Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Article généré par une intelligence artificielle, selon un processus conçu et contrôlé par le cabinet

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Tempête Austen en France : toiture arrachée, expertise d’assurance qui minimise, comment contester et obtenir l’indemnisation

Dans la nuit du 21 au 22 octobre 2026, la tempête Austen a traversé la France d’ouest en est avec des rafales annoncées jusqu’à 130 km/h sur le littoral, des creux de 8 mètres signalés au large de la Charente-Maritime et des perturbations du trafic ferroviaire sur plusieurs axes. La Chaîne Météo décrivait dès le 21 octobre le retour de la pluie et du vent par l’ouest avant l’arrivée de la tempête, Le Figaro évoquait une véritable bombe météorologique et Sud Ouest invitait déjà les plaisanciers de l’île de Ré à rester à quai. Pour des dizaines de milliers de propriétaires, ce type d’épisode se traduit le lendemain matin par le même spectacle : des tuiles au sol, une rive en zinc arrachée, un chevron brisé, des auréoles au plafond de deux chambres et parfois une toiture éventrée qui laisse entrer la pluie. La question qui se pose alors n’est pas météorologique mais juridique : quelle garantie de l’assurance habitation prend en charge la toiture arrachée par la tempête Austen en France, dans quels délais faut-il déclarer le sinistre et comment réagir lorsque l’expertise de l’assureur minimise les désordres. Cet article décrit, à partir des textes en vigueur lus sur Légifrance et de décisions rendues par les juridictions françaises, le partage entre garantie tempête et garantie catastrophe naturelle, les délais de déclaration et d’indemnisation qui s’imposent à l’assureur comme à l’assuré, puis les moyens concrets de contester une expertise insuffisante, y compris en copropriété et face au voisin dont l’arbre ou la cheminée a chuté sur votre toit.

I. Tempête Austen en France : toiture arrachée et infiltrations, quelle garantie d’assurance joue ?

A. Garantie tempête de l’assurance habitation : toiture arrachée par le vent en France, que couvre le contrat ?

Le premier réflexe du propriétaire dont la toiture a été arrachée par la tempête Austen consiste à relire son contrat multirisques habitation. La loi impose en effet aux contrats d’assurance qui garantissent les dommages d’incendie ou tous autres dommages à des biens situés en France d’ouvrir droit à la garantie de l’assuré contre les effets du vent dû aux tempêtes, ouragans et cyclones, ainsi que le prévoit l’article L122-7 du code des assurances, qui dispose qu’ils « ouvrent droit à la garantie de l’assuré contre les effets du vent dû aux tempêtes, ouragans et cyclones, sur les biens faisant l’objet de tels contrats ». Concrètement, dès lors que votre maison est couverte contre l’incendie, elle est couverte contre le vent de tempête, sans qu’il soit nécessaire d’avoir souscrit une option spéciale. Cette automaticité protège une grande partie des propriétaires sinistrés de la tempête Austen : la garantie tempête fait partie du socle du contrat, avec ses limites de franchise, de plafond et de vétusté fixées par les conditions générales et particulières.

La garantie tempête couvre d’abord l’action directe du vent sur le bâtiment : tuiles et ardoises envolées, faîtage déplacé, rive en zinc arrachée, chevron brisé, souche de cheminée basculée, Velux arraché, gouttières et boîtes à eaux tordues par les bourrasques. Elle couvre ensuite les conséquences de cette ouverture du toit aux éléments, ce que les contrats appellent les dommages de mouille : la pluie qui pénètre à l’intérieur des bâtiments endommagés par le vent et détériore les plafonds, les papiers peints, l’isolation, les parquets et le mobilier. Un jugement du tribunal judiciaire de Nanterre rendu le 17 avril 2026 illustre exactement cette configuration : l’expert amiable mandaté par l’assureur y constatait que « Le sinistre est consécutif à l’action de forts vents accompagnés de pluies orageuses ayant provoqué des dommages en couverture et des infiltrations dans deux chambres », avec une bande de rive en zinc et un chevron endommagés par l’action du vent et la projection de branches d’arbres. Le tribunal a condamné l’assureur à verser 12 507 euros au titre de la garantie tempête du contrat, en sus des sommes déjà versées, dès lors que l’expert avait lui-même reconnu le caractère mobilisable de cette garantie et chiffré l’ensemble des dommages, échafaudage, remaniage de couverture, remplacement des boîtes à eaux et gouttières, reprise de la noue et remplacement du papier peint de deux chambres.

