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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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Exproprié pour le Grand Paris Express : contester l’indemnité et obtenir une juste réparation (2026)

Vous avez reçu un courrier de la Société des Grands Projets, l’établissement public qui a succédé à la Société du Grand Paris : votre pavillon, votre terrain ou le tréfonds sous votre immeuble se trouve sur le tracé d’une ligne du Grand Paris Express, et une offre d’indemnité accompagne ou suit ce courrier. Au même moment, l’actualité du chantier s’accélère : le calendrier des lignes 15, 16, 17 et 18 a été actualisé fin septembre 2026, avec une ouverture de la ligne 18 attendue en décembre 2026, et la Banque européenne d’investissement a renouvelé en 2026 un financement de trois milliards d’euros pour la partie ouest de la ligne 15. Les acquisitions foncières et les prises de tréfonds se poursuivent donc sur tout le territoire francilien. Face à l’offre qui vous est faite, une question domine : le montant proposé répare-t-il vraiment tout votre préjudice, et comment le contester s’il est insuffisant ? Cet article expose la procédure qui vous vise, le juge compétent en Île-de-France et la méthode pour obtenir une indemnité intégrale.

I. L’expropriation pour le Grand Paris Express : les actes qui transfèrent votre bien

A. Déclaration d’utilité publique, arrêté de cessibilité, ordonnance du juge : les trois actes du transfert

Toute expropriation commence par un principe ancien, posé à l’article 545 du code civil : « Nul ne peut être contraint de céder sa propriété, si ce n’est pour cause d’utilité publique, et moyennant une juste et préalable indemnité. » (article 545 du code civil). Deux conditions se dégagent de cette phrase : une cause d’utilité publique constatée par l’autorité publique, et une indemnité juste et préalable, c’est-à-dire fixée avant la prise de possession. Si l’une des deux manque, le transfert est irrégulier.

Le premier acte de la procédure est la déclaration d’utilité publique. L’article L. 121-1 du code de l’expropriation pour cause d’utilité publique dispose que « L’utilité publique est déclarée par l’autorité compétente de l’Etat. » (article L. 121-1 du code de l’expropriation). Pour le Grand Paris Express, le réseau de transport public a été défini par un schéma d’ensemble approuvé par décret, et chaque tronçon donne lieu à une déclaration d’utilité publique précédée d’une enquête publique. Les propriétaires concernés reçoivent ensuite la notification prévue par l’article L. 311-1 du même code : « En vue de la fixation des indemnités, l’expropriant notifie aux propriétaires et usufruitiers intéressés soit l’avis d’ouverture de l’enquête, soit l’acte déclarant l’utilité publique, soit l’arrêté de cessibilité, soit l’ordonnance d’expropriation. » (article L. 311-1 du code de l’expropriation). Conservez chaque notification avec son enveloppe et sa date de réception : tous les délais de la procédure partent de ces documents.

Le deuxième acte est l’arrêté de cessibilité, pris par le préfet, qui désigne précisément les parcelles ou les volumes à exproprier. C’est à ce stade que vous découvrez si l’opération prend la totalité de votre terrain ou seulement une partie, par exemple une emprise en tréfonds pour le passage du tunnel à une quinzaine de mètres de profondeur, comme sur la ligne 16 où des emprises de 50 à 98 mètres carrés à 14,30 mètres de profondeur ont donné lieu à indemnisation devant le juge de Paris en 2024. Le troisième acte est l’ordonnance d’expropriation rendue par le juge : « Le transfert de propriété des immeubles ou de droits réels immobiliers faisant l’objet d’une procédure d’expropriation est opéré, à défaut de cession amiable, par voie d’ordonnance du juge de l’expropriation. » (article L. 220-1 du code de l’expropriation). À défaut d’accord amiable, c’est donc le juge qui transfère la propriété, et l’ordonnance fixe la date de référence à laquelle votre bien sera évalué.

Contre la déclaration d’utilité publique elle-même, le recours se porte devant le juge administratif : l’article R. 421-1 du code de justice administrative prévoit que « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. » (article R. 421-1 du code de justice administrative). Ce délai de deux mois est strict : passé ce délai, la déclaration devient définitive et la discussion ne porte plus que sur le montant de l’indemnité devant le juge judiciaire. Vérifiez donc dès réception du premier courrier à quel acte il se rapporte, et notez le délai correspondant sur un calendrier tenu à jour.

