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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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Convoqué pour abus de biens sociaux : que faire, que risque le dirigeant et comment préparer sa défense en 2026

La convocation est arrivée par courrier ou par téléphone : les policiers de la brigade financière, les gendarmes ou le juge d’instruction veulent vous entendre sur des soupçons d’abus de biens sociaux. Premier réflexe à garder : ce mot savant désigne une situation très concrète et très dangereuse pour un dirigeant. On vous reproche d’avoir utilisé l’argent, les biens ou le crédit de votre société dans votre intérêt personnel, au détriment de l’entreprise que vous dirigez. La sanction encourue va jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende, avec en plus une interdiction de gérer qui peut vous priver de toute activité de direction pendant plusieurs années.

Cette menace n’est pas théorique. Le 10 septembre 2025, la chambre criminelle de la Cour de cassation a confirmé la condamnation d’un dirigeant à deux ans d’emprisonnement dont six mois avec sursis, 250 000 euros d’amende et cinq ans d’interdiction de gérer pour des abus de biens sociaux mêlés à de la corruption. Quelques mois plus tôt, le 14 mai 2025, elle validait une autre condamnation pour un véhicule de société sans contrepartie. Et le 12 juin 2025, elle annulait au contraire une condamnation mal motivée à propos d’un appartement loué par une société à son dirigeant. Ces trois décisions récentes dessinent avec précision ce que les juges sanctionnent et ce qui permet de se défendre.

Cet article expose d’abord ce que l’accusation doit prouver contre vous et les peines que vous risquez, puis les réflexes à adopter dès la convocation et les moyens de défense qui obtiennent des résultats devant les tribunaux, avec les particularités pratiques de Paris et de l’Île-de-France.

I. Convoqué pour abus de biens sociaux : ce que l’accusation doit prouver et ce que vous risquez

A. Abus de biens sociaux : les trois éléments que le procureur doit établir contre le dirigeant

Le délit d’abus de biens sociaux est défini par le code de commerce différemment selon la forme de la société, mais la logique reste identique. Dans une SARL, l’article L241-3 du code de commerce punit les gérants qui font, de mauvaise foi, des biens ou du crédit de la société, un usage qu’ils savent contraire à l’intérêt de celle-ci, à des fins personnelles ou pour favoriser une autre société dans laquelle ils sont intéressés. Dans une société anonyme, l’article L242-6 du code de commerce vise dans les mêmes termes le président, les administrateurs et les directeurs généraux. Et si vous dirigez une SAS, la forme la plus répandue aujourd’hui, l’article L244-1 du code de commerce rend ces textes applicables au président et aux dirigeants de la société par actions simplifiée. Retenez donc que personne n’échappe au dispositif en choisissant une forme sociale plutôt qu’une autre.

Premier élément à établir : vous devez être dirigeant de droit ou de fait de la société. Le dirigeant de droit est celui qui figure sur le Kbis : gérant de SARL, président de SAS ou de conseil d’administration, directeur général. Le dirigeant de fait est celui qui, sans titre officiel, exerce en réalité le pouvoir de direction : il signe les chèques, décide des embauches, négocie avec les clients, donne des ordres aux salariés. Les enquêteurs reconstituent cette réalité à partir des relevés bancaires, des courriels, des témoignages et des documents saisis. Dans l’affaire jugée le 10 septembre 2025, les juges ont relevé que les sociétés en cause étaient détenues en majorité par une holding dont 99 % des parts appartenaient au prévenu, et la Cour de cassation a validé sa condamnation, je cite, pour « la réalisation par M. [D], en tant que dirigeant social au sens des articles L. 241-3, 4°, et L. 244-1 du code de commerce, d’actions constitutives d’abus de biens sociaux ». L’arrêt est consultable sous le pourvoi numéro 23-82.847 du 10 septembre 2025. Notez aussi que nul n’est responsable pénalement que de son propre fait, comme le rappelle l’article 121-1 du code pénal : l’accusation doit démontrer votre participation personnelle, et non celle d’un associé ou d’un salarié.

