Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Amende Uber de 825 millions d’euros : quels recours après les décisions automatisées contre les chauffeurs ?

Le 24 août 2026, l’autorité néerlandaise de protection des données, en coopération avec la CNIL, a annoncé une amende de 824 990 000 euros visant UBER B.V. et UBER TECHNOLOGIES INC. Le dossier porte sur des décisions prises à l’aide de traitements automatisés contre des chauffeurs : désactivation temporaire en cas de suspicion de fraude, désactivation temporaire ou définitive après une notation jugée trop basse, sans intervention humaine dans le processus considéré par l’autorité. Pour un chauffeur, un compte bloqué signifie l’impossibilité immédiate d’accepter des courses et de générer le revenu correspondant. Cette actualité pose deux questions différentes. La première concerne la conformité de la plateforme au règlement général sur la protection des données, en particulier l’article 22 du RGPD. La seconde concerne le recours individuel du chauffeur qui a perdu l’accès à son outil de travail, ses données, ses courses et ses revenus. Une amende administrative versée à l’État ne constitue pas, à elle seule, une indemnisation automatique des personnes concernées. Il faut donc préserver les preuves, demander les données et les motifs, obtenir une véritable révision humaine, puis choisir entre la réclamation auprès d’une autorité, l’action judiciaire, la demande urgente et, selon les faits, la requalification en contrat de travail. Le présent article distingue ces voies et indique les pièces à réunir.

I. Amende Uber de 825 millions : pourquoi une désactivation automatisée est-elle contestable ?

A. Quand un blocage de compte devient-il une décision individuelle automatisée ?

Une plateforme utilise souvent plusieurs catégories de traitements avant de restreindre l’accès d’un chauffeur : historique des courses, taux d’acceptation ou d’annulation, réclamations de passagers, notation moyenne, données de géolocalisation, signalement d’un trajet inhabituel, identité du terminal utilisé, contrôles de sécurité ou rapprochement avec d’autres comptes. La collecte de ces informations n’est pas, en elle-même, interdite. La difficulté apparaît lorsque le résultat du traitement ne sert plus seulement à attirer l’attention d’un opérateur, mais déclenche directement la suspension ou la fermeture du compte.

L’article 22 du RGPD protège la personne contre une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé lorsqu’elle produit des effets juridiques ou l’affecte de manière significative. Le texte énonce : « La personne concernée a le droit de ne pas faire l’objet d’une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé ». Le règlement vise également le profilage, c’est-à-dire l’évaluation automatisée de certains aspects personnels, professionnels, économiques ou comportementaux. La question ne dépend donc pas de l’étiquette technique utilisée par la plateforme. Un outil appelé système de sécurité, moteur de confiance, score de risque, détection de fraude ou contrôle qualité peut relever de l’article 22 si sa sortie décide concrètement du sort du compte.

Trois vérifications doivent être menées séparément. Premièrement, quelle est la décision exacte ? Une alerte envoyée à un salarié de la plateforme, une file de dossiers à vérifier ou une recommandation de suspension ne produisent pas nécessairement le même effet qu’un blocage automatique. Deuxièmement, le traitement est-il exclusivement automatisé ? La présence théorique d’un bouton de validation ne suffit pas si personne n’examine réellement la situation, les données utilisées et les explications du chauffeur. Troisièmement, l’effet est-il juridique ou suffisamment important ? La perte d’un avantage accessoire ne se compare pas à l’interdiction d’accéder à l’application qui permet de travailler, d’accepter une course, de facturer une prestation et de régler les charges d’un véhicule.

Le communiqué rendu public à propos d’Uber retient précisément l’importance économique des désactivations. Une suspension temporaire peut interrompre une activité pendant plusieurs jours ; une fermeture définitive peut supprimer une source de revenus, dévaloriser un véhicule financé pour cette activité et compromettre le paiement d’un crédit, d’un loyer ou d’une assurance. La durée n’est pas le seul élément à regarder. Une courte suspension intervenant pendant une période de forte activité, ou juste avant une échéance bancaire, peut avoir des conséquences plus lourdes qu’un blocage plus long pour une personne disposant d’une autre activité. Le chauffeur doit raconter cette conséquence concrète, dates et montants à l’appui.

