Le 31 août 2026, Service Public Entreprendre a présenté le nouveau tableau de bord de Portailpro.gouv : un espace centralisant les déclarations et paiements fiscaux, sociaux et douaniers, leur état et un calendrier personnalisé. Cette centralisation facilite le suivi. Elle crée aussi une question urgente lorsqu’un message de blocage, une habilitation absente ou un statut incertain apparaît près d’une échéance : la tentative a-t-elle été reçue, le paiement a-t-il été enregistré et faut-il recommencer la démarche ?
La première question n’est pas de savoir si Portailpro est « en panne », mais d’identifier le niveau auquel l’incident s’est produit : compte Portailpro, rattachement d’un compte tiers, droit d’agir sur l’entreprise ou téléservice de l’administration compétente. La fiche officielle consacrée au compte professionnel Portailpro.gouv précise que les comptes impots.gouv.fr, urssaf.fr, douane.gouv.fr et net-entreprises.fr restent rattachés au compte central et qu’une connexion directe demeure possible. Le tableau de bord ne doit donc pas être confondu avec le justificatif délivré par le téléservice qui reçoit effectivement la démarche.
Ces difficultés s’inscrivent dans les questions plus larges de conformité et de responsabilité qui concernent les dirigeants, les associés et les prestataires de l’entreprise. La page du cabinet consacrée au droit des affaires présente le cadre général des relations entre l’entreprise, ses cocontractants et les administrations.
I. Pourquoi Portailpro.gouv n’affiche-t-il pas ma déclaration ou mon paiement ?
A. Le tableau de bord Portailpro prouve-t-il que la démarche a été déposée ?
Dans un dossier où Portailpro.gouv a été utilisé comme point d’accès, la question centrale est de savoir quel service devait recevoir la déclaration ou le paiement. L’écran observé par l’utilisateur peut être celui d’une connexion, d’un rattachement, d’une redirection ou d’un suivi. Il ne doit pas être confondu avec la décision, le reçu ou l’accusé délivré par l’administration qui détient l’obligation.
La qualification doit rester concrète. Il faut identifier l’entreprise, la période, la nature de la démarche, le montant éventuel, l’administration destinataire et le compte effectivement utilisé. Un incident de connexion ne produit pas les mêmes conséquences qu’un formulaire rempli mais non envoyé, qu’une déclaration rejetée ou qu’un paiement débité puis resté sans confirmation.
Le mot « en cours », l’absence d’une ligne ou la mention « à régulariser » ne permettent pas, à eux seuls, de conclure que l’obligation est acquittée, échue ou inexistante. L’entreprise doit rapprocher ce qui est affiché de l’avis, de la déclaration, de l’échéancier, de l’historique du compte compétent et de toute confirmation reçue après la validation.
Le bon diagnostic suit quatre niveaux. Cette distinction reprend le fonctionnement décrit dans la foire d’assistance officielle de Portailpro.gouv, qui sépare la création du compte, le rattachement des comptes tiers et les habilitations permettant de consulter des données ou d’agir pour une entreprise.
- Le compte d’accès. L’adresse de connexion, l’identité déclarée et les coordonnées de l’utilisateur doivent correspondre à la personne qui agit pour l’entreprise.
- Le rattachement. Si un compte tiers a été relié à Portailpro, il faut contrôler le compte exact, l’entreprise visée, le SIREN ou le SIRET et le périmètre des établissements concernés.
- L’habilitation. Le fait de pouvoir se connecter ne signifie pas que l’on peut déclarer ou payer. Il faut établir le droit d’accomplir l’opération concernée au nom de la société.
- Le téléservice métier. Après une éventuelle redirection, il faut rechercher auprès du service concerné le numéro de dépôt, le certificat de paiement ou le message de rejet.
Le mandat doit être vérifié au même moment. Une personne peut accéder à une interface sans disposer du droit de signer une déclaration, de payer ou d’engager la société. Le dirigeant doit donc rapprocher le mandat, la délégation, la fonction de l’utilisateur et la date de prise d’effet du droit. Une modification de représentant légal, un changement de cabinet comptable, un retrait de délégation ou la création d’un établissement peut expliquer l’anomalie.
