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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Mon bailleur refuse mon préavis d’un mois à Paris : imposer le délai réduit et récupérer le trop-perçu (2026)

Fin septembre, les cartons s’empilent dans les escaliers parisiens. Mutation professionnelle, premier emploi, logement trop petit ou loyer devenu trop lourd : vous avez envoyé votre lettre de congé en comptant sur un préavis d’un mois, et le bailleur répond que Paris ne change rien, que vous devez trois mois, soit deux mois de loyer supplémentaires. À 1 400 euros mensuels charges comprises, la dispute porte sur 2 800 euros. Cette réponse du bailleur est inexacte dans la plupart des cas parisiens, mais elle ne se combat pas avec des affirmations : elle se combat avec la lettre de congé bien rédigée, le justificatif joint au bon moment et la date de réception prouvée. L’article 15 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 dispose : « Lorsqu’il émane du locataire, le délai de préavis applicable au congé est de trois mois. Le délai de préavis est toutefois d’un mois : 1° Sur les territoires mentionnés au premier alinéa du I de l’article 17 » Paris figure dans ces territoires, et la Cour de cassation a précisé le 11 janvier 2024 comment s’en prévaloir sans se tromper. Ce dossier explique comment imposer le mois de préavis, comment faire courir le délai sans offrir au bailleur un mois de contestation, et comment récupérer chaque euro versé en trop, dépôt de garantie compris.

I. Imposer à Paris le préavis d’un mois quand le bailleur exige trois mois

A. Paris est en zone tendue : l’adresse du logement et le visa de la loi suffisent

Le premier réflexe consiste à vérifier que le logement ouvre droit au délai réduit. Le 1° de l’article 15 de la loi du 6 juillet 1989 renvoie aux territoires mentionnés au premier alinéa du I de l’article 17 de la même loi, c’est-à-dire les zones où le déséquilibre entre l’offre et la demande justifie un traitement particulier. Le décret n° 2013-392 du 10 mai 2013 délimite ces communes en annexe, et Paris y figure. Le fondement fiscal éclaire la logique : l’article 232 du code général des impôts vise « les communes appartenant à une zone d’urbanisation continue de plus de cinquante mille habitants où il existe un déséquilibre marqué entre l’offre et la demande de logements ». Le simulateur officiel des zones tendues, accessible sur service-public.fr, permet de confirmer la situation de la commune en quelques clics avant d’envoyer le congé.

La Cour de cassation a tranché la question qui fait perdre le plus de locataires : faut-il joindre une preuve de la zone tendue ? Dans un arrêt du 11 janvier 2024 (n° 22-19.891), la troisième chambre civile énonce : « Selon l’article 15, I, de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, dans sa rédaction issue de la loi n° 2014-366 pour l’accès au logement et un urbanisme rénové dite loi Alur, lorsqu’il émane du locataire, le délai de préavis applicable au congé est de trois mois. Toutefois, ce délai est réduit à un mois dans les cas limitativement énumérés au 1° à 5° de ce texte. » Puis elle ajoute la phrase décisive : « Lorsque le bien loué est situé sur l’un des territoires mentionnés au premier alinéa du I de l’article 17 de la loi du 6 juillet 1989, auquel renvoie le 1° de l’article 15 précité, le fait pour le locataire de mentionner l’adresse de ce bien dans son congé et de revendiquer le bénéfice d’un préavis réduit au visa des dispositions de la loi Alur suffit à préciser et à justifier le motif invoqué de réduction du délai de préavis. » (Cass. 3e civ., 11 janv. 2024, n° 22-19.891). Concrètement, le locataire parisien écrit dans sa lettre l’adresse du logement, vise l’article 15, 1°, et revendique le mois : aucun arrêté municipal ni attestation à produire.

La fiche officielle du congé du locataire résume la règle pratique : le mois de préavis suppose d’indiquer dans la lettre l’adresse du logement et le bénéfice du délai réduit, et le locataire qui invoque sa situation personnelle doit mentionner ce motif dans son congé et joindre un document justificatif (service-public.fr, préavis et formalités du congé du locataire). L’oubli se paie comptant : « A défaut, le délai de préavis applicable à ce congé est de trois mois », prévient l’article 15 : « Le locataire souhaitant bénéficier des délais réduits de préavis mentionnés aux 1° à 5° précise le motif invoqué et le justifie au moment de l’envoi de la lettre de congé. » Le bailleur qui reçoit une lettre mentionnant l’adresse parisienne et le visa de la loi ne peut donc pas exiger trois mois au seul motif qu’aucun justificatif de zone tendue n’est joint : la Cour de cassation lui donne tort par avance. En revanche, si la lettre ne mentionne ni l’adresse ni le fondement, le bailleur gagne, et le locataire doit trois mois. Tout se joue dans la rédaction, avant l’envoi.