Un point mérite une vigilance particulière dès l’enquête publique : le registre d’enquête permet à chaque propriétaire de consigner ses observations sur l’utilité du projet et sur l’emprise envisagée. Ces observations écrites constituent ensuite des pièces utiles si la déclaration d’utilité publique est contestée devant le juge administratif, car elles établissent que l’administration connaissait vos arguments avant de décider. Participez donc à l’enquête, demandez le dossier complet en mairie ou en préfecture, photographiez les plans exposés et conservez le récépissé de vos observations. Dans les secteurs denses de la petite couronne, où le tunnel passe sous des copropriétés et des pavillons, les observations portent souvent sur le tracé exact, la profondeur de l’ouvrage et les nuisances de chantier : ce sont des éléments que le commissaire enquêteur doit examiner et qui nourrissent, le cas échéant, le recours contentieux formé dans le délai de deux mois.

B. à Paris et en Île-de-France : quel juge pour l’indemnité et quel juge pour le transfert

En Île-de-France, le contentieux du Grand Paris Express obéit à une répartition des compétences particulière, fixée par l’article 1er du décret numéro 2016-814 du 17 juin 2016, dans sa rédaction issue du décret numéro 2019-966 du 18 septembre 2019, relatif au regroupement du contentieux de l’expropriation lié à la réalisation du réseau de transport du Grand Paris. La Cour de cassation a précisé la portée de ce texte dans un arrêt de la troisième chambre civile du 15 avril 2021, rendu sur le pourvoi numéro 20-13.911, publié au Bulletin, dans un litige opposant un propriétaire du Val-de-Marne à la Société du Grand Paris (Cass. 3e civ., 15 avril 2021, n° 20-13.911).

Dans cet arrêt, la Cour énonce que « Il s’ensuit que ce texte a pour objet d’attribuer l’ensemble du contentieux lié à l’indemnisation des expropriés au tribunal judiciaire de Paris. » (Cass. 3e civ., 15 avril 2021, n° 20-13.911). Autrement dit, pour tout ce qui touche à l’argent, c’est le juge de l’expropriation de Paris qui est compétent : fixation des indemnités réparant le préjudice causé par l’expropriation en application de l’article L. 321-1 du code de l’expropriation, droit de délaissement, emprise totale d’un bien partiellement exproprié, indemnités de tréfonds et difficultés d’exécution. En revanche, la Cour limite cette compétence : « Il résulte de ces textes que la compétence du juge de l’expropriation de Paris est limitée à la fixation des indemnités réparant les préjudices causés par la réalisation du réseau de transport public du Grand Paris et ne s’étend pas au prononcé de l’expropriation et au transfert de propriété prévus aux articles L. 211-1 à L. 251-2 du livre II et aux articles R. 211-1 à R. 242-1 du code de l’expropriation pour cause d’utilité publique. » (Cass. 3e civ., 15 avril 2021, n° 20-13.911, point 6). Le transfert de propriété lui-même reste donc prononcé par le juge du lieu de situation du bien, par exemple à Créteil, Bobigny ou Nanterre selon la localisation de votre parcelle.

Concrètement, si votre bien se situe à Paris ou dans la petite et la grande couronne, deux juridictions peuvent intervenir dans votre dossier : le juge local pour l’ordonnance de transfert, et la chambre des expropriations du tribunal judiciaire de Paris, 22e chambre, pour la fixation de l’indemnité. C’est devant cette chambre parisienne qu’a été jugée le 29 février 2024, sous le numéro de rôle 23/00033, la fixation des indemnités dues par la Société des Grands Projets, nouveau nom de la Société du Grand Paris depuis la loi du 23 décembre 2023 relative aux services express régionaux métropolitains, pour des emprises en tréfonds nécessaires à la ligne 16. Le jugement a fixé, je cite le dispositif : « FIXE à la somme globale de 2207 euros, tous chefs de préjudices confondus, l’indemnité de dépossession, due par la Société des Grands Projets, et devant revenir à la société Primovie pour l’expropriation de: » la parcelle CF, puis une somme de 1126 euros pour la parcelle CG. Même modeste, une emprise de tréfonds donne donc lieu à une indemnité propre, et le même jugement rappelle que « Conformément aux dispositions de l’article L.312-1 du code de l’expropriation pour cause d’utilité publique, les dépens sont de droit supportés par l’expropriant. » Vous n’avez donc pas à supporter les dépens de la procédure de fixation.