Trois limites doivent être connues avant de chiffrer une réclamation après la tempête Austen. D’abord, les contrats prévoient presque toujours une condition d’intensité : la garantie joue lorsque le vent a occasionné des dommages dans la commune où se trouvent les biens assurés ou dans les communes avoisinantes, ce qui se prouve par une attestation de la station Météo-France la plus proche, des coupures de presse ou le certificat d’intempérie. Ensuite, l’indemnité reste un contrat d’indemnité : l’article L121-1 du code des assurances rappelle que « L’assurance relative aux biens est un contrat d’indemnité ; l’indemnité due par l’assureur à l’assuré ne peut pas dépasser le montant de la valeur de la chose assurée au moment du sinistre », avec application de la vétusté prévue au contrat et de la franchise tempête. Enfin, les biens extérieurs non couverts par le contrat incendie de base, comme les clôtures légères, les aménagements de jardin ou certains abris non déclarés, peuvent être exclus : la lecture des conditions particulières s’impose ligne à ligne, car l’article 1103 du code civil énonce que « Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits ».

Le cas particulier des vents cycloniques les plus violents mérite une mention. Lorsque les vents maximaux de surface enregistrés ou estimés sur la zone sinistrée ont atteint ou dépassé 145 km/h en moyenne sur dix minutes ou 215 km/h en rafales, les dommages relèvent non plus de la garantie tempête mais du régime des catastrophes naturelles, selon le même article L122-7. Avec des rafales annoncées autour de 130 km/h sur le littoral lors de la tempête Austen, la plupart des sinistres de toiture resteront traités sous la garantie tempête classique, sauf poches locales de vents extrêmes documentées par Météo-France. Cette distinction importe car les deux régimes n’obéissent ni aux mêmes délais ni aux mêmes franchises : qualifier correctement le sinistre dès la déclaration conditionne toute la suite de la procédure d’indemnisation.

B. Catastrophe naturelle après la tempête Austen : arrêté interministériel, zones et dommages couverts, comment vérifier ?

La garantie catastrophe naturelle ne se déclenche pas par la seule violence du vent : elle suppose un acte administratif précis, l’arrêté interministériel de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle. L’article L125-1 du code des assurances définit son champ en énonçant que « Sont considérés comme les effets des catastrophes naturelles, au sens du présent chapitre, les dommages matériels directs non assurables ayant eu pour cause déterminante l’intensité anormale d’un agent naturel », et il ajoute que « L’état de catastrophe naturelle est constaté par arrêté interministériel qui détermine les zones et les périodes où s’est située la catastrophe ainsi que la nature des dommages résultant de celle-ci couverts par la garantie visée au premier alinéa du présent article ». Trois conséquences pratiques découlent de ce texte pour les sinistrés de la tempête Austen. Premièrement, sans arrêté publié au Journal officiel visant votre commune, la garantie catastrophe naturelle ne peut pas être mobilisée, même si les dégâts sont considérables. Deuxièmement, l’arrêté vise une nature de dommages précise, par exemple inondations et coulées de boue, mouvements de terrain ou sécheresse : votre désordre doit correspondre à cette nature. Troisièmement, l’arrêté vise une période précise : votre sinistre doit s’être produit dans cette fenêtre.

Le tribunal judiciaire de Nanterre, dans son jugement du 17 avril 2026 déjà cité, a appliqué cette grille avec rigueur. L’assuré, dont la toiture avait été endommagée par des vents violents dans la nuit du 19 au 20 juin 2021, réclamait près de 28 700 euros au titre de la garantie catastrophe naturelle en se prévalant d’un arrêté du 30 juin 2021. Le tribunal a relevé qu’il résultait de cet arrêté que l’état de catastrophe naturelle avait été reconnu pour la commune concernée pour les inondations et coulées de boue survenues du 19 au 20 juin 2021, puis il a jugé que le demandeur ne démontrait pas que les dommages allégués avaient été causés par le risque reconnu, dès lors qu’aucune coulée de boue n’était évoquée et que le lien de causalité entre la toiture endommagée et l’inondation alléguée n’était pas démontré. La demande fondée sur la catastrophe naturelle a donc été rejetée, tandis que la garantie tempête était accueillie à hauteur de 12 507 euros. L’enseignement pour la tempête Austen est direct : si votre toiture a été arrachée par le vent mais que l’arrêté à venir ne vise que les inondations, votre dossier relève de la garantie tempête et toute la démonstration doit être orientée en ce sens, avec les preuves de l’action du vent plutôt que celles de la montée des eaux.

