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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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Durée du redressement judiciaire : combien de temps dure la période d’observation ?

Les annonces récentes de redressement judiciaire dans le commerce, l’industrie ou la distribution rappellent une question très concrète pour les dirigeants, les fournisseurs et les salariés : combien de temps l’entreprise peut-elle rester sous protection du tribunal avant qu’un plan, une cession ou une liquidation soit décidé ?

La réponse courte est la suivante : le redressement judiciaire commence par une période d’observation. Elle n’est pas une pause gratuite, mais une phase de test. L’entreprise continue son activité, ses anciennes dettes sont traitées dans la procédure, les contrats essentiels sont surveillés et le tribunal vérifie rapidement si le redressement est crédible.

Pour un dirigeant, le sujet n’est donc pas seulement de « tenir six mois ». Il faut utiliser ce délai pour prouver que l’activité peut repartir. Pour un créancier, l’enjeu est inverse : déclarer sa créance dans les délais, surveiller les décisions du tribunal et ne pas confondre poursuite du contrat et paiement automatique des anciennes factures.

Redressement judiciaire : le point de départ du calendrier

Le redressement judiciaire est ouvert lorsque l’entreprise est en cessation des paiements, c’est-à-dire lorsqu’elle ne peut plus faire face au passif exigible avec son actif disponible, tout en présentant encore une possibilité de redressement.

L’article L. 631-1 du code de commerce précise que la procédure vise la poursuite de l’activité, le maintien de l’emploi et l’apurement du passif. Cette finalité explique la période d’observation : le tribunal donne un cadre pour vérifier si l’entreprise peut être sauvée.

En pratique, le calendrier commence au jugement d’ouverture. Ce jugement désigne les organes de la procédure, fixe ou examine la date de cessation des paiements, ouvre la période d’observation et déclenche les principales obligations des créanciers.

Le dirigeant doit immédiatement organiser trois dossiers :

  • un dossier de trésorerie : comptes bancaires, prévisionnel, encaissements attendus, charges indispensables ;
  • un dossier d’exploitation : commandes, contrats en cours, fournisseurs critiques, salariés, bail commercial ;
  • un dossier de passif : dettes fiscales, sociales, bancaires, fournisseurs, cautions et sûretés.

Sans ces éléments, la période d’observation se transforme vite en attente subie.

Combien de temps dure la période d’observation ?

La période d’observation est en principe fixée pour une durée limitée. L’article L. 631-7 du code de commerce rend applicables au redressement judiciaire plusieurs règles de la sauvegarde, notamment celles relatives à l’ouverture et à la durée de la période d’observation.

En pratique, le tribunal ouvre souvent une première période permettant d’examiner la situation de l’entreprise. Cette période peut être renouvelée lorsque le dossier justifie un délai supplémentaire. Le ministère public peut aussi demander une prolongation exceptionnelle, dans les conditions prévues par le code de commerce.

Ce point est important : lorsqu’un communiqué annonce une période d’observation de six mois, cela ne veut pas dire que l’entreprise est sauvée pendant six mois. Cela veut dire que le tribunal va observer l’activité pendant cette phase, avec des points d’étape possibles et une issue qui peut intervenir avant la fin si la situation devient manifestement compromise.

Le site officiel Service-Public Entreprendre rappelle, pour les sociétés, que le jugement d’ouverture du redressement judiciaire ouvre une période d’observation et que celle-ci peut être renouvelée. La fiche officielle est consultable ici : redressement judiciaire d’une société.

Que se passe-t-il pendant les deux premiers mois ?

Les deux premiers mois sont souvent décisifs. Le tribunal ne regarde pas seulement le montant des dettes. Il cherche à savoir si l’activité peut financer la suite.

Pour le dirigeant, il faut démontrer que l’entreprise peut payer les charges nées après le jugement : salaires courants, loyers postérieurs, fournisseurs indispensables, énergie, assurances, transport, outils numériques, frais de production. Une entreprise qui continue à créer de nouvelles dettes sans perspective de marge s’expose à une conversion rapide en liquidation judiciaire.

