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Cohabitation intergénérationnelle : faut-il un bail, quel loyer et quels recours en cas de conflit ?

La cohabitation intergénérationnelle revient au premier plan à la fin de l’été 2026. À Arcueil, dans le Val-de-Marne, une résidence accueillant des personnes âgées, des familles et des jeunes a récemment illustré l’intérêt de ce mode d’habitat face à l’isolement et aux difficultés d’accès au logement. Chez un particulier, le mécanisme est toutefois plus précis qu’une simple chambre louée à un étudiant : le senior, propriétaire ou locataire, partage une partie de son logement avec une personne de moins de trente ans, contre une contribution modeste et, parfois, quelques services de la vie quotidienne.

La première question est donc juridique : faut-il signer un bail d’habitation classique ou un contrat de cohabitation intergénérationnelle solidaire ? La réponse dépend de l’âge des parties, de la place réellement laissée au jeune et de l’organisation de la vie commune. Le régime spécial créé par la loi ELAN offre une souplesse utile, mais il ne dispense pas d’écrire les règles sur la chambre, les pièces partagées, les paiements, les visites, les services, l’assurance et la fin de l’accord. Cette précaution devient décisive lorsque la relation se dégrade, lorsqu’un paiement manque ou lorsqu’une partie veut partir rapidement. Voici le cadre applicable, les erreurs à éviter et la méthode pour constituer un dossier exploitable à Paris et en Île-de-France.

I. Cohabitation intergénérationnelle : faut-il signer un bail et comment fixer le loyer ?

A. Faut-il un bail d’habitation ou un contrat de cohabitation solidaire ?

Le droit français distingue deux réalités souvent confondues. L’habitat intergénérationnel peut désigner une résidence composée de logements autonomes, d’espaces communs et d’un projet collectif. Dans cette hypothèse, chaque occupant reçoit en principe un contrat de location ou d’occupation correspondant à son logement. Les règles du bail, du logement social ou de la résidence-services se déterminent selon le montage de l’opération.

La cohabitation intergénérationnelle solidaire vise une situation différente : une personne de soixante ans et plus accueille un jeune de moins de trente ans dans une partie de son propre logement. L’article L. 118-1 du Code de l’action sociale et des familles rattache ce dispositif au contrat prévu par le Code de la construction et de l’habitation. Le texte poursuit un double objectif : renforcer le lien social et faciliter l’accès au logement des moins de trente ans.

L’article L. 631-17 du Code de la construction et de l’habitation définit le contrat comme l’accord par lequel une personne de soixante ans et plus, propriétaire ou locataire, loue ou sous-loue une partie de son logement à une personne de moins de trente ans moyennant une « contrepartie financière modeste ». La limite d’âge n’est pas un simple élément de communication. Si le jeune a déjà trente ans au jour de la signature, le contrat spécial ne correspond plus au cas prévu par ce texte. Un bail de chambre, une colocation ou une convention d’occupation doit alors être étudié séparément.

Le contrat spécial est régi par le droit commun des contrats du Code civil. Le même article précise que la loi du 6 juillet 1989 sur les rapports locatifs ne s’applique pas à cette relation. Cela signifie que les parties ne bénéficient pas automatiquement du régime complet du bail d’habitation : durée légale imposée, congé du bailleur selon un motif légal, clause résolutoire type ou règles propres au dépôt de garantie. Cette exclusion ne rend pas l’accord informel. Elle impose au contraire de décrire les obligations qui, dans un bail classique, sont généralement préremplies par la loi.

Le premier texte de référence est l’article 1103 du Code civil. Il énonce que « les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits ». Appliqué à une cohabitation, ce principe donne une portée concrète à la convention écrite : une chambre annoncée comme privative ne doit pas devenir un espace de stockage, un paiement mensuel ne doit pas être remplacé sans accord par des tâches imposées et un créneau de présence ne doit pas être transformé en astreinte permanente.

L’article 1104 du Code civil ajoute que les contrats doivent être exécutés de bonne foi. Cette exigence concerne les deux générations. Le senior doit présenter honnêtement l’état du logement, les contraintes de la vie commune et les besoins éventuels d’assistance. Le jeune doit décrire sa situation, ses horaires et les conditions dans lesquelles il peut réellement occuper la chambre et participer à la vie commune. Une omission déterminante au moment de la signature peut nourrir une contestation ultérieure, même si le document porte le titre de « contrat solidaire ».

