Depuis le 1er juillet 2026, les demandes de permis de construire et les déclarations préalables sont examinées selon des exigences RE2020 modifiées. Le changement ne crée pas l’attestation RE2020, déjà obligatoire pour les opérations concernées, mais il modifie plusieurs paramètres de calcul et précise le régime de certaines surélévations. Pour un propriétaire, un acquéreur, un promoteur ou un constructeur, l’enjeu dépasse donc la présence d’un simple formulaire dans le dossier : l’étude doit correspondre au projet réellement autorisé, les caractéristiques retenues doivent être suivies pendant le chantier et une seconde attestation doit pouvoir être produite à l’achèvement.
Une incohérence peut retarder l’autorisation, empêcher de déposer correctement la déclaration d’achèvement, fragiliser une vente ou révéler un désordre de construction. La difficulté tient souvent au décalage entre les plans, l’étude énergétique, les matériaux commandés et l’ouvrage finalement livré. Il faut alors identifier le document manquant, la norme applicable à la date du dépôt, l’auteur de l’erreur et les mesures propres à rétablir la conformité. Ce guide expose les vérifications à effectuer depuis la réforme de juillet 2026, puis les recours à engager lorsqu’une attestation est absente, inexacte ou contredite par les performances du bâtiment.
I. Attestation RE2020 depuis le 1er juillet 2026 : qui doit la joindre au permis de construire ?
A. Quels projets et extensions sont soumis aux nouvelles exigences RE2020 ?
La première question porte sur la date du dossier. L’article 3 du décret n° 2026-200 du 18 mars 2026 prévoit que ses dispositions s’appliquent aux demandes de permis de construire ou aux déclarations préalables déposées à compter du 1er juillet 2026. La date de signature du devis, celle de l’acquisition du terrain ou celle du début matériel du chantier ne remplace pas cette date de dépôt. Il faut donc conserver le récépissé de la mairie et la version complète du dossier transmis.
Le décret modifie les exigences énergétiques et environnementales pour un ensemble étendu de bâtiments en France métropolitaine : maisons individuelles, logements collectifs, bureaux, bâtiments d’enseignement, hôtels, établissements accueillant de jeunes enfants, restaurants, commerces, établissements sanitaires, aérogares, locaux industriels ou artisanaux et équipements sportifs. Il ajuste notamment les modulations liées à la hauteur sous plafond, aux balcons, loggias et terrasses de logements collectifs, ainsi qu’à certains systèmes de climatisation raccordés à un réseau de chaleur urbain classé. Ces paramètres peuvent changer le résultat d’une étude préparée avant l’été 2026 si le dossier d’urbanisme est finalement déposé après le 30 juin.
Le fondement général reste l’article L. 171-1 du Code de la construction et de l’habitation. La construction et la rénovation doivent limiter les consommations d’énergie et de ressources, leurs émissions de gaz à effet de serre et leur impact climatique pendant le cycle de vie. La RE2020 traduit cet objectif en résultats mesurables. Elle ne se réduit ni au chauffage ni au diagnostic de performance énergétique remis lors d’une vente.
Le champ des constructions concernées est détaillé par l’article R. 172-1 du Code de la construction et de l’habitation. Depuis le 1er mai 2026, ce texte inclut aussi de nombreuses catégories tertiaires et les bâtiments industriels ou artisanaux neufs. Il maintient des exclusions ciblées, par exemple lorsque l’usage impose de maintenir des conditions particulières de température, d’humidité ou de qualité de l’air, ou lorsque le bâtiment est ouvert sur l’extérieur en fonctionnement habituel. La seule étiquette donnée au projet dans un devis ne suffit donc pas : sa destination, son usage concret et les contraintes d’exploitation doivent être qualifiés.
Les constructions de petite surface, extensions et surélévations appellent une lecture distincte. L’article R. 172-3 du Code de la construction et de l’habitation permet à un arrêté de définir des exigences alternatives pour les constructions de moins de 50 m², les extensions de moins de 150 m² et, depuis le décret du 18 mars 2026, certaines surélévations de moins de 150 m² ou représentant moins de 30 % de la surface de référence du bâtiment existant. Une exigence alternative n’est pas une dispense générale. Elle impose de déterminer le régime correspondant à la surface, à l’usage et à la nature exacte de l’opération.
