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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Facture électronique rejetée ou bloquée depuis le 1er septembre 2026 : corriger, réémettre et faire payer sans perdre la TVA ni les pénalités

Depuis le 1er septembre 2026, la facturation électronique entre entreprises est entrée en vigueur : toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, doivent être en mesure de recevoir leurs factures sous forme électronique par l’intermédiaire d’une plateforme agréée, et les grandes entreprises comme les entreprises de taille intermédiaire doivent émettre leurs factures dans ce format. Les micro-entreprises, TPE et PME disposeront d’un délai supplémentaire jusqu’au 1er septembre 2027 pour l’émission. L’administration a annoncé une phase d’écoute et de tolérance couvrant la fin de l’année 2026, sans application de sanctions aux entreprises qui rencontrent des difficultés de mise en oeuvre. Cette tolérance ne change rien aux relations entre vendeur et acheteur : une facture rejetée par la plateforme, une facture qui reste bloquée à un statut intermédiaire ou un client qui affirme n’avoir rien reçu n’effacent ni la livraison ni le prix. Le risque concret pour l’entreprise qui a livré ou exécuté la prestation, c’est de laisser filer les semaines, de réémettre sa facture n’importe comment et de perdre au passage le point de départ des délais de paiement, la cohérence de sa TVA et le bénéfice des pénalités de retard. Cet article expose la méthode complète : comprendre le motif du rejet, corriger proprement par avoir et facture rectificative, puis faire payer dans les délais, pénalités et indemnité forfaitaire comprises, y compris devant les juridictions parisiennes si le client ne paie toujours pas.

I. Facture électronique rejetée ou bloquée : comprendre le rejet et sécuriser la créance

A. Rejet par la plateforme agréée, facture introuvable, client qui affirme ne rien avoir reçu : les premiers réflexes qui préservent le paiement

Le premier travail consiste à identifier la nature exacte du blocage, car un rejet technique et un refus commercial n’appellent pas la même réponse. Le rejet technique vient de la plateforme : numéro SIREN du destinataire erroné ou inconnu de l’annuaire, adresse de facturation incomplète, format de fichier non conforme, données obligatoires manquantes, destinataire qui n’a pas encore désigné sa plateforme de réception. Dans ce cas, la facture n’est jamais parvenue au client au sens opérationnel, et c’est à l’émetteur de corriger puis de réémettre. Le refus commercial, lui, vient du client : il a bien reçu la facture mais conteste le prix, les quantités, la conformité de la livraison ou l’existence même de la commande. Dans ce cas, la facture existe dans le circuit, et c’est le litige sur le fond qu’il faut traiter, sans effacer la facture d’un revers de main.

Concrètement, la première vérification porte sur le statut affiché par votre plateforme d’émission et, si vous y avez accès, sur les journaux de transmission : facture acceptée et mise à disposition, facture rejetée avec un code motif, facture en attente de prise en charge par la plateforme du destinataire. Enregistrez des captures datées de ces écrans et conservez les accusés électroniques : en cas de litige ultérieur sur la date d’envoi ou sur la réalité de la transmission, ces traces vaudront bien plus qu’un souvenir de coup de téléphone. Vérifiez ensuite les coordonnées du destinataire dans l’annuaire : un SIREN faux d’un chiffre suffit à faire partir la facture dans le vide, et une société qui a changé de raison sociale ou d’adresse sans vous prévenir produit le même effet.

Le deuxième réflexe consiste à écrire au client sans attendre. Tant que la facture n’est pas parvenue en bon ordre, le délai de paiement contractuel ne peut pas courir normalement, et chaque semaine perdue recule d’autant l’échéance. Adressez un message écrit qui constate le rejet, indique son motif technique tel que la plateforme le signale, demande au client de confirmer ses coordonnées de réception et sa plateforme, et annonce la réémission d’une facture corrigée dans un délai bref. Ce courrier remplit trois fonctions : il prouve votre diligence, il met le client en mesure de recevoir la facture, et il interdit au client de mauvaise foi de prétendre ensuite qu’il ignorait tout. Si le client ne répond pas, renouvelez la demande par un canal traçable et conservez-en la preuve.

