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Maître Reda KOHEN
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MaPrimeRénov frauduleuse à votre nom : que faire si un dossier ou des travaux ont été lancés sans accord ?

La fraude à MaPrimeRénov ne touche pas seulement l’Etat ou les entreprises de rénovation. Elle peut aussi placer un propriétaire dans une situation très concrète : un dossier a été ouvert à son nom, un mandataire dit avoir agi pour lui, une entreprise réclame le paiement d’un solde, ou l’Anah refuse puis retire une prime parce que le consentement, les pièces ou les travaux ne sont pas établis.

Le sujet est devenu sensible depuis le renforcement des contrôles publics sur MaPrimeRénov. L’Anah indique avoir intensifié ses contrôles en matière d’usurpation d’identité, et le Gouvernement a déjà communiqué sur la suspension puis la reprise encadrée du dispositif MaPrimeRénov afin de lutter contre les fraudes. Pour un propriétaire, l’enjeu n’est pas théorique : il faut savoir quoi contester, auprès de qui, et avec quelles pièces.

La première erreur consiste à traiter le problème comme une simple difficulté administrative. Si le dossier a été déposé sans accord réel, si une adresse mail inconnue a servi au dépôt, si un mandat financier a été signé sans compréhension claire, ou si l’entreprise a promis une aide qui n’arrive pas, le litige peut devenir contractuel, civil, voire pénal selon les faits.

Les situations qui doivent alerter immédiatement

Plusieurs signaux imposent de réagir vite.

Vous recevez un message de l’Anah ou d’un mandataire alors que vous n’avez jamais créé vous-même le dossier MaPrimeRénov. Une entreprise affirme qu’elle a déposé la demande à votre place, mais vous ne retrouvez aucun mandat clair. Le devis mentionne une prime déduite du prix, puis l’entreprise réclame finalement le montant entier. Un contrôle post-travaux indique que votre consentement n’est pas établi. L’aide est refusée parce qu’une pièce manque, alors que personne ne vous a demandé cette pièce à temps.

Le problème peut aussi apparaître après les travaux. Le propriétaire pensait payer un reste à charge limité. L’entreprise réclame ensuite plusieurs milliers d’euros, au motif que MaPrimeRénov n’a pas été versée. Dans d’autres dossiers, le propriétaire découvre qu’un tiers a utilisé ses informations personnelles pour ouvrir un dossier ou pour valider un projet de travaux.

Dans tous les cas, il faut distinguer trois questions.

La première est administrative : le dossier MaPrimeRénov est-il valide, incomplet, refusé, suspendu ou retiré ?

La deuxième est contractuelle : l’entreprise ou le mandataire a-t-il respecté son obligation d’information, de conseil et de suivi du dossier ?

La troisième est probatoire : qui peut démontrer que le propriétaire a réellement consenti au projet, au mandat, au devis, au dépôt du dossier et au versement de la prime ?

Ce qu’il faut demander à l’entreprise ou au mandataire

Avant de payer un solde réclamé, il faut obtenir les documents.

Demandez le devis signé, les conditions générales, le mandat administratif ou financier, la preuve de dépôt du dossier MaPrimeRénov, les identifiants ou références du dossier, les échanges avec l’Anah, les relances reçues, les pièces transmises, la décision d’octroi ou de refus, la facture, le procès-verbal de réception, les attestations de conformité et les justificatifs de mise en service.

La demande doit être écrite. Elle doit fixer un délai court. Elle doit indiquer que le paiement est contesté tant que l’entreprise ne justifie pas du consentement, du mandat, des démarches accomplies et des causes exactes du refus ou du retrait de l’aide.

Cette étape est décisive. En contentieux, le débat porte souvent sur la preuve. Le propriétaire doit montrer ce qu’il a signé, ce qu’il n’a pas signé, ce qu’on lui a promis et ce qu’on lui a caché. L’entreprise doit expliquer ce qu’elle devait faire et ce qu’elle a effectivement fait.