Pour une extension de maison, une véranda chauffée, un étage ajouté ou la transformation d’une toiture en logement, la méthode pratique consiste à réunir quatre données avant le dépôt : la surface de référence existante, la surface créée, la destination du nouveau volume et le type d’autorisation d’urbanisme. Le portail officiel RE2020 rappelle que les extensions résidentielles entrant dans le champ de la réglementation sont concernées depuis 2023, même lorsque leur petite surface conduit à des modalités adaptées. Confondre « régime simplifié » et « absence de réglementation » expose à reprendre l’étude après le dépôt.
Les résultats minimaux à contrôler figurent à l’article R. 172-4 du Code de la construction et de l’habitation. Ils portent notamment sur le besoin en énergie du bâtiment, la consommation d’énergie primaire, la part d’énergie non renouvelable, l’impact climatique de l’énergie, l’impact des composants et du chantier pendant le cycle de vie, puis l’inconfort estival exprimé en degrés-heures. Pour un logement, l’étude doit ainsi tenir ensemble isolation, orientation, protections solaires, ventilation, systèmes techniques, matériaux et confort en période chaude.
Cette articulation devient particulièrement sensible en Île-de-France. Une surélévation parisienne cumule souvent une faible emprise, une hauteur sous plafond contrainte, des façades protégées, des équipements collectifs et un risque de surchauffe en été. L’autorisation donnée par la copropriété ou la mairie ne démontre pas, à elle seule, que le calcul RE2020 est satisfait. Inversement, une étude énergétique favorable ne dispense pas d’obtenir les autorisations d’urbanisme et de copropriété. Chaque régime poursuit un objet différent.
Avant tout dépôt depuis le 1er juillet 2026, le maître d’ouvrage doit demander au bureau d’études une confirmation écrite de la version réglementaire utilisée. Cette confirmation doit viser la date prévue de dépôt et le type de bâtiment. Si l’étude a été calculée plusieurs mois auparavant, une mise à jour peut être nécessaire, particulièrement lorsque la hauteur sous plafond, les espaces extérieurs ou le raccordement énergétique influencent les modulations introduites en 2026.
B. Qui établit l’attestation RE2020 et quels documents conserver ?
Deux attestations interviennent à deux moments différents. La première accompagne le permis de construire. Selon l’article R. 122-24-1 du Code de la construction et de l’habitation, le maître d’ouvrage établit, pour chaque bâtiment concerné, un document attestant qu’il a respecté ou fait respecter les exigences par le maître d’œuvre chargé de la conception. Le texte impose aussi l’engagement de pouvoir justifier, après l’ouverture du chantier, certains impacts environnementaux devant les agents habilités. L’attestation n’est donc pas une déclaration détachée des calculs qui l’ont produite.
Le j de l’article R. 431-16 du Code de l’urbanisme exige que l’attestation de respect des exigences de performance énergétique et environnementale soit jointe au dossier lorsqu’elle est requise par le Code de la construction et de l’habitation. Pour une maison individuelle, elle est souvent désignée comme la pièce PCMI 14-1. Sa dénomination administrative ne doit pas masquer son contenu : elle repose sur une étude et des hypothèses qui doivent correspondre aux plans déposés.
Le maître d’ouvrage porte la responsabilité du dépôt, même lorsqu’un architecte, un constructeur de maison individuelle ou un bureau d’études prépare le document. Il doit vérifier au minimum l’adresse, la parcelle, la surface, l’usage, la date du calcul, la version du logiciel, les plans de référence et les systèmes énergétiques annoncés. Une attestation portant sur un état ancien du projet ne devient pas exacte parce qu’elle a été générée par une plateforme officielle.
La seconde attestation intervient à l’achèvement. L’article R. 122-24-3 du Code de la construction et de l’habitation prévoit qu’elle atteste le respect des exigences de performance énergétique et environnementale sur l’ouvrage exécuté. Elle comprend les indicateurs réglementaires et accompagne la déclaration attestant l’achèvement et la conformité des travaux. L’article R. 462-4-1 du Code de l’urbanisme reprend expressément cette obligation pour la DAACT.