La Cour de cassation a durci encore l’exigence de démonstration dans un arrêt de la deuxième chambre civile du 12 février 2026, pourvoi numéro 24-15.504. Visant l’article L125-1 du code des assurances, la Cour rappelle que « sont considérés comme les effets des catastrophes naturelles les dommages matériels directs non assurables ayant eu pour cause déterminante l’intensité anormale d’un agent naturel, lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir ces dommages n’ont pu empêcher leur survenance ou n’ont pu être prises », puis elle casse l’arrêt d’appel qui avait condamné l’assureur sans vérification complémentaire, en jugeant que « En se déterminant ainsi, sans rechercher si les mesures habituelles pour prévenir ces dommages avaient effectivement été prises, ou si, l’ayant été, n’avaient pu empêcher leur survenance, la cour d’appel n’a pas donné de base légale à sa décision ». Autrement dit, même avec un arrêté en main, l’assuré doit établir le rôle causal déterminant de l’agent naturel et l’assureur peut discuter l’entretien du bâtiment : une toiture déjà en fin de vie, des gouttières jamais curées ou des tuiles descellées de longue date fragilisent la réclamation. Après la tempête Austen, conservez donc les factures d’entretien de la toiture, les diagnostics et les photographies antérieures si vous en disposez, car elles répondent par avance à l’objection de vétusté ou de défaut d’entretien.

Sur le plan procédural, la publication de l’arrêté obéit elle-même à des délais que le même article L125-1 encadre : « L’arrêté doit être publié au Journal officiel dans un délai de deux mois à compter du dépôt des demandes à la préfecture », avec une prolongation possible lorsque les enquêtes du représentant de l’État dans le département dépassent deux mois. En pratique, les arrêtés consécutifs à une tempête d’ampleur nationale paraissent souvent plusieurs semaines après l’événement, par vagues et commune par commune. Le propriétaire avisé ne reste pas inactif pendant ce temps : il déclare son sinistre au titre de la garantie tempête dans le délai contractuel, suit la publication des arrêtés sur le site du Journal officiel et auprès de sa mairie, puis ajuste le fondement de sa réclamation si un arrêté couvrant la nature exacte de ses dommages vient à paraître. Les contrats d’assurance comportent d’ailleurs des clauses types réputées écrites : l’article L125-3 du code des assurances précise que « Les contrats mentionnés à l’article L. 125-1 sont réputés, nonobstant toute disposition contraire, contenir une telle clause », de sorte qu’aucune exclusion contractuelle ne peut priver l’assuré de la garantie catastrophe naturelle lorsque les conditions légales sont réunies.

II. Tempête Austen : toiture endommagée en France, comment déclarer le sinistre et contester l’expertise ?

A. Déclarer le sinistre tempête dans les délais : cinq jours ouvrés, trente jours et preuves à réunir

La déclaration de sinistre est l’acte qui fait courir les obligations de l’assureur, et sa tardiveté reste l’une des premières causes d’indemnisation réduite ou refusée. L’article L113-2 du code des assurances impose à l’assuré « De donner avis à l’assureur, dès qu’il en a eu connaissance et au plus tard dans le délai fixé par le contrat, de tout sinistre de nature à entraîner la garantie de l’assureur. Ce délai ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés ». Concrètement, après la tempête Austen, le propriétaire qui découvre sa toiture arrachée le 22 octobre 2026 doit adresser sa déclaration au plus vite, par lettre recommandée ou par tout moyen prévu au contrat comme l’espace client en ligne avec accusé de réception, et au minimum dans les cinq jours ouvrés, soit avant la fin de la semaine suivante compte tenu du week-end. Lorsque le contrat prévoit un délai plus long, par exemple dix jours, ce délai contractuel s’applique. La déchéance pour déclaration tardive ne peut toutefois être opposée que si elle est prévue par une clause du contrat et si l’assureur établit que le retard lui a causé un préjudice, et elle ne peut jamais être opposée lorsque le retard est dû à un cas fortuit ou à la force majeure, selon le même article L113-2. Un propriétaire hospitalisé après la chute d’une tuile ou isolé sans réseau pendant plusieurs jours dispose donc d’une porte de sortie, à condition de documenter l’empêchement.

