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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Dossier de surendettement et voiture en LOA impayée : le bailleur veut reprendre le véhicule — déclarer, suspendre, garder ou rendre et contester devant le juge, que faire ?

Trois loyers impayés sur votre voiture en location avec option d’achat, puis la lettre recommandée du bailleur : mise en demeure, menace de résilier le contrat, de reprendre le véhicule par huissier et de vous réclamer en une seule fois tous les loyers restants, une indemnité de résiliation et parfois la valeur de rachat prévue au contrat. Pour un budget déjà fragile, le choc est rude, car la voiture sert chaque jour à aller travailler, à conduire les enfants à l’école, à chercher un emploi. Beaucoup de conducteurs croient alors qu’il n’existe aucune issue entre payer une somme impossible et perdre la voiture. Le dossier de surendettement déposé devant la Banque de France ouvre une troisième voie : la recevabilité suspend les poursuites, la commission peut rééchelonner la dette liée à la location, et le juge des contentieux de la protection tranche les contestations quand le bailleur refuse de patienter. Encore faut-il déclarer la dette de location dans les formes, comprendre ce que la suspension bloque vraiment face à une clause de résiliation, puis choisir entre garder le véhicule en le payant autrement ou le rendre et faire effacer le solde. Cet article décrit pas à pas la méthode, les textes applicables et les décisions rendues par les tribunaux, afin d’agir vite et utilement.

I. Voiture en LOA impayée et bailleur qui menace de reprendre le véhicule : déclarer le dossier de surendettement et suspendre les poursuites, que faire ?

A. Comment déclarer les loyers LOA impayés, l’indemnité de résiliation et le solde réclamé dans le dossier Banque de France ?

La location avec option d’achat, souvent appelée LOA, ressemble à une location simple mais produit des effets proches d’un crédit : vous versez un premier loyer majoré, puis des loyers mensuels, et le contrat prévoit une valeur de rachat si vous décidez d’acheter le véhicule à la fin. Quand les loyers restent impayés, le bailleur applique le contrat : relances, mise en demeure, puis déchéance du terme et résiliation. Le texte qui encadre la défaillance de l’emprunteur dispose : « En cas de défaillance de l’emprunteur, le prêteur peut exiger le remboursement immédiat du capital restant dû, majoré des intérêts échus mais non payés. » (article L312-39 du code de la consommation). Le même article ajoute que « le prêteur peut demander à l’emprunteur défaillant une indemnité qui, dépendant de la durée restant à courir du contrat […] est fixée suivant un barème déterminé par décret ». Concrètement, après deux ou trois impayés, la somme réclamée gonfle vite : loyers échus, pénalités, indemnité de résiliation, frais de recouvrement, et parfois la valeur résiduelle du véhicule si le contrat la met à votre charge.

Le dossier de surendettement accueille ces dettes sans difficulté de principe, car le bénéfice du dispositif « est ouvert aux personnes physiques de bonne foi » et la situation de surendettement se définit comme « l’impossibilité manifeste de faire face à l’ensemble de ses dettes, professionnelles et non professionnelles, exigibles et à échoir » (article L711-1 du code de la consommation). Une dette de LOA est une dette non professionnelle comme une autre : elle n’appartient pas aux catégories exclues de toute remise, de tout rééchelonnement ou effacement, qui visent « sauf accord du créancier » notamment « 1° Les dettes alimentaires » et les réparations allouées aux victimes dans le cadre d’une condamnation pénale (article L711-4 du code de la consommation). Autrement dit, les loyers impayés de votre voiture peuvent être rééchelonnés, suspendus ou effacés, alors qu’une pension alimentaire impayée ou une amende pénale ne le peuvent pas. Cette distinction mérite d’être posée dès le départ, car beaucoup de débiteurs mélangent les deux et renoncent à déposer un dossier en croyant que rien ne peut être traité.

La déclaration elle-même demande de la rigueur. La commission dresse un état du passif à partir de vos déclarations et des réponses des créanciers, et elle « informe le débiteur de l’état du passif qu’elle a dressé » (article L723-2 du code de la consommation). Pour la LOA, joignez le contrat complet avec ses conditions générales, le tableau des loyers et de la valeur de rachat, les trois dernières mises en demeure, le courrier de déchéance du terme ou de résiliation si vous l’avez reçu, les actes d’huissier déjà signifiés, et vos justificatifs de revenus et de charges. Indiquez séparément les loyers échus impayés, l’indemnité de résiliation réclamée, et le solde éventuellement dû après restitution du véhicule. Si le bailleur a déjà repris la voiture et l’a vendue, joignez le décompte de vente et le solde résiduel qu’il vous réclame : ce solde constitue une dette ordinaire du dossier, même si le véhicule a disparu. Pour une vision d’ensemble de la procédure, depuis le dépôt jusqu’à l’orientation du dossier, le guide consacré au dossier de surendettement Banque de France : recevabilité et effacement des dettes décrit chaque étape et les pièces attendues par la commission.