Le contrat ne doit pas être rédigé comme une promesse vague de compagnie. Il doit identifier les cocontractants, préciser l’adresse du logement et désigner la partie mise à disposition exclusive du jeune. La surface de la chambre, son mobilier, la possibilité ou non de fermer à clé, les rangements, les accès et les horaires d’utilisation des pièces communes méritent une description précise. Une annexe peut comporter un plan simple, des photographies datées et un inventaire du mobilier.

Les espaces partagés doivent être listés séparément : entrée, cuisine, séjour, salle de bains, toilettes, balcon, buanderie, cave ou garage. Il faut indiquer si leur usage est permanent, partagé selon un calendrier ou soumis à une règle de respect de la tranquillité. La convention peut aussi fixer les conditions d’accueil des invités, la remise des clés, l’usage de la connexion internet, la présence d’un animal, l’interdiction de fumer et la procédure à suivre en cas de perte de clé ou de dégradation.

Cette précision protège le senior comme le jeune. Elle évite qu’un désaccord sur le rangement ou la douche soit présenté comme une violation générale du contrat. Elle permet également d’évaluer la réalité de l’occupation si le litige arrive devant un juge. Un écrit qui décrit seulement « une chambre contre une présence » laisse trop de questions essentielles sans réponse.

Le statut du senior doit aussi être vérifié. Le propriétaire peut, en principe, conclure le contrat sur la partie de son logement qu’il continue d’occuper. Le locataire âgé bénéficie d’une règle spéciale : il doit informer préalablement son bailleur de son intention de sous-louer une partie de son logement à un jeune de moins de trente ans dans le cadre de ce dispositif, mais le bailleur ne peut pas s’y opposer. L’information officielle sur la sous-location et la cohabitation intergénérationnelle recommande un envoi permettant de prouver la réception, par exemple une lettre recommandée avec avis de réception.

Cette information n’est pas une demande d’autorisation. Elle doit néanmoins être sérieuse : identité du jeune, date prévue, partie du logement concernée et qualification du contrat peuvent être indiquées. Le senior reste responsable de son bail principal. Il ne peut pas sous-louer tout le logement ni abandonner son obligation d’en assurer l’usage conforme. Une occupation qui ne correspondrait plus à une partie du domicile ou qui masquerait une sous-location intégrale pourrait être discutée sur un autre fondement.

Dans le parc social, la règle est spécifique. L’article L. 631-19 du Code de la construction et de l’habitation permet aux locataires concernés de sous-louer une partie de leur logement dans les conditions du chapitre consacré à la cohabitation intergénérationnelle solidaire. La contrepartie est alors calculée selon le dernier alinéa du II de l’article L. 442-8-1 du même code, c’est-à-dire au prorata du loyer et des charges rapporté à la surface habitable de la partie sous-louée. Le bailleur social doit être informé selon les modalités qu’il indique, et le dossier doit conserver cette démarche.

Il ne faut pas confondre ce droit de sous-location encadrée avec une colocation classique. Dans une colocation, plusieurs personnes peuvent être titulaires d’un bail principal et répondre ensemble des obligations envers le bailleur. Dans la cohabitation solidaire, le senior conserve son contrat de propriétaire ou de locataire et met seulement une partie de son logement à disposition du jeune. La qualification influence les assurances, les aides, la fiscalité, la fin de la relation et les recours.

B. Quel loyer, quelles charges et quels services peut-on prévoir sans créer un bail déguisé ?

La durée et la contrepartie financière sont librement convenues dans le contrat spécial. La loi ne fixe pas un barème national pour le parc privé. Cette liberté ne signifie pas que n’importe quel montant peut être demandé. La somme doit rester cohérente avec une mise à disposition solidaire d’une partie du logement, la surface privative, les équipements, les charges réellement supportées et le niveau de services convenu. Une somme proche du prix intégral du marché, augmentée de tâches quotidiennes obligatoires, fragiliserait la qualification de cohabitation solidaire.

Le document doit distinguer plusieurs éléments : la contribution principale, la participation aux charges, les abonnements éventuellement partagés et les dépenses exceptionnelles. Pour l’eau, l’électricité, le chauffage, internet ou les produits communs, la méthode de calcul doit être lisible. Un forfait peut être prévu, à condition de ne pas dissimuler une augmentation unilatérale. Si une régularisation est possible, sa périodicité et ses justificatifs doivent être indiqués.