Pour les créanciers, la première urgence est la déclaration de créance. L’article L. 622-24 du code de commerce, applicable aux procédures collectives, impose aux créanciers dont la créance est née avant le jugement d’ouverture de déclarer leur créance au mandataire judiciaire. L’article R. 622-24 du code de commerce fixe en principe un délai de deux mois à compter de la publication au BODACC.

Il faut donc éviter deux erreurs opposées :

  • continuer à relancer comme si le redressement judiciaire n’existait pas ;
  • attendre la fin de la période d’observation pour agir.

La déclaration de créance doit être préparée avec les factures, bons de commande, contrats, conditions générales, preuves de livraison, courriels et décomptes. Si une sûreté existe, elle doit être identifiée immédiatement.

L’entreprise peut-elle continuer à vendre et à livrer ?

Oui, le redressement judiciaire ne ferme pas automatiquement l’entreprise. Mais l’activité continue sous contrainte.

Le dirigeant doit distinguer les dettes antérieures et les dettes postérieures au jugement. Les dettes anciennes ne doivent pas être payées hors procédure, sauf cas particulier prévu par la loi ou autorisé dans un cadre précis. Les dettes nées régulièrement après le jugement, pour les besoins du déroulement de la procédure ou de la période d’observation, doivent en revanche être traitées avec une attention particulière, car elles conditionnent la crédibilité de la poursuite d’activité.

Pour un fournisseur, la question est pratique : faut-il continuer à livrer un client placé en redressement judiciaire ? La réponse dépend du contrat, des garanties, des commandes postérieures, des conditions de paiement et du rôle éventuel de l’administrateur judiciaire.

Il ne faut pas couper brutalement un contrat essentiel sans analyse. Mais il ne faut pas non plus accepter de nouvelles livraisons sans sécuriser le paiement. Les bons réflexes sont les suivants :

  • identifier si le contrat est antérieur ou postérieur au jugement ;
  • demander qui pilote la relation : dirigeant seul, administrateur judiciaire, mandataire judiciaire ;
  • vérifier si les commandes nouvelles sont autorisées et finançables ;
  • obtenir des conditions de paiement compatibles avec la procédure ;
  • documenter toute suspension, exception d’inexécution ou modification des conditions commerciales.

Sur les créances déjà nées, voir aussi notre article consacré au client en redressement ou liquidation judiciaire : déclaration de créance, reprise d’instance et pièges à éviter.

Pour replacer cette analyse dans une stratégie plus large de contentieux commercial, de prévention des difficultés et de défense des dirigeants, vous pouvez consulter notre page droit des affaires à Paris.

À la fin de la période d’observation : plan, cession ou liquidation

La période d’observation doit conduire à une décision. Trois issues principales sont possibles.

Première issue : le tribunal arrête un plan de redressement. L’entreprise continue, mais avec un calendrier d’apurement du passif et des engagements précis. Le plan peut porter sur plusieurs années. Il doit être réaliste : un plan fondé sur un chiffre d’affaires espéré, sans marge démontrée ni commandes solides, risque d’échouer.

Deuxième issue : le tribunal arrête un plan de cession. Tout ou partie de l’activité est repris par un tiers. Cette issue peut préserver l’activité et certains emplois, mais elle change radicalement la situation des associés, dirigeants, créanciers et cocontractants.

Troisième issue : la liquidation judiciaire. Elle intervient lorsque le redressement apparaît impossible. Le calendrier peut alors s’accélérer, surtout si l’activité consomme de la trésorerie ou si aucune solution de reprise sérieuse n’émerge.

Pour le dirigeant, le plan se prépare dès le premier jour. Sur ce point, vous pouvez lire notre analyse du plan de redressement judiciaire avant la liquidation.

Les pièces à réunir pour ne pas subir le calendrier

La durée du redressement judiciaire dépend beaucoup de la qualité du dossier. Un dirigeant qui arrive avec une vision approximative de sa trésorerie laisse le tribunal, l’administrateur et les créanciers remplir les blancs.

