Un message anxiogène s’affiche soudain sur votre écran : votre ordinateur serait infecté, vos données seraient en danger, et un numéro de téléphone s’impose à vous pour joindre en urgence le support de Microsoft, d’Apple ou de Google. Au bout du fil, un technicien aimable vous guide pour installer un logiciel de prise en main à distance, puis navigue dans vos fichiers, copie vos mots de passe et vous facture un dépannage inutile. Dans les jours qui suivent, des virements inhabituels quittent votre compte bancaire. Vous venez de subir une escroquerie au faux support technique, l’une des fraudes les plus répandues décrites par le dispositif officiel Cybermalveillance.gouv.fr.
Ce scénario mêle trois préjudices : l’intrusion dans votre ordinateur, l’exploitation de vos données personnelles et le siphonnage de votre argent. Chacun appelle une réaction distincte, avec ses propres délais et ses propres preuves. Cet article explique comment reprendre le contrôle de votre machine, verrouiller vos comptes, signaler les faits aux autorités compétentes, contraindre votre banque à rembourser les opérations non autorisées et obtenir réparation de l’ensemble de vos préjudices.
I. Reprendre le contrôle de votre ordinateur et de vos comptes
La première heure suivant la découverte de l’escroquerie conditionne l’étendue du préjudice. Le faux technicien a disposé d’un accès direct à vos fichiers, à votre messagerie, à vos identifiants bancaires et parfois à vos documents d’identité numérisés. Chaque minute d’accès supplémentaire aggrave l’exposition de vos données.
A. Chasser l’intrus de votre machine et figer les preuves
Tant que le logiciel de prise en main à distance reste installé, l’escroc peut se reconnecter à votre ordinateur à tout moment. La fiche réflexe officielle recommande de fermer la fenêtre de fausse alerte, au besoin en appuyant sur la touche Echap ou F11 pour quitter le mode plein écran, puis de redémarrer l’ordinateur pour en reprendre le contrôle. Si un faux technicien a pris le contrôle de votre machine, la même source prescrit de désinstaller le programme de gestion à distance, qu’il s’agisse d’AnyDesk, de TeamViewer ou de ConnectWise, puis de changer tous vos mots de passe. Suivez ces consignes dans cet ordre, sans appeler le numéro affiché par l’alerte et sans payer le prétendu dépannage : tout paiement supplémentaire fournit vos coordonnées bancaires à l’escroc.
Faites ensuite analyser votre ordinateur par un antivirus à jour ou par un professionnel de confiance, car les faux techniciens installent fréquemment des logiciels espions destinés à capter durablement vos frappes au clavier. Vérifiez également vos relevés bancaires, l’historique de vos messageries et vos espaces personnels en ligne pour repérer toute opération inconnue. Passez en revue les sessions actives de vos principaux comptes, notamment votre messagerie et vos réseaux sociaux, et déconnectez tous les appareils inconnus. Si votre messagerie a été ouverte par l’escroc, prévenez vos proches qu’ils pourraient recevoir des messages frauduleux envoyés en votre nom et n’exécutez aucune consigne financière reçue par courriel dans les jours qui suivent. Sauvegardez sur un support externe déconnecté les documents qui comptent pour vous, au cas où un logiciel malveillant altérerait ou chiffrerait vos fichiers. Vérifiez également vos relevés bancaires jour après jour pendant plusieurs semaines, ainsi que l’historique de vos messageries et vos espaces personnels en ligne, pour repérer toute opération inconnue, même de faible montant : les escrocs testent souvent un petit prélèvement avant de vider un compte.
Conservez méthodiquement toutes les preuves : photographiez l’écran affichant la fausse alerte, gardez les numéros de téléphone composés, les factures et les contrats d’apparence officielle, les relevés des virements suspects et la liste des logiciels installés à distance. Ces éléments serviront au signalement, au dépôt de plainte et à la contestation des opérations bancaires. Notez avec précision la date et l’heure de l’alerte, celles de la prise en main et celles des premiers mouvements suspects sur vos comptes : cette chronologie établira le lien entre l’intrusion et les paiements litigieux. Si vous utilisiez votre ordinateur pour votre activité professionnelle, avertissez également votre employeur ou votre service informatique : des identifiants professionnels ont pu être exposés et des règles internes de sécurité peuvent imposer une déclaration rapide. Dressez enfin la liste des tiers qui pourraient être affectés, comme les contacts dont les coordonnées figuraient dans votre messagerie, afin de les prévenir en cas d’utilisation frauduleuse de vos comptes pour les solliciter à leur tour.
