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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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Régularisation des charges en faveur du locataire : comment obtenir le remboursement du trop-perçu ?

La régularisation annuelle des charges ne sert pas seulement à réclamer un complément au locataire. Elle peut aussi montrer que les provisions versées chaque mois étaient trop élevées. Dans ce cas, le solde doit revenir au locataire : le bailleur ne peut pas conserver un trop-perçu de charges sans décompte, sans justificatifs ou en le mélangeant avec d’autres sommes contestées.

La question revient souvent au début de l’été, lorsque les comptes de copropriété ont été approuvés, que les agences envoient les régularisations et que les locataires quittent leur logement avant une relocation. Le réflexe utile est simple : demander un décompte lisible, vérifier les charges réellement récupérables, comparer avec les provisions déjà payées, puis réclamer le remboursement du solde en faveur du locataire.

Réponse courte : si les provisions dépassent les charges réelles, le bailleur doit rembourser

Lorsque le bail prévoit des provisions sur charges, le bailleur doit les régulariser. Si les dépenses récupérables imputables au logement sont supérieures aux provisions déjà versées, le locataire peut devoir un complément. Si elles sont inférieures, le locataire a payé trop. Le bailleur doit alors restituer la différence.

Ce remboursement ne dépend pas d’un geste commercial. Il découle de la logique même des provisions : elles sont une avance, pas un forfait définitif. L’article 23 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit que les charges récupérables sont exigibles sur justification et que les provisions doivent faire l’objet d’une régularisation annuelle.

La difficulté pratique tient souvent au calcul. Le locataire reçoit une ligne « régularisation de charges » ou « solde de charges » sans détail. Or il faut comprendre la période concernée, les charges retenues, les provisions déjà payées, le mode de répartition dans l’immeuble et le résultat final. Sans ces éléments, il est difficile de savoir si le remboursement proposé est exact.

Quelles charges peuvent entrer dans le calcul ?

Le bailleur ne peut pas faire supporter au locataire toutes les dépenses de l’immeuble. Les charges récupérables correspondent principalement à des services liés à l’usage du logement, à l’entretien courant des parties communes, aux menues réparations sur les éléments communs et à certaines taxes liées à un service dont le locataire profite directement.

La liste de référence est fixée par le décret du 26 août 1987 sur les charges récupérables. Elle vise par exemple certaines dépenses d’eau, d’ascenseur, d’entretien courant, d’espaces extérieurs, de chauffage collectif ou de taxe d’enlèvement des ordures ménagères lorsque les conditions sont réunies.

En revanche, beaucoup de postes restent à la charge du propriétaire : gros travaux, honoraires de syndic non récupérables, dépenses patrimoniales, réparations importantes, frais de gestion du bailleur, certaines assurances ou charges de copropriété qui ne correspondent pas à un service rendu au locataire.

Le bon contrôle consiste donc à ne pas regarder seulement le total. Il faut isoler les charges récupérables. Un relevé de copropriété peut afficher une somme élevée, mais seule une partie peut être réclamée ou conservée au titre des charges locatives.

Comment vérifier une régularisation favorable au locataire ?

Commencez par reconstituer les provisions payées. Prenez les quittances, le bail, les virements et les appels mensuels. Additionnez les provisions versées sur la période concernée, en distinguant le loyer hors charges et les charges.

Ensuite, demandez le décompte par nature de charges. Dans un immeuble collectif, le bailleur doit aussi indiquer le mode de répartition entre locataires. Cela permet de comprendre pourquoi une dépense commune est imputée à votre logement plutôt qu’à un autre.

Troisième étape : vérifiez les justificatifs. L’article 23 prévoit que les pièces justificatives sont tenues à la disposition du locataire pendant six mois à compter de l’envoi du décompte. Depuis 2015, le locataire peut aussi demander le récapitulatif des charges du logement par voie dématérialisée ou par voie postale.

Enfin, comparez les deux colonnes :

  • provisions versées par le locataire ;
  • charges récupérables réellement imputables au logement ;
  • solde dû par le locataire ou, au contraire, solde à rembourser par le bailleur.

Si le résultat est favorable au locataire, la demande doit être formulée clairement : « les provisions versées dépassent les charges récupérables justifiées, je vous demande donc de me rembourser le trop-perçu de X euros ».

Le bailleur peut-il garder le trop-perçu pour le dépôt de garantie, des réparations ou un futur loyer ?

Le bailleur ne doit pas mélanger les sujets. Une régularisation de charges favorable au locataire concerne les provisions et les dépenses récupérables. Le dépôt de garantie, les réparations locatives, les loyers impayés ou les dégradations relèvent d’autres comptes.

Si le locataire est encore dans les lieux, le bailleur peut parfois imputer le solde sur une échéance future si les parties sont d’accord ou si le compte locatif est présenté clairement. Mais il ne doit pas conserver une somme favorable au locataire sans explication.