Retenez de cette organisation trois réflexes pratiques. D’abord, adressez chaque courrier à la bonne juridiction : une contestation du montant envoyée au juge du transfert au lieu du juge parisien de l’indemnisation fait perdre un temps précieux. Ensuite, ne déduisez pas du silence d’une juridiction l’abandon de la procédure par l’autre : transfert et indemnisation avancent en parallèle. Enfin, si votre bien est grevé d’une servitude de tréfonds plutôt que d’une expropriation totale, le régime d’indemnisation reste celui de la réparation intégrale examinée dans la seconde partie, devant le même juge parisien.

Pour les propriétaires, cette dualité a une conséquence très concrète sur les délais. L’ordonnance de transfert rendue par le juge local peut intervenir alors que le débat sur l’indemnité devant le juge parisien n’est pas encore tranché : vous pouvez donc perdre la propriété du bien avant de connaître le montant définitif de votre réparation. La loi compense ce décalage par l’exigence d’une indemnité préalable et par la possibilité de consigner les sommes contestées, mais la période intermédiaire exige une gestion rigoureuse. Si vous occupiez le bien, négociez par écrit les conditions de libération des lieux et la date de départ effectif ; si vous l’aviez mis en location, informez vos locataires de la procédure et conservez leurs attestations sur la date de leur départ, car leurs propres indemnités d’éviction dépendent de ces justificatifs. Chaque étape doit laisser une trace écrite, car le juge de l’indemnisation statue sur pièces et ne retient que les préjudices démontrés.

II. l’offre de la Société des Grands Projets et obtenir une indemnité intégrale

A. Indemnité principale, remploi, déménagement : ce que la réparation intégrale doit couvrir

Le principe qui gouverne tout le débat sur le montant figure à l’article L. 321-1 du code de l’expropriation : « Les indemnités allouées couvrent l’intégralité du préjudice direct, matériel et certain causé par l’expropriation. » (article L. 321-1 du code de l’expropriation). Trois adjectifs comptent : direct, matériel et certain. Direct exclut les préjudices sans lien avec la dépossession ; matériel exclut le préjudice purement moral ; certain exclut les pertes hypothétiques. Mais à l’intérieur de ce cadre, la réparation doit être complète : valeur du bien, frais liés au rachat d’un bien équivalent, frais de déménagement, perte d’exploitation pour un commerce, trouble de jouissance pendant les travaux préparatoires lorsqu’il est établi. L’offre initiale de l’expropriant retient souvent la seule valeur vénale ; c’est sur les autres chefs que se joue la contestation.

L’évaluation repose sur la consistance du bien à une date précise. L’article L. 322-1 du code de l’expropriation dispose : « Le juge fixe le montant des indemnités d’après la consistance des biens à la date de l’ordonnance portant transfert de propriété. » (article L. 322-1 du code de l’expropriation). Le même article ajoute une mise en garde : les améliorations apportées au bien ne donnent lieu à aucune indemnité s’il apparaît qu’elles ont été faites dans le but d’obtenir une indemnité plus élevée, et « Sont présumées faites dans ce but, sauf preuve contraire, les améliorations postérieures à l’ouverture de l’enquête prévue à l’article » correspondant du code. Une fois l’enquête publique ouverte, abstenez-vous donc de travaux destinés à gonfler artificiellement la valeur : la présomption jouera contre vous, et vous devrez rapporter la preuve contraire. En revanche, l’entretien normal et les réparations nécessaires restent sans incidence et doivent être documentés par factures.