B. Verrouiller vos comptes, votre banque et vos données personnelles
Changez immédiatement, depuis un appareil sain, les mots de passe de votre messagerie, de vos réseaux sociaux, de vos espaces bancaires et de tout service contenant des données sensibles. Activez la double authentification partout où elle est proposée. Si des documents d’identité ont été exposés à l’écran pendant la prise en main, envisagez de faire opposition sur les moyens de paiement concernés et surveillez tout signe d’usurpation d’identité, comme des courriers d’organismes que vous ne connaissez pas ou des inscriptions que vous n’avez pas demandées.
Prévenez votre banque sans attendre : décrivez la prise en main à distance, demandez la mise sous surveillance de vos comptes et contestez par écrit chaque opération que vous n’avez pas autorisée. Adressez cette contestation par un moyen qui en conserve la preuve, comme une lettre recommandée avec accusé de réception ou un message transmis via votre messagerie bancaire sécurisée dont vous garderez copie. Listez chaque opération avec sa date, son montant et son bénéficiaire, et indiquez pour chacune que vous ne l’avez ni autorisée ni validée. Si l’escroquerie est passée par des appels ou des SMS, transférez les numéros et messages suspects au dispositif officiel de signalement des spams vocaux et SMS en les adressant au 33700, en complément de votre signalement PHAROS. Ce signalement écrit engage la procédure de remboursement des opérations non autorisées. La loi impose à l’utilisateur de signaler « sans tarder » toute opération non autorisée, « au plus tard dans les treize mois suivant la date de débit sous peine de forclusion », sauf si la banque ne vous a pas fourni les informations relatives à l’opération. Ne laissez donc pas passer ce délai de treize mois, mais agissez dans les premiers jours : la rapidité du signalement facilite le rappel des fonds avant leur dispersion et crédibilise votre contestation.
Signalez également l’escroquerie sur la plateforme officielle PHAROS et, si vous avez besoin d’être guidé dans les démarches techniques et juridiques, recourez au dispositif 17Cyber de Cybermalveillance.gouv.fr. Enfin, si vos données personnelles ont été copiées ou diffusées, vous pouvez saisir la CNIL par une plainte en ligne après avoir exercé vos droits auprès de l’organisme concerné lorsque celui-ci est identifiable. Lorsque l’escroc a usurpé l’identité d’une société réelle pour vous tromper, signalez-le aussi à cette société : elle pourra alerter ses clients et constituer son propre dossier. Rassemblez dès ce stade l’ensemble de vos échanges avec la banque dans un dossier unique, en notant les dates, les noms des interlocuteurs et les réponses obtenues : cette traçabilité fera la différence si le litige se prolonge. Vérifiez aussi que votre contrat d’assurance, notamment votre assurance habitation ou votre protection juridique lorsqu’elle existe, ne comporte pas une garantie couvrant les fraudes informatiques ou l’usurpation d’identité, et déclarez le sinistre dans les conditions prévues par la police.
II. Faire sanctionner l’escroc et obtenir réparation
Une fois l’urgence traitée, le second temps est judiciaire et financier : qualifier pénalement les faits pour faire sanctionner leurs auteurs, puis contraindre la banque à restituer les sommes détournées et obtenir l’indemnisation complète de vos préjudices.
A. Porter plainte pour escroquerie, intrusion informatique et collecte déloyale de données
Les faits commis par le faux support technique relèvent d’abord de l’escroquerie. L’article 313-1 du code pénal définit ce délit comme le fait, « soit par l’usage d’un faux nom ou d’une fausse qualité, soit par l’abus d’une qualité vraie, soit par l’emploi de manoeuvres frauduleuses », de tromper une personne et de la déterminer à remettre des fonds ou à consentir un acte opérant obligation ou décharge. Le faux technicien qui se présente comme un employé de Microsoft ou d’un service officiel, qui simule une infection de votre ordinateur et qui vous fait payer un dépannage fictif remplit chacun de ces éléments : fausse qualité, manoeuvre frauduleuse et remise de fonds. L’escroquerie est punie de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende.
S’y ajoute l’atteinte à votre système informatique. L’article 323-1 du code pénal dispose que « Le fait d’accéder ou de se maintenir, frauduleusement, dans tout ou partie d’un système de traitement automatisé de données est puni de trois ans d’emprisonnement et de 100 000 € d’amende ». Le logiciel de prise en main que vous avez installé sous l’effet de la tromperie donne à l’escroc un accès à votre ordinateur : cet accès, obtenu par la ruse et détourné pour copier vos données, caractérise l’accès frauduleux. La Cour de cassation juge que l’accès et le maintien sans autorisation, accompagnés d’une extraction de données à l’insu de la victime, caractérisent les atteintes aux systèmes de traitement automatisé de données, comme elle l’a affirmé en cassant une décision de relaxe dans un arrêt du 5 avril 2022 (n° 21-83.590). Elle a confirmé cette lecture extensive dans un arrêt publié au Bulletin du 2 septembre 2025 (n° 24-83.605), en retenant le maintien frauduleux contre un administrateur réseau qui prenait connaissance de messages à des fins étrangères à sa mission. Si un simple dépassement d’autorisation suffit à caractériser l’infraction, l’intrusion d’un escroc qui fouille vos fichiers ne fait aucun doute.