Le propriétaire peut-il refuser de payer ?

Il ne faut pas raisonner de manière automatique. Le refus de payer est possible dans certains cas, mais il doit être juridiquement cadré.

Si le contrat prévoit que le prix reste dû même en cas de refus de MaPrimeRénov, l’entreprise invoquera cette clause. Mais cette clause ne la protège pas nécessairement si elle a commis une faute : promesse trompeuse sur le reste à charge, dépôt tardif, absence de suivi, mandat mal exécuté, défaut d’information sur les conditions d’obtention de l’aide, ou travaux réalisés alors que le financement annoncé n’était pas sécurisé.

L’article 1103 du Code civil rappelle que le contrat fait la loi des parties. Mais l’article 1104 du Code civil impose aussi l’exécution de bonne foi. Lorsque l’engagement n’a pas été exécuté ou a été mal exécuté, l’article 1217 du Code civil permet notamment de demander l’exécution, une réduction du prix, la résolution du contrat ou des dommages et intérêts.

Si le consentement a été obtenu par erreur ou par dol, l’article 1130 du Code civil peut aussi être discuté. C’est le cas lorsque le propriétaire n’aurait pas signé, ou aurait signé à d’autres conditions, s’il avait connu le vrai coût de l’opération ou les vraies conditions d’obtention de la prime.

Quand le mandataire a mal suivi le dossier MaPrimeRénov

Les décisions récentes montrent l’importance du mandat confié à l’entreprise ou au prestataire.

Dans un jugement du 6 novembre 2025, le tribunal judiciaire de Bourg-en-Bresse a retenu la responsabilité d’une entreprise chargée d’accompagner une cliente dans ses démarches MaPrimeRénov. Le tribunal relève que le mandat impliquait le dépôt du dossier, le traitement des échanges avec l’Anah, le suivi régulier et l’information de la cliente. L’entreprise a été condamnée à indemniser la perte de chance d’obtenir l’aide.

Cette décision est utile pour les propriétaires confrontés à une entreprise qui répond simplement : « la prime a été refusée, vous devez payer ». Si l’entreprise avait pris en charge les démarches, il faut vérifier si elle a informé le client des pièces manquantes, si elle a relancé l’administration, si elle a utilisé une adresse mail connue du propriétaire, et si elle a traité les demandes de l’Anah dans les délais.

Un autre contentieux, devant le tribunal des activités économiques de Nanterre le 3 juin 2025, illustre les conséquences d’un retrait de prime après contestation du consentement au projet de travaux. Le litige opposait des professionnels, mais il montre qu’un retrait MaPrimeRénov peut déclencher des demandes de remboursement en chaîne. Pour le propriétaire, cela confirme l’intérêt de conserver toutes les preuves de consentement, de contrôle, de réception et de paiement.

Les démarches à faire auprès de l’Anah

Si vous découvrez un dossier suspect, il faut demander une copie complète ou, à tout le moins, les éléments identifiables du dossier : référence, date de dépôt, mandataire, adresse mail utilisée, pièces produites, décision d’octroi, décision de refus ou décision de retrait.

Il faut ensuite écrire à l’Anah pour contester les informations inexactes, signaler l’absence de consentement si elle existe, demander la suspension du traitement litigieux et conserver la preuve de l’envoi. Si la décision est déjà prise, il faut vérifier les voies et délais de recours indiqués dans la notification.

En parallèle, il est prudent de déposer un signalement lorsque des éléments personnels ont été utilisés sans accord : identité, adresse, avis fiscal, titre de propriété, RIB, signature, adresse mail ou numéro de téléphone. Lorsque les faits sont graves, une plainte peut être envisagée, notamment en cas d’usurpation d’identité, de faux, d’escroquerie ou de tentative d’escroquerie.

Les pièces à réunir avant toute mise en demeure

Le dossier doit être préparé avant d’écrire à l’entreprise.

