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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Facture électronique obligatoire depuis le 1er septembre 2026 : client qui ne paie pas, comment prouver, pénaliser et se faire payer vite

Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent pouvoir recevoir leurs factures sous forme électronique, et les grandes entreprises ainsi que les entreprises de taille intermédiaire doivent aussi les émettre dans ce format. Pour une TPE ou une PME parisienne qui vend à des professionnels, le changement est concret : la facture n’est plus un simple PDF joint à un courriel, elle transite par une plateforme agréée, elle alimente l’annuaire central et elle est tracée par l’administration fiscale. Quand le client ne paie pas, cette traçabilité devient un atout, car l’existence, le montant et la date d’envoi de la facture sont bien plus difficiles à contester. Encore faut-il savoir s’en servir : exiger les mentions qui font courir les pénalités, calculer les intérêts au bon taux, réclamer l’indemnité forfaitaire de 40 euros, puis choisir la procédure la plus rapide pour obtenir un titre exécutoire. Cet article expose la méthode complète, du cadre de la facturation électronique aux recours devant le tribunal, avec les textes applicables au 2 octobre 2026 et les réflexes propres à Paris et à l’Île-de-France.

I. Facture électronique obligatoire depuis septembre 2026 : émettre, transmettre et prouver pour être payé

A. Qui doit facturer en électronique, via quelle plateforme agréée, et avec quelles données transmises au fisc

Le principe est posé par le code général des impôts : pour les opérations intérieures entre assujettis établis en France, « l’émission, la transmission et la réception des factures relatives aux opérations mentionnées aux a et d du 1 du I dudit article 289 ainsi qu’aux acomptes s’y rapportant s’opèrent sous une forme électronique, selon des normes de facturation électronique définies par arrêté du ministre chargé du budget, lorsque l’émetteur de la facture et son destinataire sont des assujettis qui sont établis ou ont leur domicile ou leur résidence habituelle en France » (article 289 bis du code général des impôts, version issue de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026, article 123). Le calendrier est progressif : depuis le 1er septembre 2026, tous les assujettis doivent être en mesure de recevoir des factures électroniques, tandis que l’obligation d’émettre s’applique déjà aux grandes entreprises et aux entreprises de taille intermédiaire, avant de s’étendre aux petites et moyennes entreprises puis aux micro-entreprises. En pratique, une entreprise qui ne peut toujours pas recevoir une facture électronique au 2 octobre 2026 se trouve en infraction, même si elle n’émet encore qu’en format classique.

Le même texte ajoute une règle d’aiguillage impérative : « L’émission, la transmission et la réception des factures électroniques s’effectuent en recourant à une plateforme agréée » (article 289 bis du code général des impôts). Le schéma initial prévoyait un portail public sans coût pour l’entreprise, le portail public de facturation. Cette branche a été abandonnée : la loi de finances pour 2026 recentre le portail public sur l’annuaire central des assujettis et la concentration des données fiscales, et les flux passent par des plateformes agréées immatriculées par l’administration. Concrètement, l’entreprise choisit une plateforme agréée, s’y immatricule, y déclare ses coordonnées de routage qui alimentent l’annuaire central, et reçoit comme émet les factures par ce canal. Le changement de plateforme est encadré : l’ancienne plateforme doit assurer des services minimaux pendant une durée qui ne peut être inférieure à un an, afin qu’aucune facture ne se perde pendant la migration.

À côté de la facturation électronique entre assujettis, le dispositif comporte un second volet, la transmission des données de transaction, souvent appelée e-reporting : les opérations avec des particuliers, les opérations internationales et les paiements encaissés doivent être déclarés à l’administration par l’intermédiaire de la plateforme. La loi de finances pour 2026 a élargi ce périmètre et durci les sanctions. Pour le créancier impayé, l’enjeu est double. D’un côté, la facture électronique horodatée par la plateforme constitue une preuve d’émission et de dépôt à destination du client bien plus solide qu’un courriel ordinaire : date, contenu, accusés de réception et journaux de la plateforme permettent d’établir que le client a été mis en mesure de payer. De l’autre, l’administration dispose des mêmes données, de sorte qu’une entreprise qui facture hors plateforme prend un risque fiscal en plus du risque commercial. Le premier réflexe, avant toute relance, consiste donc à vérifier dans l’espace de la plateforme que la facture figure bien au statut transmis et reçu, à télécharger le journal d’envoi et à conserver les accusés : ces pièces accompagneront la mise en demeure puis, si nécessaire, la requête au tribunal.

