La planète crypto s’est réveillée vendredi 30 octobre 2026 sous le choc d’un piratage d’une ampleur inédite : Binance, la première plateforme mondiale d’échange de cryptoactifs, a été victime d’une attaque portant sur quelque 6,3 milliards de dollars, soit plus de quatre fois le montant dérobé à sa concurrente Bybit en février 2025. Selon le même journal, les retraits et les dépôts des 335 millions d’utilisateurs de la plateforme, suspendus jeudi soir, ont progressivement repris dimanche. Sur le mode opératoire, l’entreprise, basée aux Emirats arabes unis, a rendu publics mardi 3 novembre des détails sur ce qu’elle qualifie de « campagne sophistiquée » : un ingénieur démarché par une fausse entreprise sur une plateforme d’emploi, un logiciel malveillant téléchargé lors d’un faux test de recrutement, puis des virements frauduleux. De son côté, la police fédérale américaine (FBI) a formellement accusé, samedi, la Corée du Nord du vol record, affirmant avoir identifié le groupe de pirates nord-coréens connu sous le nom de TraderTraitor, déjà soupçonné du piratage de Bybit. Cette attribution reste discutée : Pyongyang a dénoncé, par la voix de Kim Yo-jong dans un communiqué relayé par l’agence KCNA, une « grave provocation politique » et une « rhétorique absurde ».
À la date de rédaction du présent article, aucune décision de justice ne s’est prononcée sur ce dossier, aucune responsabilité n’est établie, les contrats et les conditions générales d’utilisation acceptés par chaque client priment sur toute analyse générale, et seul le juge décidera des qualifications et des réparations éventuelles. Les développements qui suivent décrivent les démarches et les règles applicables à tout investisseur français confronté au vol de ses cryptoactifs sur une plateforme, quelle qu’elle soit. Il faut aussi dire ce qui, selon les sources disponibles, joue en faveur de la plateforme visée : les retraits et les dépôts ont progressivement repris dès dimanche selon Les Echos, et l’entreprise a rendu publics des détails sur l’attaque selon Le Monde, ce qui témoigne d’une communication sur les faits plutôt que d’un silence.
I. Ce que le piratage change concrètement pour vos fonds et comment réagir dans les premières heures
Lorsqu’une plateforme d’échange suspend les retraits après une cyberattaque, l’investisseur se retrouve avec des avoirs visibles mais indisponibles, puis avec une reprise partielle, actif par actif. C’est exactement la situation décrite par la presse dans le dossier Binance : suspension générale, puis reprise limitée à quinze cryptoactifs dans un premier temps, pendant que la plateforme déclare reconstituer les stocks avec ses fonds propres. Pour un client français, la question n’est pas seulement de savoir quand les retraits reviendront, mais de savoir quels droits il détient pendant la période de blocage, quelles preuves il doit réunir et quels signalements il doit effectuer. Les deux sous-parties qui suivent répondent à ces deux préoccupations pratiques : d’abord la mise à l’abri des preuves et des avoirs restants, ensuite les signalements qui ouvrent des recours.
A. Comment sécuriser vos avoirs restants et réunir les preuves du vol de vos cryptomonnaies ?
La première urgence consiste à photographier l’état exact de votre compte : soldes par actif, historique des ordres et des retraits, messages de la plateforme annonçant la suspension puis la reprise, relevés des opérations des jours qui précèdent l’attaque. Exportez ces documents au format PDF, conservez les courriels et les notifications, et notez les heures précises auxquelles vous avez constaté l’impossibilité de retirer. Ces éléments serviront ensuite à établir le montant de votre préjudice et la chronologie des faits, que vous agissiez au pénal par une plainte ou au civil par une mise en demeure puis une assignation.
La deuxième urgence porte sur les adresses et les transactions. Si vous avez retiré par le passé des fonds vers un portefeuille personnel, conservez les adresses publiques concernées et les identifiants de transaction, appelés hash, visibles sur les explorateurs de chaîne comme Etherscan pour l’ether et les jetons associés. Ces identifiants permettent de suivre publiquement les mouvements de fonds et seront précieux pour les enquêteurs comme pour un éventuel séquestre judiciaire. Ne déplacez pas vos avoirs dans la précipitation vers des adresses inconnues proposées par des tiers qui vous contacteraient spontanément : après chaque piratage de plateforme, de faux services de récupération démarchent les victimes et leur soutirent de nouveaux fonds. Toute proposition reçue sur un réseau social ou une messagerie doit être regardée comme suspecte par principe.