Une plateforme peut invoquer une exception prévue par l’article 22, notamment lorsque la décision est nécessaire à la conclusion ou à l’exécution d’un contrat, lorsqu’elle est autorisée par un texte protecteur ou lorsqu’elle repose sur le consentement explicite de la personne. Cette exception n’autorise pas un système sans garanties. Lorsque l’exception contractuelle ou le consentement est invoqué, la personne doit au moins pouvoir obtenir une intervention humaine, exprimer son point de vue et contester la décision. Le texte exige « d’obtenir une intervention humaine de la part du responsable du traitement, d’exprimer son point de vue et de contester la décision ». Une réponse standardisée qui répète le résultat du score sans réexaminer les circonstances ne répond pas nécessairement à cette exigence.

La notion de nécessité doit aussi être discutée. La protection des passagers, la prévention des comptes partagés, la lutte contre les détours artificiels ou la détection d’un comportement frauduleux peuvent justifier un contrôle rapide. Elles ne transforment pas pour autant toute suspicion en preuve. La plateforme doit pouvoir expliquer quelles données ont été utilisées, quelle période a été analysée, quelles erreurs sont possibles, quelles garanties empêchent un signalement mensonger de produire une exclusion immédiate et comment un humain peut revoir le dossier. Une mesure de sécurité provisoire peut être proportionnée dans une situation grave, mais la confirmation de cette mesure et la fermeture définitive exigent un examen distinct.

Le terme « automatisé » ne signifie pas toujours que l’outil utilise une intelligence artificielle générative. Une règle informatique fixe, un seuil de notation, un rapprochement de données ou une décision déclenchée par un logiciel peuvent suffire. À l’inverse, le recours à une technologie avancée ne suffit pas, à lui seul, à démontrer une violation : il faut relier l’outil à la décision, identifier la part d’appréciation humaine et mesurer l’effet sur la personne. C’est pourquoi une demande de preuve utile ne doit pas se limiter à demander le code source. Elle doit viser l’architecture de la décision, les catégories de données, les règles de déclenchement, la version applicable au jour du blocage, les contrôles humains et les voies de recours.

Le chauffeur doit enfin distinguer la contestation du traitement de la contestation du motif contractuel. Une plateforme peut soutenir que le compte a été suspendu pour un manquement réel, même si la première alerte a été générée par un système. Le débat portera alors sur l’exactitude du signal, la proportion de la mesure, le respect du contrat et l’existence d’une procédure de réexamen. Si le signal est faux, incomplet ou rattaché à un autre compte, le droit de rectification et la limitation du traitement peuvent être mobilisés. Si les faits sont établis mais que la sanction est excessive, la demande doit viser la mesure prise, sa durée et les garanties prévues par les conditions contractuelles.

B. Quelles obligations pèsent sur la plateforme avant de désactiver un chauffeur ?

Le premier devoir est la transparence. Les articles 12 à 15 du RGPD imposent une information compréhensible sur les finalités, la base juridique, les catégories de données, les destinataires, la durée de conservation et l’existence d’une décision automatisée. L’article 13 vise expressément les informations utiles sur la logique sous-jacente, l’importance du traitement et ses conséquences prévues. Le droit d’accès de l’article 15 permet aussi de demander la confirmation d’un traitement, la copie des données et les informations disponibles sur la logique utilisée. Le texte européen peut être consulté dans sa version officielle sur le règlement (UE) 2016/679, notamment ses articles 12 à 15 et 22.

Une information purement générale, enfouie dans des conditions d’utilisation très longues, ne répond pas forcément à la question du chauffeur : quelle donnée a déclenché la suspension, à quelle date, pour quel motif, avec quelle marge d’erreur et pendant combien de temps ? La plateforme n’est pas tenue de remettre une formule qui exposerait un dispositif de sécurité au point de le rendre inutilisable. Elle doit toutefois fournir une explication intelligible et suffisante pour permettre une contestation réelle. La réponse doit différencier une note, un signalement, une anomalie de paiement, une incohérence documentaire et une suspicion de fraude ; ces motifs n’appellent ni les mêmes preuves ni la même mesure.

Le délai de réponse est également important. Une demande d’accès ou de rectification doit en principe recevoir une réponse dans le mois ; une prolongation de deux mois peut intervenir en raison de la complexité ou du nombre de demandes, mais la personne doit en être informée. Le chauffeur doit donc envoyer sa demande par un canal permettant de dater la réception, conserver l’accusé, relancer à l’expiration du délai et enregistrer chaque réponse. Le fait qu’un service client réponde rapidement à une question commerciale ne prouve pas qu’une demande RGPD a été traitée par le responsable compétent.