Le senior peut accepter une mise à disposition gratuite. Il peut aussi fixer une contribution financière modeste, versée par virement à une date précise. Le contrat doit préciser si le premier mois est calculé au prorata, si une somme est due pour les charges, si une avance est remboursable et si aucune somme ne constitue un dépôt de garantie. Il faut éviter d’employer indifféremment les mots « loyer », « salaire », « pension » et « participation » : le vocabulaire ne décide pas seul de la qualification, mais il peut révéler la logique économique réellement poursuivie.

La fiscalité doit être examinée avant la signature, surtout si la chambre est meublée. L’article 35 bis du Code général des impôts prévoit, jusqu’au 31 décembre 2026 dans sa version applicable à la date de rédaction, une exonération pour certains produits tirés de pièces meublées de l’habitation principale lorsque la pièce constitue la résidence principale du locataire ou du sous-locataire et que le prix reste fixé dans des limites raisonnables. Le texte comporte des conditions et des limites propres à la situation fiscale. Il ne faut donc pas promettre une exonération sans vérifier la nature du logement, le caractère principal de l’occupation et les déclarations du foyer.

Les aides au logement ne sont pas automatiques. Le jeune doit vérifier son éligibilité auprès de la CAF ou de la MSA, selon son régime, et le senior doit déclarer correctement la situation lorsque cela est nécessaire. Le contrat, la preuve des paiements, l’adresse, la surface et la réalité de l’occupation peuvent être demandés. Une demande d’aide refusée ne transforme pas mécaniquement la convention en bail classique, mais elle peut révéler une description incomplète ou contradictoire du logement.

La question des services est encore plus sensible. L’article L. 631-18 du Code de la construction et de l’habitation autorise des menus services en complément de la contrepartie financière, « sans but lucratif pour aucune des parties ». Le contrat peut prévoir une présence certains soirs, un échange de repas, une aide ponctuelle pour une course, l’arrosage de plantes ou un accompagnement convivial. Il doit donner une fréquence indicative sans imposer une disponibilité permanente.

La charte nationale annexée à l’arrêté du 13 janvier 2020 relatif à la cohabitation intergénérationnelle solidaire rappelle que le jeune n’a pas vocation à se substituer aux professionnels de l’aide et des soins à domicile. Les toilettes, la délivrance ou la surveillance de médicaments, les soins infirmiers et l’aide personnelle dépendante ne doivent pas être intégrés sous la forme de « petits services ». Si le senior a besoin d’une assistance régulière, il faut organiser cette assistance avec les intervenants compétents.

La même charte insiste sur l’absence de subordination. Le contrat ne doit pas fixer des horaires de travail, un pouvoir disciplinaire, des ordres permanents, des objectifs de rendement ou une rémunération calculée selon le nombre d’heures accomplies. Le second alinéa de l’article L. 631-18 précise que la collaboration est exclusive de tout lien de subordination et ne relève pas du Code du travail.

Cette règle est éclairée par l’arrêt de la chambre sociale de la Cour de cassation du 13 novembre 1996, pourvoi n° 94-13.187, publié au Bulletin. La décision décrit le critère ainsi : « le lien de subordination est caractérisé par l’exécution d’un travail sous l’autorité d’un employeur ». Elle ajoute que l’existence d’un service organisé peut constituer un indice lorsque les conditions d’exécution sont déterminées unilatéralement. Le contrat de cohabitation protège contre la confusion, mais il ne permet pas de neutraliser une relation de travail qui, dans les faits, comporterait des ordres, un contrôle et une sanction. Le texte intégral est accessible sur Légifrance.

Il faut aussi prévoir l’assurance. Le contrat peut demander au jeune une attestation de responsabilité civile et préciser la couverture de ses effets personnels. Le senior doit signaler à son assureur l’évolution de l’occupation si le contrat le prévoit ou si la police l’exige. En cas de sinistre, l’état des lieux d’entrée, les photographies et les échanges sur l’entretien permettent de déterminer la cause et la personne qui doit déclarer le dommage.

Un état des lieux contradictoire est recommandé même si la loi de 1989 ne s’applique pas. Il doit décrire la chambre, les meubles, les murs, les sols, les équipements et les clés. À la fin, chaque partie signe un état de sortie. Le jeune répond des dégradations qui lui sont imputables ; le senior reste responsable du bon état général et de la jouissance paisible des lieux. Le principe contractuel de bonne foi impose à chacun de signaler rapidement une fuite, un dysfonctionnement ou un risque de sécurité.