Cette seconde étape suppose une vérification sur place. Le portail gouvernemental RE2020 indique que le document peut être établi, pour le compte du maître d’ouvrage, par un architecte, un contrôleur technique, un organisme certificateur, un bureau d’études agréé ou, pour certaines maisons individuelles, un diagnostiqueur DPE qualifié. Le choix de l’intervenant dépend du bâtiment et de sa propre participation au projet. Une personne qui a conçu ou réalisé certains travaux ne peut pas toujours offrir le niveau d’indépendance attendu pour constater leur conformité.
Le dossier technique à conserver pendant le chantier doit être constitué au fil de l’eau. Attendre la fin des travaux rend la preuve plus coûteuse, car les isolants, membranes, réseaux et fixations ne sont plus visibles. Le dossier utile comprend notamment :
- le récépissé de dépôt et l’autorisation d’urbanisme complète, avec tous les plans et notices ;
- l’étude RE2020, son récapitulatif standardisé, les fichiers de calcul et la preuve de la version logicielle utilisée ;
- l’attestation jointe au permis, datée et rattachée à la bonne version du projet ;
- les marchés, devis, avenants et fiches techniques des isolants, vitrages, équipements de chauffage, refroidissement et ventilation ;
- les factures, bons de livraison, étiquettes et déclarations environnementales des produits ;
- des photographies datées avant fermeture des doublages, plafonds, gaines et toitures ;
- les comptes rendus de chantier signalant chaque substitution de matériau ou modification de dimension ;
- les essais de perméabilité à l’air, contrôles de ventilation et mesures demandées pour l’attestation finale ;
- la déclaration d’ouverture de chantier, le procès-verbal de réception et la DAACT accompagnée de ses annexes.
Chaque modification doit être examinée avant sa mise en œuvre. Remplacer une menuiserie, un isolant, une pompe à chaleur ou une protection solaire par un produit présenté comme « équivalent » peut modifier le calcul. La question n’est pas seulement commerciale. Le bureau d’études doit confirmer l’incidence du changement et, si nécessaire, recalculer le projet. Cette validation écrite protège le maître d’ouvrage et permet d’identifier l’auteur d’une décision technique ultérieurement contestée.
La réception mérite la même préparation. L’article 1792-6 du Code civil définit la réception comme l’acte par lequel le maître de l’ouvrage accepte les travaux avec ou sans réserves. Elle déclenche plusieurs garanties. Lorsque l’attestation finale n’est pas disponible, que des essais sont défavorables ou que le bâtiment diffère de l’étude, le procès-verbal doit mentionner des réserves précises : document absent, résultat non conforme, équipement substitué, zone mal isolée ou ventilation non réglée. Une formule générale telle que « sous réserve de la RE2020 » décrit mal le désordre et complique son suivi.
Dans une vente d’immeuble récent, l’acquéreur doit demander les deux attestations, la DAACT, l’éventuelle attestation de non-contestation de conformité délivrée par la mairie, l’étude énergétique et le procès-verbal de réception. Ces pièces n’ont pas la même fonction. L’attestation RE2020 concerne la performance énergétique et environnementale ; la DAACT déclare l’achèvement et la conformité aux travaux autorisés ; l’absence de contestation municipale renseigne sur le contrôle d’urbanisme. Aucune ne remplace toutes les autres.
II. Attestation RE2020 absente ou fausse : quels recours avant la vente ou après les travaux ?
A. Que risque le maître d’ouvrage en cas de non-conformité RE2020 ?
Une attestation absente au dépôt peut entraîner une demande de pièce, retarder l’instruction ou empêcher le dossier d’être complet. Une attestation incohérente peut rester inaperçue jusqu’au chantier, à l’achèvement ou à la vente. Le risque varie selon que le problème tient à une erreur formelle, à une étude fondée sur de mauvais plans, à un changement de matériaux non recalculé ou à une non-conformité réelle de l’ouvrage.
La première réaction doit être technique et écrite. Il faut demander au bureau d’études de comparer le dossier autorisé, le calcul initial et le bâtiment exécuté. Son rapport doit répondre séparément aux questions suivantes : quelle règle était applicable à la date du dépôt ; quelles données ont été utilisées ; quelles données sont erronées ; quels seuils ne sont pas respectés ; quels travaux correctifs sont nécessaires ; quel coût, quel délai et quelles conséquences d’usage en résultent. Une nouvelle attestation générée sans explication ne suffit pas à comprendre l’origine de l’écart.
