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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Frais d’agence locataire : quels honoraires sont plafonnés, interdits, remboursables, et comment les contester ?

Le sujet paraît simple.

Il ne l’est pas.

Au moment d’entrer dans un logement, le locataire paie souvent en quelques jours :

  • le premier loyer ;
  • le dépôt de garantie ;
  • parfois un garant ou une assurance ;
  • et, quand une agence intervient, des honoraires qui peuvent vite représenter plusieurs centaines d’euros.

Le problème est que beaucoup de factures mélangent tout :

  • visite ;
  • dossier ;
  • bail ;
  • état des lieux ;
  • publicité ;
  • relances ;
  • quittances ;
  • renouvellement ;
  • ou même des frais qui n’ont rien à faire sur la part locataire.

Le bon sujet n’est donc pas seulement frais d'agence locataire.

Le bon sujet est plus utile :

  • quelles prestations peuvent vraiment être imputées au locataire ;
  • quels plafonds s’appliquent en 2026 ;
  • quels frais restent exclusivement à la charge du bailleur ;
  • quels montants peuvent être remboursés ;
  • et comment construire une contestation qui tient si l’agence ou le bailleur refuse de corriger.

Pour le cadre général du bail d’habitation et du contentieux locatif, il faut repartir de la pillar du cluster. Pour la déclinaison locale, le juge compétent à Paris et en Île-de-France, et les pièces utiles pour obtenir la restitution de frais excessifs, voir aussi la variante géolocalisée : Frais d’agence locataire à Paris et en Île-de-France : quel juge saisir pour récupérer des honoraires excessifs, et quelles pièces produire ?

1. Le locataire ne paie pas “les frais d’agence” en bloc

Le point de départ est l’article 5 de la loi du 6 juillet 1989.

Il pose une règle simple, mais souvent mal appliquée :

  • la rémunération de l’intermédiaire pour la mise en location est en principe à la charge exclusive du bailleur ;
  • seules certaines prestations peuvent être partagées avec le preneur ;
  • et, même pour ces prestations, la part du locataire est plafonnée.

En pratique, les seules prestations classiques qui peuvent être imputées au locataire lors de la mise en location sont :

  • la visite ;
  • la constitution du dossier ;
  • la rédaction du bail ;
  • et l’état des lieux d’entrée.

Tout le reste doit être regardé avec méfiance.

Ce n’est pas parce qu’une ligne figure sur une facture d’agence qu’elle devient automatiquement récupérable sur le locataire.

La logique du texte est inverse.

Il faut d’abord identifier la prestation.

Puis vérifier si elle entre dans la liste fermée.

Puis vérifier si elle respecte les plafonds.

Puis vérifier si le bailleur n’a pas fait supporter au locataire plus que sa propre part.

2. En 2026, les plafonds applicables sont précis

Le droit positif ne se limite plus aux montants historiques de 12, 10, 8 et 3 euros.

Les plafonds ont été révisés. La page officielle Justice.fr sur les frais d’agence à la location d’un logement d’habitation, mise à jour le 12 janvier 2026, renvoie d’ailleurs à l’arrêté du 17 juillet 2025 portant révision des plafonds.

En 2026, pour la visite, le dossier et la rédaction du bail, le maximum imputable au locataire est de :

  • 12,10 € TTC / m² en zone très tendue ;
  • 10,09 € TTC / m² en zone tendue ;
  • 8,07 € TTC / m² en zone non tendue.

Pour l’état des lieux d’entrée amiable et contradictoire, le plafond locataire est de :

  • 3,03 € TTC / m².

Deux limites s’additionnent.

La part du locataire ne peut pas dépasser :

  • la moitié des frais facturés pour la prestation concernée ;
  • ni le plafond calculé au mètre carré.

Autrement dit, même en zone très tendue, l’agence ne peut pas se contenter d’appliquer un barème au mètre carré si cela aboutit à faire payer au locataire plus que la part supportée par le bailleur.

Le contrôle utile se fait donc en trois colonnes :

  • surface habitable ;
  • zone du logement ;
  • montant réellement facturé au bailleur pour la même prestation.

Ce point est décisif à Paris.