Le droit français ajoute un cadre spécifique aux travailleurs utilisant une plateforme. L’article L. 7341-1 du code du travail rend le titre applicable aux travailleurs indépendants recourant à une ou plusieurs plateformes de mise en relation par voie électronique. Lorsque la plateforme détermine les caractéristiques de la prestation et fixe son prix, l’article L. 7342-1 du code du travail lui reconnaît « une responsabilité sociale » à l’égard des travailleurs concernés. Ces textes ne transforment pas automatiquement l’indépendant en salarié, mais ils empêchent de traiter l’activité comme une relation dépourvue de toute protection spécifique.

L’article L. 7342-7 du code du travail est particulièrement utile dans un dossier de désactivation. Il prévoit que les travailleurs ont accès aux données concernant leurs activités propres au sein de la plateforme, dans un format structuré, et peuvent les transmettre. Le texte parle du droit d’accès « à l’ensemble des données concernant leurs activités propres ». Le chauffeur peut donc demander ses historiques de courses, relevés de connexion, montants, évaluations, annulations et éléments permettant de l’identifier dans les systèmes de la plateforme, sous réserve des droits des tiers et des limites prévues par le RGPD. La demande doit rester précise : données de l’intéressé, période déterminée et lien avec la décision contestée.

Si la plateforme a établi une charte relevant de l’article L. 7342-9 du code du travail, ce document mérite une lecture attentive. La charte peut préciser les conditions d’exercice, le contrôle de l’activité, les circonstances de rupture de la relation commerciale et les garanties offertes au travailleur. Elle doit notamment rappeler « la liberté pour les travailleurs d’avoir recours à la plateforme et de se connecter ou se déconnecter, sans que soient imposées des plages horaires d’activité ». La clause de désactivation, le barème de notation et les étapes de contestation doivent être comparés à cette charte et aux conditions contractuelles effectivement applicables à la date des faits.

Le statut déclaré ne clôt pas le débat. L’article L. 8221-6 du code du travail pose une présomption de non-salariat pour certaines personnes immatriculées, mais prévoit que « L’existence d’un contrat de travail peut toutefois être établie » si les conditions d’exercice révèlent un lien de subordination juridique permanente. Le chauffeur qui conteste un blocage doit donc déterminer son objectif : récupérer l’accès à l’application, obtenir les données, demander une indemnisation, faire reconnaître une relation salariée, ou poursuivre plusieurs de ces voies avec une argumentation cohérente.

La jurisprudence Uber montre pourquoi l’analyse doit porter sur les faits. Dans son arrêt du 4 mars 2020, pourvoi n° 19-13.316, la chambre sociale de la Cour de cassation a validé, au regard des éléments retenus dans ce dossier, la qualification d’un contrat de travail et a résumé l’analyse en indiquant que « le statut de travailleur indépendant du chauffeur était fictif » ; le texte intégral est disponible sur Légifrance, Cour de cassation, chambre sociale, 4 mars 2020, n° 19-13.316. L’arrêt mentionne notamment l’organisation du service, les directives, le contrôle, la géolocalisation, les courses et les possibilités de désactivation. Il ne signifie pas que tout chauffeur Uber est automatiquement salarié : il décrit un faisceau d’indices propre aux pièces examinées.

Dans un autre dossier Uber, l’arrêt du 25 janvier 2023, pourvoi n° 21-11.273, a cassé la décision d’appel pour ne pas avoir tiré les conséquences de constatations relatives au pouvoir de direction, de contrôle et de sanction. La Cour rappelle qu’un travail au sein d’un service organisé peut être un indice lorsqu’un donneur d’ordre en détermine unilatéralement les conditions. La référence exacte et le texte intégral sont accessibles sur Légifrance, Cour de cassation, chambre sociale, 25 janvier 2023, n° 21-11.273. Un blocage automatique, une notation et une géolocalisation peuvent nourrir cette analyse, mais ils doivent être replacés dans la période et dans la manière réelle dont le chauffeur travaillait.