Les comptes fiscaux, sociaux et douaniers peuvent obéir à des règles d’accès distinctes. La FAQ de la direction générale des douanes consacrée à Portailpro comporte ainsi des rubriques propres à l’authentification, aux habilitations et au tableau de bord. Une société qui exerce plusieurs activités ou possède plusieurs établissements doit conserver une cartographie des comptes et des utilisateurs, sans déduire d’un accès obtenu pour une entité du groupe qu’il couvre les autres.
Si un rattachement doit être modifié, il faut d’abord télécharger l’historique disponible et noter le compte remplacé, la date et le motif de la modification. Le but est de préserver la chronologie et de pouvoir démontrer, plus tard, quelle personne disposait de quel droit à la date de l’échéance.
Un écran de connexion, de suivi ou de redirection n’est pas, par lui-même, une présomption irréfragable de dépôt. Le dirigeant doit conserver le justificatif généré après la dernière validation du téléservice compétent. Lorsqu’un paiement semble en cours, il faut rechercher une référence de transaction, une autorisation bancaire ou un reçu auprès du service qui a encaissé ou enregistré l’opération. Si aucune pièce n’existe, l’entreprise doit traiter la situation comme une preuve incomplète, sans attendre une relance ou une pénalité.
B. Comment prouver une déclaration ou un paiement quand Portailpro.gouv indique une erreur ?
La preuve se construit à partir de plusieurs éléments concordants. Une capture d’écran isolée montre l’état d’une interface à un instant donné, mais rarement l’identité de l’entreprise, l’heure officielle de réception et la nature exacte de la démarche. Le dossier doit réunir l’avis ou l’échéancier, la déclaration préparée, le compte utilisé, le message affiché, la date et l’heure, les échanges avec l’assistance, la preuve bancaire éventuelle et le justificatif finalement délivré.
Le premier alinéa de l’article L. 112-8 du code des relations entre le public et l’administration dispose : « Toute personne, dès lors qu’elle s’est identifiée préalablement auprès d’une administration, peut, dans des conditions déterminées par décret en Conseil d’Etat, adresser à celle-ci, par voie électronique, une demande, une déclaration, un document ou une information, ou lui répondre par la même voie. » Le même dispositif prévoit que l’administration régulièrement saisie traite l’envoi sans demander sa confirmation ou sa répétition sous une autre forme, lorsque les conditions applicables sont remplies.
Cette règle ne signifie pas qu’un brouillon sauvegardé dans Portailpro vaut déclaration. L’envoi doit avoir atteint le téléservice compétent dans les conditions prévues. Une page de prévisualisation, un formulaire ouvert, un bouton cliqué sans confirmation ou une redirection interrompue ne suffisent pas à établir la réception. La preuve doit donc distinguer le projet, la tentative d’envoi, l’enregistrement par le service et l’acceptation éventuelle de la déclaration.
L’article L. 112-3 du même code énonce une règle générale : « Toute demande adressée à l’administration fait l’objet d’un accusé de réception. » Pour les téléservices, l’article L. 112-11 du code des relations entre le public et l’administration est plus précis. Il prévoit : « Tout envoi à une administration par voie électronique ainsi que tout paiement opéré dans le cadre d’un téléservice au sens de l’ article 1er de l’ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives fait l’objet d’un accusé de réception électronique et, lorsque celui-ci n’est pas instantané, d’un accusé d’enregistrement électronique. »
Le contenu de l’accusé compte autant que son existence. Selon l’article R. 112-5 du code des relations entre le public et l’administration, « L’accusé de réception prévu par l’article L. 112-3 comporte les mentions suivantes : 1° La date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d’une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée ; 2° La désignation, l’adresse postale et, le cas échéant, électronique, ainsi que le numéro de téléphone du service chargé du dossier ; » Le document doit permettre de relier la démarche à un service, une date et une suite procédurale.
