Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Dépôt de garantie non restitué en septembre 2026 : récupérer votre caution, contester les retenues et obtenir la majoration de 10 % à Paris

Vous avez rendu les clés en juillet ou en août, et nous sommes fin septembre 2026 : toujours aucun virement, aucun chèque, parfois même aucune réponse du bailleur ou de l’agence. Chaque rentrée, le même scénario se répète à Paris et en Île-de-France. Les départs de l’été déclenchent des centaines de restitutions de caution, et les délais légaux d’un ou deux mois expirent précisément en septembre. Beaucoup de locataires attendent encore, persuadés qu’il faut patienter ou qu’une retenue annoncée au téléphone est forcément justifiée. Le retard n’est pourtant pas gratuit pour le bailleur : la loi ajoute une majoration de 10 % du loyer en principal par mois de retard commencé, et cette majoration court de plein droit. Encore faut-il connaître le point de départ exact du délai, les retenues que le bailleur peut réellement pratiquer, les justificatifs qu’il doit vous remettre, puis agir dans le bon ordre : mise en demeure chiffrée, conciliation, juge. Ce dossier explique comment récupérer votre dépôt de garantie, comment contester une retenue abusive et quels réflexes adopter à Paris, pièces à l’appui, avec les textes en vigueur et les décisions récentes de la Cour de cassation rendues sur ces questions, dont un arrêt du 12 février 2026 qui rappelle qui doit prouver le paiement.

I. Caution non rendue après votre départ : dans quel délai le bailleur doit payer et comment compter la majoration de 10 %

A. Dépôt de garantie restitué en un mois ou deux mois : le point de départ fixé à la remise des clés et la comparaison des états des lieux

Le dépôt de garantie versé à l’entrée dans les lieux ne constitue pas un deuxième loyer acquis au bailleur. Pour une location vide, la règle de plafond est écrite à l’article 22 de la loi du 6 juillet 1989 : « Lorsqu’un dépôt de garantie est prévu par le contrat de location pour garantir l’exécution de ses obligations locatives par le locataire, il ne peut être supérieur à un mois de loyer en principal. » (article 22 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, en vigueur). Tout dépassement de ce plafond peut être repris, et le montant versé ne produit aucun intérêt à votre profit pendant le bail : la loi précise que « Le montant de ce dépôt de garantie ne porte pas intérêt au bénéfice du locataire. » En revanche, dès la fin du bail, le temps joue en votre faveur, car la restitution tardive déclenche une pénalité mensuelle automatique.

Le délai de restitution court à compter de la remise des clés, et non de la date de fin du préavis ni de l’envoi d’un courrier de relance. Le texte distingue deux situations. Dans le cas général, « Il est restitué dans un délai maximal de deux mois à compter de la remise en main propre, ou par lettre recommandée avec demande d’avis de réception, des clés au bailleur ou à son mandataire, déduction faite, le cas échéant, des sommes restant dues au bailleur et des sommes dont celui-ci pourrait être tenu, aux lieu et place du locataire, sous réserve qu’elles soient dûment justifiées. » (article 22 de la loi du 6 juillet 1989) Quand l’état des lieux de sortie est conforme à l’état des lieux d’entrée, le délai tombe à un mois : « Il est restitué dans un délai maximal d’un mois à compter de la remise des clés par le locataire lorsque l’état des lieux de sortie est conforme à l’état des lieux d’entrée, déduction faite, le cas échéant, des sommes restant dues au bailleur et des sommes dont celui-ci pourrait être tenu, en lieu et place du locataire, sous réserve qu’elles soient dûment justifiées. » (article 22 de la loi du 6 juillet 1989) La comparaison des deux états des lieux décide donc du délai applicable : photos datées, relevés de compteurs et mentions précises sur chaque pièce prennent ici toute leur valeur. À cette fin, la loi ajoute une précaution pratique souvent oubliée : « A cette fin, le locataire indique au bailleur ou à son mandataire, lors de la remise des clés, l’adresse de son nouveau domicile. » (article 22 de la loi du 6 juillet 1989) Cette adresse conditionne la suite, car « Cette majoration n’est pas due lorsque l’origine du défaut de restitution dans les délais résulte de l’absence de transmission par le locataire de l’adresse de son nouveau domicile. » (article 22 de la loi du 6 juillet 1989) Transmettez donc votre nouvelle adresse par écrit, dans la lettre qui accompagne la remise des clés ou par lettre recommandée distincte, et conservez-en la preuve.

