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Liquidation judiciaire et salarié en CDI : AGS, relevé des créances et contestation devant les prud’hommes

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Maître Reda KOHEN
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Liquidation judiciaire et salarié en CDI : AGS, relevé des créances et contestation devant les prud’hommes

La requête « liquidation judiciaire » fait partie des tendances Google France actives ce 22 octobre 2026, avec une progression mesurée à +800 % depuis le milieu de matinée. Les saisies réellement proposées par Google autour de ce groupe le montrent : « liquidation judiciaire salarié », « liquidation judiciaire salarié cdi » et « liquidation judiciaire simplifiée » reviennent en tête des suggestions, devant les noms de villes. La presse du jour explique ce regain d’attention : selon Le Télégramme daté du 22 octobre 2026, douze nouvelles entreprises ont été placées en liquidation judiciaire en Ille-et-Vilaine, tandis qu’Actu.fr raconte, le même jour, comment un tiers-lieu de l’Eure placé en liquidation judiciaire a récupéré 17 000 euros grâce à la vente aux enchères de son mobilier organisée le 16 octobre. Autrement dit, derrière la courbe de recherche, il y a des salariés qui apprennent la liquidation de leur employeur et qui se demandent, très concrètement, ce que devient leur contrat, qui paiera leurs salaires et comment vérifier que le compte y est. Les développements qui suivent répondent à ces questions pour tout salarié en contrat à durée indéterminée dont l’employeur est placé en liquidation judiciaire : licenciement notifié par le liquidateur, avance de l’AGS, relevé des créances salariales et contestation devant le conseil de prud’hommes.

I. Que devient votre contrat de travail quand la liquidation judiciaire est prononcée

A. Le liquidateur peut vous licencier, mais votre contrat n’est pas rompu de plein droit

Le jugement qui ouvre la liquidation judiciaire ne rompt pas automatiquement les contrats de travail en cours. Le liquidateur désigné par le tribunal administre l’entreprise et, dans les conditions prévues à l’article L. 631-17 du code de commerce, il peut procéder aux licenciements, comme le prévoit l’article L. 641-10 du code de commerce. Concrètement, si une cession totale ou partielle de l’entreprise est envisageable, ou si le maintien de l’activité est autorisé par le tribunal, les salariés peuvent être repris ou conservés le temps de la poursuite d’activité ; à défaut, le liquidateur notifie les licenciements pour motif économique. Cette première distinction commande tout le reste : vos droits, et surtout la prise en charge de vos créances par l’assurance de garantie des salaires, dépendent de la date à laquelle la rupture intervient par rapport au jugement de liquidation.

La procédure de licenciement reste encadrée même dans ce contexte. L’article L. 641-4 du code de commerce dispose que les licenciements auxquels procède le liquidateur sont soumis aux dispositions de l’article L. 1233-58 du code du travail : le liquidateur met en œuvre un plan de licenciement et réunit et consulte le comité social et économique. Le texte ajoute une borne précise : « L’avis du comité social et économique est rendu au plus tard dans les douze jours de la décision prononçant la liquidation, ou, si le maintien provisoire de l’activité a été autorisé par le tribunal, dans les douze jours suivant le terme de cette autorisation. » Vérifiez donc que cette consultation a bien eu lieu : son absence constitue une irrégularité de procédure que vous pourrez invoquer devant le conseil de prud’hommes, même si elle ne suffit pas, à elle seule, à faire échec à la liquidation.

Le point le plus sensible pour un salarié en CDI concerne le calendrier. L’article L. 3253-8 du code du travail couvre les créances résultant de la rupture des contrats de travail intervenant « Dans les quinze jours, ou vingt et un jours lorsqu’un plan de sauvegarde de l’emploi est élaboré, suivant le jugement de liquidation ». Un licenciement notifié après ce délai de quinze jours sort du champ de la garantie pour les indemnités de rupture. La cour d’appel de Paris l’a jugé le 19 mai 2026 (pôle 6, chambre 5, RG 22/08958) dans un dossier où la liquidation avait été prononcée le 28 janvier 2021 et le licenciement notifié le 19 mars 2021 : la rupture étant intervenue plus de quinze jours après la liquidation, les créances résultant de la rupture, à savoir l’indemnité de licenciement et l’indemnité de congés payés, ont été déclarées inopposables à l’AGS. Retenez la méthode : comparez toujours la date du jugement de liquidation, que vous trouverez sur le jugement lui-même ou au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales, avec la date de notification de votre licenciement. Si la rupture intervient dans les quinze jours, vos indemnités de rupture entrent dans la garantie ; au-delà, l’AGS les déclare inopposables, et c’est au passif de la procédure qu’il faudra les faire fixer, avec des chances de recouvrement bien plus faibles.

