Le 25 août 2026, les magasins Gibert d’Évreux et de Poitiers ainsi que la Librairie de la Place, quai Saint-Michel à Paris, ont été placés en liquidation judiciaire faute de repreneur. L’information publiée le 26 août 2026 par Livres Hebdo fait état de vingt-sept postes concernés. Cette nouvelle peut laisser des clients dans une situation très concrète : des livres remis à Gibert dans le cadre d’un rachat n’ont pas encore été réglés, un crédit doit apparaître sur un compte vendeur, ou un dépôt effectué en magasin n’a pas été restitué.
La première précaution consiste à ne pas confondre l’enseigne et la société qui vous doit une somme ou qui détient encore vos livres. Le groupe a connu plusieurs procédures, certains magasins relèvent de sociétés distinctes et les conditions de rachat en ligne identifient GIBERT JOSEPH INTERACTIVE. Le ticket, le bordereau de cession, le courriel de confirmation et la publication au BODACC doivent donc être rapprochés avant toute démarche.
Le bon réflexe est double : préserver immédiatement la preuve de la vente ou du dépôt, puis vérifier si vous devez demander le paiement d’une créance ou la restitution de biens restés votre propriété. Si une créance est née avant le jugement, elle doit en principe être déclarée au liquidateur dans le délai légal. Une demande adressée uniquement au magasin fermé ou au service client ne remplace pas cette formalité.
I. Gibert en liquidation judiciaire : quel est le droit du vendeur de livres ?
A. Quels magasins sont concernés et qui doit vous payer ?
La liquidation annoncée le 25 août ne doit pas être résumée par la formule selon laquelle « Gibert » tout entier aurait disparu. Le redressement judiciaire du groupe avait été ouvert le 28 avril 2026. La conversion ou l’ouverture d’une liquidation concernant certains points de vente produit des effets sur les sociétés visées par les jugements concernés. Elle ne suffit pas, à elle seule, à déterminer le sort d’une commande conclue avec une autre entité juridique ou d’une vente d’occasion traitée par le centre logistique.
Pour identifier votre débiteur, reprenez dans l’ordre :
- le nom exact imprimé sur le ticket de caisse, le reçu de dépôt ou le bordereau de cession ;
- le numéro SIREN ou les mentions légales figurant dans les conditions contractuelles ;
- l’adresse de l’établissement dans lequel les livres ont été remis ;
- le compte bancaire ou le compte de paiement qui devait recevoir le règlement ;
- la date de la remise et la date à laquelle le paiement était annoncé ;
- la publication BODACC correspondant à cette société, et non une publication portant seulement le nom commercial Gibert.
Les conditions générales de rachat d’occasion diffusées par Gibert identifient, pour le service d’achat en ligne, GIBERT JOSEPH INTERACTIVE, société immatriculée au RCS de Paris sous le numéro 539 949 669. Une opération réalisée au comptoir d’un magasin peut toutefois avoir été conclue avec une autre société. La marque, le site internet et le point de vente ne forment pas nécessairement un seul patrimoine. Une déclaration envoyée au mauvais débiteur risque de ne pas être rattachée à votre créance.
Cette distinction est encore plus importante depuis le jugement de liquidation. L’article L. 641-9 du Code de commerce prévoit que « Le jugement qui ouvre ou prononce la liquidation judiciaire emporte de plein droit » le dessaisissement du débiteur pour l’administration et la disposition des biens composant le patrimoine professionnel. Le même texte confie au liquidateur l’exercice des droits et actions du débiteur concernant ce patrimoine. Le responsable du magasin ne peut donc pas promettre seul un règlement qui relève de la procédure.
L’article L. 641-3 du Code de commerce complète cette règle : les effets des articles L. 622-21 et L. 622-22 s’appliquent à la liquidation, et les créanciers déclarent leurs créances au liquidateur selon les modalités prévues par les articles L. 622-24 à L. 622-27. Le destinataire n’est donc pas choisi en fonction de la personne qui répond au téléphone, mais en fonction du jugement et de l’entité désignée.
Pour replacer cette démarche dans le fonctionnement global d’une procédure collective, consultez aussi la page du cabinet consacrée au droit des affaires et aux procédures collectives.
Il faut aussi distinguer trois situations qui ne produisent pas le même résultat.