Réunissez le devis, les bons de commande, les conditions générales, les factures, les captures du compte MaPrimeRénov, les courriels de l’Anah, les SMS commerciaux, les publicités, les échanges avec le commercial, les preuves de paiement, les photographies des travaux, les attestations de passage, les rapports de contrôle, les réserves à la réception et les relances de l’entreprise.

Ajoutez les éléments négatifs : absence d’accès à l’adresse mail utilisée, absence de mandat signé, signature contestée, incohérence entre le logement réel et le logement déclaré, différence entre les travaux promis et les travaux exécutés, ou absence de remise d’un certificat de mise en service.

Ces pièces permettent de choisir la bonne stratégie. Dans certains dossiers, il faut contester le solde du prix. Dans d’autres, il faut demander une réduction du prix, une indemnisation de la prime perdue, une expertise, la remise de documents ou la résolution du contrat.

Faut-il agir contre l’entreprise, le mandataire ou les deux ?

Tout dépend du montage.

L’entreprise peut être responsable si elle a vendu les travaux avec une promesse d’aide imprécise, si elle a laissé croire que la prime était acquise, si elle a commencé les travaux trop tôt, ou si elle a mal exécuté son obligation d’information. Le mandataire peut être responsable s’il devait gérer le dossier MaPrimeRénov, répondre aux demandes de l’Anah et tenir le propriétaire informé.

Il faut aussi regarder qui a perçu la prime ou devait la percevoir. Dans certains contrats, la prime est versée directement au propriétaire. Dans d’autres, elle est cédée ou affectée à un tiers, venant en déduction du prix. Ce point change la discussion sur le paiement du solde.

La mise en demeure doit donc être ciblée. Elle doit demander la production des pièces, contester les sommes réclamées, exposer les fautes, réserver les recours et, si nécessaire, proposer une solution : annulation du solde, réduction du prix, indemnisation de la perte de prime, reprise des travaux, ou communication des documents nécessaires à un recours administratif.

Paris et Île-de-France : un enjeu fréquent pour les propriétaires occupants et bailleurs

À Paris et en Île-de-France, les litiges MaPrimeRénov apparaissent souvent dans des dossiers de rénovation énergétique urgents : pompe à chaleur, isolation, fenêtres, ventilation, chauffage électrique ou rénovation d’un logement destiné à la location.

Le risque est plus fort lorsque le propriétaire a signé vite, après démarchage, ou lorsque le reste à charge annoncé semblait très faible. Pour un bailleur, le problème peut aussi se combiner avec un enjeu DPE : le logement doit être amélioré pour rester louable, mais le financement promis disparaît, et l’entreprise réclame le prix.

Dans ces situations, il faut agir avant que le litige ne se transforme en procédure de recouvrement. Une contestation écrite, accompagnée des pièces utiles, peut éviter une injonction de payer ou préparer une défense plus solide si l’entreprise saisit le tribunal.

En pratique, que faire cette semaine ?

Commencez par bloquer les paiements non justifiés, sans ignorer les courriers reçus. Demandez le dossier complet. Vérifiez si vous avez réellement signé le mandat MaPrimeRénov. Comparez les dates : signature du devis, dépôt du dossier, début des travaux, demandes de pièces, décision de l’Anah, facture et relances.

Ensuite, adressez une mise en demeure à l’entreprise et au mandataire. Elle doit être précise : pièces demandées, contestation du consentement ou du suivi du dossier, rappel des engagements pris, demande de suspension du recouvrement et proposition de règlement du litige.

Enfin, sécurisez le volet administratif. Si l’Anah a refusé ou retiré l’aide, il faut lire la décision, contrôler les délais, et vérifier si un recours ou une demande de réexamen est encore utile.

L’objectif n’est pas de contester pour contester. Il s’agit de reprendre la maîtrise du dossier : savoir qui a agi, sur quelle base, avec quelles pièces, et qui doit supporter la perte financière causée par le refus ou le retrait de la prime.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».