Ne confondez pas les circuits. Les factures adressées à une personne publique, dans le cadre d’un marché public ou d’une commande d’une collectivité, transitent par Chorus Pro, le portail de l’État, et obéissent à leurs propres règles de dépôt et de suivi. Les factures entre entreprises privées transitent par les plateformes agréées. Une facture déposée par erreur sur le mauvais circuit équivaut à une facture jamais reçue : vérifiez la qualité publique ou privée de votre acheteur avant de conclure que le blocage vient de lui.

Sur le plan juridique, l’obligation de facturer demeure entière malgré le rejet technique. Le code général des impôts dispose que « La facture est, en principe, émise dès la réalisation de la livraison ou de la prestation de services. » (article 289 du code général des impôts). De son côté, le code de commerce prévoit que « Le vendeur est tenu de délivrer la facture dès la réalisation de la livraison ou de la prestation de services » (article L. 441-9 du code de commerce). Le rejet par la plateforme ne suspend pas cette obligation : il impose de la remplir à nouveau, correctement. Le même article ajoute que « Le vendeur et l’acheteur conservent chacun un exemplaire de toute facture émise dans la limite de durée prévue par les dispositions applicables du code général des impôts. » : conservez donc la facture rejetée, les journaux de transmission et la facture corrigée, car l’ensemble forme la piste d’audit qui justifiera votre créance et votre TVA en cas de contrôle.

Enfin, gardez en tête la portée exacte de la tolérance administrative annoncée pour la fin de l’année 2026 : elle porte sur l’absence de sanctions prononcées par l’administration contre les entreprises en difficulté de mise en oeuvre, pas sur le paiement du prix entre professionnels. Votre client ne peut pas s’abriter derrière la réforme pour ne pas payer une livraison réelle, et vous ne pouvez pas invoquer la réforme pour facturer tardivement sans conséquence sur vos délais. La réforme change le tuyau, elle ne change pas le droit au prix.

B. Corriger sans aggraver : avoir rectificatif, nouvelle facture conforme et TVA, ce que la loi impose sur les mentions

Une fois le motif du rejet identifié, la correction suit une méthode stricte : on n’écrase jamais une facture déjà émise, on l’annule proprement puis on réémet. Lorsque la facture rejetée comportait une erreur de fond, par exemple un montant faux, un taux de TVA erroné, une quantité inexacte ou un client mal identifié, émettez une facture d’avoir qui annule en tout ou en partie la facture initiale, en rappelant son numéro et sa date, puis émettez une nouvelle facture comportant la mention claire qu’elle annule et remplace la précédente. Lorsque le rejet était purement technique, par exemple un SIREN corrigé ou des coordonnées de réception actualisées, et que le contenu commercial de la facture était exact, la réémission à l’identique avec les bonnes coordonnées suffit, à condition de tracer l’opération et d’informer le client par écrit du nouveau numéro ou, à numéro inchangé, de la nouvelle date de mise à disposition. Dans tous les cas, une facture corrigée reste une facture : elle doit respecter l’intégralité des mentions obligatoires, car une seconde facture fausse expose au même rejet et, en cas de contrôle, aux mêmes sanctions que la première.

Ces mentions sont fixées par le code de commerce. La facture mentionne d’abord l’identité des parties : « la facture mentionne le nom des parties ainsi que leur adresse et leur adresse de facturation si elle est différente » (article L. 441-9 du code de commerce). Vérifiez donc la dénomination sociale exacte, l’adresse du siège et, le cas échéant, l’adresse de facturation distincte que les grands groupes imposent à leurs fournisseurs : une facture adressée au siège alors que le bon de commande imposait une adresse de facturation dédiée sera rejetée ou contestée à coup sûr. La facture décrit ensuite l’opération : date de la vente ou de la prestation, quantité, dénomination précise, prix unitaire hors TVA, réductions de prix acquises à la date de l’opération et directement liées à celle-ci. Toute ligne floue, tout forfait global non détaillé, toute remise accordée après coup et non rattachée à l’opération fragilise la facture et nourrit la contestation du client.