La décision du 9 juillet 2025, pourvoi n° 24-13.513, rappelle la limite inverse. La chambre sociale a rejeté le pourvoi d’un chauffeur dont les conditions de fait ne démontraient pas, selon les constatations de la cour d’appel, un lien de subordination. La décision est publiée sur Légifrance, Cour de cassation, chambre sociale, 9 juillet 2025, n° 24-13.513. La liberté de se connecter, de travailler pour d’autres applications, de refuser une course et l’absence de directives pendant l’exécution ont été examinées concrètement. Le chauffeur ne doit donc pas présenter la sanction administrative RGPD comme une preuve automatique d’un contrat de travail ; il doit démontrer les modalités précises de son activité.

La conformité des données concerne aussi la preuve. Dans son arrêt du 21 mai 2025, pourvoi n° 22-19.925, la chambre sociale a examiné l’utilisation d’images de vidéoprotection et a rappelé que la collecte et l’exploitation d’images concernant une personne constituent un traitement de données personnelles ; elle a validé la preuve après avoir relevé les finalités, l’information et le droit d’accès. Cette décision, accessible sur Légifrance, Cour de cassation, chambre sociale, 21 mai 2025, n° 22-19.925, ne concerne pas Uber et ne tranche pas l’article 22. Elle donne néanmoins un repère pratique : l’origine d’une donnée, la finalité annoncée, l’information donnée et le changement éventuel d’utilisation doivent être documentés lorsqu’une entreprise s’en sert pour sanctionner ou exclure une personne.

Enfin, la plateforme doit conserver une documentation cohérente : registre du traitement, analyse des risques, règles internes, versions de l’outil, habilitations, journaux de décision, vérification des faux positifs, procédures d’escalade vers un humain et réponses envoyées. Cette documentation est rarement remise spontanément dans son ensemble, mais elle peut être demandée ou discutée en justice. Une incohérence entre les conditions d’utilisation, la politique de confidentialité, le message de désactivation et les journaux techniques peut renforcer la contestation.

II. Comment contester une désactivation Uber et obtenir réparation ?

A. Quelles preuves demander et quelles démarches engager après le blocage ?

Le premier réflexe consiste à fixer l’état du dossier avant toute discussion. Le chauffeur doit télécharger ou photographier le message de suspension, les courriels, les notifications de l’application, la date et l’heure de chaque tentative de connexion, le motif affiché, les réponses du service d’assistance, les demandes de documents et les éventuelles promesses de réexamen. Il faut conserver les fichiers dans leur format d’origine et réaliser une copie hors du téléphone. Une capture recadrée peut faire disparaître le nom du compte, l’identifiant de la course ou le lien vers les conditions contractuelles ; la version complète doit être conservée.

La seconde étape est financière. Le chauffeur rassemble les relevés de courses des semaines précédant la désactivation, les factures ou relevés de chiffre d’affaires, les relevés bancaires, les échéances du véhicule, les loyers de location, l’assurance professionnelle, les frais de carburant, les cotisations, les dépenses de maintenance et les revenus éventuellement obtenus sur une autre plateforme. Le préjudice ne se déduit pas d’un nombre moyen de courses. Il faut comparer une période de référence homogène, expliquer les jours non travaillés, les saisons, les congés, les pannes et les autres causes de variation, puis isoler la perte liée au blocage.

Les données de l’activité doivent être demandées sans attendre. La demande doit identifier le compte, l’adresse électronique, le numéro de téléphone, le numéro d’entreprise si nécessaire, la période concernée et la décision contestée. Elle peut solliciter :

  • la copie des données personnelles utilisées pour la suspension ou la fermeture ;
  • les notes, signalements, taux, événements de sécurité, données de trajet et historiques de connexion associés au compte ;
  • la source des données qui ne proviennent pas directement du chauffeur ;
  • la règle, la catégorie de risque ou le seuil ayant déclenché l’alerte ;
  • la version du système et la date de la décision ;
  • l’indication de savoir si la décision a été prise exclusivement par un traitement automatisé ;
  • l’identité ou la fonction du service humain ayant réexaminé le dossier, si un réexamen est allégué ;
  • la durée de conservation, les destinataires et les éventuels transferts de données ;
  • la copie des règles contractuelles et de la charte applicables au jour du blocage.

La formulation doit demander une explication utile sans exiger indistinctement tous les secrets commerciaux. Il est plus efficace de demander les facteurs déterminants, les catégories de données et les conséquences de la règle que de réclamer immédiatement le code source complet. La plateforme doit pouvoir protéger les informations concernant d’autres chauffeurs, les méthodes antifraude et les droits de tiers. Cette protection ne justifie pas une réponse vide : elle peut fournir une explication individualisée, des catégories, des seuils ou des exemples de facteurs qui permettent de vérifier le dossier.

