Cabinet Kohen Avocats · Paris

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse offerte, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Prix des carburants : transporteur routier, récupérer la taxe et répercuter la flambée en 2026

Le gazole frôle les 2,38 euros le litre et votre trésorerie fond à chaque plein : la flambée des carburants de septembre 2026 frappe les transporteurs routiers de plein fouet. Selon les chiffres rapportés par la presse, les taxes représentent environ un euro par litre, soit 42 % du prix du gazole, et le gouvernement doit présenter de nouvelles aides lors d’une conférence de presse organisée mardi 22 septembre à 17 heures à Bercy, au terme de réunions conduites par le Premier ministre Sébastien Lecornu avec les filières de l’énergie et de l’industrie. L’aide aux grands rouleurs, qui devait s’éteindre le 30 septembre, sera maintenue selon le ministre du Commerce Serge Papin, tandis que les aides aux pêcheurs, qui peuvent atteindre 35 centimes par litre, sont déjà prolongées jusqu’au 31 décembre, comme celles des agriculteurs et des entreprises du bâtiment, et que des prêts à taux zéro sont à l’étude pour les entreprises dont la trésorerie fond. Pendant ce temps, Emmanuel Macron écrit à Ursula von der Leyen pour desserrer les contraintes européennes sur les raffineries, et les représentants des infirmières libérales alertent : elles se déplacent à perte. Cet article explique, textes et décisions de justice à l’appui, les trois leviers concrets du transporteur routier de marchandises : récupérer une partie de l’accise sur le gazole de vos poids lourds, déduire la TVA dans les règles, et faire réviser vos prix de transport de plein droit pour répercuter la flambée sur vos donneurs d’ordre.

I. Taxe sur les carburants : ce que le transporteur peut récupérer

Avant de réclamer une aide nouvelle, vérifiez ce que le droit en vigueur vous rend déjà : l’accise sur le gazole consommé par vos camions ouvre droit à un tarif réduit qui se récupère par remboursement, et la TVA sur ce même gazole se déduit presque intégralement. Ces deux mécanismes sont permanents, indépendants des annonces attendues mardi à Bercy, et ils passent par des démarches précises qu’il faut engager sans tarder.

A. Aide carburant : le remboursement d’accise réservé à vos poids lourds

Les entreprises de transport routier de marchandises bénéficient d’un tarif réduit d’accise sur le gazole de propulsion de leurs poids lourds, qui se traduit par un remboursement partiel demandé à l’administration des douanes. L’article L. 312-53 du code des impositions sur les biens et services, en vigueur au 21 septembre 2026, dispose :

« Relèvent d’un tarif réduit de l’accise les gazoles consommés pour les besoins de la propulsion des véhicules routiers qui sont utilisés pour le transport de marchandises par des entreprises et qui répondent aux conditions cumulatives suivantes : 1° Ils relèvent des catégories N2 ou N3 au sens du 1° de l’article L. 421-1 ; 2° Leur masse en charge maximale techniquement admissible est supérieure ou égale à 7,5 tonnes. Pour les véhicules tracteurs, il est tenu compte de la masse en charge maximale techniquement admissible de l’ensemble ; 3° Ils sont immatriculés dans l’Union européenne et sont utilisés par des personnes établies sur le territoire de l’Union européenne ou de l’Irlande du Nord. » Texte officiel sur Légifrance.

Le texte officiel est consultable ici : article L. 312-53 du code des impositions sur les biens et services sur Légifrance. Concrètement, trois filtres cumulatifs s’appliquent : un camion de catégorie N2 ou N3, d’une masse maximale admissible d’au moins 7,5 tonnes en tenant compte de l’ensemble pour un tracteur, immatriculé dans l’Union européenne et exploité par une personne établie dans l’Union ou en Irlande du Nord. Si l’un de ces filtres manque, pour un porteur léger ou un véhicule immatriculé hors Union par exemple, le remboursement est refusé et toute demande devient une perte de temps.