La première est celle du rachat déjà accepté. Vous avez reçu une offre, accepté le prix, remis les livres et reçu une confirmation indiquant que les ouvrages ont été réceptionnés et validés. La société doit alors le montant annoncé, sous réserve des corrections prévues par les conditions de rachat. Vous êtes créancier du prix ou du crédit convenu, et non propriétaire des livres déjà vendus.
La deuxième est celle du dépôt non finalisé. Les livres sont parvenus au magasin ou au centre logistique, mais le contrôle n’a pas encore abouti, une pièce manque, ou le contrat de rachat n’a pas été définitivement formé. Vous pouvez alors avoir un droit à restitution des ouvrages, à examiner au regard du reçu, des conditions acceptées et de l’état précis de la transaction. Il ne faut pas transformer automatiquement une demande de retour en demande de paiement : le liquidateur doit savoir si vous réclamez des livres identifiables ou une somme.
La troisième concerne les clients de Gibert qui ont acheté un livre, payé une commande, alimenté un compte tirelire ou conservé une carte cadeau. Ces personnes peuvent aussi être créancières, mais leur situation relève d’un contrat d’achat ou d’un avoir, pas du rachat de livres. Le nom de l’entreprise indiqué sur la facture ou le compte client reste déterminant. Une carte ou un compte utilisable auprès d’une société qui poursuit effectivement son activité ne doit pas être traité comme une créance contre une société placée en liquidation sans vérification préalable.
Le principe contractuel reste utile pour qualifier la relation. L’article 1103 du Code civil dispose : « Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits. » Les modalités d’acceptation, de contrôle et de paiement prévues dans l’offre et les conditions de rachat permettent donc de déterminer si la dette est née, quel est son montant et si les livres ont changé de propriétaire.
Une enseigne en difficulté ne fait pas disparaître les contrats. Elle modifie le circuit de paiement et le titulaire du pouvoir de décision. Le liquidateur vérifie les droits de chacun, l’existence de l’actif et le rang des créanciers. La déclaration ne garantit pas le recouvrement intégral, mais l’absence de déclaration peut empêcher la créance de participer aux répartitions.
B. Livres vendus à Gibert : quelles preuves et quel montant déclarer ?
Les conditions de rachat d’occasion permettent de reconstituer une chronologie utile. Elles prévoient que le paiement intervient une fois le contrat définitivement formé, après réception, examen et validation des articles par le centre logistique. Le texte indique notamment : « Le paiement des Articles par GIBERT interviendra une fois le contrat définitivement formé ». Cette stipulation doit être lue avec le reçu délivré en magasin ou avec le courriel de suivi : elle ne permet pas de présumer que chaque carton remis a été accepté au même moment.
Pour un rachat en ligne, archivez sans attendre le compte vendeur et les courriels. Le numéro de confirmation, le bordereau de cession, l’offre détaillée article par article, les ISBN ou codes-barres, le montant annoncé et le mode de règlement choisi sont précieux. Si le paiement devait être effectué sur un compte bancaire, joignez le relevé montrant l’absence de virement. S’il devait créditer un compte tirelire ou PayPal, faites une capture de l’historique et de la somme attendue. Conservez les fichiers originaux, les dates et les en-têtes des messages.
Pour une remise en magasin, la preuve peut être plus courte : ticket, reçu d’acceptation, message envoyé par le magasin, photographie du bordereau, attestation d’un proche présent, référence de la transaction ou relevé mentionnant un crédit attendu. Même si le montant est modeste, l’inventaire détaillé facilite le travail du liquidateur. Écrivez pour chaque lot : date, magasin, nombre de livres, valeur annoncée, valeur finalement validée, sommes déjà reçues et solde restant.
Le montant déclaré doit correspondre à la créance existant au jour du jugement d’ouverture. L’article L. 622-25 du Code de commerce impose que « La déclaration porte le montant de la créance due au jour du jugement d’ouverture ». Il faut y ajouter, lorsqu’elles sont connues, les sommes à échoir et la date de leurs échéances. Pour une vente de livres déjà validée mais non payée, le principal est le prix accepté ou recalculé après inspection, diminué de tout versement reçu.