Dans la même demande, le chauffeur peut demander la rectification d’une donnée inexacte, la limitation temporaire de son utilisation pendant la vérification et l’intervention humaine prévue par l’article 22 du RGPD. La limitation peut être utile lorsque la plateforme prétend conserver un signal litigieux et le réutiliser dans une nouvelle décision. Le droit à l’effacement n’est pas toujours la meilleure première demande : supprimer une donnée peut compliquer la preuve d’une violation ou permettre à la plateforme de soutenir qu’elle ne peut plus reconstituer la décision. Il faut donc demander la conservation des éléments nécessaires à la défense des droits, puis discuter séparément la licéité de leur conservation.

Le droit d’accès RGPD et l’article L. 7342-7 du code du travail se complètent. Le premier porte sur les données personnelles et les informations liées au traitement ; le second vise les données concernant l’activité propre du travailleur au sein de la plateforme, dans un format structuré. Une demande bien construite mentionne les deux fondements, réclame une réponse électronique exploitable et propose une période déterminée. Elle évite les demandes tellement générales qu’elles pourraient être qualifiées d’excessives, tout en couvrant les éléments nécessaires à la compréhension du blocage.

La demande doit être envoyée au canal RGPD de la plateforme, au service indiqué dans la politique de confidentialité et, si nécessaire, au service de contestation du compte. Ces démarches ne se remplacent pas. Le support peut réactiver un accès plus vite, tandis que le délégué à la protection des données traite la demande d’accès. Chaque message doit rappeler le numéro du dossier précédent, joindre les documents utiles et demander un accusé de réception. Le chauffeur ne doit pas multiplier des demandes identiques sans organisation : un tableau chronologique des envois et des réponses rend le dossier beaucoup plus lisible.

Une plainte auprès d’une autorité de contrôle peut ensuite être envisagée. L’article 77 du RGPD permet à une personne de saisir une autorité si elle estime qu’un traitement viole le règlement. La situation d’Uber présente une dimension transfrontalière : l’autorité néerlandaise était compétente pour mener l’enquête liée à l’établissement principal, tandis que la CNIL a coopéré dans la procédure européenne et a informé les plaignants. Un chauffeur en France peut déposer une réclamation auprès de l’autorité de son lieu de résidence ou de travail ; cette autorité peut la traiter ou la transmettre dans le mécanisme de coopération. Il ne faut pas promettre qu’une plainte française produira immédiatement une décision française sur le fond.

La plainte auprès de l’autorité ne remplace pas l’action individuelle. Elle peut contribuer à faire vérifier le système, les informations délivrées ou le caractère automatisé de la décision, mais elle ne fixe pas nécessairement le montant de la perte du chauffeur et ne garantit pas sa réactivation. La personne peut aussi demander un recours juridictionnel contre le responsable du traitement et solliciter la réparation d’un dommage matériel ou moral sur le fondement des articles 79 et 82 du RGPD. La juridiction compétente dépendra de la qualité des parties, du contrat, du lieu de l’activité et de la nature de la demande. Une clause attributive ou un mécanisme européen doit être vérifié avant toute assignation.

Lorsqu’une preuve risque de disparaître, l’article 145 du code de procédure civile offre un outil à examiner avant le procès au fond. Le texte prévoit que « S’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir avant tout procès la preuve » de faits dont dépendrait la solution du litige, une mesure d’instruction légalement admissible peut être ordonnée sur requête ou en référé. Le texte intégral, dans la version vérifiée, figure sur Légifrance, article 145 du code de procédure civile. Cette procédure n’est pas une demande générale d’audit informatique. Il faut expliquer la mesure sollicitée, son utilité, le risque de disparition et la proportion entre la conservation demandée et le secret des affaires.

Une procédure d’urgence peut également être étudiée lorsque le blocage crée un risque immédiat et que les conditions contractuelles, les preuves disponibles et la gravité de l’atteinte le permettent. Le juge ne réactive pas mécaniquement tous les comptes suspendus. Il apprécie l’urgence, le trouble invoqué, la contestation sérieuse, la sécurité des passagers, les documents produits et la possibilité d’une mesure provisoire. Une demande solide ne nie pas une difficulté de sécurité établie ; elle peut proposer une réactivation sous contrôle, une nouvelle vérification documentaire ou un accès limité, si cette solution est compatible avec la situation.