Lorsque l’accusé de réception manque ou ne comporte pas les informations exigées, l’article L. 112-6 du code des relations entre le public et l’administration indique : « Les délais de recours ne sont pas opposables à l’auteur d’une demande lorsque l’accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. » La portée de cette protection doit être comprise correctement. Elle concerne l’opposabilité des délais de recours et ne fait pas disparaître automatiquement l’obligation déclarative, la dette fiscale ou le délai légal de paiement. Elle ne dispense pas de régulariser et de demander une position écrite.
Un paiement appelle une vigilance supplémentaire. Le relevé bancaire peut établir qu’un débit a eu lieu, mais il ne renseigne pas toujours la créance acquittée. L’entreprise doit rapprocher le débit de la référence affichée sur l’avis, du montant, de la date de valeur et du statut du paiement. Si le compte bancaire a été débité alors que Portailpro affiche « en cours », il ne faut pas recommencer immédiatement l’opération. Deux paiements pour la même créance peuvent créer une demande de restitution et compliquer la situation.
En cas d’erreur, le dossier de preuve devrait contenir les éléments suivants :
| Élément | Ce qu’il doit établir | Action pratique |
|---|---|---|
| Identité et périmètre | Entreprise, SIREN ou compte concerné | Conserver l’écran du compte utilisé et l’avis correspondant |
| Chronologie | Date et heure de la tentative, du rejet ou du paiement | Exporter les courriels, accusés, journaux et captures avec leur date |
| Opération | Déclaration, période, montant et administration destinataire | Joindre l’avis, le formulaire et la référence de la créance |
| Habilitation | Droit d’agir au nom de la société | Télécharger la délégation, le mandat ou l’écran de gestion des droits |
| Résultat | Dépôt accepté, paiement autorisé, rejet ou absence de réponse | Conserver le certificat, la référence de transaction ou le message d’erreur |
| Incident technique | Obstacle indépendant d’une simple omission | Noter l’URL, le code affiché, le navigateur, le support saisi et la réponse |
Si le message est envoyé au mauvais service, l’article L. 114-2 du code des relations entre le public et l’administration dispose : « Lorsqu’une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l’administration compétente et en avise l’intéressé. » L’entreprise doit néanmoins identifier le bon interlocuteur et ne pas compter sur une transmission hypothétique lorsqu’une échéance est proche. Elle peut signaler l’incident au support Portailpro, mais adresser aussi la demande au service fiscal, social ou douanier qui détient l’obligation et le dossier.
Le message doit rester factuel. Il mentionne la société, le numéro de l’obligation, l’heure de la tentative, l’état affiché, la démarche effectuée directement sur le portail tiers et la demande formulée : enregistrer la déclaration à la date de la tentative, confirmer le paiement, corriger l’habilitation, neutraliser une relance ou communiquer la marche à suivre. Il faut éviter d’envoyer des identifiants, des mots de passe ou des coordonnées bancaires complètes. Les pièces sensibles sont déposées dans la messagerie sécurisée ou selon le canal officiellement indiqué.
Une répétition immédiate de la même déclaration peut également nuire à la lisibilité du dossier. Si la démarche est recommencée, la seconde tentative doit être identifiée comme une régularisation après incident, avec la date et la raison. Cette mention permet de distinguer une déclaration volontairement tardive d’une double transmission provoquée par un dysfonctionnement. Elle ne garantit pas une exonération, mais elle rend la chronologie vérifiable.
II. Que faire avant l’échéance si l’habilitation ou le rattachement bloque la démarche ?
A. Quelles démarches engager immédiatement pour déclarer ou payer ?
Lorsque l’échéance n’est pas encore dépassée, l’entreprise doit traiter le problème comme une urgence opérationnelle. La première étape consiste à identifier l’obligation exacte : nature de la déclaration ou du paiement, période, montant, date limite, administration destinataire et personne habilitée. Une alerte générale du tableau de bord ne suffit pas. L’avis, le calendrier officiel et la page de l’administration concernée doivent être comparés.