Si le bail est terminé, la vigilance doit être plus forte. La régularisation peut intervenir après le départ, notamment lorsque les comptes de copropriété ne sont pas encore connus au jour de l’état des lieux de sortie. Le bailleur peut retenir une provision temporaire sur le dépôt de garantie dans les conditions applicables, mais il doit ensuite régulariser et restituer le solde justifié. Pour le cas inverse, vous pouvez lire notre article sur la régularisation des charges locatives après le départ du locataire.

Lorsque le bailleur invoque des dégradations pour refuser le remboursement des charges, il faut demander deux décomptes séparés : un compte de charges et un compte de réparations. Cette séparation évite qu’une discussion sur l’état du logement fasse disparaître un trop-perçu de provisions.

Que faire si le bailleur ne répond pas ?

La première étape est une demande écrite. Elle doit rappeler le logement, la période concernée, le montant des provisions payées, le décompte reçu ou l’absence de décompte, puis demander le remboursement ou les justificatifs.

Si la demande reste sans réponse, envoyez une mise en demeure. Elle doit rester factuelle. Il ne suffit pas d’écrire que les charges sont « abusives ». Il faut expliquer ce qui manque : décompte par nature de charges, mode de répartition, justificatifs, ventilation récupérable/non récupérable, ou remboursement du solde favorable au locataire.

Le locataire peut aussi saisir la commission départementale de conciliation lorsque le litige relève du bail d’habitation et porte sur les charges. Cette étape peut être utile pour obtenir un échange cadré, surtout lorsque le montant reste modéré ou que les pièces sont incomplètes.

Si le blocage persiste, le juge des contentieux de la protection peut être saisi. La demande peut viser la communication des justificatifs, la restitution du trop-perçu, voire des dommages et intérêts si le comportement du bailleur a causé un préjudice distinct.

Quelles preuves réunir avant de réclamer le remboursement ?

Le dossier doit être simple et chronologique. Réunissez :

  • le bail et ses clauses sur les charges ;
  • les quittances de loyer ;
  • les virements ou relevés prouvant les provisions payées ;
  • le courrier ou mail de régularisation ;
  • le décompte de charges transmis ;
  • les demandes de justificatifs ;
  • les réponses du bailleur ou de l’agence ;
  • les comptes de copropriété si vous les avez reçus ;
  • l’état des lieux de sortie si le bail est terminé ;
  • le décompte du dépôt de garantie si le bailleur mélange les sujets.

Pour les locataires, l’erreur fréquente est de contester sans chiffre. Pour les bailleurs, l’erreur fréquente est d’envoyer un total sans ventilation. Dans les deux cas, le dossier devient plus solide lorsqu’un tableau reprend mois par mois les provisions, puis les charges récupérables justifiées.

Paris et Île-de-France : pourquoi le sujet est sensible

À Paris et en Île-de-France, les régularisations peuvent être importantes. Les immeubles ont souvent des postes collectifs élevés : chauffage, eau chaude, ascenseur, gardiennage, entretien, ordures ménagères, contrats d’immeuble. Les locataires paient parfois des provisions élevées parce que le bailleur ou l’agence anticipe ces charges.

Mais une provision élevée ne donne pas au bailleur le droit de conserver le solde si les dépenses réelles sont plus faibles. Dans les immeubles collectifs, les comptes approuvés par la copropriété doivent ensuite être traduits dans le compte locatif. Cette étape est parfois mal faite : mauvaise période, mauvaise clé de répartition, charges non récupérables incluses, oubli des provisions déjà réglées, ou absence de remboursement après le départ.

Pour les propriétaires bailleurs, le point d’attention est également important. Une régularisation favorable au locataire doit être traitée proprement, car un compte opaque peut déclencher un contentieux inutile, fragiliser une retenue sur dépôt de garantie ou compliquer une procédure ultérieure pour loyers impayés.

Les erreurs à éviter

Ne payez pas, ou ne refusez pas, sans demander le détail. Une régularisation de charges se contrôle sur pièces.

Ne confondez pas charges de copropriété et charges locatives. Le copropriétaire paie des charges au syndic ; le locataire ne rembourse que les charges récupérables.

Ne laissez pas passer le délai de six mois pour consulter les justificatifs après l’envoi du décompte. Passé ce délai, la discussion peut devenir plus difficile même si le droit à contestation n’est pas automatiquement éteint.

Ne mélangez pas le remboursement des charges avec un litige sur l’état des lieux. Si le bailleur invoque des réparations, demandez le détail séparé.

Ne vous contentez pas d’une formule générale. Une demande efficace chiffre le trop-perçu, cite la période et demande soit le remboursement, soit les justificatifs manquants.

Sources utiles

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».