Pour un chauffeur qui exerce à Paris ou en Île-de-France, le lieu de l’activité donne un contexte utile mais ne détermine pas à lui seul la juridiction. Le dossier doit distinguer une action contre le responsable du traitement, un litige commercial sur la rupture du partenariat et une demande de requalification en contrat de travail. Selon la demande, le tribunal judiciaire, le tribunal de commerce ou le conseil de prud’hommes peut être discuté ; une analyse du contrat et des faits précède le choix du tribunal. Les pièces doivent identifier le lieu des courses, l’adresse de l’entreprise, le cocontractant exact et la société qui a pris la décision, car Uber France et Uber B.V. ne sont pas interchangeables par simple habitude.

La question de l’indemnisation doit être chiffrée avec prudence. Le chauffeur peut réclamer, selon le fondement retenu, la perte de marge ou de revenus, les frais rendus inutiles, les pénalités supportées, les échéances aggravées par le blocage, les frais de remplacement et un préjudice moral. Il doit établir la faute ou le manquement, le lien causal et la réalité du dommage. Une simple baisse de chiffre d’affaires ne prouve pas que la plateforme en est l’unique cause. Les courses refusées, la disponibilité du véhicule, la météo, la concurrence, une suspension administrative du permis ou une autre activité doivent être intégrées à l’analyse. La réparation ne correspond pas à une fraction automatique des 824 990 000 euros.

Si les faits révèlent une relation de travail, les demandes peuvent changer de nature : salaires, congés, indemnités de rupture, travail dissimulé ou dommages-intérêts selon la période et les conditions d’exercice. L’arrêt du 4 mars 2020 donne un repère en matière de contrôle, de directives et de sanction ; l’arrêt du 9 juillet 2025 rappelle qu’un autre dossier peut aboutir à une solution différente. La requalification exige une étude chronologique : contrats successifs, période de connexion, règles alors en vigueur, compte utilisé, donneur d’ordre, véhicule, clientèle personnelle, liberté de refus, géolocalisation et conséquences des sanctions. Le chauffeur ne doit pas transformer un argument de données personnelles en demande salariale sans relier les éléments entre eux.

B. Que doit faire une plateforme après une sanction liée aux décisions automatisées ?

Une plateforme confrontée à une sanction ou à une contestation de masse doit commencer par geler la destruction des éléments techniques. Les journaux de décision, paramètres, versions du logiciel, règles de notation, tickets de support, événements de connexion, décisions humaines et échanges contractuels doivent être conservés selon une procédure documentée. Il faut identifier les dates d’entrée et de sortie de chaque règle, les sociétés responsables, les sous-traitants, les transferts de données et les personnes habilitées. Une entreprise qui modifie son outil avant d’avoir archivé la version litigieuse risque de ne plus pouvoir expliquer la décision prise hier.

Le second chantier est la cartographie des décisions. Toutes les restrictions ne sont pas identiques. Une demande de justificatif, une mise hors ligne de quelques minutes, une suspension temporaire, une fermeture définitive, une baisse de visibilité et une réduction de l’accès aux courses produisent des effets différents. Pour chaque mesure, la plateforme doit indiquer si elle est une décision au sens de l’article 22, si un humain intervient avant son entrée en vigueur, si cette intervention dispose d’un pouvoir réel de modification et quelles garanties sont ouvertes au chauffeur. Le processus ne peut pas se contenter de renommer une décision automatique en « revue manuelle » si le salarié ou le prestataire ne reçoit qu’une alerte déjà définitive.

La révision humaine doit être compétente, indépendante de la règle qui a déclenché l’alerte et capable d’examiner les observations. Le dossier présenté à l’opérateur doit contenir les données pertinentes, mais aussi les éléments susceptibles de contredire le signal : preuve d’un itinéraire imposé par la circulation, compte rendu d’un passager, changement de téléphone, usurpation de compte, panne GPS, erreur de paiement, trajet partagé ou dysfonctionnement de l’application. L’opérateur doit pouvoir demander des informations complémentaires, annuler la mesure, la réduire ou la maintenir pour un motif écrit. Un simple clic de validation sans trace argumentée ne constitue pas une garantie robuste.

