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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Dossier de surendettement et frais d’obsèques impayés : les pompes funèbres exigent, l’huissier poursuit — déclarer, suspendre, effacer et contester devant le juge, que faire ?

Un parent vient de mourir et la facture des pompes funèbres arrive alors que vos comptes sont déjà à sec : entre 3 000 et 7 000 euros pour une inhumation simple en Île-de-France, parfois davantage avec le caveau, la cérémonie et le transport. L’opérateur funéraire réclame le solde, envoie une mise en demeure, puis confie le dossier à un huissier qui menace de saisir vos meubles ou votre compte bancaire. Au même moment, vos crédits, votre loyer et vos factures courantes restent dus. La question qui écrase tout est simple : cette dette de deuil peut-elle entrer dans un dossier de surendettement, et que faire face aux poursuites quand le chagrin rend chaque démarche pénible ?

La réponse tient en trois temps. D’abord identifier qui doit vraiment payer les obsèques : la personne qui a signé le bon de commande, les héritiers, parfois les enfants au titre de l’aide aux ascendants. Ensuite déclarer la dette à la commission de surendettement de la Banque de France, car une dette tue reste une dette exigible comme une autre. Enfin utiliser la procédure pour suspendre les poursuites, obtenir un plan ou un effacement, et contester devant le juge ce qui doit l’être. Le guide général de la procédure reste la page pilier du dossier de surendettement : recevabilité, effacement et logement, qui décrit pas à pas le dépôt, la recevabilité et les mesures. Le présent article traite uniquement du cas douloureux des obsèques impayées : qui paie, comment déclarer, comment suspendre l’huissier, comment effacer, comment contester.

I. Dossier de surendettement et frais d’obsèques impayés : qui doit payer et que déclarer à la commission ?

A. Pompes funèbres, enfants et héritiers face à la facture : qui doit payer les obsèques quand l’argent manque ?

Le premier réflexe consiste à lire le bon de commande signé au funérarium. L’opérateur funéraire poursuit en priorité le signataire du devis et du bon de commande, car ce document vaut contrat : celui qui a commandé les prestations en doit le prix. Quand plusieurs enfants ont signé ensemble, chacun répond en principe de l’engagement pris, et l’opérateur peut réclamer le tout à l’un d’eux avant que les coobligés se répartissent ensuite la charge entre eux. Vérifiez donc les signatures avant de discuter du fond : un enfant qui n’a rien signé n’est pas débiteur contractuel de l’entreprise, même si la pression morale exercée au salon funéraire laisse entendre le contraire.

Au-delà du contrat, la loi met à la charge des proches une obligation propre. L’article 205 du code civil dispose que « Les enfants doivent des aliments à leurs père et mère ou autres ascendants qui sont dans le besoin. » Cette obligation alimentaire entre vifs ne vise pas directement la facture des obsèques, mais elle explique pourquoi les enfants d’un parent mort dans le besoin se retrouvent sollicités : quand la succession est vide, les créanciers et parfois le juge se tournent vers les proches. Les frais d’obsèques d’un ascendant dans le besoin sont régulièrement rattachés à ce devoir de secours familial, et un enfant qui refuse toute contribution s’expose à une condamnation à payer sa part, fixée selon ses ressources et celles de ses frères et sœurs.

Du côté de la succession, la dette suit un régime connu des praticiens. L’article 2331 du code civil range les frais funéraires parmi les créances privilégiées : « les créances privilégiées sur la généralité des meubles sont : 1° Les frais de justice, sous la condition qu’ils aient profité au créancier auquel le privilège est opposé ; 2° Les frais funéraires ». Concrètement, quand la succession du défunt contient un peu d’actif, l’opérateur funéraire passe avant les créanciers ordinaires du défunt pour se payer sur les meubles et les liquidités successorales. Mais quand la succession est vide ou déficitaire, ce privilège ne sert à rien : il ne crée pas d’argent. L’opérateur se retourne alors contre les vivants, signataire du bon de commande ou enfants tenus à l’obligation familiale.

