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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Clients qui paient en retard en 2026 : affacturage et cession Dailly pour récupérer votre trésorerie, calculer vos pénalités et contester

Votre trésorerie est à sec parce que vos clients règlent à soixante-dix ou quatre-vingt-dix jours, quand ils règlent. Le 17 septembre 2026, la Cour de cassation vient de trancher une question qui touche directement votre portefeuille : dans quelles conditions l’indemnité forfaitaire de 40 euros pour frais de recouvrement s’applique quand une créance a été cédée. Dix jours plus tôt, personne ne pariait sur une telle décision de rentrée, et elle éclaire d’un jour nouveau les deux armes dont vous disposez face aux retards de paiement : exiger les pénalités et l’indemnité prévues par la loi, puis transformer vos factures en argent frais en les cédant à un établissement de financement. Pendant ce temps, au Sénat, la proposition de loi visant à réduire les retards de paiement afin de lutter contre les défaillances d’entreprises poursuit son chemin, preuve que le législateur lui-même considère les délais de paiement comme une cause majeure de mortalité des PME. L’Observatoire des délais de paiement réuni sous l’égide de la Banque de France et l’étude mondiale Altares sur les paiements de juin 2026 décrivent la même dégradation : des délais clients qui s’allongent, des trésoreries qui se tendent, des défaillances qui battent des records au premier trimestre 2026. Attendre que le client veuille bien payer n’est pas une stratégie. Cet article vous explique comment calculer ce que vos débiteurs vous doivent, comment l’obtenir par une procédure rapide, et comment céder vos créances en toute sécurité juridique pour récupérer du cash sans attendre.

I. Vos clients paient en retard : calculer ce que vos débiteurs vous doivent et les faire payer vite

A. Pénalités de retard, indemnité de 40 euros et mise en demeure : combien exiger et comment les obtenir

Le point de départ est le délai légal. Sauf stipulation contraire, vos clients doivent payer dans les trente jours de la réception des marchandises ou de l’exécution de la prestation, et le délai convenu ne peut pas dépasser soixante jours après l’émission de la facture, ou quarante-cinq jours fin de mois s’il est expressément stipulé au contrat sans abus manifeste à votre égard : article L. 441-10, I, du code de commerce, dans sa version applicable au 27 septembre 2026. Tout jour de retard au-delà de la date figurant sur la facture fait courir des pénalités de plein droit, sans qu’un rappel soit nécessaire. Le taux, sauf stipulation contraire qui ne peut le fixer en dessous de trois fois le taux d’intérêt légal, est égal au taux de refinancement de la Banque centrale européenne majoré de dix points : article L. 441-10, II, du code de commerce. Concrètement, vérifiez vos conditions générales de vente : elles doivent préciser le taux et les conditions d’application des pénalités, faute de quoi le taux légal supplétif s’applique et vous perdez une partie du levier.

À ces pénalités s’ajoute une somme forfaitaire que beaucoup de dirigeants ignorent : « Tout professionnel en situation de retard de paiement est de plein droit débiteur, à l’égard du créancier, d’une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, dont le montant est fixé par décret » : article L. 441-10, II, du code de commerce. Le décret fixe ce montant : « Le montant de l’indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement prévue au II de l’article L. 441-10 est fixé à 40 euros » : article D. 441-5 du code de commerce. Ces 40 euros sont dus automatiquement, par facture impayée, sans mise en demeure préalable et sans que vous ayez à justifier de frais. Si vos frais réels de recouvrement dépassent ce forfait, pour une relance par huissier ou une procédure, vous pouvez réclamer une indemnisation complémentaire sur justification. Une seule limite légale : vous ne pouvez pas invoquer ces indemnités quand une procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire ouverte au profit de votre débiteur interdit le paiement à l’échéance.