La sécurité ne doit pas être opposée en bloc au contradictoire. Une entreprise peut limiter immédiatement un accès si une menace concrète pour une personne ou un système est établie. Elle doit alors prévoir une voie de réexamen adaptée, une durée de la mesure, une information accessible et une décision finale motivée. Les règles antifraude doivent mesurer les faux positifs, les biais liés à la géolocalisation ou à la notation, l’impact sur les chauffeurs qui travaillent dans des zones moins fréquentées et le risque qu’un signalement abusif provoque une perte disproportionnée. La sécurité d’un service dépend aussi de la capacité à corriger rapidement une erreur.

La plateforme doit revoir ses informations. La politique de confidentialité doit dire quelles données sont utilisées pour la fraude, la notation, la géolocalisation, la sécurité et la désactivation. Les conditions contractuelles doivent expliquer les manquements, l’échelle des mesures, les délais de contestation et les conséquences d’une non-réponse. Le message adressé au chauffeur doit reprendre le motif utile, le canal de recours et les documents attendus. Une formule comme « votre compte ne respecte pas nos règles » ne permet pas de savoir quelle course, quelle date ou quelle donnée est contestée.

La plateforme doit aussi examiner sa responsabilité sociale. L’article L. 7342-9 du code du travail n’impose pas une charte dans toutes les situations, mais lorsqu’une charte existe, elle peut encadrer le contrôle de l’activité, les circonstances de rupture et les garanties du travailleur. Les responsables doivent comparer les pratiques réellement appliquées avec le texte publié. Une charte promettant un dialogue ou une information préalable ne peut rester sans effet lorsque les décisions sont prises par un seuil logiciel. Les engagements contractuels s’interprètent avec les pratiques et les documents envoyés aux travailleurs, pas seulement avec la page juridique la plus récente.

Le contentieux commercial et le contentieux du travail doivent être séparés. Une rupture du partenariat peut soulever la question du respect du contrat, de la brutalité de la rupture, des garanties convenues et du préjudice commercial. Une demande de requalification repose sur les conditions d’exercice et le lien de subordination. Une contestation RGPD porte sur le traitement, l’information, la décision automatisée, l’accès aux données et les mesures de réparation. Ces fondements peuvent se croiser, mais une plateforme ne peut pas répondre à une demande de données par une simple justification commerciale, pas plus qu’un chauffeur ne peut obtenir automatiquement une qualification salariale par la seule existence d’un algorithme.

La Cour de cassation offre une grille à manier avec précision. Le 25 janvier 2023, elle a rappelé dans l’arrêt n° 21-11.273 que le lien de subordination s’apprécie à partir des ordres, du contrôle et du pouvoir de sanction, et qu’un service organisé peut être un indice lorsque ses conditions sont imposées unilatéralement. Le 9 juillet 2025, dans l’arrêt n° 24-13.513, elle a approuvé une analyse inverse au regard des libertés concrètement conservées par le chauffeur. La sanction RGPD d’août 2026, centrée sur des décisions automatisées et leurs effets significatifs, enrichit le dossier factuel ; elle ne remplace pas l’examen de la relation contractuelle de chaque chauffeur.

La conservation des preuves doit inclure les éléments favorables à la personne. La décision du 21 mai 2025, n° 22-19.925, montre l’importance de la finalité annoncée, de l’information et du droit d’accès lorsqu’une entreprise utilise des données pour soutenir une mesure défavorable. Une plateforme qui ne conserve que les alertes confirmant le blocage et détruit les demandes de réexamen crée un risque probatoire. Une gouvernance sérieuse doit conserver aussi les contestations, les erreurs détectées, les réactivations et les corrections de données afin de mesurer la fiabilité du système.

Les dirigeants doivent enfin organiser une chaîne de responsabilité claire entre la société qui exploite l’application, la société qui traite les données, le sous-traitant antifraude et le service client. Le chauffeur doit savoir à qui adresser sa demande ; l’entreprise doit savoir qui répond, sous quel délai et avec quel accès aux journaux. Le responsable du traitement doit être capable de produire une décision cohérente entre la notification, le dossier interne et les informations fournies au régulateur. Le secret des affaires protège certains détails, mais il ne dispense pas de démontrer la licéité, la proportion et la traçabilité du traitement.