Quand le client prétend ne jamais avoir reçu la facture, la réponse se construit en trois temps. D’abord, produire le journal de la plateforme agréée et l’annuaire de routage, qui montrent l’adresse de dépôt exacte. Ensuite, rappeler que la loi impose à l’acheteur de réclamer la facture : « L’acheteur est tenu de la réclamer » (article L441-9 du code de commerce), de sorte que le silence du client qui n’a ni protesté ni réclamé joue contre lui. Enfin, si le client soutient que la facture électronique serait irrégulière, vérifier les normes de format définies par arrêté et, en cas de doute, régulariser sans délai par une facture rectificative émise sur la plateforme : une facture annulée et réémise proprement vaut mieux qu’une facture contestable maintenue. Les litiges perdus sur des factures le sont rarement sur le fond de la prestation, presque toujours sur la forme de la réclamation : montants flous, date d’échéance absente, pénalités non mentionnées. La facturation électronique n’efface pas ces exigences, elle les rend visibles par tous, y compris par le juge.

B. Mentions obligatoires, date d’échéance et délai de paiement : ce que la facture doit dire pour faire courir les sanctions

Le point de départ ne change pas avec la réforme : « Tout achat de produits ou toute prestation de service pour une activité professionnelle fait l’objet d’une facturation » et « Le vendeur est tenu de délivrer la facture dès la réalisation de la livraison ou de la prestation de services » (article L441-9 du code de commerce). La facture électronique reprend toutes les mentions du commerce entre professionnels : nom et adresse des parties, adresse de facturation si elle diffère, date de la vente ou de la prestation, quantité, dénomination précise, prix unitaire hors taxes, réductions acquises, numéro du bon de commande quand l’acheteur l’a établi. L’oubli fréquent porte sur la suite, celle qui conditionne tout recouvrement : « La facture mentionne la date à laquelle le règlement doit intervenir. Elle précise les conditions d’escompte applicables en cas de paiement à une date antérieure à celle résultant de l’application des conditions générales de vente, le taux des pénalités exigibles le jour suivant la date de règlement inscrite sur la facture ainsi que le montant de l’indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement due au créancier en cas de retard de paiement » (article L441-9 du code de commerce). Une facture sans date d’échéance et sans taux de pénalités prive le créancier de son arme la plus simple : les intérêts courent mal, l’indemnité se discute, et le débiteur gagne du temps en contestant le point de départ.

Le non-respect de ces mentions expose le vendeur lui-même : « Tout manquement au I est passible d’une amende administrative dont le montant ne peut excéder 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale », montant doublé en cas de réitération dans les deux ans (article L441-9 du code de commerce). Les contrôles de la direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes portent régulièrement sur les conditions générales de vente et les factures des grossistes, des prestataires informatiques et des commerces de gros parisiens. Une facture conforme protège donc deux fois : elle met le créancier en position de réclamer des pénalités, et elle le met à l’abri d’une sanction administrative qui viendrait aggraver un impayé.

Le délai de paiement, lui, reste plafonné. Sauf accord particulier, le règlement intervient à trente jours à compter de la réalisation de la prestation ou de la livraison, et le délai convenu entre professionnels ne peut dépasser soixante jours à compter de l’émission de la facture, ou quarante-cinq jours fin de mois sous conditions. Le texte précise par ailleurs que « Le règlement est réputé réalisé à la date à laquelle les fonds sont mis, par le client, à la disposition du bénéficiaire ou de son subrogé » (article L441-9 du code de commerce) : un virement ordonné mais non encore crédité, un chèque envoyé mais non encaissé, ne valent pas paiement. Quand le client répond qu’il a « déjà payé » ou que « le comptable s’en occupe », la date qui compte est celle de la mise à disposition effective des fonds, et c’est à lui d’en rapporter la preuve par un relevé bancaire.

En pratique, la facture électronique idéale pour un recouvrement sans accroc comporte donc cinq éléments vérifiés avant envoi sur la plateforme : le numéro de bon de commande du client, la description précise de la prestation avec dates d’exécution, la date d’échéance explicite, le taux des pénalités de retard avec la mention de l’indemnité forfaitaire, et les coordonnées bancaires à jour. Lorsque la prestation s’exécute en plusieurs fois, facturer par étapes avec des échéances distinctes plutôt qu’une seule facture globale en fin de chantier : chaque échéance impayée fait courir ses propres pénalités et permet d’agir tôt, avant que l’ardoise ne devienne irrécouvrable. Lorsque le client demande un délai supplémentaire après réception, ne jamais l’accorder oralement : un avenant écrit, même bref, qui reporte l’échéance d’une facture identifiée, préserve les pénalités sur la période antérieure et évite que le report soit interprété comme une renonciation. Ces réflexes valent pour toutes les entreprises, et ils valent double dans le cadre électronique, où chaque version de la facture laisse une trace : une facture modifiée après envoi doit être annulée et réémise, jamais retouchée en silence, sous peine de voir le débiteur opposer deux versions divergentes devant le juge.

