Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Action oblique : exercer les droits du débiteur négligent pour préserver votre créance (article 1341-1)

Un créancier d’entreprise se heurte parfois à un débiteur qui laisse dormir ses propres droits patrimoniaux. L’article 1341-1 du Code civil permet alors d’exercer ces droits pour le compte du débiteur, lorsque sa carence compromet le recouvrement de la créance. Cette page expose le régime de l’action oblique en droit des affaires, ses conditions strictes, son articulation avec l’action paulienne et l’action directe, et sa mise en œuvre procédurale devant le tribunal compétent.

VOUS ÊTES CRÉANCIER D’UNE ENTREPRISE
Votre débiteur reste passif face à ses propres créances.
Vous identifiez des sommes dues à votre débiteur qu’il néglige de réclamer. L’action oblique vous permet d’agir à sa place, dans la limite stricte de ses droits patrimoniaux.

Voir le cadre légal →

VOUS ÊTES ENTREPRISE DÉBITRICE
Un créancier engage une action oblique en votre nom.
Vous êtes mis en cause dans une instance ouverte par votre créancier contre votre propre débiteur. Votre défense reste possible : conditions, droits exclusifs, recevabilité.

Voir la stratégie →

Comment ça se passe.

1
Vous appelez ou envoyez vos pièces.
Téléphone direct ou dépôt sécurisé jusqu’à 1 Go. Contrats, courriers, titres exécutoires, jugements, échanges avec le débiteur.
2
Réponse personnelle sous 24 h.
Maître Reda KOHEN vous rappelle et formule une première analyse stratégique sur la recevabilité de l’action oblique.
3
Rendez-vous au cabinet ou en visio.
Convention d’honoraires claire, calendrier procédural, choix du recours adapté entre action oblique, paulienne ou directe.
Partie I

Le cadre légal de l’action oblique en droit des affaires.

01Le mécanisme de l’article 1341-1 du Code civil.+

L’action oblique permet au créancier d’exercer les droits et actions patrimoniaux que son débiteur néglige. Le texte est issu de l’ordonnance du 10 février 2016 portant réforme du droit des contrats. Il reprend l’ancien article 1166 sans bouleversement de fond.

Code civil, article 1341-1 : « Lorsque la carence du débiteur dans l’exercice de ses droits et actions à caractère patrimonial compromet les droits de son créancier, celui-ci peut les exercer pour le compte de son débiteur, à l’exception de ceux qui sont exclusivement rattachés à sa personne. »

Le créancier n’agit pas en son nom personnel. Il se substitue au débiteur défaillant et exerce les mêmes prérogatives que celui-ci aurait pu exercer. Le résultat de l’action entre dans le patrimoine du débiteur, non dans celui du créancier qui l’a engagée. Art. 1341-1 C. civ.

02La créance certaine, liquide et exigible exigée par la jurisprudence.+

La chambre commerciale de la Cour de cassation exige une créance certaine, liquide et exigible lorsque l’action oblique a une portée significative sur la situation du débiteur. Cette exigence a été clairement rappelée à propos d’une demande de résolution du plan de sauvegarde pour cessation des paiements.

Cass. com., 26 février 2020, n° 18-18.680 (publié au Bulletin) : « le créancier qui demande la résolution du plan de sauvegarde de son débiteur pour cessation des paiements doit, à peine d’irrecevabilité de sa demande, justifier d’une créance certaine, liquide et exigible, dès lors que la cessation des paiements conduit à la résolution du plan et à l’ouverture d’une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire du débiteur ».

Le créancier qui n’établit pas ces trois caractères de sa créance se heurte à une irrecevabilité. Il importe donc de présenter un titre clair : facture impayée, jugement définitif, reconnaissance de dette, ordonnance de référé. Cass. com., 26 févr. 2020, n° 18-18.680

03La carence du débiteur et la compromission des droits du créancier.+

L’article 1341-1 pose deux conditions cumulatives au-delà du titre de créance. Il faut une carence effective du débiteur dans l’exercice de ses droits patrimoniaux. Il faut ensuite que cette carence compromette réellement les droits du créancier. La chambre commerciale apprécie ces deux exigences strictement.