Un point de vigilance pour les colocataires parisiens : le congé d’un seul colocataire ne met pas fin au bail pour les autres, et la solidarité prévue au contrat continue de produire effet pendant le préavis. Le sort du colocataire qui part sans organiser son départ a déjà été traité dans le dossier consacré au colocataire qui part sans préavis à Paris. Pour un locataire seul ou un couple colocataire donnant congé ensemble, la zone tendue suffit et la discussion avec le bailleur se tranche par la lettre recommandée bien libellée.

B. Mutation, perte d’emploi, santé, RSA : les autres motifs d’un mois à écrire dans la lettre

Le locataire dont le logement n’est pas en zone tendue, ou qui veut cumuler deux fondements par sécurité, dispose des motifs des 2° à 5° de l’article 15 : « 2° En cas d’obtention d’un premier emploi, de mutation, de perte d’emploi ou de nouvel emploi consécutif à une perte d’emploi ; 3° Pour le locataire dont l’état de santé, constaté par un certificat médical, justifie un changement de domicile » S’y ajoutent les victimes de violences au sein du couple, les bénéficiaires du revenu de solidarité active ou de l’allocation aux adultes handicapés, et le locataire qui s’est vu attribuer un logement défini à l’article L. 831-1 du code de la construction et de l’habitation. Chacun de ces motifs suppose une mention expresse dans le congé et un justificatif joint au moment de l’envoi : contrat de travail et attestation de mutation, attestation Pôle emploi ou solde de tout compte, certificat médical circonstancié, notification de droits, arrêté d’attribution.

La mutation mérite une attention particulière en cette fin septembre, période des prises de poste. Salarié ou fonctionnaire muté, même à sa demande et même sans éloignement géographique imposé, le locataire bénéficie du mois, à condition que la mutation soit proche dans le temps de l’envoi du congé. La perte d’emploi ouvre le même droit, y compris en cas de rupture conventionnelle ou de fin de contrat à durée déterminée, tandis que le premier emploi s’entend strictement : un contrat à durée déterminée transformé en contrat à durée indéterminée chez le même employeur n’est pas un premier emploi, sauf appréciation contraire du juge des contentieux de la protection. L’état de santé exige un certificat médical qui établit que le logement actuel n’est plus compatible avec la pathologie : une simple fatigue, même médicalement constatée, laisse le préavis à trois mois. Pour les victimes de violences conjugales, la loi exige l’envoi du congé par lettre recommandée avec avis de réception et la production soit d’une ordonnance de protection du juge aux affaires familiales, soit d’une condamnation pénale de moins de six mois pour des violences commises contre le locataire ou l’enfant qui réside habituellement avec lui.

Les faux motifs coûtent cher. Le départ à la retraite, la démission, l’abandon de poste, la fin des droits à l’assurance chômage et la cessation d’activité d’un indépendant ou d’une profession libérale maintiennent le préavis à trois mois. L’indépendant muté pour son activité reste également à trois mois, là où le salarié muté passe à un mois. Le locataire qui invoque un motif inexistant ou qui oublie le justificatif retombe sous le couperet de l’article 15 : « A défaut, le délai de préavis applicable à ce congé est de trois mois. » La parade parisienne consiste à invoquer la zone tendue à titre principal, puisqu’elle ne suppose aucun justificatif autre que l’adresse, et à ajouter le motif personnel à titre subsidiaire avec son justificatif : si le bailleur conteste l’un, l’autre subsiste. Cette double ceinture se rédige en deux phrases dans la lettre, et elle éteint la plupart des contestations avant même la remise des clés.

Symétriquement, le locataire parisien doit connaître le régime du congé que le bailleur lui délivre, car les contentieux se répondent. Quand le propriétaire reprend le logement pour y habiter ou le vend, des délais de six mois, des mentions obligatoires et des protections du locataire âgé s’appliquent, avec des recours distincts : le dossier consacré au bailleur qui reprend son logement à Paris détaille les délais et les moyens de contestation. Celui qui donne son congé aujourd’hui sera peut-être celui qui reçoit un congé demain : les deux régimes gagnent à être lus ensemble.