Le dernier point de vigilance concerne la conservation : vendeur et acheteur conservent chacun un exemplaire de toute facture dans la limite de durée prévue par le code général des impôts, et la plateforme agréée archive les flux pendant la durée légale. Pour le créancier, cela signifie qu’il peut produire au tribunal l’historique complet : facture initiale, relances, avoirs éventuels, mises en demeure, le tout chaîné par la plateforme. Un dossier de recouvrement bien tenu en 2026 se présente ainsi : contrat ou bon de commande signé, preuves d’exécution datées, facture électronique avec journal de transmission, deux relances écrites, une mise en demeure avec délai de huit jours, puis la requête. Les juges consulaires, à Paris comme ailleurs, statuent vite quand le dossier est carré, et renvoient quand il ne l’est pas. La réforme électronique ne change pas cette logique, elle la rend plus exigeante sur la forme et plus généreuse sur la preuve pour celui qui s’y conforme.

II. Client professionnel qui ne paie pas : pénalités, indemnité de 40 euros et injonction de payer pour récupérer vite

A. Pénalités de retard au taux BCE majoré, intérêts moratoires et indemnité forfaitaire : calculer et réclamer sans attendre

Le lendemain de la date d’échéance, sans qu’aucun rappel soit nécessaire, le compteur tourne. La loi dispose que les conditions de règlement « précisent les conditions d’application et le taux d’intérêt des pénalités de retard exigibles le jour suivant la date de règlement figurant sur la facture ainsi que le montant de l’indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement due au créancier dans le cas où les sommes dues sont réglées après cette date » et que, « Sauf disposition contraire qui ne peut toutefois fixer un taux inférieur à trois fois le taux d’intérêt légal, ce taux est égal au taux d’intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à son opération de refinancement la plus récente majoré de 10 points de pourcentage », avec cette précision capitale : « Les pénalités de retard sont exigibles sans qu’un rappel soit nécessaire » (article L441-10 du code de commerce). Autrement dit, le créancier n’a pas à mettre en demeure pour que les pénalités naissent : elles naissent d’elles-mêmes à l’échéance, et la mise en demeure ne sert qu’à les réclamer et à préparer la suite.

À ces pénalités contractuelles et légales s’ajoute l’indemnité pour frais de recouvrement : « Tout professionnel en situation de retard de paiement est de plein droit débiteur, à l’égard du créancier, d’une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, dont le montant est fixé par décret » (article L441-10 du code de commerce), et « Le montant de l’indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement prévue au II de l’article L. 441-10 est fixé à 40 euros » (article D441-5 du code de commerce). Quarante euros par facture impayée, dus automatiquement, auxquels s’ajoute, « Lorsque les frais de recouvrement exposés sont supérieurs au montant de cette indemnité forfaitaire », la possibilité pour le créancier de « demander une indemnisation complémentaire, sur justification » (article L441-10 du code de commerce). Frais de relance recommandée, coût du commissaire de justice, honoraires de recouvrement : tout ce qui dépasse les 40 euros peut être réclamé sur justificatifs. Seule limite : le créancier « ne peut invoquer le bénéfice de ces indemnités lorsque l’ouverture d’une procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire interdit le paiement à son échéance de la créance qui lui est due ». Si le client entre en procédure collective, les pénalités et l’indemnité postérieures s’arrêtent, et le dossier bascule vers la déclaration de créance dans les deux mois, comme l’expose l’article du cabinet consacré au client placé en redressement judiciaire.

La Cour de cassation a donné à ces textes une portée très large. Dans un arrêt du 3 mai 2018, la deuxième chambre civile a jugé que « Qu’en statuant ainsi, alors que l’avocat, prestataire de services, relève des dispositions susvisées, le premier président, qui s’est prononcé par des motifs inopérants, a violé par refus d’application les textes susvisés », et elle a prononcé la cassation : « CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’elle déboute M. Y… de ses demandes en paiement d’intérêts moratoires et d’indemnités forfaitaires de recouvrement de 40 euros par dossier » (Cour de cassation, deuxième chambre civile, 3 mai 2018, pourvoi n° 17-11.926). Deux enseignements pour les entreprises : d’une part, tout prestataire de services, et pas seulement le vendeur de marchandises, bénéficie de l’indemnité ; d’autre part, elle se réclame par dossier et par facture, y compris devant le juge des honoraires. Les textes cités figuraient alors aux articles L441-6 et D441-5, recodifiés depuis par l’ordonnance du 24 avril 2019 aux articles L441-10 et D441-5 en vigueur, sans changement de substance.

