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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Confidentialité des comptes annuels 2026 : déclaration, seuils et refus du greffe

Début mai 2026, la question de la publication des comptes redevient concrète pour les dirigeants de sociétés. Les dépôts BODACC consultés pendant ce run montrent 35 090 avis de dépôts des comptes entre le 1er et le 8 mai 2026 en France, dont 5 878 à Paris. Plusieurs avis parus le 7 mai 2026 mentionnent expressément une déclaration de confidentialité jointe aux comptes, en application de l’article L. 232-25 du Code de commerce.

Ce n’est donc pas un sujet théorique. Une société qui clôture ses comptes au 31 décembre 2025 entre dans la période d’approbation puis de dépôt des comptes annuels. Le dirigeant doit décider vite : déposer les comptes, demander ou non la confidentialité, joindre le bon modèle, et éviter une erreur qui rendrait publics le bilan, le compte de résultat ou des informations sensibles.

Les recherches Google Ads relevées pendant ce run confirment l’intérêt immédiat : « dépôt des comptes annuels » atteint 1 900 recherches mensuelles en France avec un CPC haut de 9,20 euros, « comptes annuels » 590 recherches avec un CPC haut de 6,95 euros, et « déclaration de confidentialité des comptes annuels » 590 recherches avec une concurrence faible. À Paris, « dépôt des comptes annuels » représente encore 390 recherches mensuelles et un CPC haut de 10,55 euros.

La réponse courte est la suivante : la confidentialité ne dispense pas de déposer les comptes. Elle permet seulement, pour certaines sociétés, d’empêcher la communication au public de tout ou partie des documents déposés. Une micro-entreprise peut demander que ses comptes annuels ne soient pas rendus publics. Une petite entreprise peut demander la confidentialité du compte de résultat. Une entreprise moyenne peut demander une publication simplifiée, sous conditions. Le greffe, certaines autorités, la Banque de France et des financeurs peuvent néanmoins avoir accès à l’intégralité des comptes.

Confidentialité des comptes annuels : ce que le dirigeant cherche vraiment à éviter

Lorsqu’un dirigeant tape « confidentialité comptes annuels » ou « déclaration confidentialité comptes annuels », il ne cherche pas seulement un formulaire. Il veut éviter qu’un concurrent, un client, un fournisseur, un ancien associé ou un salarié accède trop facilement aux chiffres de la société.

La crainte est simple : voir apparaître le niveau de chiffre d’affaires, la rentabilité, les dettes, la trésorerie, les capitaux propres ou certaines fragilités financières dans les bases publiques qui reprennent les comptes déposés.

Mais il faut raisonner avec précision. Le dépôt des comptes annuels reste obligatoire pour les sociétés concernées. La confidentialité n’est pas une opposition au dépôt. C’est une option de publicité restreinte. Elle ne fonctionne que si la société remplit les seuils applicables, si elle n’entre pas dans une exclusion, et si la déclaration est jointe correctement au dossier de dépôt.

Cette nuance est importante. Ne pas déposer les comptes expose à des relances, à une injonction du président du tribunal et à des sanctions. Déposer sans demander la confidentialité peut rendre les comptes accessibles. Demander la confidentialité sans y avoir droit peut créer un autre risque : une déclaration inexacte, voire contestable, selon les circonstances.

Qui peut demander la confidentialité totale des comptes ?

L’article L. 232-25 du Code de commerce permet aux sociétés répondant à la définition des micro-entreprises de déclarer que les comptes annuels déposés ne seront pas rendus publics.

En pratique, la micro-entreprise au sens comptable n’est pas le micro-entrepreneur. C’est une société qui ne dépasse pas certains seuils comptables. Il faut donc éviter une confusion fréquente : une SASU, une SARL ou une EURL peut être une micro-entreprise au sens des comptes annuels, même si elle n’est pas une micro-entreprise au sens fiscal ou social.

La confidentialité totale peut concerner les comptes annuels déposés. Elle est souvent recherchée par des petites structures de conseil, de commerce, d’artisanat, d’immobilier ou de holding opérationnelle qui ne veulent pas exposer leur situation aux tiers.

Mais toutes les sociétés ne peuvent pas l’utiliser. Les entités exclues par les textes, les sociétés relevant de certaines activités financières ou les sociétés qui gèrent des titres de participations et valeurs mobilières peuvent être écartées du dispositif. Une société appartenant à un groupe doit également vérifier les règles propres à sa catégorie.

Le bon réflexe consiste à contrôler les seuils à partir des comptes de l’exercice clos, puis à vérifier les exclusions. Une demande de confidentialité ne doit pas être déposée par automatisme.

Petite entreprise : la confidentialité ne couvre pas tout

Pour les petites entreprises, la protection est plus limitée. L’article L. 232-25 permet de demander que le compte de résultat ne soit pas rendu public.