Passé le délai, le calcul de la pénalité ne demande aucune mise en demeure préalable. La loi dispose : « A défaut de restitution dans les délais prévus, le dépôt de garantie restant dû au locataire est majoré d’une somme égale à 10 % du loyer mensuel en principal, pour chaque période mensuelle commencée en retard. » (article 22 de la loi du 6 juillet 1989) La Cour de cassation confirme le caractère automatique de cette sanction. Dans un arrêt du 12 février 2026, la troisième chambre civile énonce « qu’à défaut de restitution dans le délai de deux mois à compter de la remise des clés, le dépôt de garantie restant dû au locataire est majoré d’une somme égale à 10 % du loyer mensuel principal, pour chaque période mensuelle commencée en retard et que la majoration court de plein droit à l’issue du délai de deux mois suivant la remise des clés. » (Cass. 3e civ., 12 février 2026, n° 24-21.258). Concrètement, pour un loyer mensuel en principal de 950 euros et des clés remises le 30 juin avec un état des lieux de sortie conforme à l’entrée, la restitution était due au plus tard le 30 juillet ; au 19 septembre, deux périodes mensuelles de retard ont commencé, soit 190 euros de majoration en plus du dépôt lui-même. Si l’état des lieux de sortie signalait des différences, le délai de deux mois expirait le 30 août, et une période de retard est commencée au 19 septembre, soit 95 euros, somme qui grandit de 95 euros à chaque mois entamé sans paiement.

Le même arrêt du 12 février 2026 tranche une excuse fréquente des bailleurs : le chèque prétendument envoyé. Le bailleur affirmait avoir émis un chèque de remboursement et l’avoir adressé au locataire, tout en reconnaissant que ce chèque n’avait jamais été encaissé. La Cour de cassation censure le juge qui s’était contenté du talon de chéquier, jugeant qu’il avait statué « sans constater que le bailleur justifiait de la réception du chèque par le locataire, qui la contestait » (Cass. 3e civ., 12 février 2026, n° 24-21.258). Émettre un chèque ne prouve pas le paiement ; seule la réception des fonds libère le débiteur. Le fondement est l’article 1353 du code civil : « Celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver. Réciproquement, celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation. » (article 1353 du code civil). Le paiement, rappelle l’article 1342 du même code, est « l’exécution volontaire de la prestation due », qui « doit être fait sitôt que la dette devient exigible » et qui « libère le débiteur à l’égard du créancier et éteint la dette, sauf lorsque la loi ou le contrat prévoit une subrogation dans les droits du créancier. » (article 1342 du code civil). Un talon de chéquier, une capture d’écran ou une simple affirmation d’envoi ne suffisent donc pas face à un locataire qui conteste avoir reçu les fonds : c’est au bailleur d’établir la réception effective.

Dernier point de calendrier : la remise anticipée des clés ne raccourcit pas le préavis et ne modifie pas le point de départ du délai de restitution, qui reste la remise effective. Dans un arrêt du 4 juin 2026, la troisième chambre civile rappelle « que, lorsque le locataire a notifié le congé, il est redevable du loyer et des charges pendant tout le délai de préavis, l’acceptation de la remise des clés et la rédaction d’un état des lieux de sortie, qui n’établissent que la libération des lieux, ne suffisant pas à caractériser la renonciation non équivoque du bailleur au paiement de l’intégralité des loyers échus pendant le préavis. » (Cass. 3e civ., 4 juin 2026, n° 25-13.387). Si vous avez rendu les clés avant la fin du préavis, le bailleur peut encore réclamer les loyers jusqu’au terme du préavis, sauf relocation en accord avec lui, mais il doit restituer le dépôt dans les délais comptés depuis cette remise. Vérifiez donc votre décompte dans les deux sens : loyers dus jusqu’à la fin du préavis d’un côté, dépôt à restituer depuis la remise des clés de l’autre, sans laisser l’agence mélanger les deux calendriers à son avantage.