Si un arrêté de catastrophe naturelle est publié pour votre commune et couvre la nature de vos dommages, un second délai entre en jeu. L’article L125-2 du code des assurances prévoit que les contrats sont réputés inclure une clause obligeant l’assuré à déclarer le sinistre « dès qu’il en a eu connaissance, et au plus tard trente jours après la publication de l’arrêté de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle ». Ce délai de trente jours court à compter de la publication au Journal officiel, et non de la tempête elle-même : un propriétaire qui aurait manqué le délai de cinq jours de la garantie tempête peut donc encore sauver sa réclamation catastrophe naturelle s’il déclare dans les trente jours de l’arrêté. En pratique, la prudence commande de déclarer deux fois : une première déclaration immédiate au titre de la garantie tempête, avec description des vents, des tuiles envolées et des infiltrations, puis, dès parution d’un arrêté visant votre commune et la nature de vos dommages, un courrier complémentaire qui invoque expressément la garantie catastrophe naturelle en citant la référence et la date de l’arrêté. Chaque envoi doit être conservé avec sa preuve de dépôt, car la charge de la preuve de la déclaration pèse sur l’assuré.

Le contenu de la déclaration détermine la qualité de l’expertise qui suivra. L’article 1353 du code civil pose que « Celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver. Réciproquement, celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation » : c’est donc à vous d’établir la réalité, la date et l’étendue des désordres. Photographiez la toiture sous plusieurs angles avant toute bâche de protection, filmez les infiltrations en cours avec un journal du jour visible si possible, conservez les tuiles tombées, les morceaux de zinc et les branches projetées, relevez les témoignages écrits des voisins qui ont vu les ardoises s’envoler, et téléchargez le bulletin de la station Météo-France la plus proche attestant des rafales relevées le jour des faits. Faites établir sans attendre un devis détaillé par un couvreur, poste par poste : mise en sécurité et bâchage, location d’échafaudage, remaniage de la couverture au mètre carré, remplacement des gouttières et boîtes à eaux, reprise de noue, dépose et remplacement des rives et chevrons, réfection des plafonds et peintures détrempés. Adressez à l’assureur cet état estimatif chiffré, car c’est lui qui fera courir le délai d’indemnisation en l’absence d’expertise : « Il fait une proposition d’indemnisation ou de réparation en nature résultant de cette garantie, dans un délai d’un mois à compter soit de la réception de l’état estimatif transmis par l’assuré en l’absence d’expertise, soit de la réception du rapport d’expertise définitif ». Ne faites réparer le définitif qu’après le passage de l’expert, sauf urgence de mise hors d’eau, et conservez dans tous les cas les factures acquittées : dans l’affaire jugée à Nanterre, c’est la production d’une facture de couverture acceptée avec les chèques afférents qui a permis au tribunal de condamner l’assureur au montant chiffré par son propre expert.

Une fois la déclaration reçue, la loi impose à l’assureur un calendrier précis en matière de catastrophe naturelle. « A compter de la réception de la déclaration du sinistre ou de la date de publication, lorsque celle-ci est postérieure, de la décision administrative constatant l’état de catastrophe naturelle, l’assureur dispose d’un délai d’un mois pour informer l’assuré des modalités de mise en jeu des garanties prévues au contrat et pour ordonner une expertise lorsque l’assureur le juge nécessaire ». Puis, une fois la proposition acceptée, « A compter de la réception de l’accord de l’assuré sur la proposition d’indemnisation, l’assureur dispose d’un délai d’un mois pour missionner l’entreprise de réparation ou d’un délai de vingt et un jours pour verser l’indemnisation due », avec intérêts au taux légal en cas de dépassement sauf cas fortuit ou force majeure. En garantie tempête classique, ce sont les délais du contrat qui s’appliquent, généralement trente jours après la remise de l’état des pertes, mais le raisonnement reste identique : relancez par écrit chaque dépassement, car un assureur silencieux pendant des mois après la tempête Austen s’expose à des intérêts moratoires et à une appréciation sévère du juge. Notez enfin que les indemnisations catastrophe naturelle supportent une franchise réglementaire, puisque « Les indemnisations résultant de cette garantie sont soumises à une franchise dont les caractéristiques sont définies par décret » : vérifiez le montant exact dans votre avis d’échéance plutôt que de le déduire d’un barème trouvé sur internet, car les montants évoluent par décret.

