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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Bail commercial : régularisation annuelle des charges reçue, contester les charges indues et obtenir remboursement (2026)

Votre bailleur vous adresse au début de l’automne l’état récapitulatif annuel des charges de votre bail commercial, et la somme réclamée vous semble sans rapport avec votre activité : taxe foncière intégrale, travaux lourds dans les parties communes, honoraires de gestion, charges de locaux vacants. Avant de payer, une vérification minutieuse s’impose, car le droit des baux commerciaux encadre strictement ce que le bailleur peut refacturer. Depuis la loi du 18 juin 2014, tout contrat de location commerciale doit comporter un inventaire précis et limitatif des charges, et plusieurs catégories de dépenses ne peuvent plus être mises à la charge du locataire. Les contentieux se multiplient : la cour d’appel de Lyon a encore condamné un bailleur, le 30 octobre 2025, à restituer plusieurs milliers d’euros au titre du solde du compte locatif, faute d’inventaire conforme (CA Lyon, 30 octobre 2025). La cour d’appel de Paris a jugé, le 23 novembre 2023, que le bailleur qui néglige de régulariser les charges chaque année ne peut pas opposer la prescription au locataire qui réclame le trop-perçu (CA Paris, 23 novembre 2023). Cet article expose la méthode complète : contrôler l’inventaire joint à votre bail, écarter les charges que la réglementation interdit de vous imputer, exiger les justificatifs dans les délais, puis contester la régularisation et obtenir le remboursement des sommes indûment versées, y compris devant le tribunal judiciaire de Paris pour les commerçants d’Île-de-France.

I. Régularisation des charges du bail commercial reçue : que vérifier avant de payer

La régularisation annuelle n’est pas une simple formalité comptable : elle constitue le moment où le bailleur arrête le montant définitif des charges de l’exercice et le compare aux provisions que vous avez versées. Deux séries de contrôles décident de l’issue : l’existence d’un inventaire conforme dans votre bail, puis la nature exacte des dépenses qui vous sont refacturées.

A. Inventaire précis et limitatif des charges : sans lui, le bailleur ne refacture rien

La première pièce à sortir de votre dossier est votre contrat de bail, avec ses annexes. L’article L. 145-40-2 du code de commerce pose une règle directe : « Tout contrat de location comporte un inventaire précis et limitatif des catégories de charges, impôts, taxes et redevances liés à ce bail, comportant l’indication de leur répartition entre le bailleur et le locataire. Cet inventaire donne lieu à un état récapitulatif annuel adressé par le bailleur au locataire dans un délai fixé par voie réglementaire. » (CA Lyon, 30 octobre 2025, rappelant le texte applicable). Chaque mot de ce texte a une portée pratique. L’inventaire doit être précis, c’est-à-dire détailler les catégories une par une, et limitatif, c’est-à-dire fermer la liste : ce qui n’y figure pas ne peut pas vous être réclamé. Il doit en outre indiquer la répartition entre le bailleur et vous, poste par poste.

La sanction du défaut d’inventaire est redoutable pour le bailleur. Le site officiel de l’administration explique que sans inventaire précis et limitatif prévu par les parties, le bailleur ne peut pas facturer de charges au locataire (service-public, bail commercial : charges du locataire et du bailleur). La cour d’appel de Versailles l’a appliqué le 7 mars 2024 dans une affaire où les parties s’étaient accordées sur l’absence d’inventaire : la cour a réputé non écrite la stipulation du bail qui mettait la taxe d’enlèvement des ordures ménagères et la taxe foncière à la charge du locataire, de sorte qu’en l’absence d’inventaire conforme, le bailleur ne peut procéder à une refacturation des charges (analyse de la jurisprudence sur l’inventaire des charges en bail commercial). Le tribunal judiciaire de Paris a jugé, le 14 novembre 2024, que cette exigence s’applique au renouvellement du bail postérieur à la loi du 18 juin 2014, et que son absence interdit la refacturation même si le bail initial comportait des clauses qui répercutaient des charges sur le preneur. Autrement dit, un bail renouvelé après 2014 sans inventaire prive le bailleur de toute refacturation, quand bien même l’ancien bail prévoyait le contraire.

