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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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Régularisation des charges locatives après départ : que peut réclamer l’agence ?

Vous avez quitté votre logement depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois. L’état des lieux de sortie est signé. Le dépôt de garantie a été rendu, ou partiellement retenu. Puis l’agence vous écrit : une régularisation de charges locatives reste à payer.

La somme peut être faible. Elle peut aussi atteindre plusieurs centaines ou milliers d’euros, surtout lorsque l’immeuble a connu une hausse de chauffage, d’eau chaude, de gardiennage ou de charges de copropriété. La question n’est pas seulement de savoir si l’ancien locataire doit encore payer. Il faut vérifier ce qui est réclamé, la période concernée, les justificatifs disponibles et le délai dans lequel le bailleur agit.

Le départ du logement ne fait pas disparaître toutes les dettes locatives. Mais il ne donne pas non plus à l’agence un droit automatique à réclamer une somme globale, sans décompte exploitable, sans pièces et sans explication.

Le bailleur peut encore régulariser après le départ

Dans une location vide ou meublée avec provisions pour charges, le locataire paie chaque mois une avance. Cette avance doit ensuite être comparée aux charges réellement récupérables. Si les provisions ont été trop faibles, le bailleur peut demander un complément. Si elles ont été trop élevées, le locataire peut demander un remboursement.

Le fait d’avoir quitté le logement ne bloque donc pas, en lui-même, une régularisation. C’est fréquent en copropriété : les comptes sont arrêtés après l’assemblée générale, parfois plusieurs mois après le départ du locataire. L’agence peut donc découvrir le solde plus tard.

Mais la demande doit rester juridiquement vérifiable. Elle doit rattacher une somme à une période d’occupation, à des charges récupérables et à une clé de répartition. Une ligne intitulée « régularisation charges » ne suffit pas.

Ce que dit l’article 23 de la loi du 6 juillet 1989

L’article 23 de la loi du 6 juillet 1989 fixe la règle de base. Les charges récupérables sont des sommes accessoires au loyer principal. Elles sont exigibles sur justification et correspondent à trois catégories : les services rendus liés à l’usage du logement, l’entretien courant et les menues réparations des parties communes, ainsi que certaines impositions correspondant à un service dont le locataire profite directement.

Lorsque les charges sont payées par provisions, elles doivent faire l’objet d’une régularisation annuelle. Un mois avant la régularisation, le bailleur doit communiquer au locataire le décompte par nature de charges. Dans les immeubles collectifs, il doit aussi communiquer le mode de répartition entre les locataires.

Pendant six mois à compter de l’envoi du décompte, les justificatifs doivent être tenus à la disposition du locataire. Le locataire peut également demander le récapitulatif des charges du logement par voie postale ou dématérialisée.

Service-public rappelle aussi cette logique sur sa fiche consacrée aux charges à payer par le locataire : le montant réclamé doit être justifié, et les documents justificatifs doivent pouvoir être consultés.

Toutes les charges ne sont pas récupérables

Le bailleur ne peut pas récupérer tout ce qu’il paie à la copropriété. La liste des charges récupérables est encadrée par le décret n° 87-713 du 26 août 1987. Cette liste vise notamment certaines dépenses d’ascenseur, d’eau, de chauffage collectif, d’entretien des parties communes, d’espaces extérieurs, de petites réparations et certaines taxes comme la taxe d’enlèvement des ordures ménagères.

En revanche, de nombreuses dépenses restent à la charge du propriétaire : gros travaux, honoraires de syndic non récupérables, frais de gestion, assurance de l’immeuble, certaines dépenses exceptionnelles, travaux de conservation ou d’amélioration qui ne relèvent pas de l’entretien courant.

La régularisation doit donc être lue ligne par ligne. Un ancien locataire ne doit pas seulement demander « combien je dois ». Il doit demander « pourquoi cette ligne est récupérable ».

Les pièces à demander immédiatement

La réponse utile à l’agence doit être écrite. Il ne faut pas se limiter à un appel téléphonique, car le litige se jouera souvent sur les pièces et les dates.

L’ancien locataire peut demander :

  • le décompte de charges par nature de charges ;
  • la période exacte concernée ;
  • le mode de répartition applicable au logement ;
  • le montant des provisions déjà versées ;
  • la part de charges réellement imputée au logement ;
  • les justificatifs disponibles, notamment les comptes de copropriété, factures, contrats d’entretien ou avis de taxe ;
  • la ventilation entre charges récupérables et charges non récupérables ;
  • le calcul au prorata si le locataire n’a occupé le logement qu’une partie de l’exercice.

Cette demande ne vaut pas refus de payer. Elle signifie seulement que la somme doit être contrôlée avant règlement.

Le cas fréquent : l’agence réclame après avoir retenu le dépôt de garantie

Le dépôt de garantie peut être partiellement retenu pour des réparations locatives, des loyers impayés ou une régularisation de charges, dans les conditions prévues par la loi. Mais une retenue ne dispense pas le bailleur d’expliquer le calcul.

Deux situations doivent être distinguées.

Première situation : le bailleur a retenu une provision raisonnable en attendant l’arrêté des comptes, puis il transmet un décompte précis. La discussion portera sur les lignes et le solde.

Deuxième situation : l’agence a retenu une somme importante, puis réclame encore un complément sans justificatifs clairs. Dans ce cas, il faut demander la cohérence complète du compte de sortie : dépôt de garantie, retenues, provisions payées, charges réelles, solde final.

Pour un rappel plus large sur les retenues à la sortie du logement, vous pouvez lire notre article sur le dépôt de garantie dans le bail d’habitation.

Jusqu’où le bailleur peut-il remonter ?