La troisième urgence concerne vos accès. Changez les mots de passe de votre compte sur la plateforme et de l’adresse électronique associée, vérifiez les autorisations d’API que vous auriez accordées à des robots de trading, et révoquez celles qui ne sont plus nécessaires. Si des euros ont transité par un virement SEPA entre votre banque et la plateforme, relevez ces virements sur vos relevés bancaires : ils constituent la trace en monnaie classique de votre investissement et pourront fonder un signalement auprès de votre banque. Conservez enfin les conditions générales d’utilisation dans leur version applicable à la date des faits, car elles fixent les obligations de conservation, de sécurité et de remboursement que la plateforme s’est engagée à respecter, ainsi que les clauses de compétence et de droit applicable qu’il faudra analyser avant toute action.
Cette discipline de preuve répond à une exigence constante du contentieux financier : sans écrit, sans date et sans montant précis, aucune demande de restitution ni aucune plainte ne prospère. Les captures datées, les exports de la plateforme, les relevés bancaires et les identifiants de transaction forment le dossier de base que tout avocat, tout enquêteur et tout juge vous demandera. Constituez-le dès maintenant, avant que la reprise progressive des retraits ne rende la relecture des événements plus confuse.
Le droit pénal français qualifie le vol avec une formule simple : « Le vol est la soustraction frauduleuse de la chose d’autrui. » Depuis plusieurs années, les juridictions appliquent cette définition aux actifs numériques détenus pour le compte des clients, et le détournement de cryptomonnaies par un tiers non autorisé peut donc être dénoncé comme un vol, sans préjudice d’autres qualifications. Lorsque l’attaque a visé les systèmes informatiques eux-mêmes, une seconde incrimination entre en jeu : « Le fait d’accéder ou de se maintenir, frauduleusement, dans tout ou partie d’un système de traitement automatisé de données est puni de trois ans d’emprisonnement et de 100 000 € d’amende. » Et lorsque les fonds volés sont ensuite déplacés et convertis pour en effacer la trace, la qualification de blanchiment peut être envisagée, puisque « Constitue également un blanchiment le fait d’apporter un concours à une opération de placement, de dissimulation ou de conversion du produit direct ou indirect d’un crime ou d’un délit. », infraction punie de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende. Ces qualifications sont celles que le parquet et le juge d’instruction retiendront ou écarteront au vu de l’enquête ; elles montrent toutefois que le vol de cryptomonnaies n’est pas un vide juridique, mais un fait susceptible de poursuites pénales en France dès lors qu’une victime française est identifiée.
B. Quels signalements effectuer : plateforme, police, banque et autorités financières ?
Le premier signalement s’adresse à la plateforme elle-même, par son canal officiel de réclamation : déclarez par écrit l’indisponibilité de vos fonds, joignez vos relevés et demandez une réponse écrite précisant le sort de vos avoirs et le calendrier de reprise des retraits pour les actifs que vous détenez. Ce courrier crée une trace et fait courir les délais contractuels de traitement des réclamations prévus par les conditions générales. Conservez-en une copie ainsi que la réponse, même automatique.
Le deuxième signalement est policier. Déposez plainte dans un commissariat ou une gendarmerie, ou par la pré-plainte en ligne suivie d’un dépôt, en visant les faits de vol et d’accès frauduleux à un système de traitement automatisé de données. Apportez votre dossier de preuves : soldes, historiques, identifiants de transaction, correspondances avec la plateforme. Si vous avez reçu des messages frauduleux dits de récupération, signalez-les également sur la plateforme gouvernementale de signalement des contenus illicites de l’internet. La plainte n’est pas seulement symbolique : elle permet l’ouverture d’une enquête, la réquisition des données de la plateforme et, le cas échéant, la saisie des avoirs numériques identifiés avant leur dissipation.