Le caractère réglementaire du document ne transforme pas toute anomalie en dommage décennal. L’article 1792 du Code civil rend le constructeur responsable de plein droit des dommages compromettant la solidité de l’ouvrage ou le rendant impropre à sa destination. Une simple différence documentaire, sans désordre ni impropriété, peut relever du contrat, du devoir de conseil ou de la responsabilité de droit commun plutôt que de la garantie décennale. À l’inverse, des défauts d’isolation, de ventilation, d’étanchéité à l’air ou de confort d’été peuvent affecter réellement l’usage du logement.
La jurisprudence rendue sous les réglementations thermiques précédentes reste utile pour comprendre cette distinction, sans être transposée mécaniquement à chaque dossier RE2020. Dans un jugement récent, le tribunal judiciaire de Nîmes a relevé, à partir des constatations de l’expert : « Le bâtiment testé est non-conforme à l’exigence de la RT 2012 et à la perméabilité de l’air de l’enveloppe. » La décision, rendue le 6 juillet 2026 sous le numéro RG 23/04741, peut être consultée dans son texte officiel sur le site de la Cour de cassation. La non-conformité y était reliée à des désordres matériels et à la performance réelle du bâtiment, et non au seul défaut d’un formulaire.
La cour d’appel de Paris a également retenu, dans une affaire où les défauts d’isolation étaient documentés, que « la consommation électrique des saisons de chauffe de 2009/2010 à 2012/2013 est anormalement élevée, la surconsommation étant de 60 % par rapport aux valeurs réglementaires alors qu’un écart maximum de 20 % serait acceptable ». Cette motivation figure dans l’arrêt de la cour d’appel de Paris du 4 juin 2025, RG 22/14479. Elle montre l’importance de mesures comparables, de factures et d’une analyse causale : une consommation élevée ne désigne pas à elle seule le défaut constructif qui l’a produite.
Avant la réception, le maître d’ouvrage peut refuser d’accepter sans réserve un ouvrage dont la conformité n’est pas démontrée. Il peut exiger les essais, rapports et corrections prévus au marché. Si le chantier est encadré par un contrat de construction de maison individuelle, par une vente en l’état futur d’achèvement ou par un marché d’entreprise, les mécanismes de paiement et de consignation diffèrent. Retenir un solde sans base contractuelle ni proportion peut créer un litige supplémentaire. La mise en demeure doit identifier l’obligation inexécutée, donner un délai réaliste et réserver les droits du maître d’ouvrage.
Après la réception, les réserves et la garantie de parfait achèvement permettent de demander la réparation des désordres signalés. Pour les défauts révélés plus tard, une notification écrite doit être adressée pendant le délai d’un an prévu par l’article 1792-6 du Code civil. Les dommages d’une gravité suffisante peuvent relever de la garantie décennale. Les défauts intermédiaires, erreurs d’étude ou manquements au devoir de conseil peuvent engager une responsabilité contractuelle, sous réserve de prouver la faute, le dommage et le lien causal.
Lors d’une vente, l’absence d’attestation finale ou une non-conformité connue ne doit pas être dissimulée. L’article 1112-1 du Code civil oblige une partie à informer l’autre d’une donnée déterminante pour son consentement lorsque cette dernière l’ignore légitimement. Le vendeur doit donc transmettre les documents disponibles, exposer les démarches en cours et éviter toute affirmation de conformité non étayée. Le compromis peut subordonner la vente à la remise d’une attestation conforme, à des travaux, à une expertise ou à une retenue de prix organisée par le notaire.
Le tribunal judiciaire de Mulhouse a illustré l’importance que peut prendre la réglementation thermique dans une vente. Dans son jugement du 12 août 2025, RG 23/00650, il a jugé : « Compte tenu de ce qui précède, le bien n’étant pas conforme à la réglementation RT 2012, pourtant obligatoire pour tout nouveau permis de construire déposé à compter du 28 octobre 2012, le refus de réitérer la vente opposé par M. [T] n’apparaît pas fautif de sorte que la demande en paiement de la clause pénale formée par M. [U] et par Mme [K] ne peut pas prospérer. » Le texte officiel du jugement du tribunal judiciaire de Mulhouse montre que la portée d’une non-conformité dépend des stipulations de la vente, des informations données et de son incidence sur l’engagement de l’acquéreur.