La décomposition de l’indemnité mérite une attention particulière. Dans un jugement du 14 janvier 2026, le juge de l’expropriation de la Seine-Saint-Denis, au tribunal judiciaire de Bobigny, numéro de rôle 25/00029, a fixé l’indemnité due pour la dépossession d’un pavillon avec jardin ainsi : « FIXE l’indemnité due par la Société de requalification des quartiers anciens (SOREQA) à M. [H] [L] au titre de la dépossession du bien immobilier situé [Adresse 7]), parcelle cadastrale section [Cadastre 34], en valeur libre, à la somme de 643.510 euros (six-cent quarante trois mille cinq- cent dix euros) ; », somme décomposée en 584 100 euros d’indemnité principale et 59 410 euros d’indemnité de remploi. L’indemnité principale correspond à la valeur du bien ; l’indemnité de remploi couvre les frais de toute nature qu’entraîne le rachat d’un bien équivalent, droits, taxes et honoraires. Le même jugement a condamné l’expropriant à rembourser les frais de déménagement sur présentation d’une facture établie suivant trois devis estimatifs, à verser 3 000 euros en application de l’article 700 du code de procédure civile et à payer les frais de géomètre-expert exposés. Cette décision récente illustre la méthode à suivre : chiffrer chaque chef séparément, produire trois devis pour le déménagement, faire établir un plan de géomètre et conserver toutes les factures.

Les locataires et occupants ne sont pas oubliés. L’article L. 323-1 du code de l’expropriation prévoit que « Les indemnités allouées aux expropriés ainsi qu’aux locataires et occupants évincés de locaux de toutes natures en vue d’assurer leurs frais de déménagement sont payables aux intéressés nonobstant toutes oppositions de créanciers privilégiés ou non. » (article L. 323-1 du code de l’expropriation). Si vous êtes locataire d’un local exproprié, vous pouvez donc prétendre à une indemnité d’éviction couvrant vos frais de réinstallation, et cette somme vous est versée directement. Pour un commerce, s’ajoutent la perte de clientèle, les frais de transfert du fonds et, le cas échéant, la dépréciation du fonds déplacé : faites établir ces postes par un expert-comptable, car le juge statue sur pièces et le commissaire du gouvernement oppose systématiquement ses propres termes de comparaison.

Lorsque seule une partie du bien est prise, l’indemnité doit également couvrir la dépréciation de la partie restante, appelée dépréciation du surplus. Un terrain amputé de son accès, un jardin coupé en deux par une emprise de chantier ou un immeuble dont le sous-sol est traversé par le tunnel perdent une partie de leur valeur d’usage et de leur valeur de revente, même si la construction elle-même subsiste. Faites établir cette dépréciation par un avis de valeur comparant votre bien avant et après l’opération, et joignez des photographies datées des lieux. De même, les troubles subis pendant la phase de travaux préparatoires, poussières, vibrations, restrictions d’accès, peuvent ouvrir droit à réparation lorsqu’ils sont établis par constats d’huissier et attestations de voisins. Ces postes sont souvent absents de l’offre initiale : c’est en les chiffrant séparément, avec leurs justificatifs, que vous obtiendrez une indemnité véritablement intégrale.

B. Contester pas à pas : mémoire chiffré, transport sur les lieux et audience devant le juge de l’expropriation

La contestation commence dès la notification prévue à l’article L. 311-1. L’expropriant vous adresse ses offres ; vous disposez alors d’un temps limité pour répondre par un mémoire. Ce mémoire est la pièce maîtresse du dossier : il doit chiffrer chaque chef de préjudice, citer les textes applicables et joindre les justificatifs. Un mémoire qui se borne à juger l’offre insuffisante sans proposer d’évaluation documentée expose à une fixation au montant du commissaire du gouvernement. Dans l’affaire parisienne de la ligne 16 évoquée plus haut, la société expropriée n’avait ni accepté l’offre ni produit de mémoire, et le juge a retenu l’indemnisation proposée par l’expropriante, supérieure à celle du commissaire du gouvernement. La leçon est directe : l’absence de mémoire laisse le juge sans autre base que les chiffres de l’expropriant et de l’administration.