Le troisième signalement concerne votre banque lorsque des euros sont en jeu. Si vous avez alimenté votre compte par virement ou par carte, informez votre banque par écrit des opérations contestées et demandez le rappel des fonds quand il est encore possible. Le droit des opérations de paiement protège le payeur : « En cas d’opération de paiement non autorisée signalée par l’utilisateur […], le prestataire de services de paiement du payeur rembourse au payeur le montant de l’opération non autorisée immédiatement après avoir pris connaissance de l’opération ou après en avoir été informé, et en tout état de cause au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant », sauf soupçon écrit de fraude de l’utilisateur transmis à la Banque de France. Cette règle vise les prestataires de services de paiement en euros et ne s’applique pas telle quelle aux mouvements internes de cryptoactifs sur une plateforme d’échange ; elle reste utile pour la partie en euros de votre parcours d’investissement, par exemple un virement détourné par hameçonnage vers un faux site de la plateforme. Dans le même esprit, la loi plafonne en principe à 50 € les pertes supportées avant opposition en cas de perte ou de vol de l’instrument de paiement, et « La responsabilité du payeur n’est pas engagée si l’opération de paiement non autorisée a été effectuée en détournant, à l’insu du payeur, l’instrument de paiement ou les données qui lui sont liées. » Vérifiez donc systématiquement s’il existe une jambe en euros dans votre préjudice, car elle obéit à un régime protecteur distinct de celui des cryptoactifs.
Le quatrième signalement s’adresse aux autorités financières. En France, l’Autorité des marchés financiers tient à jour les listes des prestataires enregistrés ou agréés et publie des mises en garde contre les acteurs non autorisés ; signalez-y les faits et vérifiez le statut de l’intermédiaire concerné. Au niveau européen, le règlement sur les marchés de crypto-actifs, dit MiCA, encadre désormais les prestataires de services sur crypto-actifs ; vérifiez le statut de l’intermédiaire concerné sur le site de l’Autorité des marchés financiers (amf-france.org), qui publie les listes des acteurs enregistrés et ses mises en garde. Ces démarches ne remplacent ni la plainte ni l’action civile, mais elles alimentent la surveillance du secteur et peuvent soutenir votre dossier en cas de contentieux sur les obligations d’information, de sécurité et de conservation des fonds des clients. Pour un panorama des démarches transversales après une escroquerie en ligne, avec les réflexes de preuve et de signalement qui valent aussi pour les faux conseillers en investissement, vous pouvez lire notre analyse des recours du vendeur face à un paiement annulé après la remise du bien, dont la méthode de constitution du dossier s’applique à toute fraude numérique.
II. Sur quels fondements juridiques agir en France et devant quel juge ?
Une fois les preuves réunies et les signalements effectués, l’investisseur français doit choisir ses armes juridiques. Le dossier Binance illustre la complexité : une plateforme fondée à l’étranger, des clients dans le monde entier, des fonds convertis et déplacés sur plusieurs chaînes, une attribution étatique contestée. Le droit français offre pourtant des prises solides, à condition de distinguer les responsabilités : celle des auteurs du vol, qui relèvent du procès pénal, et celle de la plateforme qui conservait vos fonds, qui relève du contrat et des obligations professionnelles. Les deux sous-parties qui suivent exposent d’abord la voie pénale, avec ses délais et ses actes, puis la voie civile et financière, avec le choix du tribunal et les demandes envisageables.
A. Comment porter plainte pour vol de cryptomonnaies et agir au pénal : délais, constitution de partie civile et répression du blanchiment ?
La voie pénale commence par la plainte simple, déposée comme indiqué plus haut, et peut se prolonger par une plainte avec constitution de partie civile devant le juge d’instruction. La loi ouvre cette voie largement : « Toute personne qui se prétend lésée par un crime ou un délit peut en portant plainte se constituer partie civile devant le juge d’instruction compétent », à condition de justifier soit d’un refus de poursuites du procureur, soit de l’écoulement d’un délai de trois mois depuis la plainte initiale. La constitution de partie civile permet de demander au juge la réparation de votre préjudice dans le cadre du procès pénal et de participer activement à l’instruction, notamment en sollicitant des actes comme l’identification des flux et la saisie des avoirs.
Le temps joue en votre faveur si vous agissez vite, mais sans précipitation aveugle : « L’action publique des délits se prescrit par six années révolues à compter du jour où l’infraction a été commise. » Le vol, l’escroquerie et le blanchiment étant des délits, ce délai de six ans s’applique à l’action publique les concernant, sauf règles particulières de point de départ que seul l’examen du dossier permet de fixer. Concrètement, une victime du piratage d’octobre 2026 dispose donc d’un horizon de plusieurs années pour voir l’enquête aboutir, mais les mesures utiles comme le gel et la saisie des fonds doivent être demandées au plus tôt, avant la dissipation des actifs sur des chaînes anonymisées. Signalez chaque nouveau mouvement suspect que vous observez sur les explorateurs de chaîne : l’instruction s’enrichit de ces informations en continu.