Le montant du tarif réduit figure dans le tableau officiel de l’article L. 312-48 du même code : pour le transport routier de marchandises, le gazole relève du tarif réduit prévu à l’article L. 312-53, fixé à 45,19 euros par mégawattheure à compter de 2022. Texte officiel : article L. 312-48 du code des impositions sur les biens et services sur Légifrance. En pratique, la douane convertit ce tarif en euros par hectolitre et publie chaque trimestre des taux de remboursement qui varient selon la région d’approvisionnement, la Corse et l’Île-de-France disposant de taux propres. Pour fixer les idées, 45,19 euros par mégawattheure représentent, compte tenu du contenu énergétique du gazole d’environ 9,9 kilowattheures par litre, un ordre de grandeur d’une quarantaine d’euros par hectolitre : une entreprise qui consomme 15 000 litres de gazole sur un trimestre récupère ainsi plusieurs centaines d’euros, ce qui n’efface pas la flambée mais la corrige à la marge, trimestre après trimestre.

La procédure est entièrement dématérialisée et rythmée par le trimestre civil. La page officielle de la douane consacrée à la démarche, demander le remboursement partiel de l’accise sur le site douane.gouv.fr, précise que les demandes portant sur les consommations réalisées depuis le 1er janvier 2020 sont obligatoirement trimestrielles : les consommations du 1er janvier au 31 mars font l’objet d’une demande, celles du 1er avril au 30 juin d’une autre, et ainsi de suite. La même page indique que, depuis le 1er septembre 2023, la demande doit obligatoirement être déposée de manière dématérialisée, après habilitation au service en ligne SIDECAR Web accessible depuis cette page. Sans habilitation SIDECAR Web, aucun dossier n’est instruit. Les véhicules éligibles doivent être des véhicules routiers destinés au transport de marchandises, d’un poids total autorisé en charge de 7,5 tonnes ou plus, immatriculés dans un pays de l’Union européenne, et les gazoles ouverts au remboursement sont le B7, le B30, le XTL et le B10 acquis à partir du 1er juillet 2019.

La demande peut être déposée par le propriétaire du véhicule, par le titulaire d’un contrat de crédit-bail, ou par le locataire ou sous-locataire titulaire d’un contrat de deux ans ou plus, ce dernier étant prioritaire sur le propriétaire. Depuis l’entrée en vigueur de l’article L. 312-53 au 1er janvier 2022, le remboursement n’est plus conditionné à la possession d’un contrat de location de deux ans ou plus, mais le locataire reste tenu de justifier de sa qualité et de la période d’exploitation, avec avenant à l’appui si le contrat initial a été prolongé. Un mandataire peut agir au nom et pour le compte de l’entreprise bénéficiaire, à condition de déposer lui aussi une demande dématérialisée sur SIDECAR Web. Conservez donc, pour chaque trimestre et chaque véhicule, les factures de gazole détaillées, les cartes grises, les contrats de crédit-bail ou de location et les relevés kilométriques : un dossier incomplet ou déposé hors SIDECAR est un dossier rejeté, et chaque trimestre oublié est une somme définitivement perdue.

B. Prix des carburants : récupérer la TVA sur le gazole de vos camions

Le second gisement d’économies se trouve dans la TVA qui grève chaque plein : pour les camions du transporteur, elle se récupère en totalité, à condition de respecter les règles de déductibilité propres aux carburants. Le principe général figure à l’article 271 du code général des impôts, en vigueur au 21 septembre 2026 : « I. – 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d’une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. » Texte officiel : article 271 du code général des impôts sur Légifrance. Le gazole acheté pour faire rouler vos poids lourds dans le cadre de vos prestations de transport imposables entre donc dans le champ de la déduction, puisque cette dépense fait partie des éléments du prix de vos opérations.

Les carburants supportent toutefois une restriction ciblée, prévue à l’article 298 du même code : « N’est pas déductible la taxe sur la valeur ajoutée afférente aux achats, importations, acquisitions intracommunautaires, livraisons et services portant sur : a) Dans la limite de 20 % de son montant, les carburants relevant des catégories fiscales des gazoles et des essences au sens de l’article L. 312-22 du code des impositions sur les biens et services pour des véhicules et engins exclus du droit à déduction ainsi que pour des véhicules et engins pris en location quand le preneur ne peut pas déduire la taxe relative à cette location, à l’exception de celles utilisées pour les essais effectués pour les besoins de la fabrication de moteurs ou d’engins à moteur ». Texte officiel : article 298 du code général des impôts sur Légifrance. La doctrine fiscale officielle, au bulletin officiel des finances publiques BOI-TVA-DED-30-30-40 du 24 février 2021 toujours commenté comme référence applicable, explicite la portée de cette limite : les redevables peuvent porter en déduction 80 % du montant de la taxe grevant les dépenses de gazole utilisé comme carburant pour les véhicules exclus du droit à déduction qu’ils supportent, lorsque ces dépenses font partie des éléments du prix des opérations ouvrant droit à déduction qu’ils réalisent. Référence officielle : BOI-TVA-DED-30-30-40 sur les produits pétroliers sur bofip.impots.gouv.fr.

