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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
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Tempête Boelo à Paris : coupure d’électricité, marchandises perdues, qui paie et comment contester (2026)

La tempête Boelo balaie la France ce 24 octobre 2026 avec des rafales violentes, des vigilances vents forts et des coupures d’électricité signalées par les internautes, notamment en Île-de-France avec des recherches en forte hausse sur les coupures de courant à Paris et la situation du réseau. Pour un commerçant parisien, la coupure ne se résume pas à baisser le rideau quelques heures : les chambres froides s’arrêtent, la chaîne du froid se rompt, les denrées périssables deviennent invendables et les commandes du week-end ne peuvent ni être préparées ni être livrées. Qui paie les marchandises perdues, comment déclencher l’assurance, que répondre aux clients qui réclament des pénalités de retard, et contre qui se retourner si le courant met des jours à revenir : cet article donne la méthode complète, textes et décisions à l’appui, pour les entreprises parisiennes et franciliennes touchées par la tempête.

I. Faire payer l’assurance après la coupure d’électricité : tempête, denrées perdues et perte d’exploitation

Le premier réflexe du commerçant privé de courant consiste à regarder sa police d’assurance : la loi impose une garantie contre les effets du vent des tempêtes dans les assurances de biens, et le contrat multirisque peut ajouter une garantie des pertes d’exploitation. Encore faut-il déclarer vite, chiffrer juste et lire les exclusions avant de les subir.

A. Déclencher la garantie tempête et chiffrer les marchandises perdues

Les contrats d’assurance qui garantissent les dommages d’incendie ou tous autres dommages à des biens situés en France couvrent obligatoirement les effets du vent des tempêtes. Le texte applicable dispose que ces contrats « ouvrent droit à la garantie de l’assuré contre les effets du vent dû aux tempêtes, ouragans et cyclones, sur les biens faisant l’objet de tels contrats » (article L122-7 du code des assurances). Concrètement, les dégâts matériels directement causés par le vent — enseigne arrachée, vitrine brisée, toiture endommagée — relèvent de cette garantie légale, avec les franchises, plafonds et vétusté prévus au contrat. Pour les denrées périssables perdues à cause de l’arrêt des installations frigorifiques pendant la coupure, le raisonnement se fait en deux temps : la coupure elle-même résulte de la tempête, et la perte des stocks résulte de la coupure. L’assureur n’est tenu que dans les limites de la police : « Les pertes et les dommages occasionnés par des cas fortuits ou causés par la faute de l’assuré sont à la charge de l’assureur, sauf exclusion formelle et limitée contenue dans la police » (article L113-1 du code des assurances). Tout le travail de lecture porte donc sur les mots « formelle et limitée » : une clause qui exclurait les denrées périssables ou les conséquences indirectes des coupures de courant ne peut être opposée que si elle désigne précisément ce qu’elle exclut, sans exiger du lecteur une interprétation.

Le chiffrage des marchandises perdues obéit à une règle d’indemnité, pas à une règle d’enrichissement : « L’assurance relative aux biens est un contrat d’indemnité ; l’indemnité due par l’assureur à l’assuré ne peut pas dépasser le montant de la valeur de la chose assurée au moment du sinistre » (article L121-1 du code des assurances). Le commerçant établit donc la valeur des stocks au jour de la coupure : factures d’achat des lots concernés, inventaire daté, relevés de température des enceintes frigorifiques quand l’équipement les enregistre, photographies des denrées jetées avec leurs dates limites, bons d’enlèvement par l’équarrisseur ou bordereaux de destruction. Les tickets de caisse des semaines précédentes et les marges habituelles servent ensuite à chiffrer la perte d’exploitation — le bénéfice que l’activité aurait produit sans la coupure — mais seulement si la police comporte une garantie pertes d’exploitation, qui est facultative et souvent subordonnée à un dommage matériel garanti. Sans garantie pertes d’exploitation, l’assureur indemnise les biens détruits dans la limite de leur valeur, sans compenser le chiffre d’affaires manqué : relire ce point du contrat avant d’annoncer un montant à l’expert conditionne toute la suite.