L’arrêt du 17 septembre 2026 précise le champ exact de cette indemnité et intéresse toutes les entreprises qui cèdent leurs créances. Un réparateur automobile avait cédé à son profit la créance d’indemnité d’assurance de sa cliente contre l’assureur, puis réclamait les 40 euros pour retard de paiement. La deuxième chambre civile casse la condamnation de l’assureur et juge : « Il résulte des travaux préparatoires de la loi n° 2012-387 du 22 mars 2012 relative à la simplification du droit et à l’allégement des démarches administratives, modifiant l’article L. 441-6 du code de commerce alors en vigueur, qui a instauré une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement dont est débiteur de plein droit tout professionnel en situation de retard de paiement, à l’égard du créancier, que ces dispositions ont été introduites pour transposer en droit interne la directive 2011/7/UE du 16 février 2011 concernant la lutte contre les retards de paiement dans les transactions commerciales » (Cass. 2e civ., 17 septembre 2026, n° 24-22.899). Elle en déduit : « l’indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement dont est débiteur de plein droit tout professionnel en situation de retard de paiement, à l’égard du créancier n’est pas applicable en cas de retard de paiement d’une indemnité d’assurance indemnisant des dommages » (Cass. 2e civ., 17 septembre 2026, n° 24-22.899). La leçon pour votre entreprise est double. D’abord, entre professionnels, pour vos factures de marchandises et de prestations, les 40 euros restent dus de plein droit et le cessionnaire de la créance peut les réclamer. Ensuite, si la créance cédée n’est pas une facture commerciale mais une indemnité d’assurance qui répare des dommages, l’indemnité forfaitaire ne s’applique pas, car la directive européenne est limitée aux paiements en rémunération de transactions commerciales. Avant de céder vos créances ou d’en réclamer le recouvrement majoré, qualifiez exactement la créance : facture commerciale ou indemnité de sinistre, le régime n’est pas le même.

Sur le plan pratique, envoyez dès le premier jour de retard une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception qui réclame le principal, les pénalités calculées au taux contractuel ou légal, et l’indemnité forfaitaire de 40 euros par facture. Cette lettre interrompt la prescription, fait courir les intérêts et servira de pièce maîtresse devant le juge. Joignez-y le décompte précis : numéro et date de chaque facture, date d’échéance contractuelle, nombre de jours de retard, taux appliqué, montant des pénalités et du forfait. Un décompte clair obtient souvent le paiement sans procès, parce que le débiteur mesure le coût de sa résistance. Si le client invoque des malfaçons ou une facture non conforme pour justifier son refus de payer, répondez par écrit point par point et proposez une vérification contradictoire : un refus de paiement non motivé par écrit fragilise sa défense devant le tribunal, tandis qu’une contestation précise et documentée vous oblige à traiter le litige au fond avant de recouvrer.

B. Facture impayée malgré la mise en demeure : obtenir rapidement une injonction de payer du tribunal

Quand la mise en demeure reste sans effet, la voie la plus rapide est l’injonction de payer. « Le recouvrement d’une créance peut être demandé suivant la procédure d’injonction de payer lorsque : 1° La créance a une cause contractuelle ou résulte d’une obligation de caractère statutaire et s’élève à un montant déterminé ; en matière contractuelle, la détermination est faite en vertu des stipulations du contrat y compris, le cas échéant, la clause pénale » : article 1405 du code de procédure civile. Vos factures impayées entre professionnels relèvent typiquement de cette procédure : créance contractuelle, montant déterminé par le bon de commande, le bon de livraison et la facture. La requête se dépose sans audience initiale devant le tribunal des activités économiques, qui rend une ordonnance portant injonction de payer. L’huissier la signifie au débiteur, qui dispose d’un mois pour former opposition ; sans opposition, vous demandez l’apposition de la formule exécutoire et vous faites saisir.

Préparez un dossier complet : contrat ou conditions générales signées, bons de commande et bons de livraison émargés, factures avec la mention des pénalités et de l’indemnité de 40 euros, mise en demeure restée sans réponse, décompte actualisé. Le juge statue sur pièces, sans débat contradictoire préalable, donc la qualité documentaire fait tout. Réclamez dans la requête le principal, les pénalités de retard au taux contractuel, l’indemnité forfaitaire de 40 euros par facture, les intérêts et une somme au titre des frais de procédure. Si le débiteur forme opposition, l’affaire bascule en procédure contradictoire classique devant le même tribunal : votre dossier déjà constitué vous place en position de force pour solliciter une provision en référé pendant que le fond suit son cours. Pour les créances dont le montant est élevé ou le débiteur fragile, envisagez en parallèle une saisie conservatoire sur ses comptes bancaires sur autorisation du juge de l’exécution : elle fige les fonds avant qu’ils ne s’évaporent et accélère souvent le règlement.

