Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Dossier de surendettement : héritage reçu pendant le plan, faut-il déclarer, la commission peut-elle augmenter les mensualités et comment contester devant le juge ?

Votre père décède alors que votre dossier de surendettement vient d’être déclaré recevable. Le notaire vous annonce une part d’héritage de 25 000 euros. Faut-il le dire à la Banque de France ? La commission peut-elle augmenter vos mensualités, exiger la vente d’un bien reçu ou annuler l’effacement de vos dettes ? Et si vous refusez ou si vous avez déjà tout dépensé, que risquez-vous devant le juge ? Ce dossier sensible mêle deuil, argent et procédure collective. Les règles sont précises : tout actif nouveau modifie l’évaluation de vos ressources et de votre actif réalisable. Cet article explique, pas à pas, comment déclarer la succession, ce que la commission peut décider à chaque stade et comment contester utilement. Pour le cadre général des dettes effaçables et des poursuites suspendues, vous pouvez aussi lire notre page pilier sur les dettes éligibles, la suspension des poursuites et l’effacement en surendettement.

I. Héritage reçu pendant un dossier de surendettement : faut-il le déclarer et que fait la commission ?

A. Pourquoi un héritage reçu après la recevabilité change l’examen de votre dossier ?

Le surendettement s’adresse aux personnes physiques de bonne foi qui ne peuvent manifestement pas faire face à l’ensemble de leurs dettes exigibles et à échoir. La loi le dit en ces termes : « Le bénéfice des mesures de traitement des situations de surendettement est ouvert aux personnes physiques de bonne foi. » La suite du même texte précise que la situation de surendettement est caractérisée par « l’impossibilité manifeste de faire face à l’ensemble de ses dettes, professionnelles et non professionnelles, exigibles et à échoir ». Cette impossibilité s’apprécie au regard de vos ressources et de votre actif réalisable. Un héritage, même modeste, augmente l’un ou l’autre. Une somme d’argent devient une ressource disponible. Un appartement, une maison, des parts de société ou un terrain deviennent un actif réalisable, c’est-à-dire un bien dont la vente peut désintéresser vos créanciers.

La recevabilité de votre demande ne fige donc pas votre situation. Elle déclenche des protections fortes : « La recevabilité de la demande emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur ainsi que des cessions de rémunération consenties par celui-ci et portant sur les dettes autres qu’alimentaires. » Les saisies s’arrêtent et les cessions de salaire sont bloquées pour les dettes ordinaires. Mais cette protection a une contrepartie : la commission examine votre dossier sur la base d’informations complètes et sincères. Dissimuler un héritage rompt la bonne foi et expose à l’irrecevabilité, à la déchéance du plan ou au refus de l’effacement. Les juges vérifient ce point avec attention. Mieux vaut déclarer vite, même quand la succession n’est pas encore partagée, que de laisser un créancier ou le notaire révéler l’information à votre place.

Le moment où l’héritage arrive compte autant que son montant. Entre le dépôt et la recevabilité, il éclaire la décision de recevabilité et l’orientation. Après la recevabilité, pendant l’élaboration du plan conventionnel ou des mesures imposées, il conduit la commission à réévaluer votre capacité de remboursement. Pendant l’exécution d’un plan en cours, il peut justifier un réaménagement, une augmentation des mensualités ou un remboursement anticipé partiel. Après un rétablissement personnel sans liquidation, un actif révélé tardivement peut rouvrir le débat sur la situation irrémédiablement compromise qui avait justifié l’effacement. Chaque stade a sa solution, mais la logique reste la même : la commission prescrit des mesures de traitement dès lors que « les ressources ou l’actif réalisable du débiteur le permettent », et elle n’oriente vers le rétablissement personnel que lorsque le débiteur « se trouve dans une situation irrémédiablement compromise caractérisée par l’impossibilité manifeste de mettre en œuvre des mesures de traitement ». Un héritage qui rend des mesures possibles change donc l’orientation.