Le liquidateur peut aussi vous proposer un contrat de sécurisation professionnelle. Le même article L. 3253-8 couvre, au 3°, « Les créances résultant de la rupture du contrat de travail des salariés auxquels a été proposé le contrat de sécurisation professionnelle, sous réserve que l’administrateur, l’employeur ou le liquidateur, selon le cas, ait proposé ce contrat aux intéressés au cours de l’une des périodes indiquées au 2° ». Dans l’affaire parisienne citée plus haut, la rupture était intervenue par la notification d’une lettre de licenciement puis par l’acceptation du contrat de sécurisation professionnelle, et la cour a retenu la date de la rupture effective pour apprécier le délai. Si vous acceptez ce contrat, conservez la preuve de la date de proposition et de votre réponse : c’est elle qui détermine la période de garantie applicable.

À Paris et en Île-de-France, où siègent de nombreuses sociétés placées sous la compétence du tribunal des activités économiques de Paris, ces licenciements collectifs suivent le même régime national, mais le contentieux se concentre devant le conseil de prud’hommes de Paris et la cour d’appel de Paris, dont la jurisprudence récente, comme l’arrêt du 19 mai 2026, trace une ligne stricte sur les délais. Si votre employeur employait au moins cinquante salariés et envisageait de licencier au moins dix d’entre eux, un plan de sauvegarde de l’emploi pouvait porter le délai de garantie à vingt et un jours au lieu de quinze : vérifiez ce point avec le représentant des salariés, car il change directement l’assiette de ce que l’AGS accepte de prendre en charge.

B. L’AGS avance vos salaires et vos indemnités, dans la limite de plafonds

Face à un employeur qui ne peut plus payer, c’est l’assurance contre le risque de non-paiement des salaires qui prend le relais. L’article L. 3253-6 du code du travail l’impose en ces termes : « Tout employeur de droit privé assure ses salariés, y compris ceux détachés à l’étranger ou expatriés » contre le risque de non-paiement des sommes qui leur sont dues en exécution du contrat de travail, en cas de procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire. Ce régime, géré par l’AGS et ses centres de gestion (CGEA), avance les sommes puis se rembourse sur la procédure. Pour vous, salarié, l’interlocuteur pratique reste le mandataire ou le liquidateur judiciaire, qui établit les relevés et demande l’avance ; vous n’avez pas à « déclarer » vos créances salariales comme le font les autres créanciers, comme on le verra dans la seconde partie.

Le périmètre de l’avance comprend d’abord « Les sommes dues aux salariés à la date du jugement d’ouverture de toute procédure de redressement ou de liquidation judiciaire, ainsi que les contributions dues par l’employeur dans le cadre du contrat de sécurisation professionnelle », selon le 1° de l’article L. 3253-8 du code du travail. Salaires impayés, heures supplémentaires, primes et indemnités de congés payés acquis à cette date entrent donc dans la garantie, quelle que soit la date ultérieure de votre licenciement. En revanche, les rappels de salaire afférents à une période postérieure au jugement peuvent être exclus : dans l’arrêt parisien du 19 mai 2026, la cour a confirmé que les créances de salaires afférentes à la période postérieure à la liquidation n’étaient pas garanties, et a débouté la salariée de ce chef. Faites établir par écrit le décompte exact des sommes dues au jour du jugement, bulletin par bulletin, car c’est cette photographie qui conditionne l’avance.