Dès le dépôt, adoptez deux réflexes. D’abord, ne signez aucun nouvel engagement avec le bailleur sans avis : ni reconnaissance de dette gonflée, ni nouveau calendrier signé sous pression, ni abandon volontaire du véhicule contre un reçu vague. Tout paiement ou engagement postérieur au dépôt reste examiné par la commission et par le juge, et un abandon précipité du véhicule peut vous priver d’un argument pour le garder quand il sert à travailler. Ensuite, cessez les paiements préférentiels : une fois le dossier déposé, payer un seul créancier au détriment des autres fragilise la bonne foi et fausse l’état du passif. La Cour de cassation rappelle que « En matière de surendettement, l’appréciation de la bonne foi du débiteur relève du pouvoir souverain du juge du fond. » (Cass. 2e civ., 2 juillet 2020, n° 18-26.213). Dans cette affaire, une débitrice contestait son exclusion de la procédure en soutenant que le juge avait retenu des motifs impropres à caractériser sa mauvaise foi ; la Cour a rejeté le pourvoi en laissant au juge du fond l’appréciation souveraine de la bonne foi au vu de l’ensemble des éléments. Retenez la leçon pratique : un dossier complet, sincère, déposé avant la vente du véhicule et sans dissimulation de revenus donne au juge les moyens de retenir votre bonne foi, tandis qu’un dossier incomplet ou des paiements sélectifs l’exposent à la critique.

Pensez aussi au fichage. Le dépôt du dossier entraîne une inscription au fichier des incidents de remboursement des crédits aux particuliers, et les mesures adoptées ensuite y figurent pendant leur exécution : « L’inscription est conservée pendant toute la durée de l’exécution du plan conventionnel, sans pouvoir excéder sept ans. » (article L752-3 du code de la consommation). Quand le plan ou les mesures sont exécutés sans incident, les informations ayant entraîné la déclaration sont radiées à l’expiration d’une période de cinq ans. Pour un conducteur en LOA, ce fichage complique déjà la souscription d’un nouveau financement, et le bailleur actuel le sait : c’est une raison de plus pour déposer vite, avant que la résiliation ne soit définitive, car une fois le contrat résilié et le véhicule repris, la négociation d’un maintien dans les lieux du contrat devient bien plus difficile.

B. La recevabilité du dossier suspend-elle la reprise du véhicule, la saisie de l’huissier et la déchéance du terme ?

La recevabilité produit un effet puissant et immédiat : « La recevabilité de la demande emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur ainsi que des cessions de rémunération consenties par celui-ci et portant sur les dettes autres qu’alimentaires. » (article L722-2 du code de la consommation). Les juges d’application l’appliquent sans détour : le juge de l’exécution de Carcassonne, dans un jugement du 6 mai 2025, a constaté la suspension d’une saisie des rémunérations en visant exactement ce texte et rappelé que la suspension cesserait selon l’issue de la procédure, soit par l’approbation d’un plan, soit par la reprise des poursuites si le dossier était clos (TJ Carcassonne, 6 mai 2025, n° 24/01498). Pour votre voiture, cela signifie que l’huissier mandaté par le bailleur ne peut plus pratiquer une saisie-vente du véhicule ni une saisie-attribution sur votre compte pour les loyers impayés, tant que la suspension joue. Si un huissier se présente malgré la recevabilité, montrez l’attestation de recevabilité, relevez son identité et l’acte qu’il prétend accomplir, puis saisissez la commission et, au besoin, le juge.

Une nuance mérite toute votre attention, car elle piège beaucoup de conducteurs : la suspension bloque les procédures d’exécution, mais la résiliation du contrat de LOA et la demande de restitution du véhicule obéissent à un raisonnement distinct. Quand le bailleur a valablement résilié le contrat avant ou pendant la procédure en application d’une clause résolutoire, il peut demander au juge la restitution du véhicule en nature, en soutenant qu’il n’exécute pas une saisie mais récupère son bien. Les tribunaux examinent alors la date de la résiliation, la régularité de la mise en demeure préalable, et l’état de la procédure de surendettement. Si la résiliation est intervenue après la recevabilité sans autorisation, le juge peut la paralyser ; si elle est antérieure et régulière, la restitution peut être ordonnée, mais le solde financier restant dû entre dans le dossier et suit son sort. D’où la règle d’or : déposez le dossier avant la résiliation dès que possible, contestez par écrit toute résiliation notifiée après le dépôt, et ne remettez jamais les clés sans un écrit qui précise si la remise vaut restitution amiable, à quelles conditions, et quel décompte reste en discussion.