La lecture combinée de ces textes donne une règle simple pour votre flotte. Les poids lourds de transport de marchandises ne font pas partie des véhicules exclus du droit à déduction : la TVA sur le gazole qu’ils consomment se déduit à 100 %, sans plafonnement à 80 %. La limite de 20 % ne mord que pour les véhicules de tourisme et engins exclus du droit à déduction, ainsi que pour les véhicules pris en location quand le preneur ne peut pas déduire la taxe afférente à cette location. En revanche, la même doctrine verrouille les usages privés : la taxe ayant grevé les livraisons de produits pétroliers utilisés à des fins privées par des tiers, des dirigeants ou le personnel de l’entreprise n’est pas déductible, par exemple pour le gazole acquis par une entreprise pour les besoins des déplacements personnels de ses dirigeants ou employés. Si vos conducteurs utilisent une carte carburant de l’entreprise pour des trajets personnels le week-end, la part correspondante doit être retraitée : globaliser les pleins sans distinguer l’usage professionnel de l’usage privé expose le redressement, pénalités et intérêts de retard à la clé.

En pratique, organisez la preuve avant le contrôle. Exigez des factures mentionnant vos coordonnées d’assujetti et le volume livré, rapprochez chaque facture d’un véhicule identifié par son immatriculation et d’un relevé de tournées, et isolez dans votre comptabilité les consommations des véhicules exclus ou à usage mixte pour leur appliquer la limite de 80 %. Les entreprises qui louent leurs tracteurs en crédit-bail ou en location longue durée vérifient en outre que la taxe sur les loyers est elle-même déductible, faute de quoi la restriction contaminerait aussi le gazole consommé par ces véhicules. À 2,38 euros le litre, la TVA représente près de 40 centimes par litre : sur 15 000 litres trimestriels, l’enjeu de déduction dépasse 5 000 euros par trimestre. Ce n’est pas une aide à demander, c’est un droit à exercer correctement, et chaque facture perdue ou mal libellée est une TVA que vous offrez au Trésor.

II. Carburants prix en flambée : imposez la révision à vos donneurs d’ordre

Récupérer la taxe ne suffit pas quand le gazole prend plusieurs dizaines de centimes en quelques semaines : il faut aussi répercuter la hausse sur le prix payé par vos clients. Le législateur a prévu pour cela un mécanisme taillé sur mesure pour le transport routier, la révision de plein droit du prix en fonction du gazole, que les tribunaux appliquent strictement y compris des années après. Et quand le donneur d’ordre ne paie plus du tout, une action directe vous permet d’aller chercher le prix auprès de l’expéditeur et du destinataire.

A. Mentionnez vos charges de gazole et la révision jouera de plein droit

Lorsque votre contrat de transport mentionne les charges de gazole retenues pour établir le prix, la loi révise ce prix automatiquement à chaque variation du coût du carburant, sans qu’il soit besoin de renégocier. L’article L. 3222-1 du code des transports, en vigueur au 21 septembre 2026, dispose : « I.-Lorsque le contrat de transport mentionne les charges de produits énergétiques de propulsion retenues pour l’établissement du prix de l’opération de transport, le prix de transport initialement convenu est révisé de plein droit pour couvrir la variation des charges liée à la variation du coût de ces produits entre la date du contrat et la date de réalisation de l’opération de transport. La facture fait apparaître les charges de produits énergétiques de propulsion supportées par l’entreprise pour la réalisation de l’opération de transport. II.-Lorsque le contrat de transport mentionne les charges de produits énergétiques nécessaires au fonctionnement de groupes frigorifiques autonomes retenues pour l’établissement du prix de l’opération de transport, le prix de transport initialement convenu est révisé de plein droit pour couvrir la variation de ces charges liée à la variation du coût ». Texte officiel : article L. 3222-1 du code des transports sur Légifrance. Trois enseignements décisifs se dégagent de ce texte : la révision joue de plein droit, c’est-à-dire sans mise en demeure ni accord préalable du client ; elle se mesure entre la date du contrat et la date de réalisation de l’opération ; et la facture doit faire apparaître les charges de produits énergétiques supportées, ce qui impose un pied de facture gazole explicite et chiffré.