Deuxième élément : un usage des biens, de l’argent ou du crédit de la société contraire à son intérêt. Les formes sont innombrables et les dossiers récents en donnent des illustrations parlantes. Fausses factures réglées par la société pour financer la villa d’un élu dans l’affaire du 10 septembre 2025. Véhicule acheté par la société puis immatriculé au nom du père du dirigeant dans l’affaire du 14 mai 2025, où la cour d’appel a retenu, je cite, que « le prévenu ne peut justifier d’une contrepartie financière pour l’acquisition d’un véhicule immatriculé au nom de son père », décision maintenue par la Cour de cassation sous le pourvoi numéro 23-81.673 du 14 mai 2025. Appartement parisien pris à bail par un cabinet d’expertise comptable auprès d’une société de son dirigeant, avec des loyers versés sur le compte courant personnel de ce dernier, dans l’affaire du 12 juin 2025 (pourvoi numéro 24-81.887 du 12 juin 2025). Dépenses personnelles payées par la carte de la société, travaux dans le domicile privé refacturés à l’entreprise, salaires versés à des proches qui ne travaillent pas, prêts sans intérêt ni garantie consentis au dirigeant, cautions données par la société pour ses dettes privées : chaque fois, la question centrale posée par les juges est la même, à savoir si la société a reçu une contrepartie réelle et si l’opération servait son activité.

Troisième élément : la mauvaise foi et la poursuite d’un intérêt personnel. L’usage contraire à l’intérêt social ne suffit pas ; il faut que le dirigeant ait agi en sachant ce qu’il faisait et pour son propre avantage ou celui d’une autre entreprise où il est intéressé. En pratique, les juges déduisent cette mauvaise foi d’indices matériels : comptabilité lacunaire ou truquée, absence de justificatifs, dissimulation aux associés et au commissaire aux comptes, montages opaques. Dans l’affaire du véhicule immatriculé au nom du père, l’expert-comptable avait mis fin à sa mission faute d’avoir obtenu les informations nécessaires, et la cour d’appel a énoncé, je cite, qu’« en tant que dirigeant social il lui appartenait de s’assurer de la tenue d’une comptabilité régulière, complète et sincère » (arrêt du 14 mai 2025, n° 23-81.673). Autrement dit, un dirigeant ne peut pas se retrancher derrière son comptable pour expliquer l’absence de pièces. Dans l’affaire de la villa, les juges ont souligné que le dirigeant avait agi pour s’attirer les faveurs d’un homme politique susceptible de faire bénéficier ses sociétés de marchés publics, et la Cour de cassation a repris cette analyse en jugeant, je cite, que « l’utilisation des fonds sociaux, ayant pour seul objet de commettre le délit de corruption, est contraire à l’intérêt social en ce qu’elle expose la personne morale à un risque anormal de sanctions pénales ou fiscales contre elle-même ainsi que ses dirigeants et porte atteinte à son crédit et à sa réputation » (arrêt du 10 septembre 2025, n° 23-82.847). Cette formule mérite votre attention : même un montage qui rapporte des marchés à la société reste contraire à son intérêt s’il l’expose à des sanctions pénales ou fiscales et abîme sa réputation.

Ajoutez un point souvent ignoré : la société elle-même peut se retourner contre vous sur le terrain civil. L’article L223-22 du code de commerce déclare les gérants responsables envers la société des fautes commises dans leur gestion, et les associés peuvent exercer l’action sociale en responsabilité pour faire réparer l’entier préjudice subi par l’entreprise. Les mêmes faits donnent donc lieu à un procès pénal et à une facture civile, parfois présentée par le liquidateur judiciaire si la société a entre-temps fait faillite.