Enfin, la convention doit prévoir un interlocuteur de médiation ou d’accompagnement lorsque le binôme est présenté par une association. Une structure tierce ne devient pas automatiquement partie au contrat. Son rôle doit être défini : mise en relation, vérification des attentes, suivi des premiers mois, intervention en cas de désaccord ou aide à la sortie. Les coordonnées, les frais éventuels et les limites de sa mission doivent être écrits.

II. Cohabitation intergénérationnelle en cas de conflit : comment partir et quels recours ?

A. Quels droits en cas de départ, d’impayé, de trouble ou de dégradation ?

La fin du contrat obéit d’abord à une règle simple : lorsque l’un des cocontractants décide d’y mettre fin, le préavis applicable est d’un mois. Cette règle figure à l’article L. 631-17 du Code de la construction et de l’habitation. Le contrat peut préciser le mode de notification, le point de départ du délai et les modalités de restitution des clés. Il ne peut pas transformer le jeune en occupant sans aucun droit pendant la période de préavis.

La notification doit permettre de prouver son contenu et sa réception. Une lettre recommandée avec avis de réception, une remise en main propre contre signature ou un acte de commissaire de justice offrent une traçabilité supérieure à un simple message instantané. Le document doit identifier le contrat, rappeler la date de prise d’effet du préavis, fixer la date de départ et proposer un rendez-vous pour l’état des lieux de sortie. Une partie qui refuse de signer la remise peut être invitée par un tiers à constater les lieux.

Un préavis d’un mois ne dispense pas de payer la contribution prévue jusqu’à son terme, sauf accord différent ou inexécution suffisamment grave de l’autre partie. Inversement, le senior ne peut pas retenir arbitrairement une somme au titre de prétendues réparations. Chaque retenue doit correspondre à une obligation identifiée, à un dommage prouvé et, lorsque cela est possible, à un devis ou à une facture. L’article 1353 du Code civil pose une règle de preuve très opérationnelle : « Celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver ».

En cas de contribution impayée, le senior doit commencer par rapprocher le contrat, les échéances et les relevés bancaires. Une relance factuelle peut rappeler le montant, la période et le délai de régularisation. Si le paiement n’intervient pas, une mise en demeure doit exposer l’obligation concernée et conserver la preuve de sa réception. L’article 1344 du Code civil prévoit que le débiteur est mis en demeure par une sommation ou un acte portant interpellation suffisante, sauf clause contractuelle particulière.

Le non-paiement n’autorise pas automatiquement à changer la serrure, couper l’électricité ou déposer les affaires sur le palier. Ces mesures unilatérales peuvent aggraver le litige et créer un trouble imputable à celui qui les a prises. Si l’occupation se poursuit malgré la fin régulière du contrat, la situation doit être qualifiée avant toute intervention : maintien dans les lieux, contestation du préavis, désaccord sur le régime applicable ou atteinte à la sécurité ne se traitent pas de la même façon.

Le Code civil offre une palette de sanctions lorsque l’une des parties manque à ses obligations. L’article 1217 du Code civil permet notamment de poursuivre l’exécution forcée, d’obtenir une réduction du prix, de provoquer la résolution du contrat ou de demander réparation. Le texte précise que « les sanctions qui ne sont pas incompatibles peuvent être cumulées ». En pratique, la demande doit rester proportionnée : obtenir le paiement d’une somme, la cessation d’un trouble et la remise des clés suppose de démontrer séparément les faits et le préjudice.

La résolution par notification exige de la prudence. L’article 1226 du Code civil autorise le créancier, à ses risques et périls, à résoudre le contrat par notification. Sauf urgence, une mise en demeure préalable doit accorder un délai raisonnable et annoncer la possibilité de résoudre l’accord. Si le débiteur conteste, celui qui a mis fin au contrat doit prouver la gravité de l’inexécution. Pour une cohabitation dans un domicile, le recours à un avocat ou à un commissaire de justice permet d’éviter une rupture mal formulée.

Des dommages et intérêts sont envisageables lorsque l’inexécution cause une perte établie. L’article 1231-1 du Code civil prévoit la condamnation du débiteur en cas d’inexécution ou de retard, sauf force majeure. Le senior devra chiffrer, par exemple, une réparation rendue nécessaire par une dégradation imputable ou des frais directement causés par un départ désorganisé. Le jeune pourra invoquer le même texte si la chambre est devenue inutilisable, si l’accès promis lui est refusé ou si des biens ont été détériorés par une faute du senior.