La nuance est décisive : le dépôt reste complet, mais la publicité n’est pas la même. Le bilan peut rester accessible, tandis que le compte de résultat est masqué au public. Pour un dirigeant, cela peut déjà être utile, car le compte de résultat révèle la marge, les charges, le résultat d’exploitation et le résultat net.

La petite entreprise doit remplir les seuils applicables. Elle ne doit pas appartenir à une catégorie exclue. Les sociétés appartenant à un groupe au sens de l’article L. 233-16 ne peuvent pas utiliser cette faculté.

Cette règle crée des difficultés pratiques. Une société apparemment petite peut être intégrée dans un ensemble plus large. Une filiale, une holding ou une société détenue dans une architecture de groupe doit donc vérifier sa situation avant de cocher la case.

En cas de doute, il faut trancher avant le dépôt. Attendre que les comptes soient publiés puis demander leur retrait est beaucoup plus fragile.

Entreprise moyenne : publication simplifiée, pas secret intégral

Les entreprises moyennes peuvent bénéficier d’une publicité allégée dans certaines conditions. Il ne s’agit pas d’une confidentialité totale.

L’objectif est différent : limiter la quantité d’informations rendues publiques, sans empêcher totalement la communication des comptes. Cette option intéresse les sociétés qui ne sont plus petites mais veulent éviter de livrer au public une lecture trop détaillée de leur situation économique.

Là encore, le dirigeant doit vérifier les seuils, la structure de détention et les exclusions. Une erreur de catégorie peut conduire à un rejet du dossier ou à une publicité non souhaitée.

Dans un groupe de sociétés, la décision doit être coordonnée. Une filiale peut vouloir limiter la publicité de ses chiffres, mais la stratégie de publication peut dépendre des comptes consolidés, de la communication financière du groupe, des covenants bancaires ou d’une opération de cession en cours.

Comment faire la déclaration de confidentialité ?

La déclaration doit accompagner le dépôt des comptes. Le Code de commerce prévoit que les documents comptables déposés sont accompagnés d’une déclaration de confidentialité établie conformément à un modèle défini par arrêté.

Service Public Entreprendre met à disposition des modèles types : un modèle pour les micro-entreprises et un modèle pour les petites entreprises. Le dépôt peut être réalisé via le guichet des formalités des entreprises ou, selon les cas, auprès du greffe compétent.

Le dossier doit être cohérent. Il faut préparer :

  • les comptes annuels approuvés ;
  • la décision d’affectation du résultat ;
  • le procès-verbal ou la décision d’approbation des comptes ;
  • le rapport du commissaire aux comptes s’il existe ;
  • la déclaration de confidentialité adaptée à la catégorie de la société ;
  • l’identification correcte de la société, de l’exercice clos et du signataire.

Une erreur de modèle peut suffire à bloquer ou fragiliser la demande. Une déclaration de confidentialité de micro-entreprise n’a pas la même portée qu’une demande de confidentialité du compte de résultat pour petite entreprise.

Que faire si la demande est oubliée au moment du dépôt ?

L’oubli est fréquent. Le dirigeant dépose les comptes, ou laisse son expert-comptable les déposer, puis découvre que les chiffres apparaissent sur des bases publiques.

La première étape consiste à vérifier exactement ce qui a été publié : avis BODACC, comptes complets, bilan seul, compte de résultat, annexes, ou simple mention du dépôt.

La deuxième étape consiste à vérifier si une déclaration de confidentialité avait bien été jointe au dossier. Si elle a été jointe mais mal prise en compte, il faut réunir la preuve du dépôt, l’accusé de réception et la déclaration transmise.

La troisième étape consiste à contacter le greffe ou le service de dépôt utilisé. La régularisation dépendra du stade de traitement, de la nature de l’erreur et des documents déjà diffusés.

Il ne faut pas promettre au dirigeant un effacement automatique. Une fois les données reprises par des tiers, la situation devient plus difficile à maîtriser. C’est précisément pour cette raison que la demande de confidentialité doit être traitée avant ou pendant le dépôt, pas après.

Refus du greffe : les points à vérifier

Un refus ou un blocage peut venir de plusieurs causes.

La société ne remplit pas les seuils. Elle appartient à un groupe. Elle exerce une activité exclue. Le mauvais modèle a été utilisé. Le signataire n’est pas identifié correctement. Le dossier de comptes est incomplet. L’exercice clos ne correspond pas. La demande porte sur une confidentialité totale alors que seule la confidentialité du compte de résultat est possible.

Le dirigeant doit alors éviter deux réflexes.

Premier réflexe à éviter : redéposer le même dossier sans comprendre le motif. Cela peut rallonger le délai et conduire à une publication non souhaitée.

Second réflexe à éviter : ne plus rien déposer. Le dépôt des comptes reste l’obligation principale. Si la confidentialité est discutée, il faut traiter le point, mais le silence augmente le risque d’injonction et de sanction.