II. Quitter sans payer deux mois de trop et récupérer son argent

A. La forme qui fait courir le délai : réception prouvée, pli non réclamé sans effet

Le mois ou les trois mois ne courent qu’à compter d’une réception juridiquement établie. L’article 15 est limpide : « Le congé doit être notifié par lettre recommandée avec demande d’avis de réception, signifié par acte d’un commissaire de justice ou remis en main propre contre récépissé ou émargement. Ce délai court à compter du jour de la réception de la lettre recommandée, de la signification de l’acte du commissaire de justice ou de la remise en main propre. » Trois voies seulement, pas d’envoi simple, pas de courriel, pas de message remis au gardien. La remise en main propre suppose un récépissé signé et daté ; la signification par commissaire de justice coûte une centaine d’euros mais fige la date quand le bailleur refuse de signer tout récépissé ; la lettre recommandée avec avis de réception reste la voie usuelle, à condition de conserver l’avis signé ou la preuve de présentation.

Le piège du pli avisé et non réclamé a fait l’objet de deux cassations qui protègent le bailleur contre les dates arrangées. Le 21 septembre 2022 (n° 21-17.691), la troisième chambre civile rappelle : « Selon ce texte, le délai de préavis applicable au congé court à compter du jour de la réception de la lettre recommandée, de la signification de l’acte d’huissier de justice ou de la remise en main propre. » La locataire avait posté sa recommandée le 17 avril 2015, revenue avec la mention pli avisé et non réclamé, et la cour d’appel avait validé un congé au 31 juillet 2015. Cassation : « tout en constatant que la lettre recommandée leur notifiant congé n’avait pas été reçue par les bailleresses, la cour d’appel, qui n’a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations, a violé le texte susvisé. » (Cass. 3e civ., 21 sept. 2022, n° 21-17.691). Le 7 mai 2025 (n° 23-13.151), la Cour récidive : « le délai de préavis applicable au congé court à compter du jour de la réception de la lettre recommandée, de la signification de l’acte d’huissier de justice ou de la remise en main propre », et elle casse l’arrêt qui faisait courir le délai au jour de la réception d’une simple lettre suivie contenant la copie du congé : « sans constater que la bailleresse avait signé un avis de réception d’une lettre recommandée contenant un congé ou que le congé lui avait été remis en main propre, la cour d’appel a violé le texte susvisé. » (Cass. 3e civ., 7 mai 2025, n° 23-13.151). La leçon est double : le locataire ne peut pas antidater son départ avec un pli jamais retiré, et le bailleur ne peut pas non plus être privé du délai quand la lettre n’est jamais parvenue.

Pendant le préavis, le loyer reste dû selon une règle asymétrique que l’article 15 formule ainsi : « Il est redevable du loyer et des charges concernant tout le délai de préavis si c’est lui qui a notifié le congé, sauf si le logement se trouve occupé avant la fin du préavis par un autre locataire en accord avec le bailleur. » Le locataire qui rend les clés le 15 et croit ne devoir que la moitié du mois se trompe : il doit le mois entier, sauf relocation acceptée par le bailleur. Inversement, le bailleur qui reloge quelqu’un le 15 ne peut pas réclamer au partant la seconde quinzaine. À Paris, où les relocations se concluent en quelques jours en septembre, exiger du bailleur qu’il recherche activement un successeur et accepter par écrit chaque visite réduit mécaniquement la facture. Faites constater la relocation par l’échange écrit qui l’autorise : sans accord du bailleur, l’occupation par un tiers ne libère pas le partant.

Le calcul du trop-perçu devient alors une arithmétique simple. Congé reçu le 5 octobre avec préavis d’un mois : fin de préavis le 5 novembre à minuit, loyer dû jusqu’au 5 novembre au prorata, charges de même. Si le bailleur prélève novembre entier, la différence est un indu. S’il exige décembre au motif que le préavis serait de trois mois alors que la lettre visait la zone tendue, deux mois entiers sont dus en restitution. Chaque prélèvement contesté fait l’objet d’une mise en demeure par lettre recommandée rappelant l’article 15 et l’arrêt du 11 janvier 2024 (Cass. 3e civ., 11 janv. 2024, n° 22-19.891), avec un relevé bancaire à l’appui. Le bailleur professionnel parisien régularise le plus souvent à ce stade, car la jurisprudence citée ne lui laisse aucune marge.