Trois situations se rencontrent dans les dossiers. Première situation : vous avez signé seul le bon de commande pour offrir des obsèques dignes à votre père ou votre mère, alors que vous étiez déjà étranglé par vos crédits. Vous êtes débiteur contractuel de la totalité, et la dette entre dans votre dossier de surendettement personnel. Deuxième situation : la fratrie a signé ensemble ou se partage tacitement la facture, mais l’un des enfants ne paie pas sa part. Chacun déclare dans son propre dossier la part qu’il doit réellement, pièces à l’appui, et celui qui a avancé pour les autres déclare sa créance contre son frère ou sa sœur comme un élément d’actif et de passif à signaler à la commission. Troisième situation : personne n’a signé parce que le décès est survenu à l’hôpital et que la commune ou un proche éloigné a fait le nécessaire en urgence. La facture arrive plus tard, adressée aux enfants au titre de l’obligation familiale : elle reste déclarable, avec la lettre de réclamation et tout document fixant le montant réclamé à chacun.

Le montant lui-même mérite un contrôle attentif avant toute déclaration. Les obsèques organisées dans la précipitation comportent souvent des options coûteuses : cercueil haut de gamme, capiton supplémentaire, soins de conservation, convoi sur longue distance, monuments et gravures. Demandez le devis détaillé poste par poste et comparez-le avec la grille des prestations obligatoires et optionnelles que tout opérateur doit afficher. Une facture de 8 000 euros pour des prestations standard dans Paris mérite une demande d’explications écrite, et les suppléments ajoutés sans votre accord exprès peuvent être discutés. Ce contrôle ne fait pas disparaître la dette, mais il fixe le juste montant à déclarer et prépare la contestation du solde réclamé par l’huissier.

Reste la question que posent les familles déjà suivies par la commission : une facture d’obsèques reçue après le dépôt du dossier change-t-elle la donne ? Oui, car toute dette née avant la décision qui arrête le passif doit être portée à la connaissance de la commission, et toute aggravation de vos charges peut justifier une révision. N’attendez pas la fin du plan pour signaler un décès et une facture de plusieurs milliers d’euros : écrivez à la commission, joignez l’acte de décès, le bon de commande et la mise en demeure, et demandez l’actualisation de votre dossier. Le silence, lui, se paie cher : une dette dissimulée fragilise votre bonne foi, et c’est votre bonne foi que le juge examinera en cas de recours. L’article L. 711-1 du code de la consommation ouvre « Le bénéfice des mesures de traitement des situations de surendettement » aux « personnes physiques de bonne foi », et précise que « La situation de surendettement est caractérisée par l’impossibilité manifeste de faire face à l’ensemble de ses dettes, professionnelles et non professionnelles, exigibles et à échoir. » Une facture d’obsèques de 5 000 euros qui s’ajoute à des mensualités déjà intenables illustre exactement cette impossibilité manifeste, à condition de la déclarer loyalement.

B. Déclarer la dette d’obsèques à la Banque de France : état du passif, recevabilité et bonne foi

La déclaration de la dette d’obsèques obéit aux mêmes règles que toutes les autres dettes : exhaustivité, pièces justificatives, sincérité. Indiquez l’opérateur funéraire, le montant total commandé, les acomptes déjà versés, le solde réclamé, les frais de recouvrement ajoutés et l’état de la procédure : simple relance, mise en demeure, injonction de payer, saisie en cours. Joignez le bon de commande signé, le devis détaillé, la facture, les mises en demeure, le commandement de payer s’il existe, et l’acte de décès qui explique le contexte. Si la dette est partagée avec des frères et sœurs, joignez l’accord de partage ou, à défaut, un tableau précis de qui a payé quoi, afin que la commission comprenne la part qui pèse réellement sur vous.

La commission dresse ensuite l’état du passif à partir de vos déclarations et des réponses des créanciers. L’article L. 723-2 du code de la consommation prévoit que « La commission informe le débiteur de l’état du passif qu’elle a dressé. » Ce document est capital : vérifiez que la dette d’obsèques y figure pour son juste montant et au nom du bon créancier. Les erreurs sont fréquentes après un décès : facture établie au nom du défunt alors que c’est vous qui avez signé, solde oublié des acomptes versés le jour des funérailles, frais d’huissier ajoutés sans titre, part des frères et sœurs imputée à vous seul. Chaque erreur sur l’état du passif fausse le plan de remboursement et peut vous faire payer la dette d’un autre. Quand l’état du passif est faux, contestez-le dans le délai indiqué sur la notification, par écrit et chiffres à l’appui.