Les troubles qui dépassent la relation contractuelle peuvent aussi relever de la responsabilité civile. L’article 1240 du Code civil dispose que tout fait fautif causant un dommage oblige son auteur à le réparer. L’article 1241 du Code civil vise la négligence ou l’imprudence. Ces fondements peuvent être discutés en cas de détérioration volontaire, de divulgation fautive d’informations personnelles, de menace documentée ou de dommage causé à un voisin, sans remplacer l’analyse du contrat.

Le jeune ne doit pas être traité comme un salarié lorsque les services restent ceux autorisés par le dispositif. Réciproquement, il ne doit pas invoquer la solidarité pour exiger une présence, une aide ou un ménage qui n’ont jamais été convenus. Le juge examinera les faits, les horaires, les messages, les paiements, les consignes et la manière dont chacun exerçait son pouvoir dans le logement. Le titre du document ne suffira pas à écarter une qualification résultant de la réalité.

Lorsque le conflit porte sur une dégradation, il faut isoler trois questions : l’état initial, le fait matériel et le coût de remise en état. Une photographie non datée ou une accusation générale aura une force limitée. Un état des lieux signé, une facture, un devis détaillé, un échange dans lequel la partie reconnaît le dommage et une attestation précise sont plus utiles. Les captures d’écran doivent être conservées avec leur contexte, la date, l’identité du correspondant et, si nécessaire, une exportation complète de la conversation.

B. Quelles preuves et quel juge saisir à Paris et en Île-de-France ?

Avant toute procédure, il faut constituer une chronologie. Elle commence par l’annonce ou la mise en relation, se poursuit avec les échanges sur les attentes, la signature, l’entrée dans les lieux, les paiements et les premiers incidents. Chaque événement doit être associé à une pièce : contrat, état des lieux, relevé bancaire, courriel, lettre recommandée, photographie, attestation, certificat médical lorsqu’il existe un impact sur la santé, ou facture de réparation.

La preuve ne sert pas seulement à convaincre un juge. Elle permet à une association, à un assureur ou à un avocat de comprendre rapidement si le désaccord relève d’un malentendu réparable, d’un impayé, d’un manquement grave ou d’un risque immédiat. Les échanges doivent rester sobres. Les insultes, les accusations de fraude non étayées et les menaces compliquent l’analyse et peuvent être produites contre leur auteur.

Une tentative amiable est utile lorsque la sécurité des personnes n’est pas en cause. Elle peut prendre la forme d’un rendez-vous avec l’association, d’une médiation ou d’une lettre proposant trois solutions : maintien avec modification écrite, départ à une date convenue, ou fin au terme du préavis légal. La proposition doit éviter de reconnaître une faute qui n’est pas établie. Elle doit aussi préserver les droits en cas d’échec, notamment en rappelant que les paiements et obligations continuent jusqu’à la date effective de fin.

Si une mesure urgente est nécessaire, l’article 835 du Code de procédure civile permet au président du tribunal judiciaire ou au juge des contentieux de la protection, dans les limites de sa compétence, de prescrire en référé des mesures conservatoires ou de remise en état. Le texte vise notamment la prévention d’un dommage imminent et la cessation d’un trouble manifestement illicite. Une demande peut concerner la remise d’une clé, l’accès à une pièce, la conservation d’un bien ou l’arrêt d’un comportement dangereux, mais le demandeur doit établir l’urgence et le trouble allégué.

La juridiction compétente dépend de la qualification du contrat et de la demande. La loi de 1989 ne régit pas le contrat spécial, de sorte que la compétence du juge des contentieux de la protection ne doit pas être affirmée sans examiner les faits. Lorsque le litige concerne un bail d’habitation classique, le service officiel consacré à la saisine du juge des contentieux de la protection indique que le tribunal du lieu où se situe le bien loué est compétent pour le litige locatif. Pour une cohabitation solidaire, l’assignation ou la requête doit être préparée après vérification de la nature exacte de l’accord, de la qualité des parties et de l’objet de la demande.