La déclaration de sinistre ne supporte aucun retard. La loi impose à l’assuré « De donner avis à l’assureur, dès qu’il en a eu connaissance et au plus tard dans le délai fixé par le contrat, de tout sinistre de nature à entraîner la garantie de l’assureur. Ce délai ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés » (article L113-2 du code des assurances). Le commerçant parisien touché par Boelo déclare donc dans les cinq jours ouvrés au plus tard, par lettre recommandée ou par envoi recommandé électronique, avec un dossier déjà structuré : numéro de contrat, date et heure de début et de fin de la coupure attestées par les messages du gestionnaire de réseau, captures des alertes de vigilance de Météo-France, inventaire des pertes, factures et photographies. Quand la police prévoit une déchéance pour déclaration tardive, elle ne peut jouer que si le contrat la stipule par une clause expresse, et l’assureur doit établir le préjudice que le retard lui a causé : déclarer vite et par écrit neutralise ce débat avant qu’il naisse. Un lecteur pressé retiendra l’ordre des opérations : sécuriser les lieux et les personnes, photographier avant de jeter, conserver un échantillon des relevés, déclarer par écrit dans les cinq jours ouvrés, puis chiffrer avec les factures d’achat et non avec le prix de revente espéré.

B. Contester un refus d’indemnisation ou une indemnité réduite

Les refus opposés après une tempête suivent des modèles récurrents : l’assureur soutient que la coupure de courant n’est pas un dommage direct du vent, que les denrées périssables sont exclues, que la garantie pertes d’exploitation exigeait un dommage matériel au local lui-même, ou que la déclaration est arrivée trop tard. Chacun de ces motifs se contrôle par la lecture du contrat, et la jurisprudence donne au commerçant des armes précises contre les exclusions floues. La Cour de cassation a jugé, au visa de l’article L113-1 du code des assurances, que « seules les clauses d’exclusion de garantie qui privent l’assuré du bénéfice de la garantie en considération de circonstances particulières de la réalisation du risque doivent être formelles et limitées » et qu’« Une clause d’exclusion n’est pas formelle lorsqu’elle ne se réfère pas à des critères précis et nécessite interprétation » (Cass. 2e civ., 1er décembre 2022, pourvoi n° 21-19.343). Dans cette affaire, un restaurateur demandait la garantie de ses pertes d’exploitation après des fermetures administratives, et la Cour a cassé l’arrêt qui lui donnait raison, au motif que la clause d’exclusion litigieuse devait être appréciée à cette aune stricte : l’enseignement vaut dans les deux sens. Quand l’exclusion invoquée contre le commerçant renvoie à des notions non définies au contrat — par exemple une « coupure indirecte », un « défaut d’alimentation externe » ou un « vice propre des marchandises » sans définition —, le commerçant peut soutenir qu’elle nécessite une interprétation et qu’elle n’est donc pas formelle. À l’inverse, une exclusion qui vise expressément les denrées périssables perdues par suite d’une coupure d’alimentation électrique, quelle qu’en soit la cause, a de fortes chances d’être jugée formelle et limitée : dans ce cas, la contestation doit se déplacer vers la preuve que les conditions de l’exclusion ne sont pas réunies, par exemple parce que les groupes de secours imposés par le règlement ont fonctionné ou parce que la coupure provient d’un dommage direct au branchement de l’immeuble.

La contestation suit un ordre gradué dont chaque étape laisse une trace écrite. D’abord, exiger par écrit les motifs précis du refus avec la reproduction littérale des clauses invoquées et le décompte détaillé de l’indemnité proposée, franchise et vétusté comprises : un refus standard sans référence aux stipulations exactes ne permet pas de répondre et prépare mal la suite pour l’assureur lui-même. Ensuite, répondre point par point en joignant les pièces qui manquaient — relevés de température, attestations du gestionnaire de réseau sur les horaires de coupure, factures d’achat, constats d’huissier ou de commissaire de justice établis pendant la coupure — et rappeler que l’indemnité des biens ne peut dépasser leur valeur au jour du sinistre, ce qui rend crédible un chiffrage appuyé sur des factures plutôt que sur des estimations. Puis saisir le médiateur de l’assurance, gratuitement, après l’épuisement du recours interne : la médiation suspend les positions et produit souvent une proposition chiffrée. Enfin, assigner devant le tribunal judiciaire de Paris pour les litiges d’assurance des commerçants parisiens, en gardant à l’esprit le délai de prescription : « Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer » (article 2224 du code civil). Ce délai de cinq ans court à compter de la connaissance des faits permettant d’agir, ce qui, pour un refus d’indemnisation, s’apprécie au jour où l’assureur a notifié sa position définitive ; attendre la dernière année pour agir expose à des débats inutiles sur le point de départ, alors qu’une assignation préparée tôt, avec un dossier complet, pèse aussi dans la négociation. Une erreur fréquente consiste à jeter les marchandises sans preuve puis à réclamer sur la base d’un inventaire reconstitué : sans photographies, sans relevés et sans bordereau de destruction, l’expert conteste les quantités et le juge suit l’expert.