Paris est en zone très tendue. Le chiffre de 12,10 € / m² revient donc souvent. Mais ce n’est pas un forfait automatique. C’est un plafond.

3. De nombreux frais restent exclusivement à la charge du propriétaire

La page officielle Justice.fr le rappelle sans ambiguïté : à l’exception des prestations limitativement partageables, les autres frais de mise en location sont entièrement à la charge du propriétaire.

Sont donc, en principe, exclus de la part locataire :

  • la rédaction et la diffusion de l’annonce ;
  • la sélection commerciale des candidats ;
  • les honoraires de gestion locative ;
  • l’envoi des quittances ;
  • les frais de relance ;
  • les frais d’état des lieux de sortie amiable et contradictoire ;
  • les pénalités, frais administratifs, ou frais généraux d’agence sans base textuelle.

Il faut ajouter un point souvent oublié.

L’article 4 de la loi du 6 juillet 1989 répute non écrite la clause qui impose au locataire les frais d’état des lieux de sortie lorsque cet état des lieux n’est pas établi par un commissaire de justice dans le cas prévu par l’article 3-2.

En clair :

  • un état des lieux de sortie amiable avec l’agence ne peut pas être refacturé au locataire ;
  • si une clause du bail le prévoit, cette clause est censée n’avoir jamais existé ;
  • et la somme versée peut donc être discutée en restitution.

Le vrai audit de facture consiste donc moins à vérifier le total qu’à vérifier la nature exacte de chaque ligne.

4. Le moment où les honoraires deviennent dus compte aussi

L’article 5 distingue les moments d’exigibilité.

Pour la visite, le dossier et le bail, les honoraires sont dus à la signature du bail.

Pour l’état des lieux, ils sont dus à compter de la réalisation de la prestation.

Cette distinction est utile en pratique.

Elle permet de repérer :

  • les frais exigés trop tôt ;
  • les frais ajoutés après coup sans prestation identifiable ;
  • ou les doubles facturations, par exemple quand une même prestation apparaît à la signature puis à nouveau sur le premier appel de loyer.

Le locataire a donc intérêt à conserver :

  • l’annonce ;
  • le projet de bail ;
  • la facture détaillée ;
  • le bail signé ;
  • l’état des lieux d’entrée ;
  • le justificatif de paiement ;
  • et, si possible, les échanges où l’agence ventile ses honoraires.

Sans ces pièces, la contestation devient plus abstraite.

Avec elles, le litige se réduit à un calcul.

5. Comment savoir si la facture est illégale ou simplement trop élevée

Le bon test tient en cinq questions.

1. La prestation est-elle partageable ?

Si la ligne concerne l’annonce, la gestion, les relances, la sortie, la commercialisation ou tout autre service non visé par les articles 5 et 3-2, elle n’a pas à être imputée au locataire.

2. La surface habitable retenue est-elle correcte ?

Le calcul se fait sur la surface habitable.

Pas sur la surface “commerciale”.

Pas sur une estimation large.

Pas sur une surface incluant cave, balcon, terrasse ou locaux annexes.

3. La zone a-t-elle été correctement identifiée ?

La différence est concrète.

Un logement en zone très tendue n’obéit pas au même plafond qu’un logement en zone tendue ou non tendue.

4. La part du locataire dépasse-t-elle celle du bailleur ?

Même sous le plafond au mètre carré, la facturation peut être irrégulière si le locataire paie plus que le bailleur pour la même prestation.

5. Une ligne interdit-elle au locataire de discuter un surcoût ?

Si le bail contient une clause imposant des sommes à l’entrée dans les lieux en plus de celles prévues par les articles 5 et 22, ou s’il répercute les frais de sortie amiable, le locataire tient souvent un angle fort de contestation.

Le bon réflexe n’est donc pas de dire “les frais d’agence sont trop chers”.

Le bon réflexe est de dresser un tableau :

  • ligne facturée ;
  • fondement légal invoqué ou absent ;
  • plafond applicable ;
  • montant légal maximal ;
  • somme trop perçue.

6. Le remboursement se construit d’abord par écrit, puis devant le juge si nécessaire

Le premier courrier utile n’est pas un courrier d’humeur.