Les juges donnent à ce mécanisme une portée redoutable pour les donneurs d’ordre récalcitrants. Dans un arrêt du 14 janvier 2026, la chambre commerciale de la cour d’appel de Riom, répertoire général numéro 24/01244, a jugé à propos d’un transporteur qui réclamait l’indexation gazole jamais appliquée : « Suivant les dispositions des articles L 3222-1, L 3222-2 et L 3222-9 du code des transports, le prix du transport est révisé de plein droit en appliquant aux charges de carburant la variation de l’indice gazole publié par le Comité national routier ; ces dispositions sont d’ordre public. » Décision officielle : arrêt de la cour d’appel de Riom du 14 janvier 2026, RG 24/01244, sur courdecassation.fr. En l’espèce, le prix avait été fixé à 1,13 euro hors taxes du kilomètre avec possibilité de faire figurer, en pied de facture, l’indexation au gazole, et le transporteur avait fini par émettre une facture de rattrapage : « Cette indexation n’ayant jamais été appliquée, la société ITS a émis une facture intégrant l’indexation gazole sur l’ensemble des transports précédemment effectués pour la somme de 31 280 euros TTC arrêtée au 31 janvier 2022. » Décision officielle Le donneur d’ordre refusait de payer et contestait le principe même du rattrapage rétroactif. La cour a confirmé le jugement qui lui donnait raison sur l’indexation : « Confirme le jugement sauf en ce qu’il a condamné la société Cantal Fret à verser à la société ITS la somme de 14 003,49 euros au titre de la perte de marge brute liée au non-respect du préavis contractuel ». Décision officielle Autrement dit, le rattrapage d’indexation gazole sur plusieurs années de transports a été validé, et seule une indemnité annexe pour perte de marge a été censurée. Retenez la méthode qui a gagné : une clause contractuelle prévoyant l’indexation, un tableau de calcul du pied de facture gazole échangé avec le client, des rappels écrits, puis une facture de régularisation chiffrée à partir de l’indice officiel du Comité national routier.

Le revers de cette puissance, c’est la prescription d’un an propre au contrat de transport. L’article L. 133-6 du code de commerce dispose : « Les actions pour avaries, pertes ou retards, auxquelles peut donner lieu contre le voiturier le contrat de transport, sont prescrites dans le délai d’un an, sans préjudice des cas de fraude ou d’infidélité. Toutes les autres actions auxquelles ce contrat peut donner lieu, tant contre le voiturier ou le commissionnaire que contre l’expéditeur ou le destinataire, aussi bien que celles qui naissent des dispositions de l’ article 1269 du code de procédure civile, sont prescrites dans le délai d’un an ». Texte officiel : article L. 133-6 du code de commerce sur Légifrance. Votre action en paiement du complément d’indexation se prescrit donc par un an : ne laissez pas les factures de pied de facture s’empiler pendant des années sans agir, car le donneur d’ordre soulevera la prescription et le juge devra l’accueillir. Facturez l’indexation au fil de l’eau, relancez par écrit chaque trimestre, et assignez avant l’expiration du délai d’un an à compter de chaque transport impayé en son complément.