La facture fixe enfin les conditions du paiement : « La facture mentionne la date à laquelle le règlement doit intervenir. » (article L. 441-9 du code de commerce). Cette date d’échéance constitue le point de départ des pénalités de retard et de l’indemnité forfaitaire : une facture réémise sans date d’échéance claire, ou avec une échéance recalculée au détriment du créancier, fait perdre le bénéfice du retard déjà accumulé. Reprenez donc sur la facture corrigée une échéance cohérente avec le contrat et, si le retard a déjà commencé à courir sur la base de la livraison réelle, conservez les écrits qui établissent la date de la livraison et celle de la première présentation de la facture : le juge appréciera la réalité du retard à partir des faits, pas seulement à partir de la dernière date d’émission. La facture précise également les conditions d’escompte en cas de paiement anticipé, le taux des pénalités exigibles dès le lendemain de l’échéance et le montant de l’indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, ainsi que le numéro du bon de commande lorsqu’il a été établi par l’acheteur : un bon de commande absent alors que le client l’avait émis fournit un motif de rejet immédiat dans les circuits dématérialisés des grands acheteurs.

Côté TVA, la correction doit rester synchronisée avec la comptabilité. L’avoir diminue la TVA collectée du vendeur et, symétriquement, la TVA déductible de l’acheteur qui l’aurait déjà déduite ; la nouvelle facture reconstitue l’une et l’autre à leur juste niveau. Émettre la nouvelle facture sans passer l’avoir expose à une double comptabilisation du chiffre d’affaires et à un redressement en cas de contrôle ; passer l’avoir sans réémettre expose à une minoration de recettes. Faites donc comptabiliser l’avoir et la facture rectificative sur le même exercice de rattachement que l’opération réelle, informez-en votre expert-comptable sans délai, et transmettez au client l’avoir en même temps que la nouvelle facture afin que sa propre TVA reste cohérente avec la vôtre. Si un acompte avait été versé avant la livraison ou la prestation, rappelons que cet acompte devait lui-même être facturé : la facture définitive doit alors en tenir compte au lieu de facturer deux fois la même somme.

Un point mérite une vigilance particulière : la facture électronique ne pardonne pas les approximations d’identification. Le SIREN, la dénomination et l’adresse doivent correspondre exactement à l’immatriculation du client, et l’adresse électronique ou le routage vers sa plateforme doivent être ceux qu’il vous a confirmés par écrit. En cas de doute sur l’identité juridique du cocontractant, par exemple une commande passée par une filiale alors que la facture vise la société mère, ou un chantier suivi par un établissement sans personnalité juridique propre, demandez un extrait d’immatriculation récent et la confirmation écrite de l’entité à facturer avant de réémettre. Une facture réémise vers la mauvaise personne morale ne fait pas courir le délai contre le vrai débiteur et complique ensuite toute action en paiement.

Pour une présentation d’ensemble des mentions obligatoires, des sanctions encourues et des contrôles de l’administration, vous pouvez utilement lire notre dossier sur les mentions obligatoires des factures entre professionnels, les pénalités et les contrôles de la DGCCRF, qui complète le présent article centré sur le rejet et la correction des factures électroniques.

II. Faire payer une facture électronique contestée ou impayée : pénalités, indemnité et juge

A. Calculer et réclamer les pénalités de retard au taux de la Banque centrale européenne majoré et l’indemnité forfaitaire de 40 euros