L’article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit un délai de prescription de trois ans pour les actions dérivant d’un contrat de bail d’habitation. En matière de charges, il faut être attentif au point de départ.

La Cour de cassation a jugé, à propos de charges indûment perçues par un bailleur social, que le point de départ du délai de prescription de l’action en répétition des charges indues est le jour de la régularisation des charges, car c’est seulement à ce moment que le locataire peut déterminer l’existence d’un indu : Cass. 3e civ., 9 novembre 2017, n° 16-22.445.

En pratique, un bailleur qui réclame des charges anciennes doit préciser l’année concernée et la date à laquelle la somme est devenue exigible. Si la régularisation arrive tardivement, le locataire peut aussi demander un paiement par douzième lorsque les conditions de l’article 23 sont réunies.

Il faut donc éviter les réponses automatiques. Une demande portant sur l’exercice précédent peut être régulière. Une demande confuse portant sur plusieurs années peut être partiellement contestable.

Que faire si les justificatifs ne sont pas transmis ?

Le bailleur doit tenir les justificatifs à disposition. Il peut aussi transmettre un récapitulatif à la demande du locataire. Si l’agence refuse toute pièce, répond par des formules vagues ou renvoie seulement un tableau interne, la demande est fragile.

La Cour de cassation a déjà censuré des décisions qui condamnaient un locataire sans constater que le bailleur avait tenu à sa disposition les pièces justificatives réclamées. C’est notamment le sens de l’arrêt Cass. 3e civ., 1er avril 2009, n° 08-14.854 et de l’arrêt Cass. 3e civ., 8 décembre 2010, n° 09-71.124.

Ces décisions ne signifient pas que le locataire ne doit jamais payer. Elles rappellent que les charges doivent être justifiées. Sans justificatifs, la dette ne peut pas être traitée comme une évidence.

Comment répondre à l’agence

La réponse doit rester courte et ferme.

Vous pouvez écrire :

« Je prends note de votre demande de régularisation de charges après mon départ du logement. Avant tout paiement, je vous remercie de me transmettre le décompte par nature de charges, la période concernée, le mode de répartition, le montant des provisions déjà versées, ainsi que les justificatifs permettant de vérifier le caractère récupérable des sommes réclamées. En l’état, je ne suis pas en mesure de valider le solde demandé. »

Si la somme est très élevée, il faut ajouter une demande de ventilation. Si une partie est manifestement due, il peut être utile de payer la partie non contestée et de contester le solde. Si toute la demande est incompréhensible, il vaut mieux attendre les pièces.

Faut-il payer pour éviter une procédure ?

Payer sans contrôle peut être une erreur, surtout si la somme est élevée ou si le décompte mélange charges récupérables et non récupérables. Mais refuser toute discussion peut aussi durcir inutilement le dossier.

La bonne méthode consiste à classer la demande en trois blocs :

  • les sommes clairement dues ;
  • les sommes qui nécessitent justificatifs ;
  • les sommes contestables par nature.

Exemple : la taxe d’enlèvement des ordures ménagères peut souvent être récupérée, sous réserve de justificatif et de prorata. À l’inverse, des honoraires de syndic ou des gros travaux ne doivent pas être mis automatiquement à la charge du locataire.

Si le bailleur transmet les pièces et que le solde est exact, le paiement est préférable. Si les pièces montrent une erreur, il faut demander une régularisation corrigée. Si aucune pièce n’est transmise, le dossier peut être contesté.

Paris et Île-de-France : pourquoi les litiges sont fréquents

À Paris et en Île-de-France, les charges peuvent être élevées dans les immeubles anciens, les copropriétés avec gardien, chauffage collectif, ascenseur ou travaux récurrents. Les régularisations après départ sont donc fréquentes.

Le locataire doit être particulièrement attentif au prorata. S’il a quitté le logement en février, il ne doit pas supporter comme s’il avait occupé l’appartement toute l’année. Il faut aussi vérifier si certaines dépenses correspondent à des travaux votés en assemblée générale, à des dépenses exceptionnelles ou à des postes non récupérables.

Le cabinet intervient en droit immobilier à Paris pour contrôler les décomptes, les justificatifs, les retenues sur dépôt de garantie et les demandes de paiement après départ.

Les erreurs à éviter

La première erreur est de payer immédiatement parce que l’agence menace d’un recouvrement. Une menace ne remplace pas un justificatif.

La deuxième erreur est de répondre seulement par téléphone. Il faut un écrit daté.

La troisième erreur est de contester sans demander les pièces. Une contestation générale laisse le bailleur dire que le locataire refuse de bonne foi de vérifier.

La quatrième erreur est d’oublier les provisions déjà versées. Le solde doit tenir compte de tout ce qui a été payé pendant l’occupation.

La cinquième erreur est de mélanger les sujets. Les dégradations de sortie, le dépôt de garantie, les loyers impayés et les charges sont liés dans le compte final, mais chaque poste doit être justifié séparément.

À retenir

Une régularisation de charges locatives après départ peut être valable. Mais elle doit être justifiée, calculée au prorata, limitée aux charges récupérables et accompagnée d’un décompte exploitable.

L’ancien locataire doit demander les pièces avant de payer. Le bailleur doit distinguer les charges récupérables des dépenses de propriétaire. L’agence doit expliquer la période, la clé de répartition et le solde après déduction des provisions.

Le bon réflexe est simple : demander les justificatifs, vérifier les lignes, payer seulement ce qui est dû et contester par écrit ce qui ne l’est pas.

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À Paris et en Île-de-France, l’analyse peut intégrer le prorata d’occupation, les charges de copropriété, les retenues de sortie et la stratégie de réponse à l’agence.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».