Les pièces utiles sont notamment :

  • les derniers bilans, situations comptables et balances âgées ;
  • un prévisionnel de trésorerie semaine par semaine ;
  • les contrats essentiels : bail, contrats clients, fournisseurs, crédit-bail, assurance, informatique ;
  • la liste des salariés, salaires, congés et contentieux sociaux ;
  • les dettes fiscales et sociales, avec échéanciers et mises en demeure ;
  • les cautions personnelles, nantissements, garanties et privilèges ;
  • les commandes en cours, devis acceptés et preuves de marge ;
  • les litiges clients ou fournisseurs susceptibles d’affecter la trésorerie.

Pour un créancier, les pièces sont différentes : contrat, facture, preuve de livraison, décompte, clause de réserve de propriété, relances, reconnaissance de dette éventuelle, jugement ou titre, sûreté publiée, coordonnées du mandataire judiciaire.

Paris et Île-de-France : attention au tribunal compétent

À Paris et en Île-de-France, la question du tribunal compétent doit être vérifiée avec soin. Certaines juridictions participent à l’expérimentation des tribunaux des activités économiques, qui traitent notamment des procédures de prévention et des procédures collectives pour de nombreux acteurs économiques.

Le réflexe utile consiste à vérifier le siège, l’activité, la forme de l’entreprise, l’existence éventuelle d’une profession réglementée et la juridiction effectivement compétente. Une erreur de tribunal peut faire perdre du temps dans une situation où chaque semaine compte.

Nous avons traité ce point dans notre article sur le tribunal des activités économiques et le redressement judiciaire.

Les erreurs qui font perdre la période d’observation

La première erreur est d’attendre l’audience suivante pour construire le dossier. Le tribunal doit être convaincu rapidement que l’exploitation courante peut être financée.

La deuxième erreur est de traiter tous les créanciers de la même manière. Un fournisseur stratégique, une banque, un bailleur commercial, l’Urssaf et un prestataire non essentiel ne se gèrent pas avec le même calendrier ni les mêmes leviers.

La troisième erreur est de promettre un plan sans chiffres. Un plan de redressement n’est pas une intention. Il doit être appuyé par une activité rentable, des charges ajustées, un passif identifié et une trésorerie qui permet de payer les dettes postérieures.

La quatrième erreur est, côté créancier, de laisser passer le délai de déclaration de créance. Même si des recours existent dans certains cas, la forclusion complique fortement le dossier.

La cinquième erreur est de confondre redressement judiciaire et liquidation judiciaire. Tant que la période d’observation se poursuit, l’entreprise peut encore être sauvée. Mais si la poursuite aggrave le passif ou si aucune solution crédible n’apparaît, la conversion en liquidation peut intervenir.

Que faire immédiatement ?

Si vous êtes dirigeant, commencez par établir une photographie fiable de la trésorerie. Identifiez les contrats indispensables, les dettes urgentes, les commandes rentables et les risques de rupture. Préparez un calendrier de preuves : ce qui peut être démontré à quinze jours, deux mois, six mois, puis au moment du plan.

Si vous êtes créancier, vérifiez la date du jugement d’ouverture, la date de publication au BODACC, le nom du mandataire judiciaire et le délai de déclaration. Ne vous contentez pas d’une relance commerciale. Construisez une déclaration documentée et surveillez les décisions prises pendant la période d’observation.

Si vous êtes cocontractant, ne résiliez pas automatiquement. Relisez le contrat, vérifiez les commandes postérieures, sécurisez le paiement des prestations nouvelles et demandez une position écrite lorsque le contrat est essentiel à l’activité.

La durée du redressement judiciaire n’est pas seulement un délai judiciaire. C’est une période de preuve. Celui qui documente vite garde une marge de manoeuvre. Celui qui attend subit les décisions du tribunal et des organes de la procédure.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».