C’est une demande chiffrée.

Elle doit rappeler :

  • la date de signature du bail ;
  • la surface habitable retenue ;
  • la zone concernée ;
  • le détail des honoraires payés ;
  • le plafond légal applicable ;
  • les lignes manifestement non partageables ;
  • et la somme réclamée en restitution.

En pratique, il faut demander :

  • la facture détaillée ;
  • la ventilation prestation par prestation ;
  • et, si nécessaire, le remboursement du trop-perçu dans un délai déterminé.

Si l’agence refuse, le litige peut ensuite être porté devant le juge.

Le point important est celui-ci : le locataire n’a pas besoin d’attendre qu’un montant énorme se soit accumulé. Une contestation sur quelques centaines d’euros est juridiquement recevable si le calcul est solide.

7. Quel délai pour agir ?

La prudence commande d’agir vite.

L’article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit que les actions dérivant du bail se prescrivent par trois ans à compter du jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d’agir.

Pour un contentieux de frais d’agence, la discussion sur le point de départ peut exister.

Mais, en pratique, le locataire connaît généralement :

  • le montant payé ;
  • la date de signature ;
  • la surface du logement ;
  • et la facture litigieuse

dès l’entrée dans les lieux.

La stratégie la plus sûre est donc simple :

  • ne pas laisser dormir le dossier ;
  • réclamer vite les pièces ;
  • et, si le remboursement n’arrive pas, agir bien avant l’échéance des trois ans.

Plus le temps passe, plus les preuves circulent mal.

Moins il reste de traces, plus l’agence gagne en inertie.

8. Le vrai delta pratique : distinguer entrée, gestion, renouvellement et sortie

Beaucoup de contenus en ligne s’arrêtent à la formule “les frais sont partagés”.

C’est insuffisant.

Le vrai dossier suppose de distinguer quatre temps.

L’entrée dans les lieux

Visite, dossier, bail et état des lieux d’entrée peuvent, sous conditions, être partagés.

La gestion courante

Les honoraires de gestion locative restent au propriétaire. L’agence ne peut pas les recycler sur le locataire sous un autre intitulé.

Le renouvellement

La page officielle Justice.fr rappelle une nuance utile : lorsqu’au renouvellement du bail un nouveau bail est rédigé dans certaines hypothèses particulières, la part du locataire peut à nouveau être plafonnée selon les mêmes règles. Ce n’est donc pas un blanc-seing général, mais ce n’est pas non plus toujours interdit par principe.

La sortie

L’état des lieux de sortie amiable et contradictoire ne doit pas être facturé au locataire. La clause contraire est réputée non écrite.

Cette séparation change la lecture d’un dossier.

Elle permet d’éviter deux erreurs fréquentes :

  • croire que tout ce qui est “agence” est illicite ;
  • croire, à l’inverse, que toute facture d’agence est automatiquement valable.

Le contentieux utile se situe entre ces deux excès.

9. Ce qu’il faut faire, concrètement

Si vous êtes locataire et que la facture vous paraît anormale :

  1. récupérez le bail, la facture, l’état des lieux d’entrée et la surface habitable ;
  2. identifiez la zone du logement ;
  3. recalculer le plafond applicable ;
  4. isolez les lignes non partageables ;
  5. réclamez par écrit la ventilation et le remboursement du trop-perçu ;
  6. si rien ne bouge, préparez une saisine contentieuse avec un tableau de calcul propre.

Si vous êtes bailleur ou agence et que vous voulez sécuriser la facturation :

  1. distinguez strictement les prestations partageables et celles qui ne le sont pas ;
  2. vérifiez la surface habitable retenue ;
  3. appliquez les plafonds 2026, pas un ancien barème ;
  4. ne facturez jamais la sortie amiable au locataire ;
  5. et conservez un décompte intelligible, parce que le litige se gagnera sur la ventilation.

Le sujet frais d'agence locataire n’est donc pas un simple sujet de calcul.

C’est un sujet de qualification, de preuve et de remboursement.

Et, comme souvent en bail d’habitation, les dossiers se renversent sur une ligne mal intitulée ou un plafond mal appliqué.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».