La deuxième étape consiste, lorsque l’opération est accessible depuis un compte tiers, à se connecter directement à ce compte, sans abandonner les éléments recueillis sur Portailpro. Pour une obligation fiscale, il faut vérifier le compte professionnel impots.gouv.fr, le service souscrit et l’habilitation correspondant à l’opération. Pour une cotisation ou une déclaration sociale, il faut contrôler le compte de l’organisme concerné et les droits propres à cette déclaration. Pour une opération douanière, le compte utilisé et le droit de télépaiement doivent être examinés. Le changement de point d’entrée ne modifie pas le délai : il sert à savoir si le blocage vient de l’interface ou du téléservice métier.
La troisième étape est la vérification du mandat. Le dirigeant doit demander à l’expert-comptable, au directeur administratif et financier ou au salarié chargé des formalités de confirmer :
- le compte tiers utilisé pour la société concernée ;
- le niveau d’habilitation réellement accordé et sa date de prise d’effet ;
- la personne qui peut préparer, valider, signer ou payer ;
- le périmètre des établissements et des périodes couvertes ;
- l’existence d’une révocation, d’un changement de représentant légal ou d’une expiration du mandat.
Il faut ensuite corriger le droit au bon endroit. Si la gestion des habilitations renvoie vers un compte tiers, la demande doit être effectuée dans cet espace et non seulement dans l’interface de départ. Le libellé exact des menus peut évoluer, mais le principe demeure : un compte d’accès ne peut pas accorder seul un pouvoir de déclaration ou de paiement que le service destinataire n’a pas reconnu.
Après toute modification, il faut attendre ou vérifier sa prise en compte, puis réaliser une opération contrôlée. Le dossier conserve la demande d’habilitation, l’écran de validation, le courriel de confirmation et, lorsque cela est possible, le certificat de dépôt de la démarche. Une capture du bouton « habilité » est utile, mais elle ne remplace pas la preuve du dépôt final. Le responsable doit vérifier l’entreprise et la période affichées avant de cliquer sur la validation.
Si aucune déclaration n’apparaît alors que le compte tiers est rattaché et que le droit paraît actif, cette absence ne doit pas être prise comme une dispense. Il faut la comparer à l’avis reçu, au calendrier de l’administration et aux déclarations déjà déposées. Une entreprise qui sait qu’une déclaration est exigible doit demander une confirmation écrite plutôt que de conclure que l’absence de ligne vaut exonération ou report.
Pour un paiement, la procédure est différente selon la créance. Il faut reprendre la référence exacte de l’avis, le montant et le mode de paiement proposé. Le service officiel peut imposer un télépaiement, une autorisation SEPA, une carte ou un autre canal. Le paiement par un compte bancaire non habilité, un virement sur une ancienne référence ou un règlement effectué deux fois ne constitue pas une solution sûre. Lorsque l’interface bloque après la validation bancaire, l’entreprise vérifie d’abord son relevé, l’autorisation et l’espace de paiement avant toute nouvelle tentative.
Le support technique officiel de Portailpro.gouv peut être saisi pour un problème lié à la gestion du compte. Cette démarche ne remplace pas la messagerie sécurisée de l’administration compétente lorsque le litige porte sur une déclaration, un paiement, une assiette ou une pénalité. L’entreprise doit conserver les deux échanges et leur numéro de dossier.
Si l’échéance approche, la priorité est de déposer ou payer par le canal direct officiellement disponible, puis de signaler que l’accès Portailpro a échoué. Il faut utiliser une solution de secours autorisée par le service concerné, et non inventer un canal de transmission. Lorsque la déclaration peut être envoyée directement, le dépôt effectif vaut mieux qu’une longue série de captures d’écran. Lorsque le paiement est déjà débité, la priorité devient l’identification de la créance et la confirmation de l’imputation.
Le retard doit être traité dès qu’il est constaté. Pour les déclarations fiscales visées par l’article 1728 du code général des impôts, le texte prévoit : « Le défaut de production dans les délais prescrits d’une déclaration ou d’un acte comportant l’indication d’éléments à retenir pour l’assiette ou la liquidation de l’impôt entraîne l’application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l’acte déposé tardivement, d’une majoration de : » Les taux et les conditions varient selon le retard et la mise en demeure. Une panne alléguée ne suffit pas à les écarter sans dossier précis.