La nature des biens reçus oriente aussi la réponse. Une somme d’argent disponible se prête à un apurement direct ou à une hausse des mensualités. Un bien immobilier reçu en indivision avec vos frères et sœurs ne se vend pas en huit jours, mais il constitue un actif dont la commission tient compte, par exemple en prévoyant un délai de vente, une soulte ou un rééchelonnement adossé à la valeur du bien. Des parts de société, un terrain, un véhicule de valeur ou une assurance-vie dénouée par le décès suivent la même logique. À l’inverse, des meubles sans valeur marchande ou des souvenirs de famille sans prix de revente ne modifient pas l’analyse. La commission distingue l’actif qui peut réellement payer les créanciers de celui qui n’a qu’une valeur sentimentale. C’est ce tri que vous devez préparer avec des pièces : acte de notoriété, attestation notariée de la part, estimation d’agent immobilier, relevé du compte succession, projet de partage.

Deux erreurs reviennent sans cesse dans les dossiers. La première consiste à renoncer à la succession en pensant protéger le plan. La renonciation prive vos créanciers d’un actif et peut être regardée comme une organisation d’insolvabilité ou une rupture de bonne foi, surtout si elle intervient après le dépôt. La seconde consiste à accepter sans réfléchir une succession déficitaire en croyant que le surendettement effacera les dettes du défunt. Le surendettement traite vos dettes personnelles, pas celles d’un défunt que vous auriez acceptées sans précaution. L’option successorale mérite donc un examen posé avec le notaire : accepter purement et simplement, renoncer ou accepter à concurrence de l’actif net. La loi ouvre ces trois voies sans détour : « L’héritier peut accepter la succession purement et simplement ou y renoncer. » Le même texte ajoute qu’il « peut également accepter la succession à concurrence de l’actif net lorsqu’il a une vocation universelle ou à titre universel ». Quand le défunt laisse des dettes, l’acceptation à concurrence de l’actif net protège votre patrimoine propre et évite d’aggraver votre surendettement.

Enfin, gardez en tête l’articulation avec les dettes exclues de tout effacement. Même si l’héritage améliore votre situation, certaines dettes ne seront ni remises, ni rééchelonnées, ni effacées sans l’accord du créancier. La loi vise notamment les dettes alimentaires et les réparations allouées aux victimes dans le cadre d’une condamnation pénale : « Sauf accord du créancier, sont exclues de toute remise, de tout rééchelonnement ou effacement : 1° Les dettes alimentaires ». Les amendes pénales et les dettes frauduleuses envers les organismes sociaux suivent un régime d’exclusion propre. Un héritage ne rend pas ces dettes effaçables, mais il donne un moyen de les payer dans le cadre réaménagé. Cette distinction évite bien des malentendus au moment de signer un plan.

B. Comment déclarer concrètement l’héritage à la commission ou au juge ?

La déclaration se fait par écrit, auprès de la commission de surendettement qui suit votre dossier, tant que la procédure reste entre ses mains. Envoyez un courrier recommandé avec accusé de réception au secrétariat de la commission, en rappelant votre numéro de dossier, et joignez les pièces qui prouvent la réalité et le montant de l’actif : acte de décès, acte de notoriété ou attestation du notaire, décompte provisoire de la succession, relevés bancaires du défunt, estimation des immeubles, projet d’acte de partage ou attestation d’indivision. Si votre dossier est déjà devant le juge des contentieux de la protection à la suite d’une contestation, adressez la même information au greffe du tribunal et à votre adversaire, par conclusions ou par courrier versé au dossier. Le juge compétent est celui que la loi désigne pour tout le contentieux du surendettement : « Le juge des contentieux de la protection connaît des mesures de traitement des situations de surendettement des particuliers et de la procédure de rétablissement personnel. » Prévenir les deux niveaux évite qu’une décision soit prise sur la base d’un dossier incomplet.

Déclarez tôt, même quand le montant exact reste inconnu. Une succession prend des mois : inventaire, dettes du défunt, déclarations fiscales, accord des cohéritiers, vente éventuelle d’un bien. La commission préfère une déclaration provisoire chiffrée prudemment, actualisée ensuite, à un silence de six mois suivi d’une régularisation contrainte. Indiquez la date du décès, votre rang d’héritier, le régime de l’indivision, les biens identifiés, les dettes connues du défunt, l’option successorale envisagée et le calendrier annoncé par le notaire. Demandez au notaire une attestation simple : qualité d’héritier, consistance approximative de la part, existence ou non d’un testament, d’une assurance-vie hors succession ou d’un bien en indivision. Ce document d’une page vaut mieux qu’un long récit sans preuve.