La recevabilité du dossier ne pose en général aucune difficulté propre à la dette d’obsèques. L’article L. 712-2 du code de la consommation dispose que « La demande de traitement de la situation de surendettement est portée devant la commission compétente qui peut, soit proposer ou imposer des mesures de traitement dans les conditions prévues au titre III, soit imposer un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire ou saisir, avec l’accord du débiteur, le juge des contentieux de la protection aux fins d’ouverture d’une procédure de rétablissement personnel avec liquidation judiciaire dans les conditions prévues au titre IV. » Autrement dit, une fois votre dossier jugé recevable, la commission choisit l’outil adapté : plan, mesures imposées ou effacement. Une facture d’obsèques n’est ni une dette alimentaire au sens de la procédure, ni une amende pénale, ni une dette frauduleuse : c’est une dette civile ordinaire, née d’un contrat de prestations, qui entre dans le champ du traitement comme une facture d’artisan ou un crédit à la consommation.

Le texte qui exclut certaines dettes du traitement mérite une lecture attentive pour dissiper une crainte fréquente. L’article L. 711-4 du code de la consommation énonce que « Sauf accord du créancier, sont exclues de toute remise, de tout rééchelonnement ou effacement : 1° Les dettes alimentaires ». Les familles confondent parfois cette exclusion avec l’obligation familiale de payer les obsèques. La distinction est nette : l’obligation de contribuer aux obsèques d’un ascendant explique pourquoi vous êtes débiteur, mais la dette née du contrat avec l’opérateur funéraire n’est pas une pension alimentaire courante. Elle peut donc être rééchelonnée, réduite et même effacée dans le cadre du rétablissement personnel, sauf montage frauduleux avéré, par exemple des prestations commandées pour un montant manifestement sans rapport avec vos moyens dans le seul but de les faire effacer. Hors ce cas d’école, la dette d’obsèques suit le sort commun des dettes déclarées.

La bonne foi, condition d’accès à la procédure, s’apprécie concrètement après un décès. La Cour de cassation rappelle qu’« En matière de surendettement, l’appréciation de la bonne foi du débiteur relève du pouvoir souverain du juge du fond. » (Cass. 2e civ., 2 juillet 2020, n° 18-26.213). En pratique, le juge examine l’ensemble de votre comportement : avez-vous déclaré toutes vos dettes, y compris la facture d’obsèques ? Avez-vous cessé de creuser le trou depuis le dépôt ? Avez-vous réglé vos charges courantes en priorité ? Commander des obsèques somptuaires à crédit la veille du dépôt du dossier, dissimuler une aide familiale reçue pour payer les funérailles, ou omettre volontairement la dette d’obsèques pour la payer en douce pendant que les autres créanciers attendent : voilà ce qui abîme la bonne foi. À l’inverse, des obsèques simples, une dette déclarée dès la première heure, des acomptes versés loyalement avant le dépôt : voilà ce qui la conforte. Le deuil n’est jamais en soi un reproche, et aucun juge ne sanctionne le fait d’avoir enterré dignement un proche.

Un point pratique souvent ignoré concerne les sommes versées juste avant le dépôt. Beaucoup de familles, sous la pression de l’opérateur, paient un acompte important quelques jours avant de déposer leur dossier, parfois en vidant le compte courant. Signalez ces paiements à la commission au lieu de les cacher : ils expliquent le découvert, ils prouvent votre volonté de payer, et la commission en tient compte dans l’appréciation de votre trésorerie. En revanche, emprunter 4 000 euros à un proche pour payer les obsèques la semaine du dépôt crée une dette familiale nouvelle qu’il faudra déclarer elle aussi, avec le nom du prêteur et l’échéancier convenu. Les dettes familiales se déclarent comme les autres, et leur omission alimente les soupçons de favoritisme entre créanciers.