Lorsque l’intrusion a entraîné la suppression ou la modification de vos fichiers, ou lorsqu’elle a altéré le fonctionnement de votre ordinateur, la sanction encourue s’alourdit : la loi porte alors la peine à cinq ans d’emprisonnement et à 150 000 euros d’amende. Précisez dans votre plainte si des fichiers ont été effacés, chiffrés ou modifiés, et si des logiciels inconnus ont été installés : ces constatations conditionnent la peine applicable. Troisième qualification, la captation de vos informations personnelles. L’article 226-18 du code pénal punit de cinq ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende « Le fait de collecter des données à caractère personnel par un moyen frauduleux, déloyal ou illicite ». Les mots de passe, identifiants bancaires, photographies et documents copiés pendant la prise en main constituent une telle collecte déloyale. Mentionnez-la expressément dans votre plainte : elle fonde les investigations sur l’usage ultérieur de vos données et ouvre la voie à la réparation du préjudice lié à l’atteinte à votre vie privée.
Déposez plainte au commissariat ou à la gendarmerie en apportant l’ensemble des preuves conservées, ou écrivez au procureur de la République. Demandez que votre plainte vise expressément l’escroquerie, l’accès et le maintien frauduleux dans un système de traitement automatisé de données et la collecte déloyale de données personnelles, afin que l’enquête porte sur les trois volets des faits. Sollicitez une copie de votre dépôt de plainte et conservez-en l’original avec vos preuves : la banque et la CNIL pourront vous le demander. Demandez également à votre banque de vous communiquer les journaux techniques des opérations contestées, comme les adresses de connexion et les traces d’authentification : ces éléments éclaireront le juge sur la réalité de l’intrusion et sur l’absence de négligence de votre part. La fiche de Service-public.fr consacrée au dépôt de plainte détaille les modalités de ce dépôt. Constituez-vous partie civile pour réclamer vos dommages et intérêts dans le procès pénal : vos préjudices matériels, comme les sommes détournées et le coût du dépannage fictif, et votre préjudice moral, lié à l’intrusion dans votre vie numérique, pourront y être indemnisés. Le signalement PHAROS ne remplace pas la plainte : effectuez les deux démarches. Si l’enquête identifie un auteur et qu’un procès s’ouvre, votre constitution de partie civile vous permettra de demander au juge pénal la réparation de chaque chef de préjudice : sommes détournées, frais de remise en état de votre équipement, temps consacré aux démarches et préjudice moral lié à la violation de votre sphère privée. Chiffrez chacun de ces postes avec des justificatifs, car le juge n’indemnise que les préjudices démontrés et évalués.
B. Contraindre votre banque à rembourser et faire indemniser tous vos préjudices
Les virements effectués par l’escroc depuis vos comptes relèvent du régime des opérations de paiement non autorisées. L’article L. 133-18 du code monétaire et financier prévoit que « le prestataire de services de paiement du payeur rembourse au payeur le montant de l’opération non autorisée immédiatement après avoir pris connaissance de l’opération ou après en avoir été informé, et en tout état de cause au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant », sauf soupçon écrit de fraude de l’utilisateur transmis à la Banque de France. Adressez donc une contestation écrite et explicite à votre banque, en visant ce texte, et exigez le remboursement immédiat ainsi que la remise du compte dans l’état où il se serait trouvé sans l’opération.