Distinguez trois masses que les commissions confondent rarement mais que les débiteurs mélangent souvent. Premièrement, les biens qui entrent dans la succession et augmentent votre actif : comptes bancaires du défunt au prorata de vos droits, immeubles, meubles de valeur, créances du défunt. Deuxièmement, les capitaux qui ne transitent pas par la succession, comme le capital d’une assurance-vie avec bénéficiaire désigné : ils vous parviennent directement et constituent une ressource disponible, même s’ils ne figurent pas dans l’actif successoral au sens civil. Troisièmement, les dettes du défunt : elles réduisent l’actif net et, si vous acceptez à concurrence de l’actif net, elles ne deviennent pas vos dettes personnelles au-delà de ce que la succession permet de payer. Présentez ces trois masses dans un tableau clair avec un total provisoire. La commission comprend vite et chiffre juste. Un dossier obscur reçoit une réponse sévère.

Ne touchez pas à l’héritage avant d’avoir prévenu et reçu une consigne. Dépenser la somme, la donner à un proche, rembourser un seul créancier ou vendre un bien en dessous de sa valeur pendant la procédure fragilise la bonne foi et peut être reproché. Laissez les fonds sur le compte succession ou sur un compte dédié, conservez les relevés et refusez les pressions d’un créancier qui voudrait être payé en priorité. La procédure collective impose l’égalité entre créanciers : aucun ne doit être avantagé hors du plan. Si un huissier tente une saisie sur la part d’héritage après la recevabilité, rappelez la suspension des voies d’exécution et saisissez la commission ou le juge. Si des mensualités de plan sont en cours, continuez à les payer normalement jusqu’à la décision de réaménagement : cesser de payer spontanément aggrave la situation et fournit un motif de déchéance.

Le notaire n’est pas votre adversaire, mais il n’est pas non plus le secrétariat de la commission. Informez-le par écrit de l’existence du dossier de surendettement, du nom de la commission, du stade de la procédure et de l’interdiction de régler un créancier au détriment des autres. Demandez-lui de ne verser les fonds qu’après accord de la commission ou décision du juge, et de vous fournir les décomptes utiles. Quand l’indivision bloque la vente, demandez une attestation d’indivision persistante et, si besoin, engagez la discussion sur une vente amiable ou un partage. La commission sait attendre une vente raisonnable quand le dossier prouve que le bien est mis en vente au bon prix. Elle sanctionne en revanche l’inertie : un immeuble non mis en vente pendant deux ans sans justification ressemble à une volonté de garder l’actif tout en demandant l’effacement du passif.

Enfin, actualisez à chaque étape. Décès déclaré au stade de l’instruction, précisez le montant dès le partage connu. Plan conventionnel en cours d’élaboration, transmettez l’estimation avant la signature. Mesures imposées déjà notifiées, formez une demande de réexamen fondée sur un élément nouveau plutôt que de laisser la décision devenir définitive. Plan en cours d’exécution, demandez le réaménagement avant de manquer une échéance. Rétablissement personnel déjà prononcé mais encore contestable, informez le juge avant l’audience. Cette discipline de l’actualisation protège la bonne foi et ouvre des solutions graduées : maintien du plan avec mensualités ajustées, report de quelques mois le temps de vendre, affectation d’une partie du capital aux créanciers, combinaison de mesures. Le silence, lui, ne laisse que les solutions dures : irrecevabilité, déchéance, refus d’effacement, reprise des poursuites.

II. Peut-on garder l’héritage, voir les mensualités augmenter ou l’effacement remis en cause, et comment contester devant le juge ?

A. Garder l’argent ou le bien, payer plus chaque mois ou perdre l’effacement : ce que la commission peut vraiment décider ?

La commission ne confisque pas l’héritage, elle en tire les conséquences sur le traitement de vos dettes. Quand vos ressources ou votre actif réalisable le permettent, elle privilégie un plan ou des mesures de remboursement plutôt que l’effacement. Le premier outil est le plan conventionnel de redressement, que la commission cherche à construire avec vos créanciers quand vous êtes propriétaire d’un bien immobilier : « la commission s’efforce de concilier les parties en vue de l’élaboration d’un plan conventionnel de redressement approuvé par le débiteur et ses principaux créanciers ». Concrètement, un héritage en argent permet d’apurer une partie du passif, de réduire la durée du plan ou d’augmenter les mensualités à un niveau supportable. Un héritage immobilier permet d’adosser le plan à une vente programmée : vous gardez le logement le temps de vendre, ou vous le conservez en augmentant les mensualités si vos revenus, cumulés à une soulte, suffisent.