Cass. com., 21 septembre 2022, n° 20-17.089 (publié au Bulletin) : « Aux termes de l’article 1341-1 du code civil, lorsque la carence du débiteur dans l’exercice de ses droits et actions à caractère patrimonial compromet les droits de son créancier, celui-ci peut les exercer pour le compte de son débiteur, à l’exception de ceux qui sont exclusivement rattachés à sa personne. […] la société Banque Rhône-Alpes ne soutient ni n’établit que l’éventuelle carence de M. [S] dans l’exercice de son droit à se pourvoir en cassation compromet ses droits de créancier. En conséquence, le moyen est irrecevable. »

Le créancier doit ainsi établir, dans ses conclusions, que l’inaction du débiteur le prive d’un actif qui aurait servi à le désintéresser. Une simple négligence du débiteur ne suffit pas si la solvabilité de celui-ci permet le recouvrement par d’autres voies. Cass. com., 21 sept. 2022, n° 20-17.089

04Les droits exclus : les actions exclusivement rattachées à la personne.+

L’article 1341-1 réserve expressément les droits exclusivement attachés à la personne du débiteur. Le créancier ne peut pas exercer ces droits, quelle que soit la gravité de la carence. La frontière sépare les droits purement patrimoniaux des droits qui supposent une appréciation personnelle du titulaire.

Sont exclus en pratique : la révocation d’une donation pour ingratitude, le droit moral d’auteur, la renonciation à une succession, le droit de demander un divorce. En droit des affaires, l’exclusion vise par exemple le droit de retrait d’un associé dans une société civile lorsqu’il suppose un choix personnel, ou la décision de continuer ou non un mandat social.

Les droits patrimoniaux ouverts à l’action oblique recouvrent en revanche le recouvrement de créances commerciales, l’exercice d’une action en garantie d’éviction, la demande d’exécution forcée d’un contrat, l’action en responsabilité contractuelle contre un cocontractant défaillant, l’action en partage. Art. 1341-1 C. civ.

05Les effets de l’action oblique : un résultat collectif sans privilège.+

L’action oblique ne crée aucun privilège au profit du créancier qui l’engage. Le résultat de l’action profite à l’ensemble des créanciers du débiteur. Les sommes recouvrées entrent dans le patrimoine du débiteur, où elles deviennent le gage commun de tous ses créanciers conformément aux articles 2284 et 2285 du Code civil.

Le créancier qui a engagé la procédure ne récupère donc pas directement les sommes obtenues. Il devra ensuite agir en paiement sur ce patrimoine reconstitué, en concurrence avec les autres créanciers. Cette caractéristique distingue radicalement l’action oblique de l’action directe, qui profite exclusivement à son titulaire.

Cette absence de privilège conduit à arbitrer en amont : si plusieurs créanciers privilégiés sont susceptibles d’absorber le résultat, l’intérêt économique de l’oblique peut être faible. Le cabinet évalue cette équation avant d’engager l’action. Art. 2284 C. civ.Art. 2285 C. civ.

Une action utile uniquement si la carence est démontrée et si le résultat compense le risque collectif.

Notre méthode : qualification du titre de créance, démonstration de la carence, identification précise du droit patrimonial à exercer, évaluation du gain net après prise en compte du concours des autres créanciers.

Partie II

Mise en œuvre et articulation avec les autres recours.

01Applications concrètes en droit des affaires.+

L’action oblique trouve en droit des affaires des applications fréquentes mais souvent sous-exploitées. Le créancier d’une société qui constate l’inertie de celle-ci dans le recouvrement de ses propres factures peut agir contre les clients défaillants de la société débitrice. Le créancier d’un dirigeant peut exercer l’action en garantie d’éviction que ce dirigeant néglige.

Autre hypothèse pratique : le créancier qui exerce l’action en responsabilité contractuelle de son débiteur contre un fournisseur ayant manqué à ses obligations. Le créancier d’un bailleur peut également exercer l’action en paiement des loyers contre les locataires, lorsque le bailleur reste passif.