Le calcul pratique, sur une facture de 12 000 euros hors taxes échue depuis quatre-vingt-dix jours, donne la mesure de l’enjeu : pénalités au taux BCE majoré de dix points courant jour après jour depuis le lendemain de l’échéance, 40 euros d’indemnité forfaitaire, frais de recouvrement justifiés en sus. À côté des pénalités du code de commerce, le droit commun des intérêts moratoires continue de s’appliquer : « Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d’une obligation de somme d’argent consistent dans l’intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure » et « Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d’aucune perte » (article 1231-6 du code civil). La mise en demeure adressée par lettre recommandée ou par acte de commissaire de justice fait donc courir l’intérêt légal en plus des pénalités commerciales, sans que le créancier ait à démontrer un préjudice. En cas de mauvaise foi caractérisée du débiteur, le même texte ouvre droit à des dommages et intérêts distincts, sur preuve d’un préjudice indépendant du simple retard.

La prescription, enfin, impose d’agir dans les temps : « Les obligations nées à l’occasion de leur commerce entre commerçants ou entre commerçants et non-commerçants se prescrivent par cinq ans si elles ne sont pas soumises à des prescriptions spéciales plus courtes » (article L110-4 du code de commerce). Cinq ans à compter de l’échéance, pas davantage, et chaque relance non suivie d’effet ne fait pas repartir le délai : seule une reconnaissance écrite du débiteur, un paiement partiel ou une action en justice interrompt la prescription. Une facture de 2021 dont l’échéance est dépassée depuis plus de cinq ans sans acte interruptif est perdue, même avec la meilleure plateforme électronique du marché. D’où la discipline à adopter dès l’automne 2026 : à trente jours d’impayé, relance écrite ; à soixante jours, mise en demeure avec décompte des pénalités et de l’indemnité de 40 euros ; au-delà de quatre-vingt-dix jours sans paiement ni échéancier écrit, saisine du tribunal par la voie la plus rapide, l’injonction de payer.

B. Injonction de payer au tribunal : requête, ordonnance, opposition du débiteur et exécution, avec le réflexe Paris et Île-de-France

Quand la créance est contractuelle, d’un montant déterminé et appuyée par une facture en règle, la voie la plus rapide est l’injonction de payer. Le code de procédure civile dispose que « Le recouvrement d’une créance peut être demandé suivant la procédure d’injonction de payer lorsque : 1° La créance a une cause contractuelle ou résulte d’une obligation de caractère statutaire et s’élève à un montant déterminé ; en matière contractuelle, la détermination est faite en vertu des stipulations du contrat y compris, le cas échéant, la clause pénale » (article 1405 du code de procédure civile). La requête se dépose au greffe du tribunal judiciaire ou du tribunal des activités économiques selon la qualité des parties, avec le contrat, le bon de commande, les preuves d’exécution, la facture électronique et son journal de transmission, les relances et la mise en demeure, ainsi qu’un décompte précis : principal, pénalités au taux indiqué sur la facture, indemnité forfaitaire de 40 euros par facture, intérêts moratoires depuis la mise en demeure, frais justifiés. Le juge statue sans audience ni débat contradictoire et rend une ordonnance : s’il fait droit à la demande, l’ordonnance est signifiée au débiteur par commissaire de justice, avec la requête et les pièces.

Le débiteur peut alors faire opposition, et c’est là que les dossiers bien préparés font la différence. Les tribunaux rappellent constamment la règle : « en matière d’injonction de payer, l’article 1415 du Code de procédure civile dispose que l’opposition doit être formée dans le délai d’un mois suivant sa signification à personne ou « à défaut suivant la première mesure d’exécution ayant pour effet de rendre indisponible tout ou partie des biens » » (tribunal de commerce de Nice, 3 septembre 2026, n° 2025RG05716 ; voir aussi tribunal de commerce de Fréjus, 7 mai 2026, n° 2025RG01938). Passé ce délai sans opposition, le créancier demande au greffe l’apposition de la formule exécutoire, et l’ordonnance devient un titre exécutoire qui permet les saisies : saisie-attribution sur les comptes bancaires, saisie des créances clients du débiteur, saisie-vente de son matériel. En cas d’opposition dans le délai, l’affaire bascule en procédure contradictoire devant le même tribunal, et le créancier sérieux n’y perd rien : la facture électronique horodatée, le contrat signé et les preuves d’exécution font face à un débiteur qui doit expliquer pourquoi il n’a jamais protesté.