Pour un acquéreur confronté à une attestation manquante quelques jours avant la signature, la bonne réponse n’est donc ni l’annulation automatique ni la signature sans réserve. Il faut relire les conditions suspensives et les déclarations du vendeur, demander le dossier au notaire, vérifier la date du permis, faire analyser les pièces par un technicien et évaluer le coût de régularisation. Un avenant peut reporter la signature ou organiser une garantie. Si l’écart révèle un ouvrage impossible à attester sans travaux substantiels, la négociation change de nature.
Les sanctions administratives ou pénales liées au contrôle des règles de construction dépendent des manquements constatés et de leur date. Le maître d’ouvrage ne doit pas tenter de « régulariser » le dossier par une attestation rétroactive ne correspondant pas à l’ouvrage. La voie sûre consiste à établir l’état réel, recalculer le bâtiment, réaliser les corrections possibles, puis produire un document fondé sur des justificatifs et des essais. Une fausse déclaration déplacerait le problème sans restaurer la performance.
B. Comment prouver le défaut et agir contre le constructeur, le bureau d’études ou l’assureur ?
Le litige RE2020 est d’abord un litige de preuve. Plusieurs intervenants peuvent avoir participé au résultat : architecte, maître d’œuvre, bureau d’études, économiste, constructeur, entreprise d’isolation, installateur de ventilation, fabricant, contrôleur technique ou personne chargée de l’attestation finale. Leur responsabilité ne se déduit pas de leur présence sur le chantier. Il faut rapprocher la mission contractuelle de chacun, ses plans, ses préconisations, ses alertes, les travaux exécutés et la cause technique du défaut.
La première mesure consiste à figer les éléments disponibles avant toute reprise : photographies datées, relevés de température et d’humidité, consommations, factures d’énergie, notices des équipements, références des matériaux, échanges électroniques, comptes rendus, rapports de mesure et témoignages. Les travaux urgents peuvent être nécessaires pour protéger les personnes ou l’immeuble, mais ils doivent être documentés avant intervention. Les pièces déposées, la facture et les emballages identifiants doivent être conservés lorsque cela reste possible.
Un constat de commissaire de justice décrit l’état visible, sans remplacer une analyse thermique. L’expert amiable peut mesurer, comparer et proposer des reprises. Son intervention gagne à être contradictoire : les constructeurs et assureurs sont convoqués suffisamment tôt, reçoivent les documents et peuvent présenter leurs observations. Une expertise unilatérale reste une pièce, mais sa portée est souvent discutée si les éléments ont disparu avant que les autres parties puissent les examiner.
Lorsque la cause ou le coût est contesté, une expertise judiciaire peut être sollicitée avant le procès. L’article 145 du Code de procédure civile autorise une mesure d’instruction s’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir la preuve de faits dont dépendra la solution d’un litige. Depuis le 1er septembre 2025, quand la mesure porte sur un immeuble, la juridiction du lieu de l’immeuble est seule compétente. Pour un bâtiment situé à Paris ou en Île-de-France, la saisine dépend donc de son adresse, non du domicile du constructeur choisi librement par le demandeur.
La mission d’expertise doit être adaptée à la RE2020. Elle peut demander à l’expert de se faire remettre les fichiers de calcul, d’identifier la réglementation applicable à la date du dépôt, de comparer les plans autorisés et l’exécution, de contrôler les hypothèses d’usage, de faire réaliser les essais utiles, d’identifier les écarts, de déterminer leur origine, d’évaluer les performances après correction et de chiffrer chaque solution. Une mission trop générale risque de laisser sans réponse la question centrale : l’ouvrage peut-il obtenir une attestation exacte et à quel prix ?
Le maître d’ouvrage doit déclarer rapidement le sinistre aux assureurs concernés. La police dommages-ouvrage, lorsqu’elle existe, peut préfinancer certains dommages de nature décennale après réception. Les assureurs de responsabilité décennale des constructeurs doivent aussi être identifiés à partir des attestations valables à la date d’ouverture du chantier. Une non-conformité purement documentaire, sans dommage décennal, peut ne pas mobiliser ces garanties. Il faut alors examiner les garanties de responsabilité civile professionnelle du bureau d’études ou du maître d’œuvre.