Une créance incertaine n’est pas une créance inexistante. Le même article autorise la déclaration d’un montant évalué lorsque le montant définitif n’est pas encore fixé. Vous pouvez donc présenter un montant provisoire, en expliquant le calcul : valeur de l’offre initiale, articles refusés, prix corrigé, crédit déjà porté au compte, puis solde. Ne gonflez pas la somme par une estimation de revente des ouvrages ou par un préjudice moral non justifié. Une déclaration lisible, documentée et sincère a davantage de chances d’être vérifiée rapidement.
L’article R. 622-23 du Code de commerce précise que la déclaration contient notamment « Les éléments de nature à prouver l’existence et le montant de la créance ». Il prévoit également l’ajout des documents justificatifs sous bordereau. Votre dossier peut comporter les pièces suivantes :
- une copie de votre pièce d’identité et vos coordonnées complètes ;
- le nom, le SIREN et l’adresse de la société visée ;
- le reçu, le bordereau de cession ou le numéro de vente ;
- le détail des ouvrages, avec ISBN lorsque cette information existe ;
- le courriel confirmant l’offre, la réception ou la validation ;
- la preuve du dépôt ou de l’expédition, dont le suivi du transport ;
- le relevé bancaire, PayPal ou compte tirelire montrant le solde impayé ;
- un tableau de calcul daté, signé et certifié sincère ;
- votre RIB si le liquidateur demande un paiement bancaire.
Les pièces d’identité ou coordonnées bancaires ne doivent être adressées qu’au destinataire authentifié par la procédure, par le canal sécurisé indiqué dans la publication ou le courrier officiel. Les escroqueries exploitent souvent les liquidations connues du public. Ne versez aucun frais à une personne qui prétend accélérer l’admission de votre créance et ne transmettez pas votre RIB à une adresse trouvée dans un message non vérifié.
La question de la propriété des livres appelle une analyse différente. Si le contrat de rachat n’est pas définitivement formé, si les ouvrages ont été refusés ou si le reçu précise qu’ils restent disponibles, demandez d’abord leur restitution au liquidateur. Décrivez chaque ouvrage de manière individualisée et indiquez où il a été remis. Une demande portant sur des biens identifiables ne se confond pas avec une demande de paiement.
Le Code de commerce encadre la revendication des meubles. L’article L. 624-9 prévoit que « la revendication des meubles ne peut être exercée que dans le délai de trois mois suivant la publication du jugement ouvrant la procédure ». L’article L. 624-10 traite, quant à lui, de la reconnaissance du droit de propriété et de la demande de restitution dans les conditions réglementaires. Ces textes ne signifient pas que tout vendeur de livres récupérera automatiquement son lot : la propriété, l’identification des biens, le contrat et la date de publication doivent être établis.
Dans le cas où Gibert a déjà validé la vente, la revendication des livres n’est en principe plus la bonne demande, puisque le paiement a transféré la propriété selon les conditions acceptées. Dans le cas inverse, une demande tardive peut rendre la récupération matériellement impossible si les livres ont été triés, revendus ou intégrés à un stock. Il faut donc exposer les deux demandes de façon subsidiaire lorsque les documents ne permettent pas encore de trancher : restitution des ouvrages identifiés ou, à défaut, admission d’une créance évaluée correspondant à leur valeur contractuelle.
II. Gibert liquidation judiciaire : comment réclamer son argent ou récupérer ses livres ?
A. Comment déclarer sa créance au liquidateur et dans quel délai ?
La date de l’article de presse ou la date de fermeture d’un magasin ne suffit pas à calculer le délai. Vous devez rechercher le jugement d’ouverture et sa publication au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales. L’article R. 622-24 du Code de commerce fixe le principe suivant : « Le délai de déclaration fixé en application de l’article L. 622-26 est de deux mois ». Le délai complet court à compter de la publication du jugement d’ouverture au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales. Pour un créancier qui demeure hors de France métropolitaine dans une procédure ouverte en métropole, le délai est augmenté de deux mois.
Le délai ne part donc pas automatiquement du 25 août 2026. Pour chaque magasin, il faut relever la société concernée, la nature exacte du jugement, la date de publication BODACC et le nom du liquidateur. Si vous n’avez pas encore identifié la publication, préparez le dossier et envoyez une demande d’information au greffe ou au liquidateur identifié par une source officielle, sans attendre la fin du délai supposé.
