Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Transmission d’entreprise familiale : comment transmettre sa société à ses enfants en 2026

Le 11 février 2026, la Cour de cassation a rendu un arrêt de principe qui bouleverse les pratiques patrimoniales de milliers de dirigeants. La chambre commerciale a jugé que les parts sociales d’une SARL ne peuvent faire l’objet d’un don manuel et doivent impérativement être transmises par acte notarié. Cette décision intervient alors que la loi de finances pour 2026 vient de durcir le Pacte Dutreil. L’engagement individuel de conservation passe de quatre à six ans. Pour le chef d’entreprise familiale, ces deux évolutions imposent une remise à plat de la stratégie de transmission. En France, les entreprises familiales représentent plus de trois millions de structures et assurent l’essentiel de l’emploi privé. Leur pérennité dépend pourtant d’opérations juridiques complexes où le moindre formalisme oublié peut coûter plusieurs centaines de milliers d’euros en droits de succession. Les modes de transmission disponibles en 2026, les pièges révélés par la jurisprudence récente et les démarches concrètes pour sécuriser le transfert des parts sociales méritent un examen rigoureux.

Les trois modes de transmission d’une entreprise familiale

Le dirigeant qui souhaite transmettre sa société à ses enfants dispose de trois voies principales. Chacune obéit à des règles de fond et de forme distinctes. Le choix entre donation, succession et cession à titre onéreux détermine la fiscalité applicable, les droits des héritiers et la sécurité juridique de l’opération.

Mode de transmission Formalisme requis Délais Fiscalité applicable Sécurité juridique
Donation de parts Acte authentique obligatoire Libre entre vifs Droits de donation après abattement Élevée si acte notarié
Succession testamentaire ou intestat Délai de déclaration six mois Au décès Droits de succession après abattement Dépend des formalités antérieures
Cession à titre onéreux Acte sous seing privé ou authentique Libre Impôt sur les plus-values éventuel Élevée avec publicité RCS.

Les trois modes obéissent à des règles de fond et de forme distinctes.

La donation entre vifs permet au dirigeant de transmettre ses parts de son vivant. Elle ouvre droit à des abattements légaux renouvelables tous les quinze ans. L’article 931 du Code civil impose toutefois que la donation soit passée devant notaire. Aucune cession à titre gratuit de parts sociales ne peut s’effectuer par simple acte sous seing privé. Le notaire vérifie le consentement des parties. Il contrôle aussi la libre disposition des biens et l’absence de lésion. Les clauses du pacte d’associés et les restrictions statutaires à la cession de parts conditionnent également le choix du mode de transmission. Notre article sur le pacte d’associés et la gestion des conflits détaille les mécanismes de protection des associés.

La succession constitue le mode naturel de transmission au décès. Les parts sociales intègrent l’actif successoral. Les héritiers peuvent alors les conserver, les céder ou demander leur licitation. Le délai de déclaration de succession est de six mois à compter du décès. Le paiement des droits de succession peut être différé dans certaines conditions lorsque l’actif comprend des parts de société.

La cession à titre onéreux entre parents et enfants reste possible. Elle suppose le paiement d’un prix qui peut être étalé ou consenti à crédit. Cette modalité évite les droits de donation ou de succession mais déclenche l’impôt sur les plus-values si la valeur réelle des parts excède leur valeur fiscale. Elle nécessite également le respect des formalités propres à chaque forme sociétaire.

Le don manuel de parts de SARL désormais impossible

L’arrêt du 11 février 2026 de la chambre commerciale met un terme définitif à une pratique répandue. Nombre de dirigeants transmettaient leurs parts de SARL à leurs enfants par simple acte sous seing privé, en s’appuyant sur le formulaire fiscal de don manuel. Cette méthode économique s’avérait juridiquement fragile. La Haute Juridiction l’a désormais condamnée.

Cass. com., 11 février 2026, n° 24-18.103 (décision), motifs : « le don manuel n’a d’existence que par la tradition réelle que fait le donateur de la chose donnée, effectuée dans des conditions telles qu’elle assure la dépossession définitive et irrévocable de celui-ci ».

La Cour a combiné cette exigence avec l’article L. 223-12 du Code de commerce. Les parts de SARL ne constituent pas des titres négociables. Elles ne peuvent donc faire l’objet d’une remise matérielle entre les mains du donataire. La tradition réelle, condition du don manuel, est matériellement impossible à réaliser.