La bonne réaction est donc double : régulariser le principal et préparer la discussion sur la pénalité. Attendre la réponse du support avant de déposer, lorsque le dépôt direct est possible, expose l’entreprise à une perte de temps qu’elle devra ensuite expliquer. À l’inverse, payer une seconde fois ou transmettre un formulaire sur un mauvais compte peut créer un problème plus difficile à corriger que l’incident initial.
B. Quel recours contre une pénalité ou un refus après un incident Portailpro ?
Après l’incident, le recours doit viser la bonne décision et la bonne administration. Le support de l’interface ne doit pas être présumé compétent pour modifier l’assiette d’une taxe, le calcul d’une cotisation, la recevabilité d’une déclaration ou l’application d’une majoration. Une demande adressée uniquement au support technique risque donc de ne pas interrompre un délai ni de faire disparaître une décision déjà prise.
La première démarche consiste à adresser au service compétent une demande écrite et datée. Elle rappelle l’obligation, la date limite, la tentative effectuée, l’erreur rencontrée, la date de régularisation et la demande formulée. L’entreprise peut solliciter la prise en compte de la déclaration à la date de la tentative, la confirmation de l’imputation du paiement, l’annulation ou la remise de la pénalité selon le régime applicable, ainsi que la communication du détail du calcul. La demande doit joindre un dossier lisible, numéroté et classé par ordre chronologique.
Si l’administration refuse, applique une sanction ou oppose une prescription, la décision doit être examinée dans son contenu et dans sa motivation. L’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration pose que « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. » Le texte vise notamment les sanctions, les refus d’autorisation, les refus d’un avantage constituant un droit et les décisions opposant une prescription, une forclusion ou une déchéance. Il faut vérifier la catégorie exacte de la décision, car toutes les réponses administratives ne sont pas soumises au même régime de motivation.
Une motivation précise permet de savoir si le litige porte sur le fond ou sur la procédure. L’administration peut considérer que la déclaration n’a jamais été reçue, que l’utilisateur n’était pas habilité, que le paiement n’a pas été imputé ou que la déclaration a été tardive malgré une tentative. Ces hypothèses ne se combattent pas de la même manière. Le dossier de preuve doit être relié à l’argument juridique : reçu électronique, horodatage, habilitation active, débit bancaire, message du service et date de régularisation.
Le recours administratif ne doit pas être confondu avec une action immédiate devant le tribunal. L’article R. 421-1 du code de justice administrative prévoit : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. » Il ajoute, pour une demande de somme d’argent, qu’elle n’est recevable qu’après l’intervention d’une décision prise par l’administration sur une demande préalablement formée devant elle. Une entreprise qui réclame une indemnisation à la suite d’un incident doit donc présenter d’abord une demande indemnitaire à la personne publique concernée et conserver la preuve de sa réception.
Le même article précise que le délai de deux mois n’est pas applicable à la contestation des mesures prises pour l’exécution d’un contrat. Cette réserve peut être pertinente lorsqu’un prestataire privé de comptabilité, de logiciel ou d’externalisation est en cause, mais elle ne transforme pas un support public en cocontractant de l’entreprise. La qualification du responsable, la nature de la décision et le contrat applicable doivent être établis avant de choisir la juridiction.
Un référé peut être envisagé lorsque l’exécution immédiate de la décision cause une conséquence grave et que le litige principal est engagé. L’article L. 521-1 du code de justice administrative dispose : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. » Le simple fait qu’un tableau de bord ait affiché une erreur ne suffit pas à caractériser l’urgence ni le doute sérieux. Il faut démontrer la décision attaquée, le risque concret et le moyen juridique.