B. Donneur d’ordre insolvable : l’action directe qui sauve vos factures

Quand le carburant flambe, certains donneurs d’ordre cessent de payer : le commissionnaire encaisse vos factures sans les régler, le destinataire reçoit la marchandise sans jamais honorer le prix du transport. La loi vous donne alors une arme directe contre l’expéditeur et le destinataire, sans passer par le débiteur défaillant. L’article L. 132-8 du code de commerce, en vigueur au 21 septembre 2026, est confirmé par la Cour de cassation dans les termes suivants. Dans son arrêt du 25 novembre 2020, pourvoi numéro 18-25.768, la chambre commerciale, financière et économique casse une décision d’appel qui avait condamné un transporteur pour avoir poursuivi ses livraisons sans alerter l’expéditeur des impayés du destinataire :

« Aux termes de ce texte, la lettre de voiture forme un contrat entre l’expéditeur, le voiturier et le destinataire ou entre l’expéditeur, le destinataire, le commissionnaire et le voiturier. Le voiturier a ainsi une action directe en paiement de ses prestations contre l’expéditeur et le destinataire, lesquels sont garants du paiement du prix du transport. Toute clause contraire est réputée non écrite. » Décision officielle.

Décision officielle : arrêt de la Cour de cassation, chambre commerciale, 25 novembre 2020, pourvoi 18-25.768, sur courdecassation.fr. Texte de loi officiel : article L. 132-8 du code de commerce sur Légifrance. La Cour ajoute, et ce second apport est capital pour votre défense : « Ces dispositions excluent toute action de l’expéditeur ou du destinataire en responsabilité du transporteur pour avoir poursuivi des relations avec son donneur d’ordre en dépit des difficultés de paiement rencontrées ou sans les avoir informés de celles-ci. » Décision officielle Autrement dit, l’expéditeur qui vous reproche d’avoir continué à livrer un destinataire notoirement en difficulté, puis vous assigne en garantie du prix, ne peut pas retourner cette garantie contre vous en invoquant votre silence : la Cour de cassation a cassé l’arrêt d’appel qui avait retenu une telle faute et accordé 58 250 euros d’indemnité à l’expéditeur.

Le mode d’emploi de cette action directe tient en quatre réflexes. D’abord, mettez en demeure le destinataire par écrit, puis assignez-le en paiement des prestations impayées, mois par mois, en visant la lettre de voiture et les factures. Ensuite, si le destinataire est insolvable ou se dérobe, assignez l’expéditeur sur le fondement de l’article L. 132-8 : il est garant du paiement du prix du transport au même titre que le destinataire. Troisièmement, écartez d’emblée toute clause du contrat qui prétendrait supprimer ou limiter cette garantie : une telle clause est réputée non écrite, et le juge doit l’écarter même si vous l’avez signée. Enfin, agissez dans le délai d’un an de l’article L. 133-6 cité plus haut, car l’action directe se prescrit comme les autres actions nées du contrat de transport. Cette mécanique protège aussi le transporteur diligent face à la défaillance en chaîne : quand la flambée du gazole met votre commissionnaire à genoux, vous n’êtes pas condamné à faire la queue avec les autres créanciers au passif d’une procédure collective, vous remontez directement vers ceux qui ont profité du transport.

Pour les contrats qui ne relèvent pas de la révision de plein droit, par exemple vos contrats de commission ou de sous-traitance qui ne mentionnent pas les charges de gazole, la flambée peut ouvrir la renégociation pour imprévision. L’article 1195 du code civil dispose : « Si un changement de circonstances imprévisible lors de la conclusion du contrat rend l’exécution excessivement onéreuse pour une partie qui n’avait pas accepté d’en assumer le risque, celle-ci peut demander une renégociation du contrat à son cocontractant. Elle continue à exécuter ses obligations durant la renégociation. En cas de refus ou d’échec de la renégociation, les parties peuvent convenir de la résolution du contrat, à la date et aux conditions qu’elles déterminent, ou demander d’un commun accord au juge de procéder à son adaptation. A défaut d’accord dans un délai raisonnable, le juge peut, à la demande d’une partie, réviser le contrat ou y mettre fin, à la date et aux conditions qu’il fixe. » Texte officiel : article 1195 du code civil sur Légifrance. Notez l’ordre imposé par le texte : demander la renégociation par écrit en chiffrant le surcoût, continuer d’exécuter pendant la discussion, puis seulement saisir le juge en révision ou en résiliation si aucun accord n’émerge dans un délai raisonnable. Celui qui suspend ses tournées unilatéralement avant d’avoir demandé la renégociation se prive du bénéfice du texte et s’expose à sa propre mise en cause.