B. Abus de biens sociaux : les peines d’emprisonnement, les amendes et les interdictions qui menacent le dirigeant

La peine principale est lourde : cinq ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende, que vous soyez gérant de SARL ou président de SA ou de SAS. Le montant de l’amende peut même dépasser ce chiffre puisque le juge peut le porter au-delà en fonction du profit retiré. Et la peine grimpe à sept ans d’emprisonnement et 500 000 euros d’amende lorsque l’abus a été réalisé au moyen de comptes ouverts auprès d’organismes établis à l’étranger ou par l’interposition de personnes ou de structures étrangères. Les montages offshore, les sociétés écrans et les comptes hors de France, loin de protéger le dirigeant, constituent une circonstance aggravante prévue par les textes eux-mêmes.

À cette peine principale s’ajoutent des peines complémentaires qui frappent le dirigeant dans sa vie professionnelle. L’article L249-1 du code de commerce permet au tribunal d’interdire au condamné d’exercer une profession commerciale ou industrielle et de diriger, administrer, gérer ou contrôler une entreprise ou une société commerciale. Les décisions récentes montrent l’éventail utilisé : cinq ans d’interdiction de gérer dans l’affaire de la villa du 10 septembre 2025, interdiction définitive de gérer dans l’affaire du véhicule du 14 mai 2025. Une interdiction définitive signifie la fin de toute carrière de dirigeant. Dans certains dossiers s’ajoute l’interdiction des droits civiques, civils et de famille, ainsi que la confiscation des biens qui ont servi à commettre l’infraction ou qui en sont le produit.

Le volet financier ne s’arrête pas à l’amende pénale. La société victime, le liquidateur judiciaire ou les associés peuvent se constituer parties civiles et réclamer le remboursement de toutes les sommes détournées, avec intérêts. L’article 2 du code de procédure pénale ouvre cette action civile à tous ceux qui ont personnellement souffert du dommage directement causé par l’infraction. Concrètement, le tribunal correctionnel qui vous condamne au pénal vous condamne dans le même jugement à payer des dommages et intérêts, parfois très supérieurs à l’amende. Si la société est en liquidation judiciaire, c’est le liquidateur qui présente l’addition, et les sommes mises à votre charge s’ajoutent au passif que vos créanciers personnels peuvent saisir.

Deux règles de procédure encadrent ces poursuites et intéressent directement votre défense. D’abord la prescription : l’article 8 du code de procédure pénale prévoit que l’action publique des délits se prescrit par six années révolues. Six ans, c’est long, et le calcul du point de départ donne lieu à un contentieux nourri dès que les faits ont été dissimulés dans la comptabilité ou révélés tardivement, par exemple après une cession de l’entreprise ou l’arrivée d’un nouveau dirigeant qui porte plainte. Faites vérifier ce point en priorité : dans l’affaire de l’appartement parisien du 12 juin 2025, les faits remontaient à 2015 et 2016, la plainte du successeur datait de fin 2017 et début 2018, la mise en examen de février 2019, et la Cour de cassation a statué en 2025, soit dix ans après les premiers loyers litigieux. Ensuite la plainte de la victime : lorsque le procureur classe sans suite, la société ou l’associé lésé peut déposer une plainte avec constitution de partie civile devant le juge d’instruction. L’article 85 du code de procédure pénale subordonne cette plainte à des conditions précises, notamment un refus de poursuites du parquet ou l’écoulement d’un délai de trois mois depuis la plainte simple. Comme dirigeant mis en cause, vous devez donc surveiller non seulement l’action du parquet, mais aussi les initiatives civiles de vos associés, de l’acquéreur de vos titres ou du liquidateur.