Pour construire votre mémoire, rassemblez quatre familles de pièces. D’abord, les titres et documents d’urbanisme : acte d’acquisition, règlement de copropriété le cas échéant, certificat d’urbanisme, surface exacte et nature des constructions. Ensuite, les preuves de valeur : actes de vente récents de biens comparables dans le même quartier, avis de valeur de deux agents immobiliers indépendants, et, pour un bien atypique, une expertise amiable. Le juge statue par comparaison avec des termes présentant des caractéristiques similaires ; dans le jugement de Bobigny de janvier 2026, vingt-cinq termes de comparaison ont été discutés avant la fixation. Plus vos références sont proches par la date, le lieu et la nature du bien, plus elles pèsent. Troisièmement, les factures et devis : trois devis de déménageurs, devis de géomètre, factures de travaux d’entretien, diagnostics. Enfin, les preuves des préjudices spécifiques : bail commercial et chiffre d’affaires pour un commerce, attestations de nuisances subies pendant la phase de travaux, surcoût de relogement dans le même secteur scolaire pour une famille.

Après l’échange des mémoires, le juge organise un transport sur les lieux, c’est-à-dire une visite du bien en présence des parties, comme cela a été fait le 17 janvier 2024 pour les parcelles de la ligne 16 et le 24 septembre 2025 pour le pavillon jugé à Bobigny. Préparez cette visite avec autant de soin que l’audience : le juge y constate l’état réel, l’environnement, les accès et les particularités qui justifient votre évaluation. Signalez-lui les éléments que les photos du dossier ne montrent pas : vis-à-vis créé par les installations de chantier, perte d’ensoleillement, accès condamné, seconde parcelle rendue inutilisable par l’emprise partielle. Le procès-verbal de transport est annexé au jugement et fonde la décision.

À l’audience, le commissaire du gouvernement, représentant du directeur départemental des finances publiques, développe ses propres conclusions, généralement inférieures à votre demande. Ne vous laissez pas impressionner : ses évaluations sont des avis, et le juge tranche au vu de l’ensemble des mémoires. Les jugements sont rendus en premier ressort, ce qui ouvre la voie de l’appel devant la cour d’appel en cas de désaccord persistant ; là encore, les délais sont brefs et courent à compter de la notification, de sorte qu’il faut préparer l’éventuel appel dès la réception du jugement. Si la Société des Grands Projets vous propose une cession amiable en cours de procédure, comparez-la au montant que donnerait la méthode du juge, indemnité de remploi et frais compris, avant de signer : l’accord amiable met fin au débat mais doit lui aussi réparer l’intégralité du préjudice, faute de quoi la signature vous prive du contrôle du juge.

Enfin, anticipez la fiscalité et le réemploi des fonds. L’indemnité d’expropriation obéit à un régime fiscal propre, distinct d’une vente ordinaire, et le réinvestissement dans un bien de remplacement ouvre des mécanismes de report ou d’exonération selon votre situation personnelle et la nature du bien. Interrogez votre notaire et votre expert-comptable avant de percevoir les fonds, afin d’arbitrer entre perception immédiate, consignation des sommes contestées et calendrier de rachat. Un propriétaire qui perçoit l’indemnité sans avoir organisé son relogement se retrouve sous pression pour racheter vite, parfois au-dessus du marché tendu francilien, ce qui annule une partie du bénéfice de la contestation. La méthode gagnante associe donc trois calendriers : le calendrier judiciaire de la fixation, le calendrier pratique du déménagement et du rachat, et le calendrier fiscal de la perception des sommes.

Conclusion

L’expropriation pour le Grand Paris Express suit des règles précises : une utilité publique déclarée par l’État, un transfert prononcé par le juge du lieu de situation du bien, et une indemnité fixée, pour les lignes du Grand Paris, par le juge de l’expropriation de Paris, qui doit couvrir l’intégralité de votre préjudice direct, matériel et certain. L’actualité du chantier, avec un calendrier actualisé fin septembre 2026 et des financements confirmés, signifie que de nouvelles offres parviennent chaque mois aux propriétaires franciliens. Devant chaque offre, vérifiez l’acte qui vous est notifié, répondez par un mémoire chiffré et documenté, préparez le transport sur les lieux et discutez chaque chef d’indemnité, de la valeur principale au remploi et au déménagement. C’est cette méthode, éprouvée devant les juges de Paris et de Bobigny en 2024 et 2026, qui transforme une offre initiale en une réparation complète.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».