B. Retenues sur le dépôt de garantie : loyers impayés, dégradations et justificatifs que le bailleur doit produire

Le bailleur ne peut pas transformer la caution en forfait de remise en état décidé seul. Chaque euro retenu doit correspondre à une somme réellement due et prouvée, car la loi n’autorise la déduction que « sous réserve qu’elles soient dûment justifiées ». Concrètement, une retenue régulière suppose trois éléments réunis : un état des lieux d’entrée et un état des lieux de sortie dont la comparaison fait apparaître une différence, des pièces qui chiffrent la remise en état (factures, devis détaillés, décomptes de charges), et l’envoi au locataire du décompte final avec ces justificatifs. Un forfait ménage appliqué sans comparaison d’états des lieux, une peinture refaite par principe sans dégradation constatée à la sortie, ou des photos floues sans date ne remplissent pas cette condition. Et quand aucun état des lieux d’entrée n’a été dressé, le bailleur se prive lui-même de son principal moyen de preuve : c’est à lui d’établir la dégradation, conformément à l’article 1353 du code civil cité plus haut, et l’absence de point de comparaison joue en faveur du locataire.

Les retenues les plus fréquentes appellent chacune une vérification précise. Pour les loyers et charges restant dus, le bailleur peut opérer une compensation entre ce que vous lui devez et le dépôt qu’il détient, mais il doit produire le décompte exact des sommes impayées, quittances et appels de charges à l’appui. Si un arriéré de loyer subsiste au départ (commandement de payer et expulsion à Paris), la compensation se fait euro pour euro, sans majoration fantaisiste, et le solde du dépôt doit être restitué dans les délais. Quand la dette locative a été payée par un tiers subrogé, par exemple un assureur loyers impayés, vos moyens de défense suivent la créance : « Le débiteur peut opposer au créancier subrogé les exceptions inhérentes à la dette, telles que la nullité, l’exception d’inexécution, la résolution ou la compensation de dettes connexes. » (article 1346-5 du code civil). La Cour de cassation l’a appliqué le 29 janvier 2026 à un litige où des locataires opposaient à la société subrogée la compensation entre la dette locative et le dépôt de garantie que leur réclamait le mandataire du bailleur (Cass. 3e civ., 29 janvier 2026, n° 24-17.255). Si votre dossier mêle arriérés de loyer et caution bloquée, faites établir un décompte croisé complet plutôt que de laisser chaque partie réclamer sa somme de son côté, Du côté du bailleur, face à un locataire qui ne paie pas son loyer, la retenue sur le dépôt ne remplace ni le commandement de payer ni la procédure de recouvrement pour le surplus : exigez un décompte complet dès la mise en demeure, sans attendre le juge.

Pour les dégradations, la comparaison des états des lieux est reine. Relevez chaque différence ligne à ligne : un trou de cheville signalé à l’entrée ne peut pas être facturé à la sortie, une moquette usée après neuf ans d’occupation ne vaut pas une moquette neuve, et un joint de salle de bain noirci relève souvent de l’entretien courant. Exigez les factures définitives plutôt que de simples estimations manuscrites, vérifiez les dates d’intervention postérieures à votre départ, et contrôlez que les quantités facturées correspondent aux surfaces de votre logement. Les devis non suivis de facture, les montants ronds sans détail et les travaux d’amélioration présentés comme des réparations sont les trois signaux d’alerte les plus courants dans les dossiers parisiens.