À défaut d’accord, la commission peut imposer des mesures. La palette légale comprend le rééchelonnement de toutes les dettes, l’imputation des paiements d’abord sur le capital, la réduction du taux d’intérêt et la suspension de l’exigibilité des créances non alimentaires. Le texte central prévoit ainsi de « Rééchelonner le paiement des dettes de toute nature », avec la possibilité de différer une partie des échéances, dans la limite de sept ans ou de la moitié de la durée restant à courir des emprunts. Un héritage modifie le dosage : la commission peut raccourcir les délais, relever les mensualités, supprimer un effacement partiel envisagé ou affecter le capital reçu au désintéressement des créanciers. Elle peut aussi suspendre l’exigibilité le temps de vendre le bien reçu, puis reprendre un échéancier normal. Chaque mesure doit rester compatible avec une vie décente : la commission laisse un reste à vivre qui couvre le loyer, l’alimentation, les transports, la santé et les frais liés aux enfants. L’héritage n’autorise pas à vous laisser sans ressources.

Le rétablissement personnel sans liquidation, qui efface les dettes, suppose une situation irrémédiablement compromise avec un actif réduit aux biens nécessaires à la vie courante et à l’activité professionnelle, ou à des biens sans valeur marchande. La loi l’énonce pour le cas sans liquidation : la commission « impose un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire » quand le débiteur « ne possède que des biens meublants nécessaires à la vie courante et des biens non professionnels indispensables à l’exercice de son activité professionnelle, ou que l’actif n’est constitué que de biens dépourvus de valeur marchande ». Un héritage significatif fait sortir de ce cadre. La commission peut alors refuser le rétablissement, revenir à des mesures de remboursement ou, avec votre accord, saisir le juge d’une demande de rétablissement avec liquidation : « la commission, après avoir convoqué le débiteur et obtenu son accord, saisit le juge des contentieux de la protection aux fins d’ouverture d’une procédure de rétablissement personnel avec liquidation judiciaire ». Sans votre accord, elle reprend sa mission de conciliation et d’imposition de mesures. Vous ne pouvez donc pas être envoyé en liquidation contre votre gré, mais vous pouvez perdre le bénéfice d’un effacement sans liquidation.

Quand l’effacement a déjà été imposé, ses effets restent encadrés par la date d’arrêt du passif et par les délais de contestation. La règle applicable au rétablissement sans liquidation dispose : « le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire entraîne l’effacement de toutes les dettes, professionnelles et non professionnelles, du débiteur, arrêtées à la date de la décision de la commission », à l’exception des dettes mentionnées aux articles L. 711-4 et L. 711-5 et de celles dont le montant a été payé par une caution ou un coobligé, personnes physiques. La Cour de cassation applique cette règle avec rigueur sur la date. Dans un arrêt du 23 novembre 2023, la deuxième chambre civile juge que « le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire entraîne l’effacement de toutes les dettes non professionnelles du débiteur, arrêtées à la date de la décision de la commission », puis casse une cour d’appel qui avait retenu la date d’admission du dossier au lieu de la date de décision, en affirmant que « l’effacement des dettes concernait le passif existant au jour de la décision de la commission de surendettement qui n’avait pas fait l’objet d’une contestation, soit le 27 août 2019 ». Pourvoi numéro 22-11.535, arrêt numéro 1150 F-B. L’enseignement est direct : un héritage survenu après la date de décision n’ajoute pas une dette au passif effacé, mais un actif dissimulé avant cette date peut remettre en cause la mesure par la contestation des créanciers dans les délais.

La Cour de cassation a aussi tranché le sort des dettes non déclarées à la procédure. Dans un arrêt du 26 mars 2026, la deuxième chambre civile pose que « le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire imposé par la commission entraîne, sauf exceptions légales, l’effacement de toutes les dettes, professionnelles et non professionnelles, du débiteur nées à la date de la décision de la commission sur la mesure imposée de rétablissement personnel sans liquidation judiciaire », puis approuve une cour d’appel qui avait jugé que « l’effacement visait la totalité des dettes, qu’elles aient été ou non déclarées à la procédure ». Pourvoi numéro 23-18.726, arrêt numéro 272 F-B. Cette solution protège le débiteur de bonne foi pour les dettes nées avant la décision, même oubliées de bonne foi. Elle ne protège pas la dissimulation d’un actif : si l’héritage existait à la date de décision et que vous l’avez tu, un créancier peut contester la mesure dans le délai légal en invoquant la mauvaise foi, et le juge peut anéantir l’effacement. Si l’héritage naît après la décision devenue définitive, il n’annule pas rétroactivement l’effacement, mais il peut justifier un nouveau regard sur un plan en cours ou sur des mesures révisables. La date de naissance de la créance et la date de survenance de l’actif sont donc les deux boussoles du dossier.