Dernier avertissement : les faits d’abus de biens sociaux voyagent rarement seuls. Fausses factures et faux bilans ajoutent des poursuites pour faux et usage de faux, distributions occultes et travail dissimulé intéressent le fisc et l’Urssaf, versements à des élus ou des acheteurs publics ajoutent la corruption, et les banqueroutes guettent si la société dépose le bilan. Dans l’affaire du 10 septembre 2025, le dirigeant a été condamné à la fois pour abus de biens sociaux, corruption active et trafic d’influence, et la Cour de cassation a rejeté son pourvoi sur l’ensemble. Chaque qualification ajoute sa peine et sa prescription, ce qui rend la défense globale du dossier plus exigeante qu’une simple contestation ligne à ligne des dépenses.

II. Convocation pour abus de biens sociaux : les réflexes qui protègent et les défenses qui gagnent

A. Convoqué par la police, les gendarmes ou le juge : les réflexes à adopter dans les premières heures

La convocation prend plusieurs formes et chacune appelle une réaction adaptée. L’audition libre signifie que vous êtes entendu comme suspect sans être privé de liberté : vous pouvez quitter les locaux à tout moment, mais tout ce que vous déclarez est consigné et pourra être retenu contre vous. La garde à vue vous prive de liberté jusqu’à quarante-huit heures, prolongeables dans certains cas, avec notification de vos droits dont celui de garder le silence et celui d’être assisté par un avocat dès la première heure. La convocation devant le juge d’instruction en vue d’une mise en examen marque l’ouverture d’une information judiciaire avec des moyens d’enquête lourds : perquisitions, écoutes, expertises comptables, saisies bancaires. Dans tous les cas, trois réflexes s’imposent : ne pas ignorer la convocation et vous y présenter accompagné ou après avoir consulté un avocat, ne rien détruire ni modifier car toute destruction de pièces constitue un délit supplémentaire et un indice de culpabilité accablant, et préparer par écrit la chronologie des opérations contestées avec leurs justificatifs.

La constitution du dossier de défense commence par les pièces comptables et juridiques. Rassemblez les grands livres, les relevés bancaires de la société, les factures et contrats correspondant aux dépenses contestées, les procès-verbaux d’assemblées générales qui les ont autorisées ou approuvées, les rapports du commissaire aux comptes, les conventions de trésorerie intragroupe, les baux et les expertises de valeur locative, les bulletins de paie et les contrats de travail des proches employés, les attestations de la réalité des prestations fournies. Chaque dépense doit pouvoir être rattachée à un document, à une décision sociale et à une contrepartie pour l’entreprise. L’affaire de l’appartement parisien montre ce qui arrive quand ce travail n’est pas fait : bail non mentionné dans l’acte de cession des actions, absence de procès-verbal d’assemblée autorisant la prise à bail, interdiction d’activité professionnelle dans le règlement de copropriété, bail non enregistré, absence de compte fournisseur dans la comptabilité, loyers versés sur le compte courant personnel du dirigeant. Chacun de ces points, pris isolément, peut s’expliquer ; accumulés, ils ont conduit les juges d’appel à retenir 72 500 euros d’abus sur deux ans, à partir de 72 000 euros de loyers en 2015 et 54 000 euros en 2016.

Mais cette même affaire montre aussi que la partie n’est jamais perdue, même après une condamnation en appel. La Cour de cassation a annulé l’arrêt parisien, je cite, parce que les juges s’étaient déterminés « par des motifs insuffisants à établir le caractère contraire à l’intérêt social de cet excès de charge locative ainsi que le montant de celui-ci, et sans rechercher, ainsi qu’elle y était invitée, si cette location avait permis à la société de minorer ses charges locatives » (arrêt du 12 juin 2025, n° 24-81.887). Traduction pratique pour votre défense : l’accusation doit prouver précisément en quoi chaque dépense était contraire à l’intérêt social et chiffrer exactement le préjudice, et le juge doit examiner les éléments à décharge comme l’économie de loyers réalisée par ailleurs. Un dossier d’instruction qui se contente d’additionner des dépenses sans analyser leur utilité pour l’entreprise reste fragile, et c’est là que se gagnent les relaxes et les cassations. L’article 593 du code de procédure pénale exige des motifs suffisants, et son non-respect annule les décisions, comme le 12 juin 2025 en fournit la preuve.