Une facture corrigée et dûment reçue fait courir les délais de paiement de plein droit, et tout retard ouvre droit à des sanctions pécuniaires automatiques qu’il serait dommage de ne pas réclamer. Le régime de base tient en une règle simple : « Sauf dispositions contraires figurant aux conditions de vente ou convenues entre les parties, le délai de règlement des sommes dues ne peut dépasser trente jours après la date de réception des marchandises ou d’exécution de la prestation demandée. » (article L. 441-10 du code de commerce). Sans clause particulière, votre client doit donc payer dans les trente jours de la livraison ou de la prestation. Les parties peuvent convenir d’un délai plus long, mais avec une limite d’ordre public : « Le délai convenu entre les parties pour régler les sommes dues ne peut dépasser soixante jours après la date d’émission de la facture. » Par dérogation, un délai de quarante-cinq jours fin de mois peut être stipulé par contrat, à condition qu’il soit exprès et qu’il ne constitue pas un abus manifeste à l’égard du créancier. Pour les factures périodiques, le délai convenu ne peut dépasser quarante-cinq jours après l’émission. Retenez l’articulation pratique : le délai contractuel se compte à partir de l’émission de la facture, de sorte qu’une réémission tardive après un rejet recule mécaniquement l’échéance contractuelle. D’où l’importance, déjà soulignée, de corriger et de réémettre en quelques jours, et de conserver la preuve de la date de livraison réelle, qui fonde le délai supplétif de trente jours lorsque le contrat est silencieux.

Dès le lendemain de l’échéance, les pénalités de retard courent sans qu’aucune mise en demeure ni aucun rappel soit nécessaire : « Les pénalités de retard sont exigibles sans qu’un rappel soit nécessaire. » (article L. 441-10 du code de commerce). Le taux applicable, sauf clause contraire, est fixé par la loi : « Sauf disposition contraire qui ne peut toutefois fixer un taux inférieur à trois fois le taux d’intérêt légal, ce taux est égal au taux d’intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à son opération de refinancement la plus récente majoré de 10 points de pourcentage. » Concrètement, avec un taux de refinancement de la Banque centrale européenne de l’ordre de 2 % ces derniers mois, le taux supplétif avoisine 12 %, soit un levier considérable comparé au taux d’intérêt légal. Vos conditions générales de vente peuvent prévoir un taux conventionnel différent, à condition de ne jamais descendre sous le plancher de trois fois le taux d’intérêt légal, et c’est pourquoi vos conditions de règlement doivent figurer dans vos conditions générales : « Les conditions générales de vente comprennent notamment les conditions de règlement, ainsi que les éléments de détermination du prix tels que le barème des prix unitaires et les éventuelles réductions de prix. » (article L. 441-1 du code de commerce). Communiquez ces conditions à tout client professionnel qui les demande, et visez-les dans vos contrats et sur vos factures : un taux conventionnel de 1,5 % par mois, par exemple, est fréquent dans les contrats de prestations, mais il doit être stipulé pour être appliqué.

À ces pénalités s’ajoute de plein droit l’indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement : « Le montant de l’indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement prévue au II de l’article L. 441-10 est fixé à 40 euros. » (article D. 441-5 du code de commerce). Ces 40 euros sont dus par tout professionnel en retard de paiement, automatiquement, sans mise en demeure et même pour une facture d’un faible montant ; si vos frais réels de recouvrement dépassent ce forfait, par exemple des frais d’huissier de justice ou d’avocat exposés pour obtenir le paiement, vous pouvez réclamer en plus une indemnisation complémentaire sur justification. Mentionnez systématiquement ces deux chefs de réclamation, pénalités et indemnité, dans vos relances écrites : beaucoup de débiteurs paient le principal en oubliant les accessoires, et un décompte précis, facture par facture, avec le taux appliqué et le nombre de jours de retard, rend la contestation bien plus difficile.