La banque ne peut pas se contenter d’affirmer que l’opération a été validée depuis votre espace personnel. L’article L. 133-23 du code monétaire et financier dispose qu’« il incombe à son prestataire de services de paiement de prouver que l’opération en question a été authentifiée, dûment enregistrée et comptabilisée et qu’elle n’a pas été affectée par une déficience technique ou autre » lorsque vous niez avoir autorisé une opération. Le même texte précise que « L’utilisation de l’instrument de paiement telle qu’enregistrée par le prestataire de services de paiement ne suffit pas nécessairement en tant que telle à prouver que l’opération a été autorisée par le payeur ou que celui-ci n’a pas satisfait intentionnellement ou par négligence grave aux obligations lui incombant en la matière ». Exigez donc les preuves techniques de l’authentification et des prétendus manquements qui vous sont reprochés, au lieu d’accepter une fin de non-recevoir générale. La banque refusera souvent le remboursement en invoquant votre négligence : vous auriez vous-même installé le logiciel et communiqué vos codes. Anticipez cette objection. L’article L. 133-19 du code monétaire et financier limite d’abord votre participation à « un plafond de 50 € » pour les pertes antérieures à l’information de la banque, et écarte toute participation lorsque l’opération a été effectuée sans vos données de sécurité personnalisées ou par détournement à votre insu de l’instrument de paiement. Surtout, la banque ne peut vous imputer l’intégralité des pertes qu’en démontrant soit un agissement frauduleux de votre part, soit une négligence grave : « Le payeur supporte toutes les pertes occasionnées par des opérations de paiement non autorisées si ces pertes résultent d’un agissement frauduleux de sa part ou s’il n’a pas satisfait intentionnellement ou par négligence grave aux obligations mentionnées aux articles L. 133-16 et L. 133-17 ». Or la manoeuvre d’un faux technicien qui verrouille votre écran, vous impose un discours technique anxiogène et vous dicte chaque clic ne s’analyse pas systématiquement comme une remise volontaire de vos codes : décrivez précisément la contrainte psychologique et l’asymétrie d’information pour contester la négligence grave.
La jurisprudence récente illustre l’importance de cette discussion. Dans un arrêt du 22 octobre 2025 (RG n° 24/08224), la cour d’appel de Paris a confirmé le refus de remboursement opposé à une cliente victime de deux virements de 6 000 et 4 000 euros, en retenant que les opérations avaient été authentifiées et que la cliente avait commis une négligence grave en laissant un tiers disposer de son identifiant et de son mot de passe. La cour y a « CONFIRME le jugement du tribunal judiciaire de Créteil du 16 février 2024 » qui l’avait déboutée. Cet exemple montre que les juges examinent concrètement les circonstances de la remise des identifiants : reconstituez minute par minute la pression exercée, l’absence de vigilance raisonnablement exigible face à un écran verrouillé et le caractère professionnel de la mise en scène pour distinguer votre situation. Les victimes d’arnaques voisines, comme le faux conseiller bancaire qui ordonne un virement dit de sécurisation, rencontrent la même résistance des banques sur la négligence grave et doivent documenter de la même manière la manipulation subie, comme l’explique notre analyse consacrée à cette fraude.
Parallèlement, si la violation de vos données présente un risque pour vos droits, les responsables de traitement concernés doivent, en application de l’article 33 du règlement général sur la protection des données, la notifier à la CNIL dans les meilleurs délais et au plus tard dans les 72 heures, comme le rappelle la CNIL. Lorsque l’incident présente un risque élevé pour les personnes concernées, l’article 34 du même règlement impose d’en informer aussi ces personnes, ce que la CNIL confirme dans sa doctrine de notification. Enfin, l’article 82 du règlement ouvre aux victimes une action en réparation, et la CNIL détaille les cas dans lesquels une indemnisation peut être demandée après une fuite ou un vol de données. Conservez donc la preuve des démarches engagées, des frais exposés et des conséquences subies : ils fonderont votre demande d’indemnisation complémentaire devant le juge civil. Lorsque vos données copiées pendant la prise en main sont ensuite utilisées pour d’autres fraudes, chaque nouvelle utilisation peut donner lieu à des poursuites et à une indemnisation distinctes : conservez les courriers suspects reçus dans les mois qui suivent et signalez-les dans le cadre de votre dossier initial. Cette vigilance prolongée transforme une simple tentative ultérieure en élément de preuve supplémentaire, au lieu de la subir comme une seconde victime impuissante.
Si votre banque maintient son refus par écrit, faites examiner ce courrier avec l’ensemble de votre dossier avant d’engager la phase contentieuse, car chaque argument avancé prématurément pourra être retenu contre vous. Une escroquerie au faux support technique cumule ainsi l’urgence technique, l’action pénale et le contentieux bancaire. Couper l’accès à distance, figer les preuves, contester par écrit chaque opération dans les délais légaux, déposer plainte en visant les trois qualifications pénales et saisir la CNIL lorsque vos données ont été exploitées : cette méthode protège vos droits à chaque étape et maximise vos chances d’être intégralement remboursé et indemnisé. Face à un écran verrouillé et à un discours alarmiste, le réflexe qui sauve tient en une phrase : ne composez jamais le numéro affiché, fermez la page et éteignez l’ordinateur. Tout le reste, du remboursement bancaire à la sanction pénale, découle de la rapidité et de la rigueur avec lesquelles vous aurez documenté l’attaque. Gardez une copie de chaque courrier, de chaque signalement et de chaque récépissé : un dossier complet et daté reste votre meilleur atout face à une banque qui discute, comme devant un juge qui indemnise.