Dans tous les cas, le créancier doit documenter la passivité du débiteur : mises en demeure restées sans suite, absence de mesures de recouvrement, échéances dépassées. La carence ne se présume pas. Art. 1341-1 C. civ.

02Action oblique et action paulienne : deux logiques distinctes.+

L’action paulienne, prévue par l’article 1341-2 du Code civil, attaque les actes frauduleux conclus par le débiteur en fraude des droits du créancier. L’action oblique vise au contraire à pallier l’inertie du débiteur. La première sanctionne une démarche active du débiteur, la seconde sa passivité.

Code civil, article 1341-2 : « Le créancier peut aussi agir en son nom personnel pour faire déclarer inopposables à son égard les actes faits par son débiteur en fraude de ses droits, à charge d’établir, s’il s’agit d’un acte à titre onéreux, que le tiers cocontractant avait connaissance de la fraude. »

La chambre civile de la Cour de cassation a rappelé récemment le standard probatoire applicable à la paulienne. Cass. 3e civ., 26 juin 2025, n° 23-21.775 (publié au Bulletin) : « Le créancier qui exerce l’action paulienne doit justifier d’une créance certaine au moins en son principe à la date de l’acte argué de fraude ainsi, sous peine d’irrecevabilité, qu’au moment où le juge statue (Com., 24 mars 2021, pourvoi n° 19-20.033, publié). »

La paulienne tolère la créance principielle ; l’oblique exige plus, notamment la démonstration de la compromission. Pour approfondir le régime de la action paulienne (article 1341-2 du Code civil), le cabinet a consacré une page dédiée. Art. 1341-2 C. civ.Cass. 3e civ., 26 juin 2025, n° 23-21.775

03Action oblique et action directe : ne pas confondre les deux mécanismes.+

L’action directe, codifiée à l’article 1341 du Code civil depuis la réforme de 2016, autorise le créancier à agir en son nom personnel contre un débiteur de son débiteur, dans les cas prévus par la loi. Cette voie diffère substantiellement de l’action oblique.

Code civil, article 1341 : « Le créancier peut agir directement en paiement de sa créance contre un débiteur de son débiteur dans les cas et conditions prévus par la loi. »

L’action directe est ouverte par des textes spéciaux : sous-traitant contre maître de l’ouvrage (loi du 31 décembre 1975), victime contre l’assureur du responsable (article L. 124-3 du Code des assurances), bailleur contre le sous-locataire pour les loyers dus. Le créancier agit en son nom propre et récupère directement les sommes obtenues.

L’action oblique reste subsidiaire et n’exige aucun texte spécial : elle joue chaque fois qu’aucune action directe n’est ouverte et que les conditions de l’article 1341-1 sont remplies. Le choix entre les deux relève d’un arbitrage stratégique. Art. 1341 C. civ.

04La procédure : assignation, mise en cause du débiteur, juridiction compétente.+

L’action oblique s’engage par assignation devant la juridiction compétente pour connaître du droit exercé. Si le créancier exerce une action en recouvrement d’une créance commerciale, le tribunal de commerce sera saisi. S’il s’agit d’une action civile, le tribunal judiciaire est compétent.

La mise en cause du débiteur est nécessaire à l’opposabilité du jugement. Le débiteur doit être appelé à l’instance pour que la décision lui soit opposable et puisse profiter à son patrimoine. Sa défense reste possible : il peut contester la carence, soutenir que le droit est attaché à sa personne, ou démontrer qu’aucune compromission n’est caractérisée.

Le créancier doit produire dans ses conclusions : le titre de créance, la preuve de la carence, la démonstration de la compromission, et la qualification du droit patrimonial à exercer. L’argumentation se construit autour de chacune de ces étapes. Art. 1341-1 C. civ.