Reste le cas des dettes exclues, pour lesquelles l’héritage ne change pas la nature mais change les moyens de paiement. Les dettes alimentaires, les réparations allouées aux victimes dans le cadre d’une condamnation pénale, les amendes pénales et les dettes frauduleuses envers les organismes sociaux ne s’effacent pas. La Cour de cassation a rappelé le 12 décembre 2024, au sujet d’un indu d’allocation obtenu frauduleusement, que « ce caractère frauduleux s’apprécie au jour où le juge statue et sur le fondement d’une décision de justice ou d’une sanction, notifiée et non contestée, prononcée par un organisme de sécurité sociale ». Pourvoi numéro 22-20.051, arrêt numéro 1193 F-B. Si vous devez une pension alimentaire ou des dommages et intérêts à une victime, l’héritage servira à les régler prioritairement, y compris dans un plan qui efface partiellement le reste. Prévoyez ce fléchage dans vos propositions à la commission : montrer que l’actif nouveau paie d’abord les dettes non effaçables renforce votre crédibilité et votre bonne foi.

B. Comment contester une décision défavorable et quelles spécificités à Paris et en Île-de-France ?

Chaque décision de la commission se conteste devant le juge des contentieux de la protection, dans des délais courts qui courent à compter de la notification. La recevabilité, l’orientation, le plan imposé, les mesures imposées et le rétablissement sans liquidation suivent chacun leur régime de recours, avec des délais de quinze ou trente jours selon la nature de la décision. Ne laissez pas passer le délai en négociant à l’amiable : formez le recours par lettre recommandée au secrétariat de la commission ou au greffe indiqué dans la notification, puis développez vos arguments devant le juge. Joignez l’inventaire successoral complet, l’attestation du notaire, les estimations, les relevés du compte succession, le tableau des dettes exclues et non exclues, votre budget actualisé et, si le bien est en indivision, la preuve des démarches de vente ou de partage. Un recours chiffré et pièces à l’appui obtient des aménagements qu’un recours général ne donne jamais.

Devant le juge, structurez votre défense autour de quatre axes. Premièrement, la bonne foi : déclaration spontanée, date de la déclaration, correspondances avec la commission et le notaire, absence de dissimulation, fonds conservés et traçables. Deuxièmement, la consistance réelle de l’actif net : déduisez les dettes du défunt, les frais de succession, les droits de partage, les frais de vente et la quote-part des cohéritiers pour présenter un actif net, pas un actif brut flatteur. Troisièmement, la capacité de remboursement réaliste : reste à vivre, charges incompressibles, enfants à charge, santé, transport pour le travail, dettes exclues à payer en priorité. Quatrièmement, la solution graduée que vous proposez : affectation d’une partie du capital, mensualités relevées dans une limite tenable, délai de vente avec suspension temporaire, maintien du rétablissement si l’actif est sans valeur marchande ou si les frais de vente absorbent le prix. Le juge peut confirmer, réformer ou annuler la décision de la commission. Il statue au vu de la situation au jour où il se prononce, en tenant compte des pièces nouvelles comme une sanction notifiée tardivement ou une vente intervenue entre-temps.

Si un créancier conteste votre effacement en invoquant la dissimulation de l’héritage, répondez sur la chronologie et sur la preuve. Rapportez la date exacte du décès, la date à laquelle le notaire vous a informé, la date de votre déclaration et la date de la décision de la commission. Quand le décès est postérieur à la décision devenue définitive, l’effacement couvre les dettes nées à cette date, même non déclarées, selon la jurisprudence du 26 mars 2026 citée plus haut. Quand le décès est antérieur mais que vous l’ignoriez de bonne foi, prouvez l’ignorance légitime : règlement lointain, absence de contact avec le défunt, notaire qui vous a recherché tardivement. Quand vous avez déclaré dès que vous avez su, demandez au juge de maintenir la mesure en l’aménageant plutôt que de l’anéantir. Les juges sanctionnent la fraude avérée, pas l’héritier qui régularise vite et paie ce qu’il peut.