La pénurie physique, stations à sec sur votre itinéraire et camions immobilisés, ne vous exonère pas automatiquement. L’article 1218 du code civil définit la force majeure en matière contractuelle : « Il y a force majeure en matière contractuelle lorsqu’un événement échappant au contrôle du débiteur, qui ne pouvait être raisonnablement prévu lors de la conclusion du contrat et dont les effets ne peuvent être évités par des mesures appropriées, empêche l’exécution de son obligation par le débiteur. Si l’empêchement est temporaire, l’exécution de l’obligation est suspendue à moins que le retard qui en résulterait ne justifie la résolution du contrat. Si l’empêchement est définitif, le contrat est résolu de plein droit et les parties sont libérées de leurs obligations dans les conditions prévues aux articles 1351 et 1351-1 . » Texte officiel : article 1218 du code civil sur Légifrance. Or le voiturier est présumé responsable : l’article L. 133-1 du code de commerce dispose que « Le voiturier est garant de la perte des objets à transporter, hors les cas de la force majeure. Il est garant des avaries autres que celles qui proviennent du vice propre de la chose ou de la force majeure. Toute clause contraire insérée dans toute lettre de voiture, tarif ou autre pièce quelconque, est nulle. » Texte officiel : article L. 133-1 du code de commerce sur Légifrance. Et l’article L. 132-5 ajoute qu' »Il est garant des avaries ou pertes de marchandises et effets, s’il n’y a stipulation contraire dans la lettre de voiture, ou force majeure. » Texte officiel : article L. 132-5 du code de commerce sur Légifrance. En cas de rupture d’approvisionnement annoncée et suivie par la presse pendant plusieurs jours, le caractère imprévisible fera défaut, et le juge vérifiera si vous aviez pris les mesures appropriées : pleins anticipés, itinéraires adaptés, information immédiate du client du retard prévisible. Documentez chaque plein, chaque station fermée photographiée avec sa date, chaque message d’alerte adressé au donneur d’ordre : c’est ce dossier de preuves qui fera la différence entre l’exonération et la condamnation pour retard ou inexécution.

Conclusion

La flambée des carburants de septembre 2026 n’est pas une fatalité comptable pour votre entreprise de transport : le droit en vigueur vous rend déjà trois leviers que les annonces attendues mardi 22 septembre à Bercy viendront seulement compléter. Le remboursement partiel de l’accise sur le gazole de vos poids lourds de 7,5 tonnes et plus, demandé chaque trimestre sur SIDECAR Web, corrige le prix à la pompe à la marge mais durablement. La déduction intégrale de la TVA sur le gazole de vos camions, à 100 % pour les véhicules non exclus, exige une facturation et une comptabilité rigoureuses qui isolent tout usage privé. La révision de plein droit du prix de transport par le pied de facture gazole, adossée à l’indice du Comité national routier et validée par la cour d’appel de Riom y compris en rattrapage pluriannuel, reporte la variation sur vos donneurs d’ordre sans renégociation préalable. Et si le donneur d’ordre s’effondre, l’action directe de l’article L. 132-8 vous ouvre la voie vers l’expéditeur et le destinataire, garants du prix. Trois délais commandent tout : le trimestre civil pour l’accise, l’année pour l’action en paiement du transport, et l’écrit immédiat pour chaque surcoût, chaque retard et chaque demande de renégociation. Pour approfondir les situations voisines, lisez aussi nos dossiers du jour : taxe sur les carburants et aide aux carburants pour votre entreprise, station en rupture et panne sèche de l’entreprise et franchisé de station-service face au prix coûtant. À Paris et en Île-de-France, vos litiges de transport relèvent du tribunal de commerce de Paris pour la plupart des dossiers commerciaux, et les délais d’audience y sont tendus : constituez votre dossier de preuves dès le premier impayé, facture par facture, au lieu d’attendre la fin du trimestre.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier

Le cabinet vous propose une consultation téléphonique en 48 heures avec un avocat du cabinet pour examiner votre dossier de transporteur, vos remboursements d’accise, votre TVA sur le gazole et vos factures impayées. Appelez Maître Reda Kohen au 06 46 60 58 22 ou écrivez via la page contact du cabinet. À Paris et en Île-de-France, nous vous indiquons la juridiction compétente, les délais applicables et les pièces à préparer.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».