Attention à une erreur fréquente qui consiste à cumuler les pénalités commerciales et les intérêts légaux de retard : la Cour de cassation l’interdit. Dans un arrêt du 24 avril 2024 rendu par la chambre commerciale et publié au Bulletin, la Cour juge que « Il en résulte que la pénalité de retard prévue à l’article L. 441-6, I, alinéa 8, du code de commerce, devenu L. 441-10, II, du même code, constitue un intérêt moratoire et que, ayant la même nature, elle ne se cumule pas avec les intérêts légaux de retard au sens de l’article 1153, alinéas 1 et 2, et de l’article 1231-6 du code civil. » (Cour de cassation, chambre commerciale, 24 avril 2024, pourvoi n° 22-24.275, publié au Bulletin). Choisissez donc le chef de réclamation le plus favorable, en pratique les pénalités commerciales dont le taux dépasse très largement le taux légal, et ne les additionnez pas. En revanche, une fois le juge saisi et la condamnation prononcée, les sommes allouées produisent elles-mêmes des intérêts : « En toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l’absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. » (article 1231-7 du code civil).

Le non-respect des règles de facturation expose par ailleurs à des sanctions administratives que la DGCCRF peut prononcer : « Tout manquement au I est passible d’une amende administrative dont le montant ne peut excéder 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale. » (article L. 441-9 du code de commerce), avec doublement en cas de réitération dans les deux ans. L’autorité compétente pour prononcer ces amendes est désignée par la loi : « L’autorité administrative chargée de la concurrence et de la consommation est l’autorité compétente pour prononcer les amendes administratives sanctionnant les manquements mentionnés au titre IV du présent livre ainsi que l’inexécution des mesures d’injonction prévues à l’article L. 470-1 » (article L. 470-2 du code de commerce). Pendant la phase de tolérance de la fin 2026, l’administration a annoncé qu’elle n’appliquerait pas de sanctions aux entreprises en difficulté sur la seule mise en oeuvre de la facturation électronique : cette annonce ne couvre ni les factures papier non conformes sur le fond, ni les manquements aux délais de paiement, ni les factures mensongères. Soignez donc vos mentions dans tous les cas.

Dernier garde-fou temporel : ne laissez pas vieillir une créance impayée. « Les obligations nées à l’occasion de leur commerce entre commerçants ou entre commerçants et non-commerçants se prescrivent par cinq ans si elles ne sont pas soumises à des prescriptions spéciales plus courtes. » (article L. 110-4 du code de commerce). Cinq ans peuvent sembler longs, mais une facture électronique rejetée puis oubliée dans un circuit, un client qui promet de payer et gagne du temps, un changement d’interlocuteur côté débiteur : autant de situations où le délai s’érode. Chaque relance écrite ne suffit pas à interrompre la prescription ; seuls une reconnaissance écrite de dette du débiteur, une action en justice ou une mesure d’exécution l’interrompent utilement. Calendarisez vos créances et agissez avant l’échéance fatidique.

B. Obtenir une provision en référé et agir à Paris et en Île-de-France : pièces, juridiction et délais pratiques

Lorsque les relances restent sans effet, le passage au judiciaire s’organise autour d’un dossier de pièces que la facturation électronique, bien utilisée, rend redoutablement solide. Rassemblez le contrat ou le bon de commande, les bons de livraison ou procès-verbaux d’exécution, la facture initiale et ses journaux de transmission, l’avoir éventuel et la facture rectificative avec leurs accusés de mise à disposition, les échanges écrits avec le client sur le rejet et ses coordonnées de réception, vos conditions générales de vente, et un décompte précis du principal, des pénalités jour par jour et de l’indemnité forfaitaire. Ce dossier répond par avance aux trois contestations habituelles : l’existence de la commande, la réalité de la livraison et la régularité de la facturation. Plus vite ce dossier est complet après le rejet, plus l’action est rapide, car le juge des référés statue sur pièces et n’apprécie guère les créanciers approximatifs.