Cass. com., 11 février 2026, n° 24-18.103 (décision), motifs : « il résulte que les parts de sociétés à responsabilité limitée ne peuvent faire l’objet d’un don manuel ».

L’article 931 du Code civil (texte officiel) dispose que « les donations entre vifs ne peuvent être faites que par acte authentique, à peine de nullité, sauf le cas de donation manuelle ». L’article L. 223-12 du Code de commerce (texte officiel) précise quant à lui que « les parts sociales ne sont pas représentées par des titres négociables ».

L’absence d’acte notarié entraîne la nullité absolue de la transmission. L’enfant qui croyait avoir acquis des parts de SARL par don manuel se retrouve dépourvu de tout titre. Les héritiers du défunt peuvent alors réclamer la réintégration des parts dans la succession. La contestation peut également émaner des coassociés ou des créanciers.

Le Pacte Dutreil durci par la loi de finances 2026

Le Pacte Dutreil demeure le principal levier fiscal de transmission d’entreprise familiale. Codifié à l’article 787 B du Code général des impôts, il permet une exonération partielle de droits de mutation à concurrence de soixante-quinze pour cent de la valeur des parts transmises. La loi de finances pour 2026 a modifié plusieurs paramètres de ce dispositif.

L’article 787 B du Code général des impôts (texte officiel) dispose que « sont exonérées de droits de mutation à titre gratuit, à concurrence de 75 % de leur valeur, les parts ou les actions d’une société dont l’activité principale est industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale ».

La première évolution majeure concerne la durée de l’engagement individuel de conservation. Elle passe de quatre à six ans après l’expiration de l’engagement collectif. La durée totale minimale de détention des titres atteint désormais huit ans. Seul le cas de l’engagement collectif réputé acquis permet de maintenir une durée globale de six ans.

La seconde évolution touche le périmètre des biens éligibles. Une liste limitative de biens dits somptuaires est désormais exclue du bénéfice du Pacte Dutreil. Sont visés les véhicules de tourisme, les yachts, les bijoux, les chevaux, les vins et alcools, ainsi que les logements et résidences. Seuls les biens exclusivement affectés à l’activité professionnelle de la société peuvent déroger à cette exclusion.

La jurisprudence récente vient par ailleurs de préciser le moment d’appréciation des conditions d’éligibilité. Dans un arrêt du 17 décembre 2025, la Cour de cassation a confirmé que les conditions s’apprécient au jour du décès. Ce jour constitue le fait générateur de l’impôt, et non la date du dépôt de la déclaration de succession.

Cass. com., 17 décembre 2025, n° 24-17.415 (décision), motifs : « Il appartient au redevable, qui entend bénéficier de l’exonération prévue à l’article 787 B du code général des impôts, de rapporter la preuve que les filiales de la société holding, dont les titres lui ont été transmis, exercent une activité commerciale, industrielle, artisanale, agricole ou libérale au sens de ce texte ».

Cette décision renforce la charge probatoire qui pèse sur les héritiers. Ils doivent démontrer que la société transmise exerçait bien une activité opérationnelle au jour du décès. Une holding animatrice de sociétés civiles immobilières à vocation patrimoniale ne pourra pas prétendre au bénéfice du Pacte Dutreil.

Les pièges de la cession de parts entre parents et enfants

La cession de parts sociales entre parents et enfants, même à titre onéreux, recèle des difficultés souvent sous-estimées. Une formalité oubliée peut permettre aux héritiers du cédant de réclamer ultérieurement la nullité de l’opération. La Cour de cassation a récemment précisé une règle essentielle à ce sujet.

Dans un arrêt du 21 mai 2025, la première chambre civile a jugé que les héritiers du cédant de parts sociales ne sont pas des tiers au sens des règles d’opposabilité. Ils ne peuvent donc se prévaloir du défaut de publication de l’acte de cession pour le voir déclaré inopposable.

Cass. 1re civ., 21 mai 2025, n° 23-10.119 (décision), motifs : « les héritiers du cédant des parts sociales, n’étant pas des tiers, ne pouvaient se prévaloir du défaut de publication de l’acte de cession afin de le voir déclaré inopposable à leur égard ».

Cette solution sécurise les cessions intervivos réalisées dans la famille. Elle ne dispense toutefois pas du respect des formalités internes à la société. Pour approfondir les obligations du cédant et les formalités d’agrément, consultez notre analyse détaillée sur la cession de parts sociales et ses risques juridiques. L’agrément des associés reste requis dans les SARL lorsque les statuts le prévoient. Le transfert sur les registres de la société doit être opéré pour rendre la cession opposable à celle-ci.