II. Opérateur funéraire et huissier face au dossier : suspendre, traiter, effacer et contester devant le juge

A. Recevabilité, suspension des poursuites et traitement de la dette : plan, mesures imposées et rétablissement personnel

Dès que la commission déclare votre dossier recevable, l’huissier mandaté par l’opérateur funéraire doit s’arrêter. L’article L. 722-2 du code de la consommation dispose que « La recevabilité de la demande emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur ainsi que des cessions de rémunération consenties par celui-ci et portant sur les dettes autres qu’alimentaires. » La dette d’obsèques, dette civile ordinaire, entre dans le champ de cette suspension : plus de saisie-vente des meubles, plus de saisie-attribution sur le compte bancaire, plus de saisie sur salaire au titre de cette facture. Si l’huissier poursuit malgré la notification de recevabilité, adressez-lui immédiatement une copie de la décision de recevabilité par écrit, conservez la preuve de l’envoi, et signalez le passage outre à la commission puis au juge. Les sommes saisies après la recevabilité peuvent devoir être restituées, et la persistance des poursuites fragilise la position du créancier devant le juge.

Attention toutefois aux limites de cette protection. La suspension ne joue qu’après la décision de recevabilité, pas dès le dépôt : entre le dépôt et la recevabilité, qui prend en général quelques semaines, l’huissier peut encore agir, et une saisie pratiquée avant la recevabilité produit ses effets. D’où l’importance de déposer vite un dossier complet, avec la facture d’obsèques dedans, plutôt que d’attendre la convocation à une vente de meubles. Par ailleurs, la suspension ne bloque pas les mesures conservatoires autorisées par le juge, ni les dettes exclues du traitement. Pour la facture d’obsèques ordinaire, ces réserves changent rarement l’analyse, mais elles expliquent pourquoi certaines familles voient une saisie antérieure maintenue : la date de la saisie par rapport à la date de recevabilité tranche tout.

Une fois le dossier recevable, la commission oriente le traitement selon vos ressources et votre patrimoine. Quand vos revenus permettent un remboursement aménagé, la commission cherche un plan conventionnel avec vos créanciers, dont l’opérateur funéraire. L’article L. 732-1 du code de la consommation prévoit que « Si l’examen de la demande de traitement de la situation de surendettement fait apparaître que le débiteur se trouve dans la situation définie au premier alinéa de l’article L. 724-1 et que le débiteur est propriétaire d’un bien immobilier, la commission s’efforce de concilier les parties en vue de l’élaboration d’un plan conventionnel de redressement approuvé par le débiteur et ses principaux créanciers. » Dans ce plan, la dette d’obsèques peut être rééchelonnée sur plusieurs années, avec un taux d’intérêt réduit ou nul, au même rang que les autres dettes ordinaires. L’opérateur funéraire, petit créancier face aux banques, accepte souvent le plan négocié car l’alternative, un effacement total, lui serait pire.

Quand la conciliation échoue ou n’est pas tentée, la commission peut imposer des mesures. L’article L. 733-1 du code de la consommation dispose qu’« En l’absence de mission de conciliation ou en cas d’échec de celle-ci, la commission peut, à la demande du débiteur et après avoir mis les parties en mesure de fournir leurs observations, imposer tout ou partie des mesures suivantes », parmi lesquelles le rééchelonnement des dettes, l’imputation des paiements sur le capital, la réduction des taux, et la mesure qui soulage immédiatement les familles en deuil : « Suspendre l’exigibilité des créances autres qu’alimentaires pour une durée qui ne peut excéder deux ans. » Deux ans de respiration pour une dette d’obsèques, sans exigibilité et en principe sans intérêts nouveaux : voilà ce qui permet de traverser le deuil et de stabiliser le budget avant de rembourser. Notez que ces mesures se demandent : la commission n’impose que ce que le débiteur a sollicité, d’où l’intérêt de cocher et de motiver chaque demande dans le dossier.