L’article L. 622-24 du Code de commerce prévoit que les créanciers dont la créance est antérieure au jugement adressent leur déclaration au mandataire dans les délais réglementaires. Pour une liquidation, l’article L. 641-3 renvoie au liquidateur. Les pages officielles d’une étude peuvent proposer un formulaire en ligne, mais la déclaration doit permettre de prouver sa date et son contenu. Une lettre recommandée avec avis de réception reste utile lorsque le canal électronique n’est pas clairement sécurisé ou lorsque vous devez conserver un accusé de remise.
La déclaration peut être présentée ainsi, en l’adaptant à vos justificatifs :
Objet : déclaration de créance – rachat de livres – société [raison sociale et SIREN]
Je soussigné(e) [nom, prénom, adresse], déclare une créance de [montant] euros au titre du rachat de [nombre] livres remis le [date] au magasin [adresse] ou expédiés sous la référence [numéro]. L’offre ou le prix validé s’élevait à [montant] euros. La somme reçue à ce jour s’élève à [montant] euros. Le solde demandé est donc de [montant] euros, exigible le [date ou mention : après validation du lot]. Vous trouverez en annexe le bordereau, l’offre, la preuve de remise, les échanges et le tableau de calcul. La présente déclaration est certifiée sincère.
Je vous remercie d’accuser réception de cette déclaration et de m’indiquer si certains ouvrages sont encore individualisables. Dans ce dernier cas, je sollicite, à titre subsidiaire ou principal selon les pièces, leur restitution selon les règles applicables à la revendication des meubles.
Cette trame ne remplace pas l’identification du liquidateur. Elle sert à ne pas oublier l’essentiel : société débitrice, origine de la dette, montant, échéance, preuves, certification et demande précise. Si un avocat ou un mandataire signe pour vous, joignez le pouvoir correspondant. Une déclaration très courte du type « Gibert me doit de l’argent » ne permet pas de rattacher votre demande à un établissement, à un contrat et à un montant vérifiable.
Le défaut de déclaration expose à la forclusion. L’article L. 622-26 du Code de commerce dispose que « les créanciers ne sont pas admis dans les répartitions et les dividendes ». Une demande de relevé de forclusion reste possible dans les hypothèses prévues par le texte, notamment si la défaillance n’est pas due au créancier ou si le débiteur a omis celui-ci de sa liste. Le délai de cette action est en principe de six mois à compter de la publication du jugement, sous les exceptions prévues par le texte.
La personne qui découvre tardivement la procédure doit agir sur deux plans : déposer sans délai la déclaration auprès du liquidateur et préparer, si nécessaire, une requête en relevé de forclusion auprès du juge-commissaire. L’un ne remplace pas toujours l’autre. Le dépôt tardif peut être utile, mais il ne neutralise pas à lui seul la question de la recevabilité.
Une action en paiement contre la société n’est pas la première étape. L’article L. 622-21 du Code de commerce prévoit que le jugement d’ouverture « interrompt ou interdit toute action en justice » tendant à la condamnation du débiteur au paiement d’une somme d’argent. L’article L. 622-22 ajoute que les instances en cours sont interrompues jusqu’à la déclaration, puis ne tendent qu’à la constatation de la créance et à la fixation de son montant. Une assignation lancée contre un magasin fermé peut donc être irrecevable, inutile ou orientée vers la mauvaise partie.
La jurisprudence impose de respecter le circuit de vérification. Dans son arrêt du 15 juin 2022, pourvois n° 21-10.802 et n° 21-12.358, la chambre commerciale de la Cour de cassation rappelle que « la créance de restitution, bien que née postérieurement à l’ouverture de la procédure collective, ne peut bénéficier du traitement préférentiel » lorsque les conditions légales ne sont pas réunies ; après déclaration, le principe et le montant doivent être traités dans la procédure de vérification devant le juge-commissaire. Le texte intégral est disponible sur Légifrance, Cour de cassation, chambre commerciale, 15 juin 2022, pourvois n° 21-10.802 et n° 21-12.358.