La déchéance du terme, elle, ne rend pas la dette insensible au traitement. Une fois le capital restant dû exigible en totalité par l’effet de la clause, la commission peut toujours rééchelonner l’ensemble dans le cadre des mesures imposées, dans la limite légale de durée, et le juge peut vérifier que le décompte du bailleur respecte le contrat et le barème réglementaire de l’indemnité. Conservez donc chaque courrier qui constate la déchéance, car sa date fixe le point de départ des intérêts et conditionne le calcul du solde. De même, si votre salaire fait déjà l’objet d’une cession de rémunération au profit du bailleur ou d’un autre créancier, la recevabilité en suspend les effets pour les dettes non alimentaires, ce qui restaure une part de votre reste à vivre pendant l’instruction. Signalez ces cessions dans le dossier avec les bulletins de paie qui les font apparaître, afin que la commission établisse une capacité de remboursement exacte.

Face à un bailleur pressant, la méthode tient en quatre gestes. Premièrement, accusez réception de chaque mise en demeure par écrit en rappelant le dépôt du dossier et sa date, sans reconnaître un montant contesté. Deuxièmement, demandez au bailleur le décompte détaillé poste par poste : loyers échus avec leurs dates, intérêts, indemnité de résiliation avec son mode de calcul, frais, et valeur de rachat si elle est invoquée. Troisièmement, si une audience en restitution est fixée, présentez l’attestation de recevabilité, le contrat, les preuves de l’usage professionnel du véhicule quand il existe, et vos propositions de reprise des loyers dans le cadre du plan. Quatrièmement, si le bailleur fait pratiquer une mesure d’exécution malgré la suspension, faites dresser constat de la tentative et portez l’incident devant le juge de l’exécution, qui applique l’article L722-2 sans hésitation. Ces gestes simples transforment une menace subie en débat vérifiable, et c’est dans ce débat que le dossier de surendettement protège le mieux.

II. Garder la voiture, la rendre ou faire effacer le solde : plan de surendettement, mesures imposées et recours devant le juge, comment obtenir ?

A. Plan conventionnel et mesures imposées : rééchelonner les loyers LOA, réduire le coût et garder le véhicule, à quelles conditions ?

Quand vos ressources permettent un traitement avec remboursement, même partiel, la commission cherche d’abord un accord. Si l’examen du dossier fait apparaître que vous pouvez faire face à un réaménagement et que vous êtes propriétaire d’un bien immobilier, le texte prévoit que « la commission s’efforce de concilier les parties en vue de l’élaboration d’un plan conventionnel de redressement approuvé par le débiteur et ses principaux créanciers » (article L732-1 du code de la consommation). En pratique, pour une LOA, le plan peut prévoir la reprise du paiement des loyers courants, l’étalement de l’arriéré, et parfois le maintien du contrat jusqu’à son terme avec levée de l’option d’achat. Le bailleur, principal créancier du poste automobile, est invité à donner son accord ; son refus ne bloque pas tout, car la commission peut ensuite imposer des mesures. Préparez cette phase comme une négociation : proposez un échéancier réaliste adossé à vos fiches de paie, chiffrez le coût de la voiture face à son utilité, et montrez que le maintien du contrat coûte moins cher à tout le monde qu’une reprise suivie d’une vente à perte et d’un solde impayé.

À défaut d’accord, la commission peut imposer des mesures qui s’appliquent aussi à la dette de LOA. Le texte lui permet d’imposer tout ou partie des mesures suivantes : « 1° Rééchelonner le paiement des dettes de toute nature, y compris, le cas échéant, en différant le paiement d’une partie d’entre elles, sans que le délai de report ou de rééchelonnement puisse excéder sept ans ou la moitié de la durée de remboursement restant à courir des emprunts en cours » (article L733-1 du code de la consommation). Pour une LOA, cela peut signifier l’étalement de l’arriéré sur plusieurs années, le différé d’une partie des échéances, l’imputation des paiements d’abord sur le capital, et la réduction du taux d’intérêt des sommes reportées, qui « peut être inférieur au taux de l’intérêt légal sur décision spéciale et motivée et si la situation du débiteur l’exige » et ne peut en aucun cas dépasser le taux légal. La commission peut également suspendre l’exigibilité des créances non alimentaires pour deux ans au plus, avec suspension des intérêts sauf décision contraire. Ces outils changent le rapport de force : un arriéré de 4 000 euros qui étouffait le budget devient une mensualité absorbable, et le bailleur reçoit un paiement régulier au lieu d’une créance douteuse.

