photos, la plainte et les premières factures. Quand le contrat prévoit une déchéance pour déclaration tardive, elle ne peut être opposée que si l’assureur établit que le retard lui a causé un préjudice, et jamais en cas de force majeure : c’est le même article qui le dit, et c’est une protection à connaître avant de s’affoler d’un jour de retard.

Le dossier de déclaration mérite autant de soin que la sécurisation. Un dossier complet comprend : le procès-verbal du syndic décrivant les dégradations lot par lot commun, le constat du commissaire de justice, les photographies datées, la copie du dépôt de plainte, les factures des mesures d’urgence déjà engagées et, dès qu’ils existent, les devis de remise en état. Plus le dossier est documenté, moins l’assureur peut discuter l’étendue des dommages ou imputer une part des désordres à un défaut d’entretien antérieur. Dans les dossiers importants, l’assureur mandate un expert qui vient constater sur place : il faut être présent ou représenté lors de sa visite, lui remettre le constat, les photos et les factures, et lui signaler tout désordre qu’il n’aurait pas vu. Si ses conclusions minorent manifestement les dégâts, rien n’interdit de faire établir une contre-expertise amiable par un professionnel indépendant, dont le coût restera toutefois à la charge du syndicat sauf prise en charge contractuelle. L’affaire jugée par la cour d’appel de Douai illustre le rôle pivot de l’expertise : après le refus de garantie opposé à la société assurée, une expertise judiciaire avait été ordonnée avant dire droit, et c’est au terme de ce long parcours d’instruction que la cour a tranché (cour d’appel de Douai, 3e chambre, 20 mars 2025, n° 24/00826). Un dossier d’assurance se gagne donc dès les premières semaines, par la qualité des pièces, pas par l’insistance des relances.

Si l’assureur refuse sa garantie, il faut exiger un refus écrit et motivé, article par article, puis le faire relire. Un refus de garantie n’est pas une fin de non-recevoir définitive : les juges contrôlent la bonne foi de l’assureur dans l’exécution du contrat. En mars 2025, la cour d’appel de Douai a confirmé qu’un assureur devait garantir un sinistre vol et vandalisme déclaré sur un immeuble, et elle l’a condamné à payer 5 000 euros de dommages-intérêts pour manquement à l’obligation d’exécuter le contrat de bonne foi (cour d’appel de Douai, 3e chambre, 20 mars 2025, n° 24/00826). Or les contrats doivent être négociés, formés et exécutés de bonne foi, et cette disposition est d’ordre public. Un assureur qui rejette une déclaration sans expertise sérieuse, qui tarde sans motif ou qui oppose une clause sans démontrer qu’elle s’applique s’expose donc à ce contrôle.

Enfin, il existe un délai que personne ne doit perdre de vue : toutes actions dérivant d’un contrat d’assurance sont prescrites par deux ans à compter de l’événement qui y donne naissance. En cas de sinistre, ce délai ne court toutefois que du jour où les intéressés en ont eu connaissance, s’ils prouvent qu’ils l’ont ignoré jusque-là : c’est la suite du même article. Deux ans paraissent longs, mais entre l’expertise, les devis, un refus puis une contestation, ils passent vite. D’où une règle simple : déclarer dans la semaine, contester tout refus par écrit sans attendre, et ne jamais laisser un dossier sans acte de poursuite pendant des mois.

II. Qui paie et contre qui agir : la clause d’émeutes, les charges et les auteurs

C’est la question que tout copropriétaire pose après le constat : l’assurance va-t-elle payer, et sinon, qui ? La réponse dépend de trois étages : la police de l’immeuble et sa clause sur les émeutes, la répartition en charges de ce qui reste dû, et les recours contre les auteurs des dégradations.

A. L’assurance de l’immeuble paie si la police le prévoit, et l’exclusion ne se présume pas

Beaucoup de copropriétaires découvrent à cette occasion une clause qu’ils n’avaient jamais lue : l’exclusion des dommages causés par les émeutes ou les mouvements populaires. Le principe légal figure à l’article L. 121-8 du code des assurances : l’assureur ne répond pas, sauf convention contraire, des pertes et dommages occasionnés soit par la guerre étrangère, soit par la guerre civile, soit par des émeutes ou par des mouvements populaires, dans sa version applicable au 19 octobre 2026. La formule « sauf convention contraire » est décisive : si la police de votre immeuble couvre les émeutes, ou si elle ne les exclut pas expressément, l’assureur doit garantir. Et même quand une exclusion est écrite, sa mise en œuvre obéit à une règle de preuve protectrice : lorsque ces risques ne sont pas couverts par le contrat, il appartient à l’assureur de prouver que le sinistre résulte de la guerre civile, d’émeutes ou de mouvements populaires. Autrement dit, ce n’est pas au syndicat de prouver que les casseurs n’étaient pas des émeutiers ; c’est à l’assureur de démontrer que les dégradations du hall entrent dans le champ de son exclusion.