La même prudence ressort de l’arrêt du 13 septembre 2017, pourvoi n° 16-12.249. La Cour juge qu’« après avoir déclaré sa créance, un créancier ne peut saisir directement le juge du fond d’une demande en fixation de cette créance ». La procédure peut ensuite inviter les parties à saisir la juridiction compétente si une contestation sérieuse dépasse le pouvoir du juge-commissaire. La décision est accessible sur Légifrance, Cour de cassation, chambre commerciale, 13 septembre 2017, pourvoi n° 16-12.249.
Ces arrêts concernent des contrats différents du rachat de livres, mais leur enseignement procédural est transposable avec prudence : déclarer, documenter, attendre la vérification et ne saisir une juridiction qu’en fonction de la décision du juge-commissaire et de la nature du litige. Une contestation portant sur le nombre de livres, leur état ou le montant de l’offre doit être expliquée par des pièces, non par une demande générale adressée à l’ancien dirigeant.
B. Commande, compte tirelire ou carte cadeau : quelle démarche selon votre situation ?
Un client qui a acheté un livre doit distinguer l’obligation de livraison de la procédure collective. L’article L. 216-1 du Code de la consommation prévoit que le professionnel délivre le bien à la date ou dans le délai annoncé et, à défaut, au plus tard trente jours après la conclusion du contrat. Le texte précise : « Le professionnel délivre le bien ou fournit le service ».
En cas de non-livraison, l’article L. 216-6 du Code de la consommation permet, après mise en demeure et délai supplémentaire raisonnable, de résoudre le contrat ; une résolution immédiate est prévue lorsque le professionnel refuse de délivrer ou lorsqu’il est manifeste qu’il ne le fera pas. Le texte utilise la formule « le consommateur peut » notifier la suspension du paiement ou résoudre le contrat. L’article L. 216-7 prévoit ensuite le remboursement de la totalité des sommes versées dans les quatorze jours suivant la dénonciation du contrat.
Ces droits de consommation ne suppriment pas les règles de la liquidation. Si la commande a été payée avant le jugement et n’est pas livrée, le client doit conserver la commande, la facture, la preuve du paiement, le suivi et les échanges, puis déclarer sa créance contre la société qui figure sur la facture. La résolution du contrat peut être utile pour préciser la somme réclamée, mais elle ne doit pas conduire à ignorer le liquidateur et le délai BODACC.
L’arrêt du 7 octobre 2020, pourvoi n° 19-14.422, rappelle une nuance importante : une action fondée sur l’annulation du contrat ou l’inexécution d’une obligation de faire ne se heurte pas nécessairement à l’interdiction des poursuites lorsqu’elle ne demande ni paiement ni restitution du prix. La Cour relève que les demandes « ne se heurtaient pas à l’interdiction des poursuites » dans le cas jugé. Il ne faut toutefois pas utiliser cette solution pour contourner une déclaration portant sur un remboursement. Consultez le texte intégral de l’arrêt de la Cour de cassation, chambre commerciale, 7 octobre 2020, pourvoi n° 19-14.422.
Pour une commande en ligne, vérifiez également la société contractante indiquée dans les conditions générales et sur la facture. Le service d’achat d’occasion, le site de vente de livres et les magasins peuvent avoir des numéros d’immatriculation différents. Une commande passée sur le site ne doit pas être déclarée contre l’entité d’un magasin uniquement parce que le logo est identique. À l’inverse, le fait que le site reste accessible ne garantit pas que le magasin où vous avez déposé vos livres pourra payer le solde.
Le compte tirelire appelle une qualification précise. Si le crédit correspond au prix de livres déjà rachetés, il s’agit d’une créance de paiement contre l’entité qui a conclu l’opération. Si le crédit est utilisé comme moyen de paiement d’une commande, il peut aussi représenter une somme versée ou un avoir contractuel. Joignez l’historique du compte et précisez si vous demandez un virement, une restitution ou la prise en compte du crédit dans une commande encore exécutable. Ne réclamez pas simultanément la valeur complète au liquidateur et un remboursement bancaire pour la même somme : un double paiement serait contestable.
Pour une carte cadeau, un avoir ou un bon d’achat, la question dépend de l’entité émettrice, des conditions d’utilisation et de la poursuite effective de l’activité. Une carte acceptée par un magasin qui poursuit ses opérations n’est pas identique à un avoir rattaché à une société liquidée. Si l’utilisation est devenue impossible, archivez le numéro de carte, son solde, la date d’achat, le justificatif de paiement et toute réponse de l’enseigne. Déclarez la valeur non utilisée au passif de la bonne société si le jugement et les conditions le justifient.