Si vous êtes mis en examen, la procédure d’instruction vous donne des armes qu’il faut utiliser activement. Votre avocat peut demander au juge des actes d’enquête à décharge : expertise comptable contradictoire, audition de témoins, confrontation avec le plaignant, vérification de la réalité des prestations. Vous pouvez contester la mise en examen devant la chambre de l’instruction, demander la nullité d’actes irréguliers et solliciter une contre-expertise. Si l’instruction se termine par un renvoi devant le tribunal correctionnel, l’audience est le moment où la défense chiffrée et documentée produit son plein effet : le tribunal juge sur pièces et sur débats, et un dirigeant qui démontre méthodiquement la contrepartie de chaque opération se distingue du prévenu qui se contente de nier en bloc. Pour une analyse générale du régime de l’infraction, vous pouvez aussi consulter notre étude sur la responsabilité pénale du dirigeant pour abus de biens sociaux sur notre site principal : responsabilité pénale du dirigeant et abus de biens sociaux.

B. Les moyens de défense qui font échec aux poursuites, et les particularités parisiennes

Le premier moyen de défense, et le plus solide, consiste à démontrer la contrepartie et l’intérêt social de chaque opération contestée. Un loyer versé par la société à son dirigeant n’est pas en soi un abus : encore faut-il prouver que les locaux servaient réellement à l’activité, que le prix correspondait au marché et que la société y gagnait par rapport à une location extérieure. Un véhicule de fonction, un logement de fonction, des frais de représentation ou une rémunération élevée se défendent par des décisions d’assemblée générale, des contrats écrits, des grilles de marché et des attestations de clients ou de collaborateurs. À l’inverse, tout ce qui ressemble à un avantage occulte, sans écrit, sans autorisation et sans trace comptable, alimente la démonstration de la mauvaise foi. La leçon des arrêts de 2025 est nette : les juges vont au fond des choses, comparent les prix du quartier, examinent les calendriers d’activité et vérifient les comptes, comme la cour d’appel de Paris l’a fait pour l’appartement en retenant que l’activité intense du cabinet ne justifiait les locaux que six mois par an. Préparez donc une défense chiffrée poste par poste, avec des pièces pour chaque euro contesté, plutôt qu’une contestation globale.

Le deuxième moyen tient à la personne poursuivie et à son rôle réel. Si vous n’étiez que dirigeant de façade, associé minoritaire sans pouvoir ou cadre exécutant les ordres du véritable décideur, l’accusation doit établir votre qualité de dirigeant de fait et votre participation personnelle aux opérations. Les relevés de signatures bancaires, les délégations de pouvoirs écrites, les courriels de décision et les témoignages des salariés permettent de situer les responsabilités. Dans les groupes de sociétés, la défense tirée de l’intérêt commun du groupe peut être examinée, mais les juges l’apprécient strictement : l’arrêt du 10 septembre 2025 rappelle qu’une opération qui expose la société à un risque pénal ou fiscal anormal reste contraire à son intérêt, même si elle visait à obtenir des marchés. Ne présentez donc un argument de groupe que s’il s’appuie sur une politique commune documentée, des contreparties équilibrées et des décisions sociales régulières dans chaque société concernée.

Le troisième moyen est chronologique : la prescription et la régularisation. Vérifiez les dates de chaque fait reproché au regard du délai de six ans de l’action publique, en tenant compte des actes interruptifs comme les procès-verbaux, les mises en examen et les citations. Lorsque les faits anciens ont été dissimulés, le calcul du point de départ se discute pied à pied et nécessite une analyse juridique fine du dossier, car la jurisprudence module les solutions selon les modes de révélation des faits. Parallèlement, la restitution des sommes avant tout procès, la régularisation comptable et la transaction avec la société lésée n’effacent pas l’infraction déjà commise, mais elles démontrent l’absence d’enrichissement définitif, limitent le préjudice réclamé au civil et pèsent favorablement sur la peine. Un dirigeant qui rembourse spontanément 72 500 euros de loyers contestés avant l’audience ne sera pas jugé comme celui qui persiste à nier l’évidence.