Une décision récente montre comment les juges appliquent ce contrôle. Le tribunal de commerce de Lille Métropole a validé, le 10 mars 2026, l’exclusion opposée par un assureur après l’incendie d’un véhicule pendant les émeutes de l’été 2023 : la clause excluait les dommages causés par les mouvements populaires, l’expertise décrivait des émeutiers à l’œuvre, la plainte et un article de presse confirmaient le contexte, et l’assureur a été mis hors de cause tandis que la demanderesse était déboutée (tribunal de commerce de Lille Métropole, 10 mars 2026, n° J2025000018). Le tribunal a rappelé au passage que, dans un arrêt du 17 novembre 2016, la Cour de cassation estime que l’absence de caractère spontané ne suffit pas à écarter la qualification d’émeute ou de mouvement populaire. Mais cette validation ne doit pas être lue comme une règle générale : dans cette affaire, l’assureur avait prouvé, pièce par pièce, que le sinistre relevait de l’exclusion. Chaque dossier se joue sur ses preuves, et un assureur qui se bornerait à invoquer le mot « émeutes » sans démontrer le lien avec les dégradations de votre hall ne satisfait pas à cette exigence.

À Paris et en Île-de-France. Les faits des 17 et 18 octobre se sont concentrés dans la capitale autour de la place de la République, avec pillages de commerces de quartier et dégradations, selon la vidéo de TF1 info publiée le 18 octobre au soir. Les immeubles parisiens, souvent dotés de lourdes portes cochères, de digicodes et d’interphones anciens, sont exposés : une porte cochère fracturée se remplace pour plusieurs milliers d’euros, et un interphone collectif vandalisé paralyse tout l’immeuble. À Paris, les litiges de copropriété de ce type relèveraient du tribunal judiciaire de Paris, comme les affaires citées jugées par des tribunaux judiciaires, et la plainte du syndicat serait déposée auprès des services compétents du lieu où se trouve l’immeuble. Les copropriétaires franciliens ont aussi intérêt à vérifier un point propre aux grandes copropriétés : certaines polices d’immeuble comportent des plafonds par sinistre ou des franchises élevées sur le vandalisme, qui laisseront un reste à charge important même si la garantie joue.

Ce qui n’est pas payé par l’assurance ne disparaît pas : il se répartit. La franchise contractuelle, les travaux écartés de la garantie, les mesures d’urgence non remboursées deviennent des charges de copropriété, car les copropriétaires sont tenus de participer aux charges relatives à la conservation, à l’entretien et à l’administration des parties communes, générales et spéciales, et de verser au fonds de travaux la cotisation prévue, proportionnellement aux valeurs relatives des parties privatives comprises dans leurs lots. Chacun paie donc selon ses tantièmes, y compris le copropriétaire dont le lot n’a subi aucun dégât direct : c’est la logique du bien commun. Avant de payer, chacun a le droit de comprendre : le syndic doit produire le décompte de l’assureur, la facture des entreprises et le tableau de répartition, et expliquer quelle part correspond à la franchise, quelle part aux travaux écartés de la garantie et quelle part aux mesures d’urgence. C’est aussi le moment de relire les conditions particulières de la police de l’immeuble, celles que personne ne consulte jamais : le montant exact de la franchise vandalisme, les plafonds par sinistre, les exclusions propres aux parties communes vitrées ou aux équipements électroniques comme le digicode et l’interphone. Si la franchise paraît disproportionnée ou si la garantie vandalisme est plafonnée à un niveau dérisoire pour un immeuble exposé, l’assemblée générale peut décider de renégocier le contrat ou d’en changer, avec l’aide du courtier : un sinistre est souvent le révélateur d’une sous-assurance que personne n’avait voulu voir. Le syndic doit appeler ces sommes en respectant le règlement de copropriété et en les justifiant, factures à l’appui, et l’assemblée générale doit voter les travaux de remise en état qui ne relèvent pas de l’urgence. Pour préparer ce contrôle des factures, de la franchise et de la mise en demeure, faire relire la police d’assurance de l’immeuble et la mise en demeure par l’expertise immobilière du cabinet permet d’aborder l’assemblée générale avec un dossier chiffré plutôt qu’avec des approximations.