À Paris et en Île-de-France, quelques réflexes pratiques changent l’issue. La commission de Paris traite un volume élevé de dossiers et statue sur pièces : un dossier succession bien présenté, avec sommaire et pièces numérotées, se distingue immédiatement. Le tribunal judiciaire de Paris concentre le contentieux du surendettement des Parisiens, avec un greffe dédié et des audiences où le temps de parole est compté. Arrivez avec un dossier en deux exemplaires, un tableau financier sur une page et les originaux des attestations. Pour les successions franciliennes, l’estimation immobilière doit refléter le marché local réel : un studio à Paris, un pavillon en grande couronne ou un terrain en Seine-et-Marne ne s’évaluent pas de la même façon, et une surestimation produite par vos soins peut vous priver d’un effacement que la valeur réelle aurait permis. Faites établir deux avis de valeur par des agences du secteur et, pour un bien atypique, une expertise sommaire. Mentionnez les délais de vente constatés dans le ressort, les charges de copropriété, les travaux et l’occupation éventuelle du bien, qui minorent le prix net disponible pour les créanciers.

Pensez aussi aux pièces spécifiquement franciliennes : attestation du notaire parisien ou de banlieue avec son calendrier de règlement, relevé des charges et de la taxe foncière du bien reçu, décompte de l’indivision quand les cohéritiers vivent dans le bien, justificatifs de transport et de garde d’enfants qui pèsent sur le reste à vivre en Île-de-France. Quand le bien reçu est occupé par un cohéritier ou loué, produisez le bail, les quittances et les charges : un bien qui rapporte 800 euros par mois ne se traite pas comme un bien vacant qui coûte 400 euros de charges. Quand vous demandez un délai pour vendre, proposez un calendrier avec mise en vente, mandat d’agence et prix de présentation, puis rendez compte à chaque échéance. Les juges franciliens accordent des délais à ceux qui vendent vraiment, pas à ceux qui attendent que le marché monte.

Enfin, anticipez la fiscalité et les frais qui réduisent l’actif net : droits de succession selon votre lien de parenté et les abattements, frais de notaire, frais d’agence, remboursement du prêt du défunt, dettes fiscales du défunt, charges de copropriété en retard. Un héritage brut de 40 000 euros peut laisser 22 000 euros nets après droits, frais et dettes. Présentez ce calcul net à la commission avec les justificatifs fiscaux. Proposez d’affecter le net disponible aux créanciers selon l’ordre légal, en payant d’abord les dettes exclues de l’effacement, puis en réduisant le passif effaçable. Cette transparence sur le net transforme un actif perçu comme une aubaine en un élément maîtrisé du plan, et elle rend une contestation de créancier bien plus difficile.

Conclusion

Recevoir un héritage pendant un dossier de surendettement n’annule pas automatiquement la procédure, mais il en modifie l’équilibre. Déclarez vite à la commission et, si un recours est en cours, au juge des contentieux de la protection. Faites établir par le notaire la consistance exacte de votre part, choisissez l’option successorale qui ne vous appauvrit pas et ne vous endette pas davantage, conservez les fonds sans les disperser et continuez à payer vos mensualités jusqu’au réaménagement. La commission ajustera le plan, les mensualités ou l’orientation en fonction de l’actif net réel, en préservant votre reste à vivre. L’effacement déjà prononcé s’apprécie à la date de la décision et couvre les dettes nées à cette date, même non déclarées de bonne foi, tandis que la dissimulation d’un actif connu expose à la contestation et à la perte de la mesure. Devant le juge, la chronologie prouvée, le chiffrage net et une proposition graduée font la différence. Préparé avec méthode, l’héritage devient un moyen de solder dignement une partie du passif plutôt qu’un motif de sanction.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier

Vous avez reçu un héritage en cours de dossier de surendettement et vous craignez une hausse des mensualités ou la remise en cause de l’effacement. Notre cabinet vous répond vite, avec une analyse concrète de votre décision, de vos délais de recours et des pièces à réunir. Consultation téléphonique en 48 heures avec un avocat du cabinet. Appelez Maître Reda Kohen au 06 46 60 58 22. Vous pouvez aussi écrire via notre page contact. Nous intervenons à Paris et en Île-de-France comme sur tout le territoire.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».