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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Crédit refusé à votre entreprise : saisir la médiation du crédit, vérifier le taux et obtenir un financement (2026)

Votre banque vient de refuser le prêt qui devait financer votre trésorerie, votre équipement ou votre développement, ou elle vous annonce qu’elle réduit votre découvert sans explication claire. Pour une entreprise, ce moment est critique : les salaires, les fournisseurs et les échéances fiscales n’attendent pas. En octobre 2026, le sujet est au centre de l’actualité : le gouverneur de la Banque de France est sous les projecteurs du débat public sur fond de crise de la dette et de resserrement du crédit, et les dirigeants s’interrogent sur les recours réels face à leur banquier. Cet article répond de façon pratique : la banque n’a pas tous les droits, des délais précis encadrent sa réponse, un médiateur public peut être saisi en quarante-huit heures, le coût du crédit se vérifie au taux effectif global et au plafond de l’usure, et la rupture d’un concours existant n’est valable qu’avec un préavis de soixante jours. Chaque levier est expliqué avec ses textes, ses décisions de justice et ses délais d’action.

I. Crédit refusé : contraindre la banque à répondre et saisir la médiation du crédit

A. Exiger une réponse écrite sous quinze jours ouvrés puis saisir le médiateur départemental

Une banque peut refuser un crédit : aucun texte ne l’oblige à prêter. En revanche, une fois votre dossier de demande complet, les établissements se sont engagés à donner une réponse à toute demande de financement sous quinze jours ouvrés. Sans réponse au-delà de ce délai, vous pouvez saisir la médiation du crédit. Ce point, rappelé par la Banque de France sur sa page officielle de saisine, est le premier levier du dirigeant : déposez un dossier complet, faites constater la date de complétude par écrit, et comptez quinze jours ouvrés avant d’agir.

La demande écrite et motivée change le rapport de force. L’article L. 313-12 du code monétaire et financier prévoit que, dans le respect des dispositions légales applicables, l’établissement de crédit fournit, sur demande de l’entreprise concernée, les raisons de la réduction ou de l’interruption d’un concours. Ce droit de demander les motifs par écrit vaut pour la réduction ou l’interruption d’un concours existant ; pour un refus pur et simple de nouveau crédit, la banque reste libre de ne pas motiver, mais votre courrier recommandé qui récapitule le dossier, les pièces fournies et la date de complétude constitue la preuve dont vous aurez besoin ensuite devant le médiateur, puis devant le juge si le litige dégénère. Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits, rappelle l’article 1103 du code civil : tout engagement écrit de la banque, même une promesse de financement conditionnelle, l’oblige. Conservez chaque accord, chaque échéancier et chaque condition d’octroi annoncée par votre interlocuteur.

Le deuxième levier est la médiation du crédit aux entreprises, dispositif public mis en œuvre par la Banque de France. La médiation peut être saisie en cas de dénonciation de découvert, de refus de crédit de trésorerie, d’équipement ou de crédit-bail, de refus de rééchelonnement d’une dette, de refus de caution ou de garantie, ou encore de réduction des garanties par un assureur-crédit. La procédure est rapide et encadrée : vous déposez votre dossier de saisine sur le portail de déclaration de la médiation du crédit, avec les informations sur votre société, sa situation financière et les difficultés rencontrées. Dans les quarante-huit heures suivant la saisine, le médiateur départemental vous contacte, vérifie la recevabilité de votre demande et, si votre dossier est complet et éligible, définit un plan d’action avec vous. Les établissements financiers sont alors informés de l’ouverture de la médiation et disposent de cinq jours ouvrés pour revoir leurs positions. Si les difficultés perdurent, le médiateur intervient pour résoudre les points de blocage et propose les solutions envisagées, qui peuvent prendre la forme d’une restructuration de créances ou d’un réaménagement des lignes.

L’effet protecteur de la saisine est immédiat : le dépôt du dossier permet de profiter de la protection du médiateur par le maintien des lignes de financement de court et de moyen terme pendant toute la durée de la médiation. Concrètement, la banque ne peut pas profiter de la procédure pour couper les vivres à l’entreprise. En cas de dénonciation déjà notifiée, un découvert à hauteur du montant utilisé en entrée de médiation est autorisé pendant la durée des discussions, et la dénonciation elle-même reste soumise au préavis de soixante jours après sa date. Pour les garanties d’assurance-crédit, sauf cas exceptionnels, les réductions ou résiliations de lignes par un assureur ne sont effectives que dans un délai d’un mois après l’information des assurés. Ces délais sont des boucliers : chaque jour gagné est un jour pour renégocier, trouver un cofinancement ou préparer une demande devant le tribunal de commerce.