B. État des lieux, dépôt de garantie et loyers prélevés en trop : récupérer chaque euro à Paris

La sortie se joue à l’état des lieux. Sans état des lieux d’entrée, l’article 1731 du code civil dispose : « S’il n’a pas été fait d’état des lieux, le preneur est présumé les avoir reçus en bon état de réparations locatives, et doit les rendre tels, sauf la preuve contraire. » Le locataire qui entre sans constat écrit se prive de la preuve de l’usure initiale et expose son dépôt de garantie. À l’inverse, un état des lieux d’entrée précis, daté, photographié et contradictoire neutralise les retenues pour des désordres préexistants. Le jour du départ, l’état des lieux de sortie se fait dans les mêmes formes, pièce par pièce, avec les compteurs relevés et les clés dénombrées. Refusez les constats de complaisance rédigés seul par le bailleur une semaine plus tard : sans votre signature, ils ne sont qu’une pièce adverse parmi d’autres. Si le bailleur refuse le rendez-vous, faites établir le constat par un commissaire de justice et adressez-lui la convocation par écrit : son absence documentée pèsera devant le juge.

Le dépôt de garantie obéit à des délais couperets que l’article 22 de la loi du 6 juillet 1989 énonce sans détour : « Il est restitué dans un délai maximal d’un mois à compter de la remise des clés par le locataire lorsque l’état des lieux de sortie est conforme à l’état des lieux d’entrée », et dans un délai maximal de deux mois dans le cas contraire, déduction faite des sommes restant dues et dûment justifiées. Chaque retenue doit être justifiée par une pièce : facture, devis comparatif entre l’entrée et la sortie, décompte de charges. Les forfaits de remise en état, les retenues pour vétusté normale et les peintures refaites sans comparatif sont les trois gisements classiques de restitution contentieuse. Le retard se paie : « A défaut de restitution dans les délais prévus, le dépôt de garantie restant dû au locataire est majoré d’une somme égale à 10 % du loyer mensuel en principal, pour chaque période mensuelle commencée en retard. » Pour un loyer parisien de 1 400 euros, trois mois de retard ajoutent 420 euros de plein droit, sans qu’il soit besoin de prouver un préjudice. Dans les immeubles collectifs, le bailleur peut conserver une provision plafonnée à 20 % jusqu’à l’arrêté annuel des comptes, à condition de la justifier : au-delà, la retenue est abusive.

À Paris et en Île-de-France, le parcours de récupération suit un ordre rentable. D’abord la mise en demeure chiffrée par lettre recommandée : rappel du préavis d’un mois fondé sur la zone tendue, décompte jour par jour, état des lieux comparé, relevés bancaires des prélèvements contestés, et demande de restitution sous huit jours. Ensuite, le recours à la commission départementale de conciliation de Paris, qui convoque les deux parties et propose un accord dans un délai de deux mois : les bailleurs institutionnels y transigent fréquemment. Enfin, le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Paris, compétent quel que soit le montant pour les litiges de baux d’habitation, qui statue sur le trop-perçu de loyers, la restitution du dépôt et la pénalité de 10 % par mois de retard. L’ADIL de Paris (ADIL 75) délivre avant tout cela une information neutre sur le décompte et les pièces à réunir, ce qui évite les assignations mal chiffrées. Comptez quelques semaines pour une conciliation aboutie et plusieurs mois pour un jugement au fond : assignez tôt, car la pénalité mensuelle court pendant ce temps au profit du locataire diligent. Les locataires déjà engagés dans un bail d’habitation parisien trouveront par ailleurs l’essentiel du régime applicable dans la page dédiée du cabinet consacrée au bail d’habitation à Paris.

Conclusion

Le bailleur parisien qui exige trois mois de préavis n’a raison que si la lettre de congé est muette sur le motif ou si le délai n’a jamais couru faute de réception prouvée. Dans tous les autres cas, l’adresse parisienne et le visa de l’article 15 suffisent à imposer le mois, les motifs personnels régulièrement justifiés offrent une seconde corde, et la date de réception fige le point de départ que ni le pli non réclamé ni la lettre suivie ne remplacent. Le dépôt de garantie suit avec ses délais d’un ou deux mois et sa pénalité de 10 % qui sanctionne chaque mois de retard. La méthode tient en quatre gestes : lettre recommandée mentionnant l’adresse et le fondement, justificatif joint le jour de l’envoi, état des lieux contradictoire à l’entrée comme à la sortie, puis mise en demeure chiffrée dès le premier euro retenu à tort. Devant la commission de conciliation puis devant le juge des contentieux de la protection de Paris, ce dossier carré transforme une contestation de principe en restitution sonnante. Ne laissez pas un préavis mal contesté vous coûter deux mois de loyer parisien : faites vérifier votre lettre avant de la poster, et votre décompte avant de le payer.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».