II. Gérer les commandes impossibles et les recours : force majeure et responsabilités

Le commerçant privé de courant pendant Boelo n’est pas seulement une victime qui réclame : il est aussi un débiteur qui n’honore pas ses propres engagements. Les clients du week-end attendent leurs commandes, les fournisseurs réclament le paiement de livraisons que le commerçant refuse parce que ses réserves sont détruites, et chacun menace de pénalités. La force majeure organise la sortie de cet étau, à condition de la notifier vite et de la prouver par des éléments extérieurs.

A. Invoquer la force majeure face aux clients et aux fournisseurs

La définition légale tient en trois caractères cumulatifs : « Il y a force majeure en matière contractuelle lorsqu’un événement échappant au contrôle du débiteur, qui ne pouvait être raisonnablement prévu lors de la conclusion du contrat et dont les effets ne peuvent être évités par des mesures appropriées, empêche l’exécution de son obligation par le débiteur » (article 1218 du code civil). La tempête Boelo, annoncée par les vigilances de Météo-France mais d’une violence qui prive des quartiers entiers d’électricité pendant des heures, se prête à cette grille : extérieure au commerçant, imprévisible dans son ampleur locale au jour de la commande, irrésistible dès lors que le courant ne peut être remplacé par des mesures appropriées — un groupe électrogène de secours ne s’improvise pas pour une boulangerie parisienne et son coût ne rend pas son absence fautive. La jurisprudence locale applique strictement ces critères aux tempêtes : le tribunal judiciaire de Toulon, par jugement du 2 octobre 2025 (RG n° 23/06968), a retenu la force majeure pour l’épisode violent et extrêmement rapide survenu en Corse le 18 août 2022, documenté par les relevés météorologiques, et a constaté la résolution des contrats en cause. Le tribunal a vérifié que le phénomène était exceptionnel au regard de ce à quoi l’on peut s’attendre dans la région concernée, condition classique de l’imprévisibilité d’une tempête. Le commerçant parisien prépare le même dossier : bulletins de vigilance couvrant Paris et la petite couronne aux dates exactes de la coupure, attestations d’interruption du gestionnaire de réseau, relevés des rafales quand ils sont publiés, arrêté de catastrophe naturelle si la commune est reconnue en cet état pour l’événement. Plus la documentation officielle est précise sur l’intensité anormale du phénomène à Paris, moins le client peut soutenir qu’il s’agissait d’un simple coup de vent parisien ordinaire.

Les effets de la force majeure dépendent de la durée de l’empêchement, et le texte distingue soigneusement les deux hypothèses : « Si l’empêchement est temporaire, l’exécution de l’obligation est suspendue à moins que le retard qui en résulterait ne justifie la résolution du contrat. Si l’empêchement est définitif, le contrat est résolu de plein droit et les parties sont libérées de leurs obligations dans les conditions prévues aux articles 1351 et 1351-1 » (article 1218 du code civil). Pour une coupure de quelques heures, l’obligation de livrer est suspendue : le commerçant propose un nouveau délai raisonnable, sans pénalités de retard, puisque « Le débiteur est condamné, s’il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l’inexécution de l’obligation, soit à raison du retard dans l’exécution, s’il ne justifie pas que l’exécution a été empêchée par la force majeure » (article 1231-1 du code civil). Pour des denrées périssables devenues impropres à la consommation, l’empêchement est définitif : « L’impossibilité d’exécuter la prestation libère le débiteur à due concurrence lorsqu’elle procède d’un cas de force majeure et qu’elle est définitive, à moins qu’il n’ait convenu de s’en charger ou qu’il ait été préalablement mis en demeure » (article 1351 du code civil). La réserve finale de ce texte mérite une lecture attentive : le commerçant qui aurait contractuellement garanti la livraison même en cas de coupure de courant ou qui était déjà en demeure de livrer avant la tempête ne peut pas s’abriter derrière Boelo. D’où la méthode : vérifier si une mise en demeure antérieure existe, relire les clauses de garantie de résultat du bon de commande, puis notifier par écrit au client la suspension ou la résolution en visant expressément la force majeure, avec les pièces météorologiques et les attestations de coupure jointes. La notification écrite immédiate n’est pas une politesse : elle fige la date à laquelle le client a connu l’empêchement et prive d’effet les mises en demeure qu’il adresserait ensuite pour la période couverte. Symétriquement, face à un fournisseur qui exige le paiement de marchandises livrées juste avant la tempête et devenues inutilisables, la coupure ne libère pas du prix : la force majeure n’efface pas les dettes nées avant elle, elle ouvre seulement la discussion sur les délais et, pour les commandes à venir devenues sans objet, sur la résolution des livraisons non encore exécutées.