05Les risques et limites à anticiper avant d’engager.+

L’action oblique présente plusieurs risques économiques et procéduraux. L’irrecevabilité menace si l’une des conditions cumulatives manque : créance non liquide, carence non démontrée, droit attaché à la personne, absence de compromission. La chambre commerciale ne pardonne pas l’imprécision de la démonstration.

Le créancier supporte les frais de procédure et les avances d’honoraires d’avocat sans garantie de récupération exclusive. Le profit collectif aux autres créanciers peut diluer le résultat. Si plusieurs créanciers privilégiés sont susceptibles d’absorber les sommes recouvrées, l’intérêt économique devient marginal.

Enfin, l’action oblique reste exposée aux exceptions que le sous-débiteur pouvait opposer au débiteur lui-même : prescription, compensation, exception d’inexécution, nullité. Toutes ces exceptions sont opposables au créancier qui agit obliquement. L’analyse préalable du dossier vise précisément à anticiper ces risques. Art. 1341-1 C. civ.

FAQ

Questions fréquentes.

Mon débiteur refuse d’agir contre son propre débiteur, puis-je agir à sa place ?+

Oui, sous trois conditions cumulatives. Vous devez justifier d’une créance certaine, liquide et exigible. Vous devez démontrer la carence effective de votre débiteur. Vous devez établir que cette carence compromet vos droits de créancier (Cass. com., 21 septembre 2022, n° 20-17.089). Le droit exercé doit être patrimonial et non exclusivement attaché à la personne du débiteur.

Quelle différence entre action oblique et action paulienne ?+

L’action oblique (article 1341-1) sanctionne la passivité du débiteur. Vous exercez à sa place un droit qu’il néglige. L’action paulienne (article 1341-2) sanctionne au contraire une démarche active : un acte conclu en fraude de vos droits, que vous demandez de faire déclarer inopposable. La paulienne tolère une créance principielle ; l’oblique exige une créance liquide et la démonstration de la compromission.

L’action oblique me garantit-elle d’être payé en premier ?+

Non. Le résultat de l’action oblique entre dans le patrimoine de votre débiteur, où il devient le gage commun de tous ses créanciers (articles 2284 et 2285 du Code civil). Vous ne bénéficiez d’aucun privilège lié à l’engagement de l’action. Il faut ensuite agir en paiement, en concurrence avec les autres créanciers, dont certains peuvent être privilégiés et passer avant vous.

Faut-il mettre mon débiteur dans la cause ?+

Oui. La mise en cause du débiteur est nécessaire à l’opposabilité du jugement à son égard. Sans cela, la décision ne pourrait pas profiter à son patrimoine et resterait sans effet pratique. Votre débiteur conserve sa propre défense : il peut contester la carence, l’existence du droit exercé, ou la qualification de droit patrimonial non exclusivement attaché à sa personne.

Quel tribunal saisir ?+

La juridiction compétente est celle qui aurait été saisie par le débiteur lui-même pour exercer le droit en cause. Pour une créance commerciale entre commerçants, le tribunal de commerce. Pour une créance civile, le tribunal judiciaire. La compétence territoriale suit les règles de droit commun : tribunal du domicile du défendeur, lieu d’exécution de l’obligation, ou tribunal désigné par une clause attributive valable.

Le sous-débiteur peut-il m’opposer les défenses qu’il aurait soulevées contre mon débiteur ?+

Oui. L’action oblique vous met dans la situation juridique du débiteur. Le sous-débiteur peut donc vous opposer toutes les exceptions qu’il aurait pu opposer au débiteur lui-même : prescription, compensation, exception d’inexécution, nullité du contrat, paiement déjà effectué. Cette transparence des exceptions distingue l’oblique de l’action directe, où certaines exceptions ne sont pas opposables.

Envoyez vos pièces. Recevez une stratégie.

Transmettez les pièces de votre dossier au cabinet. Maître Reda KOHEN vous répond personnellement sous 24 heures avec une première analyse stratégique sur la recevabilité de l’action oblique et le recours adapté.

Première analyse : 80 € TTC
Réponse personnelle sous 24 h
100 % confidentiel
Jusqu’à 1 Go de pièces

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».