B. Expertise qui minimise la toiture arrachée : contre-expertise, voisin et copropriété, comment obtenir l’indemnisation ?

Le passage de l’expert mandaté par l’assureur constitue le moment décisif du dossier, et c’est aussi celui où naissent la plupart des contestations après une tempête. L’expert de la compagnie décrit les désordres, distingue ce qui relève du vent de ce qui relèverait de la vétusté ou d’un défaut d’entretien, applique les abattements contractuels et chiffre poste par poste. Préparez sa visite comme une audience : soyez présent ou représenté, faites-vous assister par votre couvreur, remettez-lui le devis détaillé et les photographies datées, signalez chaque pièce atteinte par les infiltrations y compris les dommages qui n’apparaissent que sous la pluie, et exigez que ses constatations soient consignées de manière contradictoire. Le tribunal judiciaire de Nanterre a rappelé à ce propos qu’un juge ne peut pas fonder exclusivement sa décision sur un rapport d’expertise non judiciaire établi à la demande d’une partie, tout en admettant qu’il en aille différemment lorsque les constatations portent sur un fait établi et non discuté par les parties. Faites donc acter par écrit, sur le procès-verbal de visite, tout point d’accord, surface de couverture arrachée, nombre de tuiles manquantes, linéaire de gouttière à remplacer, pièces infiltrées, car ce qui est acté contradictoirement devient difficile à contester ensuite pour l’assureur comme pour vous.

Lorsque le rapport définitif minimise les désordres, par exemple en retenant un simple remaniage là où votre couvreur préconise une réfection complète du pan de toit, en écartant les infiltrations intérieures ou en imputant la moitié des dégâts à la vétusté, plusieurs leviers existent. D’abord, demandez par écrit la communication du rapport d’expertise définitif : en matière de catastrophe naturelle, l’assureur est tenu de le transmettre à l’assuré, et la persistance d’un refus doit être documentée car elle pèsera dans l’appréciation du manquement au devoir d’information. Ensuite, la loi ouvre expressément la voie de la contre-expertise : la police d’assurance indique, pour les contrats souscrits par une personne physique garantissant les dommages aux biens à usage d’habitation, « la possibilité, en cas de litige relatif à l’application de la garantie catastrophe naturelle, de recourir à une contre-expertise ». Faites réaliser cette contre-expertise par un expert d’assuré indépendant, qui chiffrera à son tour les travaux nécessaires et répondra point par point aux abattements du premier rapport, vétusté excessive, oubli de l’échafaudage, oubli de la reprise de noue, sous-évaluation des embellissements. En garantie tempête classique, le contrat prévoit généralement une procédure d’expertise contradictoire avec désignation d’un tiers expert en cas de désaccord, dont les frais sont partagés : actionnez cette clause par lettre recommandée en citant sa référence exacte. Si le désaccord persiste, la voie judiciaire reste ouverte devant le tribunal judiciaire du lieu du bien, avec demande d’expertise judiciaire en référé pour figer les désordres avant aggravation, puis assignation au fond sur le fondement du contrat, puisque les contrats légalement formés tiennent lieu de loi aux parties.