B. Agir contre le gestionnaire de réseau et sécuriser la reprise à Paris et en Île-de-France

Quand la coupure se prolonge au-delà de quelques heures, le commerçant s’interroge sur la responsabilité du gestionnaire du réseau de distribution d’électricité : la loi lui confie l’exploitation du réseau, puisqu’il est chargé « D’exploiter ces réseaux et d’en assurer l’entretien et la maintenance » (article L322-8 du code de l’énergie). Cette mission d’exploitation et d’entretien ne signifie pas une garantie absolue de continuité en pleine tempête : le gestionnaire peut lui-même invoquer la force majeure quand l’ampleur du phénomène rend la réalimentation impossible malgré des moyens adaptés. Le recours n’est donc crédible que dans des configurations précises — un poste ou une ligne dont l’entretien était manifestement négligé, un quartier réalimenté avec plusieurs jours de retard sans explication technique, une surtension à la reprise qui détruit les équipements — et il exige des preuves que le commerçant doit réunir pendant l’événement : horodatage du début et de la fin de la coupure rue par rue, échanges écrits avec le service dépannage, constats des dégâts à la reprise, devis de réparation des appareils grillés. La réclamation s’adresse d’abord par écrit au gestionnaire, avec le dossier chiffré, puis au médiateur national de l’énergie pour les différends qui persistent ; l’action judiciaire relève ensuite du tribunal compétent pour Paris, en visant la faute d’exploitation ou de maintenance alléguée et en démontrant le lien direct avec chaque poste de préjudice. Une assignation qui se bornerait à affirmer que le courant aurait dû revenir plus tôt, sans pièce technique sur l’état du réseau ni sur les moyens déployés, expose le commerçant à perdre son procès après avoir déjà perdu ses stocks : le recours contre le réseau se prépare comme un dossier d’expertise, pas comme une lettre de mécontentement.

À Paris et en Île-de-France, la reprise s’organise sur trois plans concrets. D’abord, les salariés : quand la boutique reste fermée parce que le courant n’est pas revenu ou que les denrées sont détruites, l’employeur peut recourir à l’activité partielle, car « L’employeur peut placer ses salariés en position d’activité partielle lorsque l’entreprise est contrainte de réduire ou de suspendre temporairement son activité pour l’un des motifs suivants », parmi lesquels « Un sinistre ou des intempéries de caractère exceptionnel » (article R5122-1 du code du travail). La demande s’effectue auprès de l’autorité administrative et suppose de caractériser le caractère exceptionnel des intempéries, ce que les vigilances et les coupures massives documentent directement. Ensuite, les juridictions : les litiges d’assurance des commerçants parisiens relèvent du tribunal judiciaire de Paris, les différends entre commerçants du tribunal de commerce de Paris, et les constats urgents pendant la coupure peuvent être ordonnés en référé, ce qui suppose un dossier déjà constitué avec les attestations du gestionnaire de réseau et les relevés de vigilance. Enfin, la trésorerie : les lecteurs qui ont suivi le sort des commerces fermés lors du précédent épisode de tempête retrouveront la méthode applicable aux salariés et aux loyers dans notre analyse des recours du commerçant contraint de fermer sa boutique, qui complète utilement le présent article sur le volet des stocks et de l’assurance. Concrètement, le commerçant francilien prévient sa banque avec les mêmes pièces que l’assureur, demande l’étalement des échéances du mois de la tempête, et conserve chaque échange écrit : en cas de litige ultérieur sur un découvert ou un impayé, la tempête documentée vaut explication, jamais excuse automatique.

Conclusion

La tempête Boelo ne paie pas d’elle-même : elle ouvre des droits que seul un dossier rigoureux transforme en indemnités. Le commerçant parisien déclare le sinistre par écrit dans les cinq jours ouvrés, chiffre ses marchandises à leur valeur au jour de la coupure, traque les exclusions floues à l’aune de l’exigence de clauses formelles et limitées, notifie la force majeure à ses clients avant de recevoir leurs mises en demeure, et ne poursuit le gestionnaire de réseau que sur une faute d’exploitation documentée. Chaque étape repose sur des écrits — attestations de coupure, relevés de vigilance, photographies, factures, échanges recommandés — et chaque délai se compte à partir d’un texte précis. Constitué ainsi, le dossier tient devant l’expert, devant le médiateur et devant le juge ; improvisé, il laisse le commerçant payer deux fois, une fois ses stocks, une fois ses clients. Le commerçant qui documente l’intensité anormale du phénomène à Paris, conserve ses factures d’achat et écrit à chaque interlocuteur dans les délais que son contrat et la loi fixent se donne les moyens d’être indemnisé de ses stocks, dispensé de pénalités envers ses clients et entendu par le juge en cas de litige persistant.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».