Le choix du tribunal compte. Depuis la réforme, le tribunal des activités économiques connaît des litiges commerciaux, et la procédure européenne d’injonction de payer reste disponible quand votre débiteur est établi dans un autre État membre. À Paris, le tribunal des activités économiques de Paris traite un volume considérable de ces requêtes et statue vite sur dossier complet : soignez la présentation, numérotez les pièces, produisez un bordereau récapitulatif. Une requête confuse ou un décompte approximatif expose au rejet pur et simple, sans possibilité de régulariser dans la même instance. Si votre créance porte sur des prestations réalisées en Île-de-France pour un client parisien, mentionnez précisément le lieu d’exécution : la compétence territoriale bien établie évite les renvois et les mois perdus.

II. Transformer vos factures en trésorerie immédiate : affacturage et cession Dailly

A. Céder vos créances à un factor : bordereau, transfert de propriété et coût de l’avance

Quand vos clients paient à soixante jours et que vos salaires tombent à la fin du mois, l’affacturage convertit vos factures en cash sous quarante-huit heures. Le mécanisme repose sur la cession de créances professionnelles dite Dailly : « Tout crédit qu’un établissement de crédit, qu’un FIA relevant du paragraphe 2 de la sous-section 3 ou de la sous-section 5 de la section II du chapitre IV du titre Ier du livre II, ou qu’une société de financement consent à une personne morale de droit privé ou de droit public, ou à une personne physique dans l’exercice par celle-ci de son activité professionnelle, peut donner lieu au profit de cet établissement, de ce FIA, ou de cette société, par la seule remise d’un bordereau, à la cession ou au nantissement par le bénéficiaire du crédit, de toute créance que celui-ci peut détenir sur un tiers » : article L. 313-23 du code monétaire et financier. Peuvent être cédées les créances liquides et exigibles, même à terme, et même les créances futures dès lors qu’elles sont déterminables : vos factures à échoir entrent dans le dispositif. Vous remettez au factor un bordereau qui désigne les créances, et en contrepartie il vous avance immédiatement leur montant, moins sa commission et un fonds de garantie.

L’effet juridique est radical : « La cession ou le nantissement prend effet entre les parties et devient opposable aux tiers à la date apposée sur le bordereau lors de sa remise, quelle que soit la date de naissance, d’échéance ou d’exigibilité des créances, sans qu’il soit besoin d’autre formalité, et ce quelle que soit la loi applicable aux créances et la loi du pays de résidence des débiteurs » : article L. 313-27 du code monétaire et financier. Dès la date du bordereau, la créance sort de votre patrimoine : vos propres créanciers ne peuvent plus la saisir, et si votre client tombe en procédure collective après la remise du bordereau, le factor reste propriétaire de la créance et n’a pas à déclarer au passif comme un créancier ordinaire. « La remise du bordereau entraîne de plein droit le transfert des sûretés, des garanties et des accessoires attachés à chaque créance » : article L. 313-27 du code monétaire et financier. Les cautions, garanties et pénalités attachées à la facture suivent la créance chez le factor, ce qui sécurise son recouvrement et justifie le financement.

Le bordereau doit respecter un formalisme strict, sous peine d’inopposabilité. La cour d’appel de Toulouse l’a rappelé dans un litige opposant une banque à une société de construction-vente qui refusait de payer les créances cédées par son entrepreneur : « Le cessionnaire qui agit en paiement des créances cédées doit produire le bordereau de cession revêtu de toutes les mentions exigées par les textes, à défaut de quoi la cession n’est pas opposable au débiteur cédé » (CA Toulouse, 28 janvier 2025, n° 23/04529). En l’espèce, le bordereau du 26 juin 2019 comportait toutes les mentions requises, la date et la signature, et la cour a jugé que le document postérieur de mise en exécution partielle, intitulé bordereau Dailly d’intervention sur marché cédé, se rattachait avec certitude à la cession générale par ses mentions de chantier et de montant global. Vérifiez donc avec votre factor que chaque bordereau mentionne la dénomination de l’établissement bénéficiaire, la désignation précise des créances cédées, le débiteur, le montant et la date, avec votre signature : un bordereau incomplet expose à voir le débiteur payer valablement entre vos mains au lieu de payer le factor, et le financement s’effondre.