L’affaire jugée par la cour d’appel de Lyon le 30 octobre 2025 illustre concrètement cette mécanique. Un traiteur sous-locataire d’un local de restauration soutenait que son bail de sous-location ne respectait pas les dispositions de l’article L. 145-40-2 du code de commerce et que l’ensemble des charges payées étaient indues. La cour a écarté la clause du bail qui se bornait à viser des catégories vagues sans désignation limitative et sans clé de répartition, puis elle a statué : « Déboute la société Ouikamedia de ses demandes » et « Condamne la société Ouikamedia à payer à la société Alexandra traiteur et gourmandises la somme de 6.438,86 euros au titre du solde du compte locatif » (CA Lyon, 30 octobre 2025, dispositif). Le bailleur réclamait plus de 11 000 euros ; il a été débouté et condamné à payer. Contrôlez donc en premier lieu si votre bail contient cet inventaire, s’il est détaillé et non ambigu, et si chaque charge réclamée y figure. Les documents postérieurs à la conclusion du bail et les mentions éparses ne répondent pas aux exigences du texte. Et sachez que le fait d’avoir payé les charges sans protester pendant plusieurs années ne vous prive pas du droit d’en demander le remboursement : le commentaire doctrinal de la jurisprudence la plus récente relève que le paiement prolongé sans contestation ne fait pas obstacle à une demande en remboursement.

Dans un ensemble immobilier qui comporte plusieurs locataires, comme un centre commercial ou une galerie, le contrôle porte aussi sur la clé de répartition. La loi exige que « Dans un ensemble immobilier comportant plusieurs locataires, le contrat de location précise la répartition des charges ou du coût des travaux entre les différents locataires occupant cet ensemble. Cette répartition est fonction de la surface exploitée. » Et elle verrouille la fiscalité : « Le montant des impôts, taxes et redevances pouvant être imputés au locataire correspond strictement au local occupé par chaque locataire et à la quote-part des parties communes nécessaires à l’exploitation de la chose louée. » (CA Lyon, 30 octobre 2025, rappelant le texte applicable). La Cour de cassation a eu à trancher un litige où le tribunal avait jugé « que la répartition des charges se fera au prorata de la surface réelle louée affectée d’un coefficient de pondération sans possibilité de répartir des charges spécifiques selon les horaires d’ouverture des locaux » (Cass. 3e civ., 12 mai 2015, n° 14-11.263). Si votre bailleur vous impute des charges calculées sur une autre base que la surface exploitée, ou vous fait supporter des impôts qui dépassent votre local et votre quote-part de parties communes, la régularisation est contestable sur ce seul fondement.

B. Charges interdites au locataire : grosses réparations, honoraires de gestion et locaux vacants

Même lorsque l’inventaire existe, toute dépense n’est pas refacturable. Le décret du 3 novembre 2014, pris en application de la loi du 18 juin 2014 relative à l’artisanat, au commerce et aux très petites entreprises, dresse la liste des charges, travaux, impôts, taxes et redevances qui ne peuvent pas être mis à votre charge. Ces dispositions, codifiées aux articles R. 145-35 à R. 145-37 du code de commerce, s’appliquent aux contrats conclus ou renouvelés depuis la publication du décret, ce qui couvre aujourd’hui la quasi-totalité des baux en cours.

Le premier poste à traquer concerne les travaux lourds. Les dépenses relatives aux grosses réparations visées par l’article 606 du code civil ne peuvent pas vous être imputées, pas plus que les honoraires liés à la réalisation de ces travaux. Les grosses réparations couvrent notamment les gros murs, les voûtes, les poutres et les couvertures entières : ravalement de façade, réfection complète de toiture, consolidation de structure. Si votre état récapitulatif comporte une ligne de travaux sur le gros œuvre ou la structure, contestez-la : elle relève du propriétaire. L’administration range dans les charges qui restent au bailleur les dépenses de travaux rendus nécessaires par la vétusté du bien ou la mise aux normes lorsqu’il s’agit de grosses réparations, y compris les mises en conformité avec la réglementation sur l’accessibilité, l’hygiène, la sécurité incendie ou l’électricité, et plus largement tous les travaux réalisés sur injonction ou prescription administrative. Un bailleur qui vous refacture une mise aux normes incendie de l’immeuble ou des travaux prescrits par l’administration vous réclame une somme que la réglementation lui interdit de vous imputer.