La bonne méthode consiste à isoler le motif, corriger la pièce ou la qualification, puis garder une trace écrite de la demande.

Confidentialité et BODACC : ce qui reste visible

La confidentialité n’efface pas toute trace. Les avis BODACC consultés le 7 mai 2026 montrent que le dépôt peut être annoncé, avec la mention que les comptes annuels sont accompagnés d’une déclaration de confidentialité en application de l’article L. 232-25.

Autrement dit, un tiers peut parfois voir qu’une société a déposé ses comptes et qu’elle a demandé la confidentialité, sans accéder aux documents protégés.

Ce point est important pour la stratégie du dirigeant. La confidentialité limite l’accès aux chiffres, mais elle ne rend pas la société invisible. Elle ne masque pas l’existence de la société, son immatriculation, ses dirigeants, ses actes publiés ni certains événements comme une procédure collective, une modification statutaire ou une cession de fonds.

Elle ne bloque pas non plus l’accès de certaines autorités ou de certains acteurs autorisés. L’article L. 232-25 réserve notamment l’accès aux autorités judiciaires, aux autorités administratives, à la Banque de France et à certaines personnes morales définies par arrêté.

Paris et Île-de-France : pourquoi le sujet est sensible

À Paris et en Île-de-France, beaucoup de sociétés ont une exposition commerciale forte : cabinets de conseil, sociétés de services, commerces, holdings familiales, agences, sociétés immobilières, start-up, sociétés de restauration ou entreprises de prestation intellectuelle.

La publication des comptes peut devenir sensible dans plusieurs situations.

Un concurrent prépare une offre agressive. Un fournisseur resserre ses conditions de paiement. Un client veut renégocier les prix. Un associé minoritaire cherche des arguments. Un acquéreur analyse la société avant une offre. Un bailleur commercial veut apprécier la solidité de son locataire.

Dans ces cas, la confidentialité des comptes n’est pas un réflexe de dissimulation. C’est un outil légal de maîtrise de l’information économique, lorsqu’il est utilisé dans le cadre prévu par les textes.

La compétence pratique dépend du siège social. Une société parisienne relève du Tribunal des activités économiques de Paris. Une société située en petite couronne ou grande couronne dépend du greffe compétent selon son siège. Le dépôt doit donc être préparé avec le bon ressort, surtout lorsqu’un transfert de siège ou une formalité INPI récente a modifié la situation.

Méthode rapide avant de déposer les comptes 2025

Avant le dépôt, le dirigeant peut suivre une méthode en six points.

Première étape : vérifier la date de clôture et la date d’approbation des comptes. Le délai de dépôt court à partir de l’approbation.

Deuxième étape : identifier la catégorie comptable de la société : micro, petite, moyenne ou aucune de ces catégories.

Troisième étape : vérifier les exclusions : activité, appartenance à un groupe, gestion de titres, comptes consolidés ou statut particulier.

Quatrième étape : choisir la bonne option : confidentialité totale des comptes, confidentialité du compte de résultat, publication simplifiée ou absence d’option.

Cinquième étape : joindre le bon modèle au dépôt, signé par la personne habilitée.

Sixième étape : conserver la preuve du dépôt, l’accusé de réception, la déclaration de confidentialité et la trace de tout échange avec le greffe.

Cette méthode évite l’erreur la plus coûteuse : découvrir trop tard que la société avait droit à une confidentialité, mais que la demande n’a pas été faite au bon moment.

Liens utiles pour les dirigeants

Si votre difficulté porte d’abord sur le calendrier général, les sanctions ou les pièces à déposer, consultez notre article sur le dépôt des comptes annuels 2026.

Si votre société traverse une période de tension financière, lisez aussi notre article sur le compte professionnel pendant un redressement judiciaire.

Pour un accompagnement plus large en droit des sociétés, contentieux entre associés ou formalités sensibles, consultez notre page dédiée aux avocats en droit des affaires à Paris.

Sources officielles utilisées

Les sources vérifiées pendant ce run sont les suivantes : la page Service Public Entreprendre « Dépôt des comptes annuels d’une société », les modèles Service Public Entreprendre de déclaration de confidentialité pour micro-entreprise et petite entreprise, les articles L. 232-21, L. 232-25, R. 123-111 et R. 123-111-1 du Code de commerce consultés via Légifrance, ainsi que les avis BODACC de dépôts des comptes publiés entre le 1er et le 8 mai 2026.

Le benchmark concurrentiel montre que les pages visibles répondent surtout aux seuils et aux modèles. Le présent article ajoute un angle opérationnel : dépôts BODACC récents, oubli de déclaration, refus du greffe, conséquences pratiques pour les dirigeants et méthode de contrôle avant dépôt.

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Le cabinet peut vérifier les seuils, les exclusions, les pièces à joindre et la stratégie à adopter avant publication.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».