Le coût se négocie : commission d’affacturage proportionnelle au chiffre d’affaires confié, intérêts sur les avances au taux convenu, retenue de garantie restituée après paiement du client. Comparez le coût total avec celui d’un découvert bancaire et avec le coût interne de votre propre service recouvrement. L’affacturage avec recours vous laisse le risque d’impayé définitif, tandis que l’affacturage sans recours transfère ce risque au factor moyennant une commission plus élevée, souvent avec une assurance-crédit adossée. Pour une PME parisienne dont un ou deux gros clients concentrent l’encours, la formule sans recours sur ces clients vaut son prix : la défaillance d’un donneur d’ordres représente la première cause de dépôt de bilan des sous-traitants, et le montant de la commission reste sans commune mesure avec une procédure collective subie.

B. Quand le client refuse de payer le factor : notification, exceptions opposables et acceptation de la cession

Une fois le bordereau remis, le débiteur cédé doit payer le factor, et non plus vous. En droit commun de la cession de créance, « La cession n’est opposable au débiteur, s’il n’y a déjà consenti, que si elle lui a été notifiée ou s’il en a pris acte » : article 1324 du code civil. Le débiteur avisé qui paierait quand même entre vos mains paierait mal et resterait débiteur envers le factor : notifiez donc la cession au client par lettre recommandée dès la remise du bordereau, et demandez au factor de le faire également. Dans l’affaire toulousaine, la banque avait notifié par courrier recommandé et la réception était prouvée par le courrier de refus du débiteur lui-même, ce qui a scellé l’opposabilité. Conservez la preuve de l’envoi et de la réception : en cas de contestation, c’est au cessionnaire de démontrer que le débiteur a été informé.

Le débiteur peut toutefois opposer au factor les moyens de défense nés de ses relations avec vous. « Le débiteur peut opposer au cessionnaire les exceptions inhérentes à la dette, telles que la nullité, l’exception d’inexécution, la résolution ou la compensation des dettes connexes. Il peut également opposer les exceptions nées de ses rapports avec le cédant avant que la cession lui soit devenue opposable, telles que l’octroi d’un terme, la remise de dette ou la compensation de dettes non connexes » : article 1324 du code civil. Si vos travaux sont inachevés, vos marchandises non conformes ou votre facture contestée avant la cession, le client opposera cette inexécution au factor et bloquera le paiement. D’où une règle d’or : ne cédez que des créances certaines, liquides et non litigieuses, pour des prestations réceptionnées sans réserve. Purgez les litiges avant de mobiliser : une facture contestée confiée au factor déclenche des rejets, des frais et parfois la résiliation de la convention d’affacturage.

Pour verrouiller le dispositif, faites accepter la cession par le débiteur. « Sur la demande du bénéficiaire du bordereau, le débiteur peut s’engager à le payer directement : cet engagement est constaté, à peine de nullité, par un écrit intitulé :  » Acte d’acceptation de la cession ou du nantissement d’une créance professionnelle  » » : article L. 313-29 du code monétaire et financier. Le débiteur qui a accepté dans ces formes ne peut plus opposer au factor les exceptions tirées de ses rapports avec vous, sauf si le factor a agi sciemment à son détriment en acquérant la créance. Insérez dans vos contrats-cadres une clause par laquelle le client accepte par avance de signer les actes d’acceptation des cessions Dailly afférentes aux marchés confiés : cette anticipation contractuelle, courante dans le BTP et les prestations informatiques, fluidifie le financement et prive le débiteur de mauvaise foi de son moyen de blocage favori. Pour les marchés publics, l’acceptation prend la forme de l’exemplaire unique ou de l’attestation du comptable public, qui produit les mêmes effets.