La voie la plus rapide pour une facture dont le principe n’est pas sérieusement contestable est le référé-provision : « Dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, ils peuvent accorder une provision au créancier, ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire. » (article 835 du code de procédure civile). Une facture électronique acceptée puis laissée impayée, une livraison attestée par des bons signés, un client qui reconnaît devoir le principal tout en discutant les pénalités : autant de situations où l’obligation n’est pas sérieusement contestable et où le juge peut allouer une provision couvrant le principal et, selon les cas, une partie des accessoires. L’assignation en référé exige le respect des délais de convocation et une signification par commissaire de justice ; prévoyez le coût de la procédure dans votre calcul économique, en le rapportant au montant de la créance et aux pénalités déjà acquises. Si la créance est modeste et non contestée, la procédure d’injonction de payer, sur requête et sans audience initiale, reste une alternative économe : en cas d’opposition du débiteur, l’affaire bascule au fond et le dossier constitué pour le rejet de la facture servira tel quel. Notre guide pratique sur l’injonction de payer, le référé-provision et la saisie pour facture impayée entre professionnels détaille ces deux voies et leurs pièces.

À Paris et en Île-de-France, quelques particularités pratiques méritent d’être anticipées. Le tribunal de commerce compétent est le plus souvent celui du siège du client débiteur ou du lieu de livraison, ce qui, pour un fournisseur parisien livrant un client parisien, conduit au tribunal de commerce de Paris, dont le greffe traite un volume considérable de contentieux de factures et attend des dossiers strictement classés par ordre chronologique. Si votre client est établi en petite ou en grande couronne, vérifiez le tribunal territorialement compétent avant d’assigner : une assignation devant la mauvaise juridiction fait perdre des mois. Les délais d’audiencement en référé y sont généralement de quelques semaines, ce qui reste compatible avec une trésorerie tendue, à condition de ne pas avoir attendu un an avant d’agir. Préparez également l’exécution : une provision obtenue doit être signifiée puis, à défaut de paiement spontané, recouvrée par saisie sur compte bancaire ou sur créances du débiteur, avec le concours d’un commissaire de justice. Renseignez-vous en amont sur la solvabilité du client, par exemple ses publications au registre du commerce et des sociétés et l’existence d’éventuelles procédures collectives : assigner en paiement une société déjà en liquidation judiciaire sans déclarer votre créance au passif serait une dépense inutile.

Pour les entreprises parisiennes, un point d’organisation interne mérite enfin d’être traité dès maintenant, pendant la phase de tolérance de la fin 2026 : désignez formellement votre plateforme de réception, mettez à jour vos conditions générales de vente pour y viser la facturation électronique et le taux des pénalités, uniformisez vos bons de commande avec l’adresse de facturation exacte de chaque client significatif, et formez l’équipe comptable au suivi des statuts de transmission. Les rejets se traitent en jours, pas en trimestres : un tableau de bord hebdomadaire des factures rejetées ou en attente de prise en charge, avec un responsable nommé pour chaque ligne, évite que la réforme ne se transforme en allongement silencieux de vos délais de paiement réels. Les litiges qui naîtront en 2026 sur des factures rejetées opposeront des entreprises dont l’une aura été diligente et l’autre pas : les écrits et les statuts de plateforme feront la différence devant le juge.

Conclusion

Depuis le 1er septembre 2026, une facture électronique rejetée ou bloquée n’est ni une fatalité ni une dispense de payer : c’est un incident de transmission qui se répare par une méthode éprouvée. Identifiez le motif du rejet dans votre plateforme, écrivez au client pour obtenir ses coordonnées exactes de réception, annulez proprement par avoir lorsque le contenu était faux, réémettez une facture strictement conforme aux mentions légales, synchronisez votre TVA, puis faites courir les délais et réclamez sans timidité les pénalités au taux de la Banque centrale européenne majoré de dix points et l’indemnité forfaitaire de 40 euros, sans les cumuler avec les intérêts légaux. La phase de tolérance administrative de la fin 2026 vous laisse le temps de vous mettre en conformité sans sanction, elle ne vous autorise pas à laisser dormir vos créances, qui se prescrivent par cinq ans. Et si le client, dûment facturé par voie électronique, ne paie toujours pas, le référé-provision offre une voie rapide vers une condamnation exécutoire, à Paris comme ailleurs en Île-de-France, pourvu que votre dossier de pièces soit irréprochable. Dans la facturation électronique comme dans l’ancienne facturation papier, le créancier le mieux payé reste le créancier le plus rigoureux.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».