B. Poursuivre les auteurs et faire voter la remise en état : les deux chantiers du copropriétaire

Le premier chantier est répressif et indemnitaire : identifier les auteurs et leur demander des comptes. Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer : c’est l’article 1240 du code civil, le fondement de l’action en réparation contre quiconque a fracturé la porte ou saccagé le hall. Encore faut-il des auteurs identifiés, et c’est tout l’enjeu de la plainte et de l’enquête : TF1 info faisait état de nombreuses interpellations dès le 18 octobre, signe que des poursuites individuelles sont envisageables. Le syndicat, représenté par son syndic, peut alors demander réparation dans le cadre du procès pénal des auteurs identifiés, en plus de l’indemnisation versée par sa propre assurance, en coordonnant les deux demandes pour ne pas réclamer deux fois la même somme. Une précision importante : si les dégradations ont aussi touché votre porte privative ou vos vitres, c’est votre assurance habitation qui entre en jeu pour le lot, pendant que l’assurance de l’immeuble traite les communs ; les deux dossiers doivent être menés en parallèle, avec les mêmes photos et le même constat, pour éviter les renvois de l’un vers l’autre. Un point de vigilance souvent négligé : les images des caméras de vidéoprotection de l’immeuble ou des commerces voisins, qui peuvent identifier les auteurs, ne sont pas conservées indéfiniment ; il faut demander leur sauvegarde par écrit et sans délai, auprès du syndic comme auprès des commerçants équipés, avant tout effacement automatique. De même, les témoignages des voisins s’estompent vite : recueillir par écrit, dès les premiers jours, ce que chacun a vu ou entendu dans la nuit des faits, avec date et signature, coûte peu et peut s’avérer décisif si l’enquête peine à identifier les auteurs.

Le second chantier est collectif : remettre l’immeuble en état et, éventuellement, mieux le protéger. Les travaux urgents ont pu être commandés par le syndic seul, on l’a vu, mais la remise en état complète, et a fortiori des équipements nouveaux comme une porte blindée collective, un sas ou une vidéoprotection du hall, relèvent de l’assemblée générale. Les juges sont fermes sur ce partage : dans l’affaire niçoise déjà citée, le tribunal a refusé de condamner le syndicat à exécuter des préconisations techniques qui n’étaient pas des travaux urgents et [relevaient de l’appréciation de l’assemblée générale, à laquelle la question n’avait jamais été soumise » (même décision). Le copropriétaire qui veut une porte renforcée doit donc faire inscrire la question à l’ordre du jour, chiffrer le projet et convaincre, plutôt qu’espérer une injonction du juge. C’est aussi en assemblée que se votent l’appel de fonds pour le reste à charge et, le cas échéant, la renégociation de la police d’assurance de l’immeuble : après un sinistre de cette ampleur, relire la clause émeutes et la franchise avec le courtier est une délibération utile, pas une formalité.

Reste la question que posent les occupants, locataires notamment : que peuvent-ils exiger pendant que le hall est éventré ? Le locataire n’est pas partie au contrat d’assurance de l’immeuble et ne vote pas en assemblée, mais il subit le trouble : insécurité, bruit, poussière des travaux. Il doit signaler par écrit au bailleur et au syndic, conserver ses preuves et, si la situation dure, faire valoir par écrit le trouble subi pendant les travaux. Le bailleur, de son côté, a intérêt à agir vite auprès du syndic, car un hall durablement dégradé dégrade aussi la valeur locative de son lot.

Conclusion

Une porte d’immeuble fracturée pendant les manifestations ne se traite ni comme une simple vitre cassée ni comme une fatalité : c’est un sinistre de parties communes, avec un responsable désigné pour agir, le syndic, un contrat à lire sans délai, la police de l’immeuble, et des coûts à répartir selon les tantièmes quand l’assurance ne paie pas tout. Les textes donnent au syndic le pouvoir de sécuriser en urgence, imposent une déclaration rapide à l’assureur, réservent deux ans pour agir contre lui, et mettent la preuve de l’exclusion d’émeutes à la charge de l’assureur. Les juges, eux, contrôlent la bonne foi des refus de garantie, exigent du copropriétaire qui attaque son syndic la preuve d’une faute, d’un préjudice personnel et d’un lien de causalité, et refusent de gouverner la copropriété à la place de l’assemblée générale. Dans les jours qui suivent les dégradations, l’ordre des priorités est donc simple : sécuriser, constater par écrit et par images, déposer plainte, déclarer à l’assurance de l’immeuble dans le délai du contrat, puis chiffrer et faire voter. Enfin, conservez l’intégralité du dossier, en double exemplaire papier et numérique : constats, photographies, plainte, échanges avec le syndic, déclaration et réponses de l’assureur, devis et factures, procès-verbaux d’assemblée. Un sinistre de parties communes se rejoue souvent à plusieurs moments, expertise complémentaire, contestation d’un refus, action contre les auteurs identifiés tardivement, et chaque pièce manquante affaiblit la position du syndicat. C’est cet enchaînement, plus que l’indignation, qui fait la différence entre un hall réparé en quelques semaines et un sinistre qui s’enlise pendant des mois.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».