En immeuble collectif, une retenue provisionnelle pour charges est possible, mais plafonnée et temporaire. La loi permet au bailleur, « lorsqu’elle est dûment justifiée », de « conserver une provision ne pouvant excéder 20 % du montant du dépôt de garantie jusqu’à l’arrêté annuel des comptes de l’immeuble » (article 22 de la loi du 6 juillet 1989). Au-delà de 20 %, la conservation est excessive ; sans arrêté des comptes provisoire ni justification, elle est abusive. La Cour de cassation a fixé le cadre dès 2018 : « le dépôt de garantie est prévu pour garantir l’exécution de ses obligations locatives par le locataire et que, lorsque les locaux loués se situent dans un immeuble collectif, la régularisation définitive des charges et la restitution du solde, déduction faite, le cas échéant, des sommes restant dues au bailleur et de celles dont celui-ci pourrait être tenu en lieu et place du locataire, interviennent dans le mois qui suit l’approbation définitive des comptes de l’immeuble » (Cass. 3e civ., 31 mai 2018, n° 17-18.069). Si votre immeuble vote ses comptes en assemblée générale d’octobre, le solde provisionnel doit donc vous revenir dans le mois qui suit cette approbation, et non dormir des années sur le compte du bailleur. Demandez chaque année la date d’approbation des comptes et réclamez le solde par écrit dès le mois suivant.

Enfin, la vente du logement en cours de bail ne fait pas disparaître votre caution. La loi est nette : « En cas de mutation à titre gratuit ou onéreux des locaux loués, la restitution du dépôt de garantie incombe au nouveau bailleur. » (article 22 de la loi du 6 juillet 1989) Si l’ancien propriétaire vous renvoie vers l’acquéreur et que l’acquéreur vous renvoie vers l’ancien propriétaire, adressez votre mise en demeure au nouveau bailleur, avec copie à l’ancien, en visant ce texte. Les conventions passées entre vendeur et acheteur sur la caution ne vous sont pas opposables : « Toute convention contraire n’a d’effet qu’entre les parties à la mutation. » (article 22 de la loi du 6 juillet 1989)

II. Caution bloquée : contester les retenues et récupérer votre argent étape par étape

A. Contester une retenue abusive : mise en demeure chiffrée, preuves à réunir et conciliation avant le juge

Ne commencez ni par un appel téléphonique énervé ni par une assignation précipitée. La méthode qui récupère le plus vite suit quatre étapes, et chacune prépare la suivante. Première étape : la mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception, adressée au bailleur ou à l’agence mandataire. Chiffrez tout : montant du dépôt versé, date et mode de remise des clés, conformité ou non des états des lieux, délai applicable d’un ou deux mois, date d’expiration de ce délai, nombre de périodes mensuelles de retard commencées, majoration de 10 % correspondante, retenues contestées ligne par ligne avec leur motif. Joignez votre relevé d’identité bancaire et fixez un délai de paiement de huit à quinze jours. Cette lettre produit un effet juridique précis : outre la majoration automatique de l’article 22, les intérêts de retard courent à compter de la mise en demeure en application de l’article 1231-6 du code civil, selon lequel « Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d’une obligation de somme d’argent consistent dans l’intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. » (article 1231-6 du code civil). Sans mise en demeure, pas d’intérêts ; avec une mise en demeure chiffrée et motivée, le compteur tourne et votre dossier arrive au juge déjà structuré.

Deuxième étape : constituez un dossier de preuves complet avant toute saisine. Rassemblez le bail et son montant de dépôt, les deux états des lieux avec leurs photos, la preuve de la remise des clés (reçu signé, procès-verbal, récépissé de lettre recommandée), la preuve de transmission de votre nouvelle adresse, tous les échanges écrits avec le bailleur ou l’agence, le décompte de retenues reçu avec ses justificatifs, vos quittances de loyer de la dernière année et votre mise en demeure avec son accusé de réception. Photographiez vos propres documents et classez-les par date : un juge des contentieux de la protection tranche en quelques minutes sur des pièces ordonnées, et renvoie à plus tard les dossiers confus. Si l’agence vous oppose un devis, demandez la facture définitive et la date des travaux ; si elle invoque des charges, demandez l’arrêté des comptes et la quote-part exacte ; si elle retient un forfait ménage, demandez la comparaison d’états des lieux qui l’étaye. Chaque demande restée sans réponse écrite devient une pièce à votre avantage, car le silence du bailleur face à des demandes précises de justification parle de lui-même à l’audience.