Quand la situation est irrémédiablement compromise, sans ressource ni bien saisissable permettant un plan, la commission impose un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire, qui efface les dettes. L’article L. 741-2 du code de la consommation dispose que « le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire entraîne l’effacement de toutes les dettes, professionnelles et non professionnelles, du débiteur, arrêtées à la date de la décision de la commission », sous réserve des dettes exclues par les articles L. 711-4 et L. 711-5 et des sommes payées à la place du débiteur par une caution ou un coobligé. La facture d’obsèques, dette ordinaire arrêtée à la date de la décision, est donc effacée avec le reste, sauf si elle entre dans les exclusions, ce qui n’est en général pas le cas. C’est l’issue de nombreux dossiers de familles modestes frappées par un décès : un parent au SMIC, des crédits à la consommation, et 5 000 euros d’obsèques qui faisaient déborder le vase.

La date à laquelle le passif est arrêté mérite une vigilance particulière quand les factures du décès s’étalent dans le temps : facture principale, puis complément de marbrerie, puis frais de notaire, puis taxe d’inhumation de la commune. La Cour de cassation a tranché le principe dans un dossier de rétablissement personnel : « En statuant ainsi, alors que l’effacement des dettes concernait le passif existant au jour de la décision de la commission de surendettement qui n’avait pas fait l’objet d’une contestation, soit le 27 août 2019, la cour d’appel a violé le texte susvisé. » (Cass. 2e civ., 23 novembre 2023, n° 22-11.535). Retenez la règle : ce qui est né et déclaré avant la décision de la commission entre dans l’effacement ; ce qui naît après, comme une facture complémentaire de marbrerie reçue un an plus tard, reste dû. D’où la consigne pratique : regroupez toutes les factures liées aux obsèques avant la décision, demandez à l’opérateur un décompte définitif et définitif, et signalez chaque nouveau titre dès réception.

Le cas des familles propriétaires d’un logement mérite un mot, car il revient souvent après un décès : le parent mort occupait parfois le logement dont vous héritez en indivision, ou vous êtes vous-même propriétaire de votre résidence principale. L’article L. 724-1 du code de la consommation distingue les débiteurs dont les ressources ou l’actif réalisable permettent des mesures de traitement, de ceux dont la situation est compromise, la loi visant « l’impossibilité manifeste de mettre en œuvre des mesures de traitement » pour ouvrir le rétablissement personnel. Être propriétaire ne ferme pas la porte du surendettement, et hériter d’une part indivise d’un petit appartement de province ne rend pas toujours possible un plan. En revanche, la commission examinera la valeur réalisable de vos droits indivis et vos charges réelles. Ne vendez pas dans la précipitation un bien indivis pour payer l’opérateur funéraire avant d’avoir consulté : une vente précipitée à vil prix appauvrit la succession, lèse vos cohéritiers et peut être regardée comme une faute de gestion.

B. Contester à Paris et en Île-de-France : devis discuté, reste à vivre, pièces et recours devant le juge

La contestation commence par le montant réclamé. Quand l’opérateur funéraire ou son huissier réclame un solde, exigez le décompte complet : prix des prestations, acomptes déduits, frais de recouvrement, intérêts, et titre exécutoire invoqué. Les frais de recouvrement ajoutés sans décision de justice se discutent : une simple lettre d’huissier ne crée pas des frais à votre charge, et les intérêts ne courent qu’au taux convenu ou au taux légal à compter de la mise en demeure. Quand le commandement de payer vise une somme globale sans détail, demandez la ventilation par écrit avant tout versement. Chaque euro indûment ajouté est un euro à retirer de l’état du passif, et la commission comme le juge travaillent sur des chiffres prouvés, pas sur des totaux approximatifs.

Le devis lui-même peut être contesté quand les prestations facturées ne correspondent pas à la commande. Comparez ligne par ligne le bon de commande signé le jour du décès et la facture finale : cercueil d’un modèle supérieur à celui choisi, soins de thanatopraxie non demandés, convoi facturé pour une distance supérieure au trajet réel, vacation de police facturée alors que la mairie ne l’a pas perçue. Photographiez le monument et les plaques, conservez les attestations de la famille présente aux obsèques, et écrivez à l’opérateur une réclamation précise, poste par poste, en demandant l’avoir correspondant. Si l’opérateur assigne en paiement devant le tribunal judiciaire, ces pièces fondent votre demande reconventionnelle en réduction du prix, et le juge peut ordonner une expertise quand la discussion technique l’exige.