Une procédure interne efficace peut suivre une séquence simple : enregistrer l’alerte, vérifier le risque immédiat, conserver les données, informer le chauffeur, recueillir ses observations, faire intervenir un humain habilité, décider par écrit, permettre un recours et réévaluer les règles qui produisent trop d’erreurs. La plateforme doit mesurer le délai moyen de réponse, le taux de réactivation, les erreurs confirmées, les demandes restées sans réponse et les conséquences économiques. Ces indicateurs ne sont pas seulement des outils de conformité : ils permettent de repérer un système qui transforme des hypothèses en sanctions définitives.

Le rappel des règles de preuve vaut aussi pour l’entreprise qui reçoit une demande judiciaire. Elle doit répondre au périmètre ordonné, protéger les données de tiers, proposer une modalité de consultation sécurisée et expliquer les impossibilités techniques réelles. Elle ne doit ni effacer les éléments litigieux, ni produire des tableaux incompréhensibles, ni remplacer les journaux par une reconstruction postérieure non datée. Lorsqu’une mesure fondée sur l’article 145 du code de procédure civile est demandée, la conservation préalable des versions, des paramètres et des échanges permet au juge de mesurer exactement la preuve disponible.

Pour les entreprises et chauffeurs de Paris et d’Île-de-France, l’actualité peut produire des contentieux rapides en raison du poids de la métropole dans l’activité VTC. Le lieu de prise en charge, la société cocontractante, le centre de décision et la juridiction compétente doivent être vérifiés séparément. Une entreprise qui veut prévenir le litige doit désigner un interlocuteur RGPD et un interlocuteur opérationnel, conserver les décisions prises sur les comptes franciliens et prévoir un réexamen accessible depuis la France. Un chauffeur qui veut agir doit réunir les courses, les notifications et les pertes propres à cette zone, sans extrapoler à partir d’un chiffre national.

Enfin, l’amende annoncée ne clôt pas le sujet. La société sanctionnée peut contester la décision de l’autorité selon les voies et délais applicables dans l’État compétent, tandis que les chauffeurs disposent de leurs propres droits. Une procédure administrative européenne, une demande d’accès, une plainte individuelle et une action en indemnisation n’ont ni le même objet ni le même calendrier. La plateforme doit traiter la décision réglementaire et les dossiers individuels ensemble, mais elle ne peut pas attendre l’issue d’un appel pour corriger une erreur manifeste sur un compte. De son côté, le chauffeur ne doit pas attendre une nouvelle actualité pour sauvegarder une notification ou demander ses données.

Conclusion

La sanction de 824 990 000 euros annoncée le 24 août 2026 met en évidence le risque d’une désactivation décidée exclusivement par un système automatisé lorsque l’accès au compte conditionne directement l’activité et les revenus. Elle ne donne pas automatiquement à chaque chauffeur un droit à indemnisation, pas plus qu’elle ne suffit à établir dans tous les cas l’existence d’un contrat de travail. Le dossier individuel doit démontrer la décision prise, les données utilisées, l’absence ou l’insuffisance de réexamen humain, la violation éventuelle des garanties du RGPD, les conditions contractuelles et le préjudice précis.

Après un blocage, la priorité est de conserver les notifications, les échanges et les preuves de revenus, puis d’adresser une demande structurée d’accès, d’explication, de rectification et d’intervention humaine. Le chauffeur peut envisager une réclamation auprès d’une autorité, une demande de conservation ou d’établissement de preuve, une procédure urgente, une action en réparation et, si les faits le justifient, une demande de requalification. La voie pertinente dépend de la société qui a pris la décision, de la période, du contrat et du comportement réel de la plateforme. Un examen professionnel du dossier permet de coordonner ces démarches sans confondre sanction administrative, litige commercial, droit des données et droit du travail.

Les entreprises utilisant un scoring ou une détection automatisée doivent, quant à elles, documenter les règles, conserver les versions, informer les personnes, organiser une intervention humaine réelle et mesurer les faux positifs. Une procédure compréhensible, traçable et contradictoire protège à la fois les passagers, les chauffeurs et l’entreprise. Pour approfondir le droit des affaires applicable aux contrats, aux plateformes et aux contentieux commerciaux, le dossier doit être examiné à partir des pièces concrètes plutôt qu’à partir du seul intitulé donné par l’application.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier.

Consultation téléphonique en 48 heures avec un avocat du cabinet.

Un premier échange permet d’identifier les preuves, les délais et la voie de recours adaptée à votre situation à Paris et en Île-de-France.

06 46 60 58 22

Formulaire de contact du cabinet

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».