La Cour de cassation veille à la frontière entre les régimes de cession. Le 26 mars 2025, elle a cassé un jugement qui écartait la créance d’un fonds commun de titrisation au motif que la débitrice n’avait pas pris acte de la cession : « lorsque l’acquisition ou la cession de créances par un organisme de financement s’effectue par la seule remise d’un bordereau dont les énonciations et le support sont fixés par décret, elle prend effet entre les parties et devient opposable aux tiers à la date apposée sur le bordereau lors de sa remise, quelle que soit la date de naissance, d’échéance ou d’exigibilité des créances, sans qu’il soit besoin d’autre formalité, et ce quelles que soient la loi applicable aux créances et la loi du pays de résidence des débiteurs » (Cass. com., 26 mars 2025, n° 23-23.857), au visa de « Vu les articles L. 214-169, V, du code monétaire et financier, dans sa rédaction issue de l’ordonnance n° 2017-1432 du 4 octobre 2017 et 1324 du code civil » (Cass. com., 26 mars 2025, n° 23-23.857). Le lien officiel du texte visé est consultable ici : article L. 214-169 du code monétaire et financier. Autrement dit, pour les cessions par bordereau au profit d’un organisme de financement, aucune notification au débiteur n’est exigée pour rendre la cession opposable aux tiers : la date du bordereau suffit. Retenez la distinction : opposabilité aux tiers par la date du bordereau d’un côté, opposabilité au débiteur cédé qui suppose notification ou prise d’acte de l’autre. Un débiteur qui paie de bonne foi entre les mains du cédant avant d’avoir été informé de la cession paie valablement, et le factor n’aura de recours que contre vous.

À Paris et en Île-de-France, ces contentieux se concentrent devant le tribunal des activités économiques de Paris et la cour d’appel de Paris, qui connaissent bien la matière. Si votre client parisien refuse de payer le factor en invoquant des griefs d’exécution, faites constater sans délai l’état des prestations par un huissier, réunissez les procès-verbaux de réception sans réserve et les échanges qui prouvent l’acceptation des travaux, puis assignez en paiement. La juridiction francilienne statue régulièrement sur ces dossiers et sanctionne les exceptions soulevées pour la première fois devant le juge alors que les factures n’avaient jamais été contestées par écrit. La rapidité de réaction reste déterminante : chaque semaine perdue rapproche le débiteur récalcitrant de sa propre cessation des paiements, et une créance cédée mais contestée vaut toujours mieux qu’une créance cédée après l’ouverture d’une procédure collective du client.

Conclusion

Face aux retards de paiement, votre entreprise n’est pas condamnée à subir. Le droit vous donne d’abord des armes punitives : des pénalités calculées au taux de la Banque centrale européenne majoré de dix points, exigibles sans rappel dès le lendemain de l’échéance, et une indemnité forfaitaire de 40 euros par facture impayée, due de plein droit entre professionnels. L’arrêt de la Cour de cassation du 17 septembre 2026 en délimite le champ avec précision : ces 40 euros sanctionnent les retards de paiement des transactions commerciales entre professionnels, pas les retards de versement d’une indemnité d’assurance qui répare des dommages, et le cessionnaire d’une créance commerciale peut les réclamer dans la limite des droits du cédant. Quand la mise en demeure ne suffit pas, l’injonction de payer devant le tribunal des activités économiques transforme votre liasse de factures en titre exécutoire en quelques semaines, à condition de présenter un dossier chiffré et complet. Le second levier est financier : la cession Dailly transfère vos créances au factor par la simple remise d’un bordereau daté et signé, avec un effet opposable aux tiers à la date du bordereau et le transfert automatique des sûretés et accessoires. La cour d’appel de Toulouse exige un bordereau revêtu de toutes les mentions légales, et la Cour de cassation rappelle que la date du bordereau suffit à rendre la cession opposable aux tiers sans autre formalité pour les organismes de financement. Reste la prudence du cédant : notifiez la cession au débiteur, ne cédez que des créances non litigieuses, et faites accepter la cession dans les formes de l’article L. 313-29 pour priver le débiteur de ses exceptions. Dans un contexte où le Sénat prépare un tour de vis contre les retards de paiement et où les défaillances atteignent des sommets, l’entreprise qui facture chaque jour de retard, qui mobilise ses créances tôt et qui documente ses prestations se paie avant les autres. Vos factures sont un actif : traitez-les comme tel, avec la rigueur d’un dossier contentieux dès la première relance.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».