Préparez la saisine comme un dossier de contentieux : statuts et extrait Kbis, trois derniers bilans, plan de trésorerie à douze mois, copie de la demande de crédit et de ses pièces, échanges écrits avec la banque, tableau des concours existants et de leurs échéances. Indiquez le montant sollicité, son objet précis et les garanties que vous proposez. Un dossier chiffré et daté accélère l’admission en quarante-huit heures et crédibilise votre position face aux cinq jours ouvrés laissés aux banques. Si votre entreprise emploie des salariés, joignez un état des effectifs : le médiateur apprécie l’enjeu social du maintien du financement. Pour aller plus loin sur la rupture brutale d’un concours existant, lisez notre analyse dédiée : banque qui coupe le découvert ou le crédit sans préavis, exiger soixante jours et obtenir réparation.

B. Faire vérifier le coût réel du crédit : année civile pour le TEG et plafond de l’usure

Quand la banque accepte de prêter mais à un taux qui étrangle votre marge, ou quand vous découvrez après signature que le coût réel dépasse ce qui était annoncé, deux contrôles s’imposent : le calcul du taux effectif global et le plafond de l’usure. Le taux effectif global intègre les intérêts, les frais, les commissions et les primes d’assurance : c’est lui, et non le seul taux nominal, qui mesure le prix du crédit. La Cour de cassation a fixé une règle claire pour les prêts professionnels : si, dans un prêt consenti à un professionnel, les parties peuvent convenir d’un taux d’intérêt conventionnel calculé sur une autre base que l’année civile, le taux effectif global doit être calculé sur la base de l’année civile. Cette solution résulte de l’arrêt de la chambre commerciale du 4 juillet 2018, pourvoi numéro 17-10.349, rendu dans un litige opposant une société emprunteuse et sa caution à leur banque au sujet de prêts destinés à financer du matériel.

La portée pratique de cet arrêt est double. D’une part, le taux conventionnel d’un prêt professionnel peut licitement être calculé sur une base de trois cent soixante jours, usages bancaires obligent ; d’autre part, le taux effectif global mentionné dans l’acte doit, lui, reposer sur l’année civile de trois cent soixante-cinq ou trois cent soixante-six jours. Si votre banque a calculé le taux effectif global sur une base de trois cent soixante jours, l’irrégularité est caractérisée, mais c’est à vous de la démontrer : dans cette même décision, la Cour approuve les juges du fond d’avoir exigé de l’emprunteur une feuille de calcul établissant que le taux annoncé n’avait pas été calculé sur la base de l’année civile, et juge qu’il n’appartient pas au juge de pallier la défaillance de l’emprunteur dans l’administration de la preuve en ordonnant une expertise. Faites donc établir par un expert-comptable un décompte précis avant toute assignation, et demandez par écrit à la banque le détail du calcul du taux effectif global dès le premier doute.

Le second contrôle est le plafond de l’usure. Constitue un prêt usuraire tout prêt conventionnel consenti à un taux effectif global qui excède, au moment où il est consenti, de plus du tiers, le taux effectif moyen pratiqué au cours du trimestre précédent par les établissements de crédit pour des opérations de même nature comportant des risques analogues, dispose l’article L. 314-6 du code de la consommation, dans sa version applicable au jour de la rédaction du présent article. La définition du taux de l’usure est elle-même rappelée par l’article L. 313-5 du code monétaire et financier, qui renvoie aux articles L. 314-6 à L. 314-9 du code de la consommation. En pratique, comparez le taux effectif global de votre offre aux seuils d’usure publiés chaque trimestre par la Banque de France pour la catégorie d’opérations concernée. Si le seuil est dépassé, le prêt est usuraire et la sanction est lourde : substitution du taux d’intérêt légal au taux conventionnel, avec restitution du trop-perçu. Attention toutefois au calendrier législatif : l’article L. 314-6 fait l’objet d’une abrogation différée à l’automne 2026 dans le cadre du transfert de ces dispositions, de sorte que la version applicable doit toujours être vérifiée à la date de conclusion du prêt, et non à la date du litige.

Ces deux contrôles se combinent utilement avec la médiation : un taux effectif global irrégulier ou proche du plafond de l’usure est un argument de poids pour obtenir un réaménagement, et un refus de rééchelonnement d’une dette à taux contesté entre dans le champ de la médiation du crédit. Rassemblez l’offre de prêt, le tableau d’amortissement, la notice d’assurance emprunteur et les seuils d’usure du trimestre de signature. Si la banque a exigé la caution personnelle du dirigeant en contrepartie, lisez également notre article sur le devoir de mise en garde de la banque, la contestation de la caution et la prescription, car un cautionnement disproportionné aux revenus et au patrimoine du dirigeant peut être annulé ou réduit.