L’argument le plus courant en défense, la contestation de la facture ou de la prestation, se heurte à la discipline des affaires : une facture reçue sans protestation dans un délai raisonnable, suivie de relances restées sans réponse motivée, vaut présomption d’acceptation, surtout entre commerçants rompus aux usages. Le débiteur qui n’a ni contesté la qualité de la prestation à la livraison, ni protesté la facture à sa réception sur la plateforme, ni répondu à la mise en demeure, s’explique mal devant le tribunal. À l’inverse, le créancier qui a attendu deux ans sans relancer, qui produit une facture sans date d’échéance ni taux de pénalités, ou qui réclame des montants sans pièces d’exécution, s’expose au rejet de la requête ou à un renvoi au fond qui coûte une année. La leçon des ordonnances rendues en 2026 est stable : l’injonction de payer récompense les dossiers complets et sanctionne les approximations, jamais l’inverse.

À Paris et en Île-de-France, trois réflexes spécifiques s’ajoutent. D’abord la juridiction : pour un litige entre commerçants, la requête se porte devant le tribunal des activités économiques de Paris, place du Palais, dont le greffe traite un volume considérable de requêtes et exige un dossier paginé et un décompte exact au centime ; une erreur d’addition ou une pièce manquante vaut un rejet sec, sans appel possible sur ce point, avec obligation de recommencer. Pour un litige entre un commerçant et un non-commerçant, ou entre non-commerçants, c’est le tribunal judiciaire de Paris, porte de Clichy, qui est compétent. Ensuite, la signification : à Paris, les commissaires de justice signifient vite, mais les débiteurs parisiens déménagent vite aussi, sièges sociaux et établissements se succédant au gré des domiciliations ; vérifier l’adresse réelle sur le registre du commerce avant de faire signifier évite une signification infructueuse suivie d’une seconde facture d’huissier. Enfin, les délais pratiques : compter deux à six semaines entre le dépôt de la requête et l’ordonnance à Paris selon l’encombrement de la chambre, un mois de délai d’opposition, puis quelques semaines pour la formule exécutoire et la saisie. Un dossier déposé en octobre 2026 avec une signification personne réussie peut donc aboutir à une saisie sur compte bancaire avant la fin de l’année, à condition que le débiteur soit encore solvable : d’où l’intérêt, dès les premiers signes d’insolvabilité, de vérifier si une procédure collective n’a pas été ouverte, car la déclaration de créance dans les deux mois prime alors sur toute autre voie.

Quand l’injonction n’est pas adaptée, parce que la créance est contestée sur le fond ou que le débiteur organise son insolvabilité, deux voies prennent le relais. Le référé-provision devant le tribunal permet d’obtenir rapidement une avance sur le montant non sérieusement contestable, avec une audience contradictoire et une décision exécutoire de plein droit. L’assignation au fond reste la voie des litiges complexes : expertise sur la qualité de la prestation, demandes reconventionnelles du client, jeu des responsabilités. Dans tous les cas, le socle probatoire reste identique : contrat, preuves d’exécution, facture électronique tracée, relances, mise en demeure, décompte. Le format électronique de 2026 renforce ce socle au lieu de l’affaiblir, pourvu que l’entreprise ait choisi une plateforme agréée fiable, qu’elle y conserve ses journaux et qu’elle n’ait jamais facturé hors circuit.

Conclusion

Depuis le 1er septembre 2026, la facture électronique n’est plus une option de confort : c’est le canal obligatoire entre assujettis français, via une plateforme agréée, avec des données transmises au fisc et des sanctions renforcées par la loi de finances pour 2026. Pour l’entreprise créancière, cette contrainte se retourne en avantage si elle s’en sert : facture émise sur la plateforme avec date d’échéance, taux de pénalités et indemnité forfaitaire mentionnés, journal de transmission conservé, relances puis mise en demeure avec décompte, et, passé quatre-vingt-dix jours, requête en injonction de payer devant le tribunal compétent. Les textes donnent au créancier diligent des armes automatiques, pénalités exigibles sans rappel au taux BCE majoré de dix points, 40 euros par facture dus de plein droit, intérêts moratoires depuis la mise en demeure, et une procédure d’injonction qui aboutit en quelques mois à un titre exécutoire quand le dossier est complet. La prescription de cinq ans et l’ouverture éventuelle d’une procédure collective imposent en revanche de ne pas attendre : une créance qui dort perd ses intérêts, puis son principe. À Paris comme ailleurs, les tribunaux paient cash la rigueur et font payer cher l’approximation : facture tracée, décompte exact, pièces chaînées, et le client qui ne paie pas finit par payer, avec les pénalités en plus.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».