La tempête Austen pose aussi la question de l’imputation des dommages lorsque le toit a été frappé par un élément extérieur : l’arbre du voisin abattu par le vent, sa cheminée effondrée sur vos tuiles, la parabole ou les tôles du chantier voisin projetées sur votre couverture. Deux régimes se cumulent alors. D’une part, votre propre assurance habitation indemnise les dommages à votre toit au titre de la garantie tempête, sans attendre l’issue d’un recours contre le voisin, ce qui permet de financer rapidement la remise hors d’eau. D’autre part, la responsabilité du gardien de la chose peut être recherchée contre le propriétaire de l’arbre ou de l’ouvrage tombé : l’article 1242 du code civil dispose que « On est responsable non seulement du dommage que l’on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre, ou des choses que l’on a sous sa garde », et l’article 1240 du même code ajoute que « Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer ». En pratique, le cas de force majeure exonératoire est difficile à établir pour le voisin lorsque l’arbre était mort, penché ou notoirement mal entretenu, ou lorsque la cheminée présentait des désordres visibles : photographiez l’état de l’arbre et de sa souche, conservez les échanges antérieurs où vous signaliez le danger, et laissez votre assureur exercer son recours subrogatoire tout en conservant votre action personnelle pour la franchise et les préjudices non couverts. À l’inverse, si c’est votre arbre qui a chuté sur la toiture du voisin, déclarez sans délai le sinistre à votre garantie responsabilité civile et ne reconnaissez par écrit aucune faute avant d’avoir pris conseil.

En copropriété, la tempête Austen complique la répartition des rôles entre parties communes et parties privatives. La toiture, la charpente, les gouttières et les chéneaux relèvent en principe des parties communes, de sorte que c’est le syndic qui doit déclarer le sinistre à l’assurance de l’immeuble, faire procéder à la mise hors d’eau des parties communes et convoquer si nécessaire une assemblée générale pour voter les travaux non couverts ou le complément de financement. Le copropriétaire dont l’appartement du dernier étage subit des infiltrations déclare parallèlement le sinistre à sa propre multirisques habitation pour ses embellissements et son mobilier, puis coordonne les deux expertises afin que l’expert de l’immeuble et celui du lot constatent ensemble la trajectoire de l’eau, faute de quoi chacun renverra la cause à l’autre. À Paris et en Île-de-France, où les couvertures en zinc à tasseaux et les ardoises des immeubles haussmanniens exigent des entreprises spécialisées et des autorisations de voirie pour l’échafaudage, les délais de remise en état s’allongent et les devis grimpent : faites inscrire dans les devis la location d’échafaudage avec occupation du domaine public, les contraintes d’accès aux cours parisiennes et la dépose repose des éléments de zinguerie, car ces postes sont les premiers que les experts tentent de réduire. Si le syndic reste inerte après la tempête, tout copropriétaire peut le mettre en demeure par lettre recommandée de déclarer le sinistre et de faire procéder aux mesures conservatoires, puis saisir le tribunal judiciaire en cas de péril, sans attendre que les infiltrations gagnent les étages inférieurs et multiplient les victimes.

Conclusion

La tempête Austen, qui a balayé la France le 21 octobre 2026 avec des rafales proches de 130 km/h sur le littoral et des creux de 8 mètres au large de la Charente-Maritime, laissera derrière elle des milliers de toitures meurtries et autant de dossiers d’assurance. Le propriétaire méthodique retient l’essentiel : la garantie tempête de sa multirisques habitation couvre l’action directe du vent et les infiltrations qui en résultent, la garantie catastrophe naturelle ne joue que si un arrêté interministériel vise sa commune pour la nature exacte de ses dommages, la déclaration doit partir dans les cinq jours ouvrés avec photographies, attestations météorologiques et devis détaillé, et un arrêté ultérieur rouvre un délai de trente jours pour invoquer la catastrophe naturelle. Face à une expertise qui minimise la toiture arrachée, la contradiction organisée pendant la visite, la demande écrite du rapport définitif, la contre-expertise d’un expert d’assuré et, si nécessaire, l’expertise judiciaire permettent de rétablir un chiffrage conforme aux travaux réellement nécessaires, tandis que la responsabilité du gardien de l’arbre ou de l’ouvrage tombé et l’assurance de la copropriété offrent des recours complémentaires. Conserver chaque envoi, chaque photographie et chaque facture, relancer par écrit chaque délai dépassé et faire vérifier le fondement exact de la réclamation avant d’accepter une offre transactionnelle : telle est, après la tempête Austen comme après toute tempête, la discipline qui transforme un toit arraché en indemnisation obtenue.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».