Sur le fond de la répression, la jurisprudence récente de la Cour de cassation éclaire deux points utiles à votre dossier. D’abord, s’agissant des intrusions informatiques, la chambre criminelle juge que « se rend coupable de l’infraction prévue par l’article 323-1 du code pénal celui qui se maintient dans un système de traitement automatisé de données en prenant connaissance du contenu des messages échangés au sein du réseau, à des fins étrangères à sa mission et à l’insu des titulaires des messages, même si, administrateur du réseau, il bénéficie, de par ses fonctions, d’un droit général d’accès à la messagerie » (Cass. crim., 2 septembre 2025, n° 24-83.605). Ensuite, s’agissant des dispositifs d’espionnage, la Cour a confirmé une condamnation dans une affaire où un keylogger, dispositif permettant d’espionner la frappe du clavier et de récupérer tous les caractères tapés, avait été installé sur les ordinateurs de deux praticiens hospitaliers titulaires, et a rejeté le pourvoi du condamné (Cass. crim., 16 janvier 2018, n° 16-87.168). Ces décisions montrent que les juges français sanctionnent effectivement les atteintes aux systèmes et aux données, y compris lorsque l’auteur disposait d’un accès initial légitime.
Enfin, la dimension financière de l’affaire renvoie au blanchiment. La Cour de cassation a précisé les frontières de cette infraction pour les intermédiaires financiers : « c’est à tort qu’elle a considéré que le seul manquement de la banque aux obligations de vigilance, imposées par les articles L. 561-5 à L. 561-10-2 du code monétaire et financier, constitue un concours apporté à une opération de blanchiment du produit des infractions commises par son client », tout en ajoutant que « la mise à disposition d’un compte bancaire dans l’un de ses établissements et l’exécution d’ordres de virement des sommes y figurant vers des comptes à l’étranger, tels que constatés par l’arrêt, sont susceptibles de caractériser la participation de la banque à des opérations de blanchiment » (Cass. crim., 19 juin 2024, n° 22-81.808, publié au Bulletin). Pour votre dossier, l’enseignement est double : les obligations de vigilance existent et sont sanctionnées, avec notamment l’obligation d’identifier le client et le bénéficiaire effectif, puisque « Avant d’entrer en relation d’affaires avec leur client […], les personnes mentionnées à l’article L. 561-2 : 1° Identifient leur client et, le cas échéant, le bénéficiaire effectif […]; 2° Vérifient ces éléments d’identification sur présentation de tout document écrit à caractère probant » ; mais la mise en cause d’un intermédiaire suppose des faits précis de participation, pas un simple manquement abstrait. Si des fonds issus du piratage transitent par des comptes en France, ces textes fondent les réquisitions et les saisies que l’instruction ordonnera.
Ajoutons que l’escroquerie guette les victimes une seconde fois : les faux conseillers qui proposent de récupérer vos fonds moyennant une avance commettent eux-mêmes une escroquerie, définie comme « le fait, soit par l’usage d’un faux nom ou d’une fausse qualité, soit par l’abus d’une qualité vraie, soit par l’emploi de manoeuvres frauduleuses, de tromper une personne physique ou morale et de la déterminer ainsi, à son préjudice ou au préjudice d’un tiers, à remettre des fonds, des valeurs ou un bien quelconque », punie de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende. Ne versez jamais d’avance à un inconnu pour récupérer vos cryptos : aucun intermédiaire sérieux ne procède ainsi.