Pour sécuriser une transmission familiale de parts sociales, cinq étapes s’imposent :

  1. Vérifier les clauses statutaires relatives à la cession et à l’agrément des nouveaux associés.
  2. Faire réaliser une évaluation indépendante des parts pour déterminer leur valeur réelle.
  3. Rédiger l’acte de cession ou de donation dans les formes requises par la nature de l’opération.
  4. Publier la cession au registre du commerce et des sociétés dans les délais légaux.
  5. Mettre à jour les registres sociaux et informer le commissaire aux comptes le cas échéant.

L’oubli de l’une de ces étapes expose la transmission à une contestation ultérieure. Les cohéritiers du défunt peuvent réclamer l’annulation de l’acte ou le paiement de dommages-intérêts. Les coassociés peuvent invoquer la violation des statuts pour faire déclarer la cession nulle.

La transmission d’entreprise à Paris et en Île-de-France

La région parisienne concentre une part significative des entreprises familiales françaises. La transmission y obéit à des contraintes spécifiques liées à la valeur des fonds de commerce et à la densité du tissu économique. Le notaire parisien chargé de l’acte doit vérifier la situation fiscale réelle de la société transmise. Les droits de mutation s’appliquent sur la valeur vénale des parts, souvent supérieure à la valeur comptable en raison du goodwill et de la clientèle.

Le délai de déclaration de succession reste de six mois. Il peut être porté à douze mois lorsque le défunt est décédé à l’étranger. Le paiement des droits peut être fractionné sur cinq ans lorsque la succession comprend des parts de société. Les héritiers doivent alors fournir une caution bancaire ou hypothécaire.

Les juridictions compétentes en cas de litige sont le tribunal judiciaire de Paris pour les contentieux civils et le tribunal de commerce de Paris pour les difficultés des sociétés. Le délai de prescription des actions en nullité de donation est de cinq ans à compter de l’acte. La preuve de la valeur des parts relève souvent d’une expertise judiciaire.

Questions fréquentes sur la transmission d’entreprise familiale

Puis-je transmettre mes parts de SARL à mes enfants sans passer par un notaire ?

Non. Depuis l’arrêt de la Cour de cassation du 11 février 2026, toute donation de parts de SARL doit impérativement être constatée par acte authentique. Le don manuel est exclu en raison de la nature non négociable de ces parts.

Quelle est la durée totale d’engagement de conservation au Pacte Dutreil en 2026 ?

La durée totale minimale atteint huit ans. Elle se décompose de l’engagement collectif de deux ans et de l’engagement individuel de six ans. Seul l’engagement collectif réputé acquis permet de réduire cette durée globale.

Les héritiers de mon père peuvent-ils contester la cession de ses parts que j’ai reçue en 1994 ?

Non, s’ils ont accepté la succession. La Cour de cassation a jugé que les héritiers du cédant ne sont pas des tiers. Ils ne peuvent invoquer le défaut de publication de la cession pour la déclarer inopposable.

Une holding détenant des SCI peut-elle bénéficier du Pacte Dutreil ?

Non, si les filiales sont purement patrimoniales. La jurisprudence récente exige que la holding anime des filiales exerçant une activité opérationnelle industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale.

Quels biens sont exclus du Pacte Dutreil depuis la loi de finances 2026 ?

Les biens somptuaires non affectés à l’activité professionnelle sont exclus. Il s’agit notamment des véhicules de tourisme, yachts, bijoux, chevaux, vins et alcools, ainsi que les logements et résidences.

Combien de temps ai-je pour déclarer une succession comportant des parts de société ?

Le délai est de six mois à compter du décès. Il peut être porté à douze mois en cas de décès à l’étranger. Le paiement des droits peut être échelonné sur cinq ans sous réserve de caution.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier

Vous envisagez de transmettre votre entreprise familiale et souhaitez sécuriser l’opération ? Notre cabinet accompagne les dirigeants dans la structuration juridique et fiscale de leur transmission. Une consultation téléphonique en 48 heures avec un avocat du cabinet peut vous éviter des erreurs coûteuses.

Contactez-nous au 06 46 60 58 22 ou via notre formulaire en ligne.

Maître Reda Kohen, avocat au Barreau de Paris, intervient à Paris et en Île-de-France pour sécuriser les transmissions de parts sociales, les donations d’entreprise et les stratégies patrimoniales familiales.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».