Troisième étape : tentez la conciliation, gratuite et souvent décisive. La commission départementale de conciliation de votre département peut être saisie par simple lettre pour les litiges de dépôt de garantie ; à Paris, elle siège pour les litiges nés dans la capitale et rend un avis qui débloque de nombreux dossiers d’agences. La conciliation interrompt les postures : le bailleur doit s’expliquer sur chaque retenue devant un tiers, et l’accord signé vaut titre. Si la conciliation échoue ou si le bailleur ne s’y présente pas, conservez l’attestation de tentative : le juge appréciera que vous ayez cherché l’issue amiable. Pour les sommes liquides et peu contestables, la voie de l’injonction de payer devant le juge des contentieux de la protection offre un raccourci précieux : sur requête et pièces, le juge peut rendre une ordonnance enjoignant au bailleur de payer, comme dans l’affaire jugée le 4 juin 2026 où « la locataire a obtenu une ordonnance enjoignant au bailleur de lui payer une certaine somme en restitution du dépôt de garantie » (Cass. 3e civ., 4 juin 2026, n° 25-13.387). L’ordonnance est signifiée au bailleur, qui peut faire opposition ; en l’absence d’opposition, elle devient exécutoire et un commissaire de justice peut recouvrer la somme. Cette voie convient aux dossiers simples (aucune restitution, décompte jamais fourni) ; dès que les retenues sont techniquement discutées, préférez l’assignation au fond avec audience contradictoire.

Quatrième étape : l’audience devant le juge des contentieux de la protection. Exposez en trois temps : le calendrier (remise des clés, délai applicable, retard compté en mois commencés), le décompte (capital, majoration de 10 % par mois, intérêts depuis la mise en demeure), puis la contestation des retenues une par une, en rappelant que la charge de la preuve pèse sur le bailleur en vertu de l’article 1353 du code civil. Demandez la production des factures définitives pour chaque retenue non justifiée et contestez les provisions de charges conservées au-delà de 20 % ou sans arrêté des comptes. Si le bailleur invoque des difficultés financières pour justifier son retard, sachez que le juge dispose d’un pouvoir propre : « Le juge peut, compte tenu de la situation du débiteur et en considération des besoins du créancier, reporter ou échelonner, dans la limite de deux années, le paiement des sommes dues. » (article 1343-5 du code civil). Ce délai de grâce reste exceptionnel, ne s’applique pas aux dettes alimentaires, et n’efface ni la majoration déjà courue ni les intérêts : il organise seulement le paiement. Ne quittez jamais l’audience sans avoir demandé expressément la majoration mois par mois et les intérêts au taux légal, car le juge ne les accorde que s’ils sont réclamés et chiffrés.

B. Agir à Paris et en Île-de-France : juge des contentieux de la protection, intérêts et points d’attention du ressort

À Paris et en Île-de-France, le réflexe procédural est le même qu’ailleurs, mais le calendrier et les pièces présentent des particularités locales que les dossiers franciliens illustrent chaque rentrée. Le litige relève du juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire du lieu du logement : tribunal judiciaire de Paris pour un logement parisien, tribunaux de Nanterre, Bobigny ou Créteil pour la petite couronne selon l’adresse du bien. La tentative de conciliation préalable devant la commission départementale est gratuite et se fait par écrit ; à Paris, où les agences gèrent des portefeuilles importants, un dossier chiffré avec accusé de réception aboutit fréquemment à un paiement avant toute audience, car l’agence mesure le coût d’une condamnation majorée des 10 % mensuels et des intérêts. L’Agence départementale d’information sur le logement de Paris reçoit gratuitement les locataires et les bailleurs pour vérifier un décompte avant d’engager une procédure, ce qui évite les assignations perdues d’avance comme les renoncements à des droits réels.