Les délais d’action varient selon la qualification, le contrat et la date de manifestation du dommage. La garantie de parfait achèvement court un an à compter de la réception. La responsabilité décennale couvre dix ans à compter de cette même réception pour les dommages qui remplissent ses critères. D’autres actions obéissent à des délais différents, notamment en matière contractuelle, de vente ou de dol. Une mise en demeure ou une expertise amiable n’interrompt pas automatiquement tous les délais. Leur calcul doit être effectué dès l’ouverture du dossier.
La décision du tribunal judiciaire de Nîmes du 6 juillet 2026 rappelle aussi la place du conseil technique. Le tribunal y énonce, avec la formulation reproduite dans le texte officiel : « Que le choix des époux [K] de se dispenser d’un maître d’œuvre ne dispense pas l’entrepreneur du bâtiment de son devoir d’d’information, de conseil, de prévention et de correction à l’égard des époux [K]. » Cette citation, issue du jugement RG 23/04741, ne signifie pas que l’entrepreneur répond de toute l’étude RE2020. Elle confirme qu’un professionnel ne peut ignorer une incohérence manifeste relevant de son intervention au seul motif que le maître d’ouvrage n’a pas confié de mission globale à un maître d’œuvre.
La répartition des responsabilités doit suivre une chronologie. Si les plans remis au bureau d’études étaient inexacts, l’auteur des plans et celui qui les a validés doivent être identifiés. Si le calcul était juste mais que l’entreprise a posé un autre matériau, l’exécution devient centrale. Si un changement a été décidé par le maître d’ouvrage malgré une alerte écrite, cette décision peut modifier l’analyse. Si l’attestateur final a validé un ouvrage sans contrôler un élément exigé, sa propre mission doit être examinée. Une expertise utile ne cherche pas un responsable unique par principe ; elle établit la contribution de chaque faute au dommage.
Le chiffrage doit distinguer plusieurs postes : études de reprise, dépose, remise en conformité, réfection des finitions, relogement éventuel, surconsommation démontrée, perte d’usage et incidence sur la vente. Une baisse abstraite de valeur ne se présume pas. Elle doit être documentée par l’impossibilité d’attester, le coût des travaux, les contraintes administratives et, si nécessaire, une évaluation immobilière. Le demandeur doit aussi étudier les solutions de correction raisonnables afin de ne pas laisser augmenter inutilement son dommage.
Pour une copropriété, la situation exige une coordination supplémentaire. Les travaux de reprise peuvent toucher les parties communes, la façade, la toiture ou les réseaux collectifs. Le copropriétaire ne peut intervenir seul sur ces éléments. Le syndic doit recevoir le rapport, les assureurs de l’immeuble doivent être avisés et une autorisation d’assemblée générale peut être nécessaire. En cas de surélévation ou d’extension, les actes de copropriété, l’autorisation de travaux et la répartition des obligations entre copropriétaire bénéficiaire et syndicat doivent être relus avant d’engager une reprise.
Un dossier bien préparé suit donc un ordre simple : identifier le texte applicable, réunir l’étude et les attestations, comparer les plans et l’ouvrage, préserver les preuves, mettre en demeure les intervenants, déclarer le sinistre, organiser une expertise contradictoire, puis choisir entre correction négociée et action judiciaire. Cette méthode évite de réduire le débat à la remise tardive d’un PDF alors que le véritable enjeu est la conformité physique et durable du bâtiment.
Conclusion
Depuis le 1er juillet 2026, une étude RE2020 préparée avant le dépôt doit être vérifiée à la lumière des paramètres modifiés par le décret du 18 mars 2026. Les extensions, surélévations et bâtiments tertiaires appellent une qualification précise ; une petite surface peut relever d’exigences alternatives sans sortir du dispositif. Le maître d’ouvrage doit conserver le calcul, les plans, les justificatifs de produits, les contrôles de chantier et les deux attestations, l’une au permis et l’autre à l’achèvement.
Si le document manque ou contredit l’ouvrage, la priorité est de déterminer si l’écart reste formel ou révèle un défaut réel d’isolation, de ventilation, d’étanchéité, de consommation ou de confort d’été. Les réserves à la réception, la mise en demeure, l’expertise contradictoire et les déclarations d’assurance doivent ensuite être articulées avec le contrat et les délais applicables. Pour approfondir la stratégie contentieuse ou la sécurisation d’une acquisition, consultez notre page consacrée à l’accompagnement en droit immobilier à Paris.
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