II. Crédit réduit ou coupé : contester la rupture et sécuriser la trésorerie à Paris comme ailleurs

A. La rupture d’un concours à durée indéterminée n’est valable qu’avec un préavis de soixante jours

Découvert, facilité de caisse, ligne d’escompte : les concours à durée indéterminée irriguent la trésorerie des entreprises, et leur coupure brutale provoque des rejets en chaîne, des impayés fournisseurs et parfois l’ouverture d’une procédure collective. Le législateur a verrouillé la rupture. Tout concours à durée indéterminée, autre qu’occasionnel, consenti à une entreprise, ne peut être réduit ou interrompu que sur notification écrite et à l’expiration d’un délai de préavis fixé lors de l’octroi du concours. Ce délai ne peut, sous peine de nullité de la rupture du concours, être inférieur à soixante jours. La sanction est la nullité de la rupture, ce qui signifie que la coupure est privée d’effet et que la banque engage sa responsabilité pécuniaire : le débiteur est condamné, s’il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l’inexécution de l’obligation, soit à raison du retard dans l’exécution, selon l’article 1231-1 du code civil, et les contrats obligent non seulement à ce qui y est exprimé, mais encore à toutes les suites que leur donnent l’équité, l’usage ou la loi, selon l’article 1194 du code civil.

Deux exceptions seulement dispensent la banque du préavis : le comportement gravement répréhensible du bénéficiaire du crédit ou une situation irrémédiablement compromise. Ces notions sont interprétées strictement par les juges : une simple dégradation des résultats, un retard de paiement isolé ou une cotation Banque de France défavorable ne suffisent pas à caractériser une situation irrémédiablement compromise, qui suppose l’absence démontrée de toute perspective de redressement. De même, un différend commercial avec la banque ou une renégociation en cours ne constitue pas un comportement gravement répréhensible. Quand la banque invoque l’une de ces exceptions, exigez qu’elle la motive par écrit avec des pièces, car c’est elle qui supportera la charge de la preuve devant le tribunal.

La jurisprudence applique ce verrou avec constance. La chambre commerciale de la Cour de cassation vise, dans son arrêt du 19 juin 2001, pourvoi numéro 98-21.536, publié au Bulletin : Vu l’article 1134 du Code civil et l’article 60 de la loi du 24 janvier 1984, devenu l’article L. 313-12 du Code monétaire et financier. Dans cette affaire, une banque avait dénoncé une facilité de caisse de deux millions de francs avec un préavis d’un mois seulement. La Cour censure la cour d’appel qui s’était contentée du délai recommandé par la profession bancaire : le juge doit rechercher quelle était la commune intention des parties pour la fixation du délai de préavis et, s’il est impossible de l’établir, quel était le délai convenable pour permettre au client de trouver un nouveau banquier. Autrement dit, le délai contractuel prime, et à défaut c’est le délai raisonnable de réorganisation qui s’impose, jamais un délai de pure forme.

L’actualité jurisprudentielle confirme cette sévérité. Par arrêt du 31 mars 2026, la cour d’appel de Montpellier, chambre commerciale, répertoire général numéro 25/01039, statuant sur la rupture d’un contrat d’affacturage dénoncé le 4 novembre 2020 à effet au 4 décembre 2020, soit avec un préavis d’un mois, infirme le jugement qui avait débouté l’entreprise et juge : Confirme le jugement sauf en ce qu’il a débouté la SARL EDL de sa demande de voir prononcer la nullité de la rupture du contrat d’affacturage, statuant à nouveau et ajoutant, prononce la nullité de la rupture du contrat d’affacturage. L’affacturage, qui finance le poste clients par subrogation dans les factures, est donc traité comme un concours soumis au préavis légal, et la rupture notifiée avec trente jours au lieu de soixante est annulée. Pour l’entreprise, la méthode est claire : dès réception d’une lettre de réduction ou de dénonciation, vérifiez la date d’effet, comptez soixante jours calendaires minimum, demandez les motifs par écrit, et saisissez le juge des référés du tribunal de commerce pour faire constater la nullité et obtenir la remise en place des lignes. Notre dossier complet sur ce contentieux est ici : banque qui coupe le découvert ou le crédit sans préavis, exiger soixante jours et obtenir réparation, et sur le durcissement progressif des autorisations : autorisation de découvert 2026, que faire quand la banque durcit ou coupe.