Le deuxième poste concerne les frais de gestion du bailleur lui-même. Les honoraires du bailleur liés à la gestion des loyers du local ou de l’immeuble ne peuvent pas vous être imputés : honoraires de gestion locative, frais d’administration du patrimoine du bailleur, commissions versées à son gestionnaire ou à son syndic, tout cela reste à sa charge. Vérifiez les lignes intitulées gestion, administration, management ou asset management. Le troisième poste vise les ensembles immobiliers : les charges, impôts, taxes, redevances et le coût des travaux relatifs à des locaux vacants, ou imputables à d’autres locataires, ne peuvent pas vous être imputés. Si une cellule voisine est vide, sa part de charges ne peut pas être reportée sur vous. Si des travaux profitent exclusivement à un autre locataire, ils ne peuvent pas figurer dans votre décompte. Dans les centres commerciaux, ce contrôle du report des vacants représente souvent plusieurs centaines d’euros par an. Dans les immeubles en copropriété, fréquents à Paris pour les boutiques en rez-de-chaussée, vérifiez en outre que les charges de copropriété refacturées correspondent bien aux tantièmes de votre lot et que le syndic n’a pas imputé à l’ensemble des copropriétaires des dépenses qui relèvent des parties privatives du bailleur (CA Lyon, 30 octobre 2025, sur la répartition entre occupants).

Reste la question fiscale, qui pèse lourd dans les régularisations parisiennes : la taxe foncière, ses taxes additionnelles, la taxe d’enlèvement des ordures ménagères et la taxe de balayage. Ces taxes peuvent être mises à votre charge, mais uniquement en présence d’un inventaire précis qui organise la répartition entre le bailleur et vous. Sans inventaire, la taxe foncière refacturée est indue, comme l’a jugé la cour d’appel de Versailles. Avec un inventaire, contrôlez que le montant correspond strictement à votre local et à votre quote-part de parties communes, et que la taxe sur les bureaux en Île-de-France, lorsqu’elle s’applique, est bien répartie selon la surface que vous exploitez. Les impôts qui ne visent que le propriétaire et que le décret réserve à sa charge ne doivent jamais apparaître dans votre colonne.

II. Contester la régularisation des charges et obtenir le remboursement

Une fois les anomalies repérées, l’enjeu devient procédural : exiger les justificatifs, respecter les délais, interrompre la prescription, puis saisir le juge avec un dossier chiffré. Chaque étape compte, car un dossier bien construit obtient le remboursement, tandis qu’une contestation tardive ou approximative laisse le trop-perçu au bailleur.

A. État récapitulatif annuel, délai du 30 septembre et prescription de cinq ans

Le calendrier joue en votre faveur à l’automne. Le décret impose au bailleur un rythme précis : « En vertu de l’article R. 145-36 du même code, l’état récapitulatif annuel mentionné au premier alinéa de l’article L. 145-40-2, qui inclut la liquidation et la régularisation des comptes de charges, est communiqué au locataire au plus tard le 30 septembre de l’année suivant celle au titre de laquelle il est établi ou, pour les immeubles en copropriété, dans le délai de trois mois à compter de la reddition des charges de copropriété sur l’exercice annuel. » (CA Lyon, 30 octobre 2025, rappelant le texte applicable). Si vous recevez en octobre 2026 la régularisation de l’exercice 2025, le délai est respecté. Si le bailleur vous adresse en 2026 la régularisation de 2023 ou de 2022, elle est tardive, et ce retard a des conséquences directes sur la prescription.

Exigez systématiquement les justificatifs : « Le bailleur communique au locataire, à sa demande, tout document justifiant le montant des charges, impôts, taxes et redevances imputés à celui-ci. » (CA Lyon, 30 octobre 2025, rappelant le texte applicable). Factures, contrats d’entretien, relevés de compteur, rôles d’imposition, décompte de répartition entre occupants : demandez-les par écrit, de préférence par lettre recommandée avec accusé de réception, en visant chaque poste contesté. En cours de bail, le bailleur doit en outre vous informer des charges, impôts, taxes et redevances nouveaux et de tout élément susceptible de modifier la répartition des charges entre locataires. Une charge nouvelle qui apparaît sans information préalable est contestable. Tous les trois ans, le bailleur doit aussi vous communiquer l’état prévisionnel des travaux envisagés et l’état récapitulatif des travaux réalisés avec leur coût : « Lors de la conclusion du contrat de location, puis tous les trois ans, le bailleur communique à chaque locataire : 1° Un état prévisionnel des travaux qu’il envisage de réaliser dans les trois années suivantes, assorti d’un budget prévisionnel ; 2° Un état récapitulatif des travaux qu’il a réalisés dans les trois années précédentes, précisant leur coût. » L’absence de ces documents fragilise toute refacturation de travaux.