Devant la commission puis devant le juge des contentieux de la protection, l’argument central reste le reste à vivre. Après un décès, le budget du foyer change des deux côtés : une pension de réversion ou une allocation peut s’ajouter, mais le revenu du défunt disparaît, les aides au logement sont recalculées, et la facture d’obsèques assèche l’épargne. Présentez un budget mensuel sincère et daté : loyer parisien ou francilien, charges, transports Navigo, mutuelle, cantine des enfants, mensualités restantes. Quand le reste à vivre calculé par la commission oublie une charge liée au décès, comme les mensualités du caveau familial ou le remboursement du prêt contracté pour les obsèques, contestez la mesure en chiffrant l’oubli. Les commissions d’Île-de-France traitent des milliers de dossiers et travaillent vite : un dossier chiffré au plus juste obtient davantage qu’une plainte générale sur la cherté de la vie.

À Paris et en Île-de-France, le parcours procédural suit des repères concrets. Le dossier se dépose auprès de la commission du département de votre domicile, avec l’aide des points conseil budget et des associations familiales qui connaissent les pièces attendues. En cas de refus de recevabilité ou de contestation des mesures, le recours se porte devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de votre domicile : Paris, Nanterre, Bobigny, Créteil, Évry, Versailles, Pontoise ou Meaux selon votre adresse. Les délais de recours figurent sur chaque notification et sont stricts : manquer le délai de contestation de l’état du passif ou des mesures imposées rend la décision définitive. Faites partir chaque recours en recommandé avec accusé de réception, ou déposez-le au greffe contre récépissé, et gardez une copie de tout.

Les pièces qui font gagner les dossiers après un décès sont toujours les mêmes : acte de décès, livret de famille, bon de commande et devis détaillé des obsèques, facture et mises en demeure, commandement de payer et actes de l’huissier, trois derniers bulletins de salaire et justificatifs de prestations sociales, dernier avis d’imposition, relevés bancaires des trois derniers mois montrant les acomptes versés, accord de partage entre héritiers ou preuve de son absence, et budget mensuel détaillé. Quand un frère ou une sœur devait prendre sa part et ne paie pas, joignez les échanges écrits qui le prouvent : le juge comprend mieux une dette d’obsèques subie seul qu’une présentation confuse où les responsabilités se brouillent. Les familles suivies pour des dettes d’hôpital après un décès le savent déjà : dans ces dossiers, la clarté des pièces vaut autant que le droit invoqué.

Enfin, anticipez l’après-décision. Quand un plan rééchelonne la dette d’obsèques, payez les mensualités à date fixe, même petites, car deux échéances manquées peuvent entraîner la déchéance du plan. Quand un moratoire suspend l’exigibilité pendant deux ans, préparez dès maintenant le budget de la reprise, au lieu de découvrir la mensualité à son retour. Quand un rétablissement personnel efface la dette, conservez la décision pendant des années : certains opérateurs cèdent leurs créances à des sociétés de recouvrement qui relancent des dettes effacées, et la décision d’effacement est l’arme qui stoppe net ces relances. Si votre situation change, dans un sens ou dans l’autre, demandez la révision : une pension de réversion obtenue tardivement ou une perte d’emploi postérieure au décès modifient la donne, et la procédure prévoit l’adaptation des mesures.

Conclusion

Payer les obsèques d’un proche quand on est déjà surendetté place les familles devant un choix impossible entre la dignité du deuil et la survie budgétaire. Le droit ne tranche pas ce dilemme moral, mais il donne une méthode : identifier le vrai débiteur de la facture, déclarer loyalement la dette à la commission, exiger la suspension des poursuites dès la recevabilité, obtenir un plan supportable ou un effacement quand la situation l’impose, et contester chaque euro et chaque mesure devant le juge quand les chiffres sont faux. La facture d’obsèques est une dette ordinaire qui se traite comme les autres, avec ses pièces, ses délais et ses recours. Rassemblez vos documents dès aujourd’hui, écrivez à la commission à chaque fait nouveau, et ne laissez ni l’opérateur ni l’huissier vous faire payer seul ce que le droit répartit entre les obligés.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».