B. Garanties, caution du dirigeant et procédures collectives : calibrer la suite sans aggraver le risque

Obtenir le crédit n’est que la moitié du chemin : les garanties exigées en contrepartie déterminent le risque personnel du dirigeant et l’avenir de l’entreprise en cas de retournement. Les banques demandent couramment le cautionnement solidaire du dirigeant, le nantissement du fonds de commerce ou des titres, et parfois une garantie à première demande de la société mère. Chaque garantie doit être calibrée : un cautionnement disproportionné aux revenus et au patrimoine de la caution au jour de sa souscription peut être sanctionné, et le devoir de mise en garde de la banque envers l’emprunteur et la caution non avertis reste un terrain contentieux vivant, comme nous l’expliquons dans notre article sur le devoir de mise en garde, la contestation de la caution et la prescription. Ne signez jamais un cautionnement le jour même de sa remise : exigez un délai de réflexion, faites chiffrer l’engagement maximal en principal, intérêts, pénalités et frais, et vérifiez que la mention manuscrite légale figure sur l’acte.

Si malgré vos efforts la trésorerie se tend au point d’envisager une procédure collective, sachez que le soutien passé de vos créanciers ne se retourne pas automatiquement contre eux. Lorsqu’une procédure de sauvegarde, de redressement judiciaire ou de liquidation judiciaire est ouverte, les créanciers ne peuvent être tenus pour responsables des préjudices subis du fait des concours consentis, sauf les cas de fraude, d’immixtion caractérisée dans la gestion du débiteur ou si les garanties prises en contrepartie de ces concours sont disproportionnées à ceux-ci, dispose l’article L. 650-1 du code de commerce. Pour le cas où la responsabilité d’un créancier est reconnue, les garanties prises en contrepartie de ses concours peuvent être annulées ou réduites par le juge. Ce texte protège le crédit aux entreprises en difficulté : une banque qui a maintenu ses concours de bonne foi ne peut pas être poursuivie pour soutien abusif par les autres créanciers, sauf fraude, immixtion dans la gestion ou garanties disproportionnées. C’est un argument à brandir devant vos partenaires bancaires quand ils hésitent à accompagner un plan de sauvegarde : le maintien raisonné du crédit, assorti de garanties proportionnées, n’expose pas la banque.

À Paris et en Île-de-France, ces contentieux suivent des circuits éprouvés. Les contestations de rupture de crédit et d’appel de garanties entre commerçants relèvent du tribunal de commerce de Paris selon les règles ordinaires de compétence, sous réserve des clauses attributives stipulées dans vos conventions de compte et de concours, qu’il faut relire avant toute assignation. La médiation du crédit est accessible via le médiateur départemental de Paris adossé à la Banque de France, avec les mêmes délais nationaux : admission en quarante-huit heures, cinq jours ouvrés laissés aux banques, réponse aux demandes complètes sous quinze jours ouvrés. Les entreprises franciliennes gagnent à cumuler les démarches : saisine du médiateur pour geler la dégradation et maintenir les lignes, mise en demeure de respecter le préavis de soixante jours, demande écrite des motifs de la réduction, puis, en cas d’échec, référé devant le tribunal de commerce pour faire constater la nullité de la rupture et chiffrer le préjudice d’exploitation, commandes perdues et surcoûts de refinancement à l’appui. Constituez dès maintenant un dossier horodaté : lettres de la banque, relevés de compte montrant les rejets, attestations de fournisseurs impayés du fait de la coupure, et plan de trésorerie démontrant que le préavis aurait permis de trouver un nouveau banquier, comme l’exige la jurisprudence depuis l’arrêt du 19 juin 2001.

Conclusion

Face à un refus de crédit, exigez une réponse écrite sur dossier complet, comptez quinze jours ouvrés, puis saisissez la médiation du crédit : admission en quarante-huit heures, cinq jours ouvrés pour les banques, maintien des lignes pendant la procédure. Face à un taux qui écrase votre marge, faites recalculer le taux effectif global sur l’année civile et comparez-le aux seuils d’usure du trimestre de signature, avec l’aide de votre expert-comptable. Face à une coupure brutale, vérifiez le préavis de soixante jours, demandez les motifs par écrit et faites prononcer la nullité de toute rupture précipitée, comme l’a fait la cour d’appel de Montpellier le 31 mars 2026. Et avant de signer les garanties qui conditionnent l’octroi, calibrez le cautionnement et le nantissement pour qu’ils restent proportionnés. Le crédit aux entreprises est un rapport de force encadré par des textes précis et des délais courts : le dirigeant qui écrit, qui date et qui saisit vite conserve l’initiative, à Paris comme sur tout le territoire.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».