Sur la prescription, la règle distingue deux actions. La cour d’appel de Paris l’a rappelée le 23 novembre 2023 : « L’article 2224 du code civil dispose que les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer. » Et : « Aux termes de l’article L. 145-60 du code de commerce, les actions exercées en vertu du bail commercial se prescrivent par deux ans. » (CA Paris, 23 novembre 2023, sur les délais applicables). Dans cette affaire, le bailleur n’avait jamais procédé à la régularisation des charges dans les conditions fixées au contrat, puis il opposait au locataire la prescription quinquennale en soutenant que l’action avait commencé à courir chaque année. La cour a écarté l’argument : « le bailleur ne peut tirer argument de sa défaillance dans les opérations de régularisation pour tirer argument de l’inaction du locataire et lui opposer la prescription alors que, faute de connaître l’existence soit d’un trop perçu, soit d’une insuffisance de provision sur charges, il n’était pas en mesure d’exercer une action quelle qu’elle soit aux fins de régularisation de sa situation et la prescription n’a pu commencer à courir. » La solution est claire : sans régularisation effective, le locataire ne connaît pas l’indu et la prescription ne court pas contre lui. En miroir, lorsque le bailleur régularise tardivement, « la seule sanction à cette régularisation tardive est l’application de la prescription quinquennale de droit commun prévue à l’article 2224 du code civil », et le bailleur ne peut obtenir que les sommes des cinq dernières années après avoir communiqué le décompte et les justificatifs (CA Paris, 23 novembre 2023, sur la régularisation tardive).

Concrètement, si votre bailleur vous réclame en 2026 des arriérés de charges de 2018 ou 2019 sans avoir jamais régularisé, opposez la prescription de l’article 2224 du code civil : les actions personnelles se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer. Et si c’est vous qui réclamez le trop-perçu après des années sans régularisation, votre action en répétition de l’indu court seulement à compter du jour où, pièces en main, vous avez connu ou auriez dû connaître les faits qui fondent votre demande. Dans les deux sens, la date de la régularisation et de la communication des justificatifs constitue le point de départ. Agissez par écrit dès réception de l’état récapitulatif : une mise en demeure interrompt la prescription et fige votre réclamation.

B. Mise en demeure, preuve et juge : obtenir le remboursement à Paris

La contestation commence par une mise en demeure chiffrée. Listez chaque poste rejeté avec son montant : absence d’inventaire, taxe foncière refacturée sans inventaire, travaux relevant des grosses réparations de l’article 606 du code civil, honoraires de gestion, charges de locaux vacants, clé de répartition non conforme à la surface exploitée, provisions non régularisées. Joignez le calcul du trop-perçu année par année et réclamez le remboursement sous un délai précis, par exemple quinze jours. Adressez ce courrier en recommandé avec accusé de réception au bailleur et, dans un ensemble immobilier, au gestionnaire. Conservez la preuve de chaque envoi : elle établira l’interruption de la prescription et la date de connaissance de l’indu.

Préparez la preuve comme un expert-comptable et comme un juriste. Rassemblez le bail et ses annexes, l’inventaire s’il existe, tous les états récapitulatifs reçus, les appels de provisions, les justificatifs communiqués ou refusés, les relevés de paiement et le grand livre de vos charges. Faites établir un tableau année par année : provisions versées, charges justifiées et refacturables, écart. L’expérience des litiges montre que le juge suit le chiffrage le plus rigoureux : dans l’affaire lyonnaise, la cour a arrêté le solde du compte locatif à 6.438,86 euros après examen des demandes respectives, déboutant le bailleur de l’intégralité de ses réclamations (CA Lyon, 30 octobre 2025, dispositif). À l’inverse, un bailleur qui assigne en paiement d’arriérés doit justifier chaque euro : le tribunal judiciaire de Tours a été saisi d’une demande de charges et impôts impayés après l’expiration d’un bail de neuf ans, le bailleur ayant mis en demeure son ancien locataire « d’avoir à s’acquitter de la somme de 245 039,07 € au titre du paiement des charges et impôts impayés » (TJ Tours, 3 septembre 2026, exposé du litige). Sans décompte probant et sans stipulations conformes, une telle demande s’expose au rejet. Si le bailleur refuse de communiquer les justificatifs malgré votre demande écrite, faites constater ce refus : le juge en tirera les conséquences sur la charge de la preuve.