La commission peut assortir ces mesures de conditions destinées à garantir le paiement : « La commission peut imposer que les mesures prévues aux articles L. 733-1 et L. 733-4 soient subordonnées à l’accomplissement par le débiteur d’actes propres à faciliter ou à garantir le paiement de la dette. » (article L733-7 du code de la consommation). Pour un conducteur en LOA, cela peut se traduire par la vente d’un second véhicule du foyer, la résiliation d’abonnements coûteux, ou l’affectation d’une rentrée exceptionnelle au remboursement. Acceptez ces contreparties quand elles sont proportionnées, car elles sécurisent le plan et démontrent votre bonne foi. En revanche, refusez par écrit et motivez tout ce qui détruirait votre capacité à travailler : vendre l’unique voiture qui sert à un emploi en horaires décalés sans alternative de transport compromet le plan lui-même, et le juge comprend cet argument quand il est chiffré.

Garder la voiture suppose de convaincre que le véhicule est nécessaire et que son coût reste raisonnable. Rassemblez les preuves : contrat de travail avec horaires et lieu, attestation de l’employeur sur l’absence de transport en commun compatible, calcul du coût mensuel de la LOA comparé au coût d’un véhicule de remplacement, kilométrage professionnel, et devis d’assurance. Si la LOA porte sur un véhicule manifestement disproportionné par rapport à vos revenus, par exemple un modèle haut de gamme avec des loyers qui absorbent la moitié du budget, la commission et le juge privilégieront la restitution suivie d’un véhicule modeste : mieux vaut anticiper cette analyse et proposer vous-même la restitution avec un plan de transport de remplacement, plutôt que de défendre l’indéfendable. À l’inverse, si la voiture est modeste, indispensable et que l’arriéré reste rattrapable, défendez son maintien avec énergie : un débiteur qui travaille et paie son plan intéresse davantage les créanciers qu’un débiteur sans emploi et sans véhicule.

Vérifiez enfin chaque ligne du décompte du bailleur avant d’accepter un échéancier. L’indemnité de résiliation doit suivre le barème réglementaire prévu par l’article L312-39, les intérêts de retard ne peuvent courir qu’au taux du contrat jusqu’au règlement effectif, et les frais de recouvrement doivent être prévus au contrat. Toute clause pénale manifestement excessive peut être modérée par le juge en application du droit commun des contrats, et les sommes déjà versées au titre du premier loyer majoré ou du dépôt de garantie doivent être imputées correctement. Un décompte erroné de quelques centaines d’euros change parfois la faisabilité du plan : faites-le contrôler ligne par ligne, signalez les écarts à la commission, et demandez au bailleur un décompte rectifié. La rigueur comptable n’est pas un détail de procédure, c’est souvent elle qui sépare un plan tenable d’un plan voué à l’échec.

B. Restitution du véhicule, effacement du solde et contestation à Paris devant le juge des contentieux de la protection : quels recours et quels délais ?

Quand le budget ne permet aucun remboursement, même rééchelonné, la loi prévoit une sortie par l’effacement. « Lorsqu’il ressort de l’examen de la demande […] que le débiteur se trouve dans une situation irrémédiablement compromise caractérisée par l’impossibilité manifeste de mettre en œuvre des mesures de traitement », la commission peut, dans les conditions du présent livre : « 1° Soit imposer un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire si elle constate que le débiteur ne possède que des biens meublants nécessaires à la vie courante et des biens non professionnels indispensables à l’exercice de son activité professionnelle, ou que l’actif n’est constitué que de biens dépourvus de valeur marchande ou dont les frais de vente seraient manifestement disproportionnés au regard de leur valeur vénale » (article L724-1 du code de la consommation). Pour un conducteur en LOA, la situation typique est la suivante : le véhicule est restitué au bailleur, qui le vend et conserve un solde impayé, tandis que le débiteur ne possède aucun patrimoine réalisable. Ce solde, arrêté à la date de la décision, peut alors être effacé.