La garantie est plafonnée. L’article L. 3253-17 du code du travail prévoit que « La garantie des institutions de garantie mentionnées à l’article L. 3253-14 est limitée, toutes sommes et créances avancées confondues, à un ou des montants déterminés par décret, en référence au plafond mensuel retenu pour le calcul des contributions du régime d’assurance chômage ». Ces montants dépendent de votre ancienneté dans l’entreprise : plus elle est grande, plus le plafond est élevé. Demandez au mandataire judiciaire quel plafond s’applique à votre dossier, et comparez-le au total de vos créances : au-delà du plafond, le reliquat reste une créance à faire fixer au passif, sans avance de l’AGS. Dans l’arrêt du 19 mai 2026, la cour a ainsi jugé que l’AGS n’avait d’avances à faire que dans les termes et conditions des articles L. 3253-15 à L. 3253-21 du code du travail, au plafond dit numéro 6.

Certaines sommes sont exclues par nature. L’article L. 3253-13 du code du travail écarte de la garantie « L’assurance prévue à l’article L. 3253-6 ne couvre pas les sommes qui concourent à l’indemnisation du préjudice causé par la rupture du contrat de travail dans le cadre d’un licenciement pour motif économique », notamment lorsque l’accord d’entreprise ou la décision unilatérale de l’employeur a été conclu et déposé ou notifié moins de dix-huit mois avant la date du jugement d’ouverture.. Autrement dit, les indemnités supra-légales négociées dans les dix-huit mois qui précèdent l’ouverture ne sont pas avancées par l’AGS. La même jurisprudence parisienne rappelle que la garantie ne couvre pas les demandes fondées sur l’article 700 du code de procédure civile, c’est-à-dire les frais d’avocat, et que l’AGS n’a pas à procéder à la remise de documents comme l’attestation destinée à France Travail ou le certificat de travail : ces remises incombent au liquidateur, et leur absence se répare par une injonction ou des dommages-intérêts dirigés contre la procédure, pas contre l’AGS.

En pratique, exigez trois pièces : le jugement de liquidation avec sa date, votre lettre de licenciement avec sa date de notification, et le relevé de vos créances visé par le juge-commissaire. Si les indemnités de rupture ont été exclues de la garantie parce que votre licenciement est intervenu plus de quinze jours après le jugement, faites néanmoins fixer l’intégralité de vos créances au passif : la fixation vaut titre, et elle pourra être payée, même partiellement, si la réalisation de l’actif, par exemple une vente aux enchères du matériel comme celle qui a rapporté 17 000 euros au tiers-lieu de l’Eure cité par Actu.fr le 22 octobre 2026, dégage des fonds après désintéressement des créanciers prioritaires.

II. Faire inscrire vos créances sur le relevé puis contester s’il manque des sommes

A. Le mandataire établit le relevé des créances salariales, sans déclaration de votre part

Bonne nouvelle d’abord : contrairement aux fournisseurs et aux autres créanciers, vous n’avez pas à déclarer vos créances. L’article L. 622-24 du code de commerce dispose que « A partir de la publication du jugement, tous les créanciers dont la créance est née antérieurement au jugement d’ouverture, à l’exception des salariés, adressent la déclaration de leurs créances au mandataire judiciaire dans des délais fixés par décret en Conseil d’Etat. » Les salariés sont donc dispensés de cette déclaration, et c’est le mandataire judiciaire qui, après vérification, établit les relevés des créances résultant des contrats de travail. Pour mémoire, les autres créanciers, eux, doivent déclarer dans le délai fixé par l’article R. 622-24 du code de commerce : « Le délai de déclaration fixé en application de l’article L. 622-26 est de deux mois à compter de la publication du jugement d’ouverture au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales. » Si un de vos proches est aussi créancier de l’entreprise à un autre titre, par exemple un prêt consenti à la société, prévenez-le : lui, en revanche, est soumis à ce délai de deux mois.

L’établissement du relevé associe un représentant des salariés. L’article L. 625-2 du code de commerce prévoit que « Les relevés des créances résultant des contrats de travail sont soumis pour vérification par le mandataire judiciaire au représentant des salariés mentionné à l’article L. 621-4. » Ce représentant, désigné parmi les salariés, reçoit du mandataire « tous documents et informations utiles » et peut, en cas de difficultés, s’adresser à l’administrateur puis saisir le juge-commissaire. Identifiez cette personne dès l’ouverture de la procédure : c’est votre premier point de contact pour signaler un salaire oublié, une prime manquante ou une erreur sur votre ancienneté, avant même toute contestation en justice. Le texte précise qu’il est tenu à une obligation de discrétion et que le temps passé à sa mission est payé comme temps de travail : vous pouvez donc lui transmettre vos bulletins et vos décomptes en confiance.