Pour les commerçants de Paris et d’Île-de-France, le parcours juridictionnel présente des traits propres. La contestation d’une régularisation de charges de bail commercial relève du tribunal judiciaire, et à Paris du tribunal judiciaire de Paris pour les litiges entre bailleurs et commerçants. La procédure commence souvent par une assignation en restitution du trop-perçu et en fixation des bases de calcul pour l’avenir, comme dans l’affaire tranchée par la Cour de cassation en 2015 où le locataire exploitant un cinéma avait, face au désaccord sur le calcul des charges et taxes, attrait sa bailleresse : « celle-ci a attrait la bailleresse en restitution d’un trop-perçu de charges et fixation des bases de calcul » (Cass. 3e civ., 12 mai 2015, n° 14-11.263). Demandez au juge non seulement le remboursement, mais aussi la fixation judiciaire de la clé de répartition et des catégories refacturables : cette décision vaudra pour les exercices suivants et tarira le contentieux à la source. Les loyers et charges parisiens atteignent des montants qui justifient l’action : taxe foncière parisienne, taxe sur les bureaux en Île-de-France, charges de copropriété des immeubles anciens. Devant le tribunal, invoquez l’absence ou l’irrégularité de l’inventaire, les postes interdits par le décret du 3 novembre 2014, le non-respect du délai de communication de l’état récapitulatif et le défaut de justificatifs. Sollicitez une expertise judiciaire si les comptes sont complexes : le juge désigne alors un expert chargé de reconstituer le compte locatif, comme dans les grands ensembles commerciaux. Et si le bailleur a engagé une mesure conservatoire sur vos comptes pour obtenir le paiement pendant le litige, contestez-la devant le juge de l’exécution : une saisie pratiquée pour des charges qui s’avèrent indues expose le bailleur à des dommages-intérêts.

Lorsque la créance est évidente et le décompte incontestable, la voie du référé-provision permet d’obtenir rapidement une avance sur le remboursement sans attendre un procès au fond de plusieurs mois. Le juge des référés accorde une provision lorsque l’obligation n’est pas sérieusement contestable : un inventaire absent, des charges interdites refacturées noir sur blanc, un état récapitulatif jamais adressé constituent typiquement ce cas. En revanche, si la clé de répartition est discutée ou si les comptes exigent une reconstitution complète, l’assignation au fond avec demande d’expertise reste la voie adaptée. Dans tous les cas, n’attendez pas la fin du bail pour agir : un locataire qui conteste chaque année, par écrit et chiffres à l’appui, cumule les mises en demeure interruptives de prescription et aborde l’audience avec un dossier crédible, tandis que le silence prolongé complique la reconstitution des exercices anciens.

Conclusion

Recevoir la régularisation annuelle des charges de votre bail commercial ne signifie pas devoir la payer sans contrôle. Vérifiez d’abord l’inventaire précis et limitatif exigé par l’article L. 145-40-2 du code de commerce, rappelé par la cour d’appel de Lyon le 30 octobre 2025 (CA Lyon, 30 octobre 2025) : sans lui, aucune refacturation n’est due. Écartez ensuite les dépenses que le décret du 3 novembre 2014 interdit de vous imputer : grosses réparations de l’article 606 du code civil, honoraires de gestion du bailleur, charges des locaux vacants. Exigez l’état récapitulatif annuel au plus tard le 30 septembre et chaque justificatif, opposez la prescription de cinq ans aux arriérés tardifs, et sachez que l’absence de régularisation empêche la prescription de courir contre votre demande de remboursement, comme l’a jugé la cour d’appel de Paris le 23 novembre 2023 (CA Paris, 23 novembre 2023). La jurisprudence récente des cours d’appel de Lyon et de Paris et de la Cour de cassation donne à ces contrôles une efficacité prouvée : des bailleurs déboutés, des soldes locatifs restitués au locataire, des clés de répartition fixées judiciairement. Mettez votre bailleur en demeure par écrit, chiffrez votre trop-perçu année par année, puis saisissez le tribunal judiciaire pour obtenir la restitution et la fixation des bases futures.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».