Les spécificités parisiennes tiennent d’abord aux charges d’immeubles collectifs anciens. Gardiens, ascenseurs, chauffage collectif et ravalements produisent des arrêtés de charges complexes, et les provisions de 20 % conservées sur le dépôt de garantie sont fréquentes dans les grands immeubles haussmanniens comme dans les copropriétés de banlieue. Exigez systématiquement l’arrêté provisoire des comptes et la date prévisionnelle d’approbation définitive en assemblée générale ; notez cette date et relancez par écrit dans le mois qui suit, en visant la règle du mois suivant l’approbation définitive rappelée par la Cour de cassation en 2018. Dans les résidences étudiantes et les meublés parisiens, où les rotations d’occupants s’enchaînent à la rentrée, vérifiez en outre que l’état des lieux d’entrée qui vous est opposé est bien le vôtre et non celui d’un occupant précédent : les erreurs de dossier sont courantes quand un même studio change trois fois de locataire en deux ans, et une retenue fondée sur un état des lieux qui n’est pas le vôtre s’effondre dès que vous produisez votre propre exemplaire.

Côté délais pratiques, comptez à Paris quelques semaines pour une conciliation et quelques mois pour un jugement au fond, selon l’encombrement de la juridiction ; l’injonction de payer reste la voie la plus rapide pour les dossiers sans contestation sérieuse. Préparez l’exécution dès le jugement : relevé d’identité bancaire à jour, signification par commissaire de justice, puis saisie des comptes bancaires du bailleur récalcitrant si nécessaire. Les intérêts au taux légal courent depuis votre mise en demeure en application de l’article 1231-6 du code civil déjà cité, et s’ajoutent à la majoration mensuelle de 10 % : les deux sanctions se cumulent, car l’une répare le retard dans la restitution du dépôt et l’autre le retard dans le paiement d’une somme d’argent devenue exigible. Pour un dépôt de 1 200 euros restitué avec six mois de retard, la majoration atteint 720 euros avant même les intérêts, ce qui explique que les bailleurs parisiens avisés préfèrent transiger après la mise en demeure plutôt que de laisser le compteur tourner jusqu’à l’audience. Dernier point d’attention du ressort : si le logement a changé de propriétaire entre votre entrée et votre sortie, fréquent dans les opérations d’achat-revente parisiennes de l’été, dirigez vos actes contre le nouveau bailleur, tenu à restitution par la loi, tout en informant l’ancien par copie, afin qu’aucun des deux ne vous renvoie à l’autre jusqu’à l’épuisement de votre patience.

Conclusion

Fin septembre 2026, les locataires partis cet été se trouvent dans une fenêtre décisive : les délais d’un ou deux mois expirent, la majoration de 10 % par mois commencé court de plein droit, et chaque semaine d’attente passive coûte de l’argent au bailleur comme au locataire qui laisse dormir son dossier. Vérifiez votre calendrier depuis la remise des clés, transmettez votre nouvelle adresse par écrit si ce n’est pas fait, exigez le décompte détaillé avec factures et comparaison d’états des lieux, puis envoyez une mise en demeure chiffrée qui fait courir les intérêts. La jurisprudence récente est claire : le bailleur qui se prétend libéré doit justifier la réception des fonds par le locataire, un chèque jamais encaissé ne vaut pas paiement, et les provisions pour charges restent plafonnées et temporaires. À Paris et en Île-de-France, la conciliation départementale puis le juge des contentieux de la protection offrent un chemin balisé, rapide dans les dossiers simples, contradictoire dans les dossiers discutés. Rassemblez vos pièces dès maintenant, car un dossier ordonné se paie souvent avant l’audience, tandis qu’un dossier approximatif s’enlise.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier.

Vous pouvez obtenir une consultation téléphonique en 48 heures avec un avocat du cabinet, à Paris et en Île-de-France. Appelez le +33 6 46 60 58 22 ou écrivez via la page contact du cabinet en joignant votre bail, vos états des lieux et le décompte du bailleur : nous vérifions votre délai, vos majorations et vos chances de récupération avant toute procédure.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».