Lorsque l’annulation d’une décision implique que l’administration accomplisse une mesure déterminée, l’article L. 911-1 du code de justice administrative prévoit : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne une mesure d’exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution. » Cette voie peut concerner une réinstruction, une prise en compte ou la délivrance d’un document lorsque les conditions sont réunies. Elle ne permet pas d’obtenir automatiquement une décision favorable sur le montant d’une taxe ou d’une cotisation.
La demande de réparation obéit à un raisonnement distinct. L’entreprise doit établir une faute ou un fonctionnement défectueux imputable au bon responsable, un préjudice certain et un lien direct entre l’incident et ce préjudice. La seule existence d’une plateforme centralisée ne suffit pas à rendre Portailpro responsable de toutes les décisions des administrations rattachées. Il faut distinguer l’erreur d’interface, la mauvaise habilitation créée par l’utilisateur, la défaillance d’un prestataire informatique, l’absence d’enregistrement par le téléservice métier et la décision autonome de l’administration.
Lorsque le problème provient d’un comptable, d’un éditeur de logiciel ou d’un prestataire chargé contractuellement de déclarer ou de payer, le contrat doit être relu. L’article 1231-1 du code civil énonce : « Le débiteur est condamné, s’il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l’inexécution de l’obligation, soit à raison du retard dans l’exécution, s’il ne justifie pas que l’exécution a été empêchée par la force majeure. » Cette règle concerne la relation contractuelle dans son champ propre. Elle ne dispense pas l’entreprise de démontrer la mission confiée, les délais convenus, l’information transmise au prestataire et le dommage effectivement subi.
Le dommage doit être chiffré sans confondre la dette principale et ses accessoires. Une majoration effectivement payée, des frais bancaires, un coût de régularisation ou une perte justifiée peuvent être documentés. Une simple inquiétude, un retard non établi ou la totalité d’un impôt régulièrement dû ne constituent pas automatiquement un préjudice indemnisable. Si la société demande la restitution d’un paiement en double, elle doit produire les deux références et démontrer l’absence d’imputation sur une autre créance.
Le dossier destiné à un recours devrait enfin contenir :
- la décision ou le message qui fait grief, avec sa date et son auteur ;
- l’avis, l’échéancier, la déclaration et la référence de la créance ;
- les captures et exports horodatés de Portailpro et du portail tiers ;
- la preuve de l’habilitation et du rattachement du compte à la date utile ;
- les accusés d’enregistrement, certificats de dépôt, références de paiement et relevés bancaires expurgés des données inutiles ;
- les demandes adressées au support technique et à l’administration métier, avec leurs réponses ;
- la preuve de la régularisation et le calcul précis de la somme réclamée.
Il faut aussi surveiller les délais de recours dès la réception d’une décision explicite. Une demande adressée au support ne doit pas être présentée comme un recours contentieux si elle ne comporte pas les éléments nécessaires. À l’inverse, une réclamation auprès de l’administration compétente doit être rédigée de façon suffisamment claire pour que son objet soit identifiable. En cas d’incertitude, l’entreprise peut demander l’accusé de réception, la date d’enregistrement, le service chargé du dossier et les voies de recours applicables.
Conclusion
Un blocage Portailpro.gouv ne se règle pas par une capture d’écran ou par une nouvelle tentative répétée au hasard. Il faut séparer le compte d’accès, le rattachement, l’habilitation et le téléservice qui reçoit réellement la déclaration ou le paiement. L’entreprise doit agir immédiatement sur le portail compétent, conserver un dossier daté, signaler l’incident au support et saisir l’administration métier lorsque l’obligation ou la pénalité est en cause.
Les accusés de réception électroniques, les références de paiement et la chronologie des échanges peuvent protéger l’entreprise, mais leur portée dépend de la démarche effectivement reçue et de la décision contestée. Une pénalité fiscale ou une décision administrative doit être discutée dans le cadre approprié, avec une demande préalable lorsqu’elle est nécessaire et une surveillance stricte des délais. La qualité de la preuve et l’identification du bon responsable déterminent souvent l’issue du dossier.
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Nous pouvons examiner l’erreur Portailpro, l’habilitation, le justificatif de dépôt ou la preuve de paiement.