L’effet du rétablissement sans liquidation est total pour les dettes concernées : « En l’absence de contestation dans les conditions prévues à l’article L. 741-4 , le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire entraîne l’effacement de toutes les dettes, professionnelles et non professionnelles, du débiteur, arrêtées à la date de la décision de la commission, à l’exception des dettes mentionnées aux articles L. 711-4 et L. 711-5 et des dettes dont le montant a été payé au lieu et place du débiteur par la caution ou le coobligé, personnes physiques. » (article L741-2 du code de la consommation). Le solde LOA restant après restitution et vente entre dans cet effacement, car il ne figure pas parmi les dettes exclues. La Cour de cassation veille à la date exacte de l’effacement : dans un arrêt du 23 novembre 2023, elle a jugé au visa de l’article L741-2 que « le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire entraîne l’effacement de toutes les dettes non professionnelles du débiteur, arrêtées à la date de la décision de la commission », et a censuré une cour d’appel qui avait retenu la date d’admission du dossier au lieu de la date de la décision de la commission (Cass. 2e civ., 23 novembre 2023, n° 22-11.535). En pratique, vérifiez donc que le décompte du bailleur retenu par la commission s’arrête à la bonne date : tout loyer ou intérêt compté après la décision d’effacement ne doit pas ressusciter dans un contentieux ultérieur.

Le contentieux illustre aussi le sort des sommes payées par un garant. Dans une affaire jugée le 13 avril 2023, un débiteur avait obtenu un plan puis un effacement total, tandis que la caution avait payé le solde du prêt à la banque : « Le 5 mars 2015, la caution a payé à la banque le solde du prêt. » (Cass. 1re civ., 13 avril 2023, n° 21-23.334). La caution s’était ensuite retournée contre le débiteur, et la Cour a précisé les conditions dans lesquelles le plan de surendettement lui est opposable. Si vos parents ou un proche se sont portés caution de votre LOA, prévenez-les dès le dépôt : l’effacement de votre dette ne fait pas disparaître leur engagement, et ils doivent déposer leur propre dossier ou contester leur engagement pour disproportion s’ils sont poursuivis. Transmettez-leur chaque décision, et évitez de leur faire signer un nouvel engagement ou un paiement partiel précipité après la recevabilité.

Chaque partie peut contester la décision de la commission devant le juge : « Une partie peut contester devant le juge des contentieux de la protection, dans un délai fixé par décret, le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire imposé par la commission. » (article L741-4 du code de la consommation). Le bailleur conteste parfois l’effacement en soutenant que le véhicule avait une valeur suffisante ou que votre situation n’est pas irrémédiablement compromise ; vous pouvez contester un refus d’effacement ou un plan intenable. Devant le juge, apportez le décompte définitif du bailleur après vente, la preuve de la restitution avec état des lieux du véhicule, vos relevés de compte sur trois mois, vos avis d’imposition, et tout document sur vos charges incompressibles. Si le véhicule a été vendu à un prix anormalement bas, demandez des explications sur les conditions de la vente : une décote brutale augmente artificiellement le solde réclamé, et le juge peut ordonner une vérification.

À Paris et en Île-de-France, quelques repères pratiques aident à agir vite. Le dossier se dépose auprès de la commission de surendettement de Paris pour les Parisiens, dont le secrétariat est assuré par la Banque de France, et les contestations relèvent du juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Paris. Les délais d’audience varient selon l’encombrement de la juridiction, et les conducteurs franciliens ont un argument spécifique à faire valoir : quand le véhicule sert à un emploi en grande couronne mal desservie ou à des horaires de nuit, joignez les plans de transport, les attestations d’horaires et le calcul comparé avec un abonnement de transport, car le juge parisien connaît la réalité des trajets de banlieue mais exige des preuves. Préparez aussi la question du stationnement et de l’assurance pendant la procédure : un véhicule conservé doit rester assuré et entretenu, et son coût figure dans le budget soumis à la commission. Un dossier parisien bien documenté sur l’usage réel du véhicule obtient plus facilement le maintien du contrat ou, à défaut, un effacement propre du solde après restitution.

Conclusion

La voiture en LOA impayée n’est ni intouchable ni perdue d’avance : tout dépend de la rapidité du dépôt, de la qualité de la déclaration et du choix assumé entre garder le véhicule et le rendre. Déclarez chaque poste du décompte du bailleur avec ses justificatifs, faites jouer la suspension attachée à la recevabilité face à l’huissier, vérifiez la régularité de la résiliation et le calcul de l’indemnité, puis défendez un plan réaliste quand le maintien est possible ou demandez l’effacement du solde après restitution quand la situation est irrémédiablement compromise. Le juge des contentieux de la protection contrôle la bonne foi, la date exacte de l’effacement et les décomptes contestés, et la Cour de cassation sanctionne les erreurs sur ces points. Agissez avant la reprise du véhicule, gardez chaque courrier, et présentez un budget sincère : c’est ainsi que le dossier de surendettement transforme une menace de reprise en solution durable, avec ou sans la voiture.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».