À Paris, l’adresse du logement permet d’orienter le dossier vers le tribunal judiciaire de Paris lorsque la compétence de cette juridiction est retenue. En Île-de-France, un logement situé à Créteil, Bobigny, Nanterre, Versailles, Évry-Courcouronnes, Pontoise ou Melun relève du ressort territorial correspondant. Cette liste ne remplace pas la vérification du tribunal et du service compétent : une demande en référé, une demande de paiement et une contestation liée à un bail principal peuvent suivre des voies différentes.

Le dossier local doit donc préciser la commune, le statut du senior, l’existence éventuelle d’un bailleur social, la partie du logement occupée, la date de notification du préavis et la mesure recherchée. À Paris et dans les départements voisins, les délais pratiques de délivrance d’une assignation, les modalités de prise de date et les interlocuteurs peuvent évoluer. Une consultation permet de vérifier le bon acte, le bon tribunal et les pièces à joindre avant une urgence.

Une demande judiciaire doit être chiffrée et structurée. Elle peut porter sur les contributions impayées, la réparation des dégradations, la restitution d’un bien, la cessation d’un trouble, la remise en état ou la constatation de la fin du contrat. Les sommes demandées doivent être ventilées par période et justifiées. Les frais de commissaire de justice, d’assurance ou de réparation ne doivent pas être mélangés au principal sans explication.

Le recours ne doit pas être utilisé pour obtenir une expulsion immédiate lorsque le statut d’occupation est contesté. Une personne peut être entrée dans le logement dans le cadre d’un contrat spécial puis soutenir que le préavis est irrégulier, que la chambre n’était pas conforme ou que la rupture constitue une mesure de représailles. Le juge examinera les documents et les conditions concrètes de l’accord. L’urgence ne supprime pas le débat contradictoire ; elle impose de présenter des faits précis et une mesure proportionnée.

La présence d’une personne âgée fragile appelle une vigilance particulière. Le jeune ne doit pas être chargé d’une mission médicale ou de surveillance de la dépendance. Si la cohabitation devient impossible pour des raisons de santé, de perte d’autonomie ou de sécurité, les services sociaux, les professionnels de santé et la structure d’accompagnement doivent être mobilisés. La fin du contrat peut rester nécessaire, mais elle doit être organisée sans laisser une personne vulnérable sans solution.

Le même raisonnement vaut pour un jeune en situation de précarité. La contribution modeste ne doit pas devenir une dette indéfinie, et la fin du contrat doit être notifiée avec un délai permettant de rechercher un autre hébergement. Cela n’autorise pas un impayé durable, mais justifie de proposer un échéancier écrit ou une médiation lorsque la situation le permet. Les demandes d’aide au logement, l’accompagnement social et les garanties disponibles doivent être examinés rapidement.

Une convention bien écrite doit enfin prévoir une clause de révision amiable : rendez-vous après le premier mois, bilan trimestriel, possibilité de modifier les pièces partagées ou les services par avenant signé. La clause ne doit pas donner à une partie le pouvoir de modifier seule la contribution ou les horaires. Elle peut en revanche organiser une adaptation consensuelle lorsque l’état de santé, les études, le travail ou la composition du foyer évoluent.

La cohabitation intergénérationnelle solidaire est donc un outil juridique souple, mais pas une relation sans règles. Le bon réflexe consiste à distinguer le logement intergénérationnel collectif, le bail d’habitation et le contrat spécial, puis à conserver la preuve de chaque engagement. En cas de conflit, la solution dépend moins du nom donné au document que de l’âge des parties, de l’espace réellement mis à disposition, du montant versé, des services demandés et des faits établis.

Conclusion

Le contrat de cohabitation intergénérationnelle solidaire peut être conclu lorsqu’une personne de soixante ans et plus, propriétaire ou locataire, met une partie de son logement à disposition d’un jeune de moins de trente ans. La contribution est librement organisée dans le parc privé, mais elle doit rester modeste et être séparée des charges et des menus services. Le bailleur d’un senior locataire doit être informé, le bailleur social obéit à des règles particulières, et aucun service ne doit devenir une aide médicale ou un travail placé sous autorité.

En cas de désaccord, le préavis d’un mois est le point de départ. La notification, les paiements, l’état des lieux et les échanges doivent être conservés. Une mise en demeure, une résolution ou un référé peuvent être envisagés selon la gravité des faits, sans changement de serrure ni expulsion privée. À Paris et en Île-de-France, la commune du logement, le statut de l’occupant et la qualification exacte du contrat déterminent le tribunal et la procédure à retenir.

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