Pour un rachat de livres encore en attente, adressez au liquidateur une demande principale de restitution lorsque les ouvrages sont individualisables et que la vente n’a pas été définitivement formée. Décrivez les livres par ISBN, titre, auteur, quantité et date de remise. Ajoutez les photographies ou le bordereau. Si les ouvrages ont été contrôlés et acceptés, demandez plutôt l’admission du prix non payé. Lorsque le dossier ne permet pas encore de trancher, présentez les deux hypothèses avec un ordre clair et sans déclarer deux fois le même préjudice.
Les créances nées après le jugement ne suivent pas toujours le même régime. L’article L. 622-17 du Code de commerce prévoit que certaines créances postérieures, nées pour les besoins de la procédure ou en contrepartie d’une prestation fournie pendant cette période, « sont payées à leur échéance ». Un dépôt accepté après le jugement, sur instruction du liquidateur ou dans le cadre d’une poursuite autorisée de l’activité, doit donc être daté et documenté séparément. Ne mélangez pas cette opération avec un lot remis avant le jugement.
À Paris et en Île-de-France, la Librairie de la Place située quai Saint-Michel est l’un des trois établissements cités dans l’actualité du 26 août. Un client parisien peut avoir remis ses livres dans ce magasin, les avoir expédiés au centre logistique ou avoir conclu une opération sur le site. Le lieu de remise ne suffit pas à désigner le liquidateur. Le ticket et le jugement BODACC priment sur l’adresse du magasin.
Vous pouvez effectuer les vérifications à distance : relever la raison sociale, le SIREN, la date de publication, le nom du liquidateur et le canal de déclaration. Si une étude demande des pièces complémentaires, répondez dans le même dossier et conservez la preuve d’envoi. Si un litige sérieux porte sur la propriété de livres, une valeur importante ou un refus d’admission, une analyse des documents par un avocat peut éviter de choisir entre revendication et déclaration de créance sur une base incomplète.
Avant l’envoi, utilisez cette liste de contrôle :
- la bonne société est identifiée par sa raison sociale et son SIREN ;
- le jugement et la publication BODACC ont été retrouvés ;
- le délai de deux mois a été calculé à partir de la publication, et non d’un article de presse ;
- la personne ou l’étude destinataire est bien le liquidateur désigné ;
- la demande distingue paiement, restitution des livres, commande non livrée et avoir ;
- le montant correspond au solde au jour du jugement, avec un calcul lisible ;
- les justificatifs sont numérotés dans un bordereau ;
- la déclaration est datée, signée et certifiée sincère ;
- l’accusé de réception et une copie intégrale du dossier sont conservés.
La liquidation judiciaire ne transforme pas automatiquement chaque client en créancier du même débiteur. Elle impose au contraire de séparer les opérations : livres vendus et validés, livres déposés mais non acceptés, commande payée non livrée, carte cadeau, crédit tirelire et prestation postérieure. Cette qualification est la condition d’une démarche utile et d’une vérification correcte par le liquidateur.
Conclusion
Après la liquidation de trois magasins Gibert, la réaction utile consiste à réunir les preuves avant de contacter la mauvaise entité. Les personnes qui ont vendu des livres doivent retrouver l’offre, le reçu, la validation et le mode de paiement. Si le contrat de rachat était définitivement formé, le prix impayé doit être déclaré au passif de la société concernée. Si les ouvrages sont restés leur propriété et sont encore identifiables, une demande de restitution ou de revendication peut être examinée dans le délai applicable.
Le délai de déclaration court à compter de la publication du jugement au BODACC. Il faut identifier le liquidateur, chiffrer la somme due au jour du jugement, joindre les documents et conserver la preuve de l’envoi. Une commande non livrée, un compte tirelire ou une carte cadeau exigent la même discipline : déterminer l’entité contractante, ne pas confondre l’enseigne avec la société et éviter toute double demande. En cas de doute sur la formation de la vente, la propriété des livres ou le relevé de forclusion, faites analyser le dossier avant l’expiration des délais.
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