B. Quels recours civils contre la plateforme : contrat, restitution, juge compétent et demandes envisageables ?
Parallèlement à la plainte, la voie civile vise la plateforme qui détenait vos fonds. Le terrain naturel est contractuel : en ouvrant un compte, vous avez accepté des conditions générales qui décrivent les services de conservation et d’exécution, les mesures de sécurité et les cas de suspension des retraits. Si la plateforme a manqué à ses engagements de sécurité ou tardé à restituer des avoirs disponibles, sa responsabilité contractuelle peut être recherchée. Le principe est posé par le code civil : « Le débiteur est condamné, s’il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l’inexécution de l’obligation, soit à raison du retard dans l’exécution, s’il ne justifie pas que l’exécution a été empêchée par la force majeure. » La plateforme invoquera vraisemblablement la force majeure tirée de la cyberattaque ; il vous appartiendra de discuter cette défense au regard de ses propres obligations de sécurité, de ségrégation des fonds et de continuité, telles que ses documents contractuels et réglementaires les définissent. Les annonces mêmes de Binance, qui déclare reconstituer les stocks avec ses fonds propres, pourront être versées au débat pour apprécier la reconnaissance du principe de restitution.
La demande centrale reste la restitution : rendez-moi mes actifs ou leur contre-valeur. Formulez-la d’abord par une mise en demeure détaillée, actif par actif, quantité par quantité, valorisée en euros au jour de la demande et au jour du vol à titre subsidiaire, avec application des intérêts légaux. Si la plateforme exécute partiellement, comme avec la reprise progressive décrite par la presse, actualisez votre décompte et réservez vos droits pour le solde. En cas d’urgence, par exemple pour empêcher la dissipation d’actifs identifiés ou obtenir une mesure provisoire, le juge des référés peut être saisi ; au fond, l’assignation chiffrera le préjudice : valeur des actifs non restitués, frais exposés, et, le cas échéant, perte de chance dûment caractérisée. Chaque chef de préjudice doit être prouvé par une pièce : c’est là que votre dossier de captures, d’exports et de relevés, constitué dès les premières heures, prend toute sa valeur.
Reste la question du juge compétent face à une société établie hors de France. Les conditions générales contiennent souvent une clause attributive de juridiction ou de droit applicable qu’il faut lire avec attention, car elle peut imposer un for étranger ou un arbitrage. Mais le consommateur français n’est pas désarmé : en matière délictuelle, « Le demandeur peut saisir à son choix, outre la juridiction du lieu où demeure le défendeur : […] en matière délictuelle, la juridiction du lieu du fait dommageable ou celle dans le ressort de laquelle le dommage a été subi ». Un investisseur qui a souscrit, alimenté et subi la perte depuis la France peut donc soutenir la compétence du tribunal judiciaire de son domicile sur le fondement délictuel, sans préjudice des règles européennes protectrices du consommateur qui s’appliquent lorsque le professionnel dirige son activité vers la France. Faites vérifier la clause de juridiction de vos conditions générales avant d’assigner : une clause abusive ou inapplicable au litige peut être écartée, mais une clause valable doit être respectée.
Enfin, pensez aux actions collectives et aux voies alternatives. Si des milliers de clients français sont concernés, une action de groupe ou une coordination des plaintes et des assignations renforce la position de chacun et mutualise les coûts d’expertise technique sur la trace des fonds. La médiation prévue par les conditions générales ou par le droit de la consommation peut offrir une issue plus rapide pour les petits soldes, sans renoncer au juge en cas d’échec. Et si votre préjudice comporte une jambe en euros, mobilisez le régime protecteur des opérations de paiement non autorisées rappelé plus haut : le remboursement par votre prestataire de services de paiement en euros obéit à des délais courts et à un plafond de franchise de 50 euros, ce qui en fait souvent la récupération la plus rapide du dossier.
Conclusion
Le piratage subi par Binance, tel que la plateforme elle-même et le FBI le décrivent, rappelle une règle simple : vos cryptomonnaies déposées sur une plateforme d’échange restent exposées au risque informatique de cette plateforme, et votre meilleure protection est un dossier de preuves constitué dès les premières heures, suivi de signalements complets et d’une stratégie juridique qui distingue la poursuite pénale des auteurs de l’action civile contre le conservateur de vos fonds. À ce jour, aucune juridiction ne s’est prononcée sur les responsabilités dans ce dossier, l’attribution des faits à un groupe étatique reste contestée, et les conditions générales de chaque client primeront sur toute analyse générale : seul le juge tranchera. Dans cet horizon incertain, les gestes qui comptent sont ceux que vous pouvez accomplir immédiatement : figer les preuves, déclarer les faits à la plateforme, déposer plainte, alerter votre banque pour la partie en euros, vérifier le statut réglementaire de l’intermédiaire et faire examiner vos conditions générales pour choisir le bon juge et les bonnes demandes.