Vous recevrez ensuite une information individuelle du mandataire. L’article R. 625-3 du code de commerce dispose que « Le mandataire judiciaire informe par tout moyen chaque salarié de la nature et du montant des créances admises ou rejetées et lui indique la date du dépôt au greffe du relevé des créances. » Cette lettre est capitale : elle vous dit ce qui a été retenu pour vous et, surtout, elle fait courir les délais de contestation. Conservez l’enveloppe et notez la date de réception, car c’est à partir de la publicité du relevé, et non de cette lettre, que court le délai de recours, comme on le verra. Le même article précise que « La publicité mentionnée à l’article L. 625-1 est faite à la diligence du mandataire judiciaire par la publication, dans un support habilité à recevoir les annonces légales dans le département du siège », et que « Cette publication intervient au plus tard trois mois après l’expiration de la dernière période de garantie ». Demandez au greffe du tribunal ou au mandataire la date exacte de cette publication : tout votre calendrier contentieux en dépend.

Si votre créance a été omise, tout n’est pas perdu. Le même article R. 625-3 prévoit que « Le salarié dont la créance a été omise peut être relevé de la forclusion par le conseil de prud’hommes », dans le délai prévu par le troisième alinéa de l’article L. 622-26. Autrement dit, même après l’expiration du délai normal de contestation, le conseil de prud’hommes peut vous relever de la forclusion si vous justifiez n’avoir pas pu agir à temps, par exemple parce que vous n’aviez pas été informé. Constituez dès maintenant un dossier : contrat de travail, bulletins de salaire des douze derniers mois, lettre de licenciement, proposition de contrat de sécurisation professionnelle, lettre d’information du mandataire et preuve de sa date de réception. Ce dossier servira indifféremment pour une contestation dans les délais ou pour une demande de relevé de forclusion.

B. Contester le relevé devant les prud’hommes dans les deux mois de la publicité

Le recours contre le relevé obéit à un délai couperet. L’article L. 625-1 du code de commerce dispose que « Le salarié dont la créance ne figure pas en tout ou en partie sur un relevé peut saisir à peine de forclusion le conseil de prud’hommes dans un délai de deux mois à compter de l’accomplissement de la mesure de publicité mentionnée à l’alinéa précédent. » Passé ce délai de deux mois à compter de la publication de l’avis de dépôt au greffe, votre contestation est irrecevable, sauf relevé de forclusion. Notez bien le point de départ : ce n’est ni la date du jugement de liquidation, ni celle de votre licenciement, ni celle de la lettre d’information du mandataire, mais la publication de l’avis annonçant que l’ensemble des relevés est déposé au greffe. C’est cette date, à demander au greffe ou au mandataire, qu’il faut inscrire en rouge sur votre calendrier, en retranchant une marge de sécurité d’au moins une semaine pour préparer la saisine.

La Cour de cassation veille strictement à la qualité de l’information délivrée au salarié, et c’est une protection décisive. Le 22 mars 2023, la chambre sociale (pourvoi n° 21-14.604, arrêt n° 268 F-B) a cassé partiellement un arrêt qui avait déclaré forcloses les demandes d’un salarié en rappel de salaire et en rappel d’heures supplémentaires. Elle rappelle d’abord le principe : le salarié dont la créance ne figure pas, en tout ou en partie, sur un relevé des créances résultant du contrat de travail établi par le mandataire judiciaire peut saisir le conseil de prud’hommes, à peine de forclusion, dans les deux mois de la mesure de publicité de ce relevé. Elle précise ensuite le contenu exigé de l’information individuelle : celle-ci doit indiquer la saisine par requête de la formation de jugement du conseil de prud’hommes compétent, ainsi que la possibilité de se faire assister et représenter par le représentant des salariés. Et elle en tire la conséquence : en l’absence de ces mentions, ou lorsqu’elles sont erronées, le délai de forclusion ne court pas. Dans cette affaire, la lettre du mandataire se bornait à inviter le salarié à saisir le conseil de prud’hommes du ressort du siège de l’employeur dans un délai de deux mois, sans préciser la saisine par requête, la formation de jugement ni l’assistance du représentant des salariés : la forclusion n’avait donc pas couru. Relisez donc votre propre lettre d’information ligne par ligne : si elle omet la saisine par requête, la formation de jugement compétente ou la possibilité de vous faire assister par le représentant des salariés, conservez-la précieusement et faites valoir devant le conseil de prud’hommes que le délai de deux mois n’a pas couru à votre encontre.