Le quatrième moyen est procédural et ne doit jamais être négligé. Contrôlez la régularité de la garde à vue et des auditions, les droits notifiés, les délais, la compétence des enquêteurs, la régularité des perquisitions et des saisies, la loyauté de l’expertise comptable et la motivation des décisions. La cassation du 12 juin 2025 prouve qu’une condamnation confirmée en appel peut tomber pour insuffisance de motifs. De même, toute pièce obtenue déloyalement, toute audition menée en violation des droits de la défense et tout dépassement de la saisine du juge peuvent entraîner des nullités qui fragilisent l’ensemble du dossier. Faites relire chaque procès-verbal par votre avocat avant de le signer, signalez immédiatement toute irrégularité et conservez copie de toutes les convocations et notifications.

À Paris et en Île-de-France, ces dossiers présentent des particularités pratiques à intégrer dans votre défense. Les affaires financières d’une certaine ampleur relèvent du pôle économique et financier du tribunal judiciaire de Paris, avec des enquêteurs spécialisés de la brigade financière et des magistrats habitués aux montages complexes : attendez-vous à une analyse comptable poussée et à des investigations bancaires approfondies, et répondez au même niveau de précision. Les loyers, les salaires et les prix parisiens étant sensiblement supérieurs à la moyenne nationale, toute comparaison de prix doit s’appuyer sur des références locales vérifiables, expertises de valeur locative et grilles de rémunération franciliennes, et non sur des moyennes abstraites. Les juridictions franciliennes traitent un volume important de contentieux de dirigeants, ce qui impose de déposer vos conclusions et vos pièces dans les délais impartis et de préparer une audience dense où le temps de parole est compté. Conservez les originaux de vos pièces à Paris ou en proche banlieue pour les produire rapidement en cas de perquisition complémentaire ou de demande du juge, et centralisez la correspondance avec l’expert-comptable et le commissaire aux comptes afin de répondre sans délai aux réquisitions.

En définitive, une convocation pour abus de biens sociaux n’est ni une formalité ni une condamnation annoncée : c’est l’ouverture d’un combat probatoire où le dirigeant organisé et documenté dispose de moyens réels. Les décisions de la Cour de cassation de mai, juin et septembre 2025 le démontrent dans les deux sens, avec des condamnations lourdes pour les montages opaques et des annulations pour les accusations mal chiffrées. Votre sort dépendra de votre capacité à justifier chaque euro, à prouver votre bonne foi et à exploiter chaque faille de la procédure.

Conclusion

Être convoqué pour abus de biens sociaux expose le dirigeant à cinq ans d’emprisonnement, 375 000 euros d’amende et une interdiction de gérer pouvant devenir définitive, outre le remboursement des sommes au civil. L’accusation doit prouver votre qualité de dirigeant, un usage contraire à l’intérêt social et votre mauvaise foi intéressée, et les arrêts de la Cour de cassation des 14 mai, 12 juin et 10 septembre 2025 précisent concrètement comment les juges apprécient ces éléments, du véhicule sans contrepartie aux fausses factures en passant par le bail parisien mal justifié. Dès la convocation, imposez-vous une discipline de défense : présentation assistée, aucune destruction de pièce, dossier chiffré et documenté, contestation méthodique de chaque grief et vérification de la prescription comme de la procédure. Les dossiers bien préparés obtiennent des relaxes, des requalifications et des cassations ; les dossiers subis se terminent en condamnations confirmées. Ne laissez pas l’instruction se construire sans vous.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».