La saisine elle-même suit des formes simples mais impératives. Vous devez saisir par requête la formation de jugement du conseil de prud’hommes compétent, en demandant la fixation de vos créances au passif de la procédure pour les sommes omises ou sous-évaluées : rappels de salaire, heures supplémentaires, primes, indemnité de congés payés, indemnité de licenciement. Mettez en cause le débiteur et, le cas échéant, l’administrateur, et demandez au représentant des salariés de vous assister ou de vous représenter, faculté que l’article L. 625-1 vous reconnaît expressément : « Il peut demander au représentant des salariés de l’assister ou de le représenter devant la juridiction prud’homale. » Joignez vos bulletins de salaire, votre contrat, vos décomptes et la lettre d’information du mandataire. Si votre employeur avait son siège à Paris, la saisine se fera devant le conseil de prud’hommes de Paris ; partout ailleurs, renseignez-vous auprès du greffe du tribunal qui a ouvert la procédure pour identifier la juridiction prud’homale du ressort. L’AGS, mise en cause, fera valoir les limites de sa garantie, notamment le plafond et le délai de quinze jours pour les indemnités de rupture : anticipez cette discussion en distinguant, dans votre requête, les sommes dues au jour du jugement, les indemnités de rupture selon leur date, et les sommes postérieures.

Deux erreurs reviennent constamment dans les dossiers et doivent être évitées. Premièrement, attendre la fin de la procédure pour agir : la fixation de vos créances doit intervenir pendant la procédure, car c’est elle qui permet l’avance de l’AGS et, à défaut de fonds, l’inscription au passif en vue d’une répartition. Deuxièmement, confondre la contestation du relevé avec une action en dommages-intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse : dans l’arrêt du 22 mars 2023, la cour d’appel avait jugé que l’indemnité de licenciement, soumise à la procédure de vérification des créances, restait enfermée dans le délai de forclusion de l’article L. 625-1 et ne pouvait être traitée comme une action en dommages-intérêts. Qualifiez donc chaque somme demandée, et saisissez le conseil de prud’hommes pour la fixation des créances salariales dans le délai de deux mois, sans attendre l’issue d’un éventuel débat sur le bien-fondé du licenciement lui-même.

Conclusion

Quand votre employeur est placé en liquidation judiciaire, quatre réflexes protègent vos droits. D’abord, comparez la date du jugement de liquidation avec celle de votre licenciement : les indemnités de rupture notifiées plus de quinze jours après le jugement, ou vingt et un jours si un plan de sauvegarde de l’emploi a été élaboré, sortent de la garantie de l’AGS, comme l’a confirmé la cour d’appel de Paris le 19 mai 2026. Ensuite, vérifiez le plafond de garantie applicable à votre ancienneté et exigez le décompte des sommes dues au jour du jugement, seules certaines sommes postérieures ou négociées dans les dix-huit mois précédents étant exclues de l’avance. Puis contrôlez le relevé des créances salariales établi par le mandataire, avec l’aide du représentant des salariés, sans avoir à déclarer vous-même : les salariés sont expressément dispensés de déclaration. Enfin, si des sommes manquent, saisissez par requête la formation de jugement du conseil de prud’hommes dans les deux mois de la publication de l’avis de dépôt, et relisez la lettre d’information du mandataire : s’il y manque la saisine par requête, la formation compétente ou l’assistance du représentant des salariés, la Cour de cassation juge que la forclusion n’a pas couru. Ces délais sont des délais couperets ; face à une procédure collective, le salarié qui vérifie vite et conteste à temps se fait payer par l’AGS, tandis que celui qui attend ne conserve qu’une créance au passif, souvent irrécouvrable.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».