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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Google affiche encore une vieille affaire vous concernant : exiger le déréférencement, contester le refus, saisir la CNIL et le juge, obtenir réparation (2026)

Vous tapez votre nom et votre prénom dans Google et les premiers résultats racontent une histoire que vous aviez cru refermée : une condamnation pénale prononcée il y a dix ans, un article de presse sur une mise en cause classée sans suite, une procédure prud’homale ou commerciale dont personne ne rappelle l’issue. Le contenu n’est pas faux, et c’est précisément ce qui rend la situation délicate : le recruteur qui vous reçoit l’après-midi, la banque qui étudie votre dossier ou le client qui vérifie vos références tombent sur ces pages avant même de vous avoir rencontré, et l’entretien commence par une justification sur votre passé. Cette situation ne relève pas de la diffamation, qui suppose un propos faux portant atteinte à votre honneur, mais du droit au déréférencement, aussi appelé droit à l’oubli numérique : même exacte, une information ancienne peut ne plus avoir à apparaître quand on recherche votre nom. Le moteur de recherche n’est pas un simple intermédiaire passif, il effectue un traitement de vos données personnelles et il doit, à certaines conditions, cesser de les associer à votre identité. Cet article explique dans quels cas Google doit retirer ces résultats, comment formuler une demande qui aboutit, que faire si Google refuse, comment saisir la CNIL puis le juge, et comment obtenir réparation du préjudice causé par le maintien des liens litigieux.

I. Exiger le déréférencement de Google : ce que la mesure change et à quelles conditions

A. Le déréférencement dissocie votre nom des résultats, sans effacer la page d’origine

La première idée à clarifier porte sur l’objet exact de la demande. Obtenir le déréférencement ne fait pas disparaître l’article de presse, le billet de blog ou la page d’archives : la page reste en ligne sur le site de son éditeur et demeure accessible par d’autres requêtes. La mesure consiste à supprimer les liens de la liste de résultats affichée lorsque la recherche porte sur votre nom et votre prénom. Concrètement, après un déréférencement réussi, un internaute qui tape votre identité ne voit plus les pages litigieuses, alors que celui qui recherche le sujet de l’affaire, sans votre nom, peut encore les trouver. Cette dissociation entre votre identité et le contenu ancien constitue le coeur du droit à l’oubli appliqué aux moteurs de recherche.

Cette solution existe parce que l’exploitant d’un moteur de recherche est juridiquement responsable du traitement qu’il opère sur vos données. La Cour de justice de l’Union européenne a jugé que l’activité consistant à trouver des informations publiées par des tiers, à les indexer automatiquement, à les stocker et à les restituer selon un ordre de préférence doit être qualifiée de traitement de données à caractère personnel, et que l’exploitant du moteur doit être regardé comme le responsable de ce traitement. Vous pouvez donc adresser votre demande directement à Google, sans avoir à obtenir d’abord la suppression de l’article à la source ni à gagner un procès contre l’éditeur du site. En pratique, la Commission nationale de l’informatique et des libertés invite toute personne à demander aux moteurs de recherche de dissocier de son nom les contenus qui lui portent préjudice (voir la page de la CNIL consacrée à cette démarche) Chaque grand moteur met à disposition un formulaire dédié, celui de Google étant accessible depuis sa page d’aide juridique, et la demande doit identifier précisément les adresses concernées et les motifs pour lesquels leur association à votre nom n’est plus justifiée.

La portée géographique du déréférencement mérite une précision, car Google a longtemps soutenu qu’un retrait limité à la version française du moteur suffisait. La Cour de justice a tranché : lorsqu’il fait droit à une demande, l’exploitant doit opérer le déréférencement sur les versions de son moteur correspondant à l’ensemble des États membres, en y ajoutant si nécessaire des dispositifs qui empêchent un internaute situé dans l’Union d’accéder aux liens par un détour, ou qui du moins l’en découragent sérieusement. Le droit européen n’impose pas en revanche un effacement mondial sur toutes les versions du moteur dans le monde, sans préjudice des mesures que le juge national peut ordonner. Pour une personne qui vit et travaille en France, un déréférencement couvrant l’ensemble des versions européennes répond en pratique au besoin : c’est sur ces versions que recherchent les recruteurs, les banques et les partenaires français.

Une dernière distinction conditionne toute la suite : si le contenu qui vous vise est faux, la voie prioritaire n’est pas le droit à l’oubli mais l’action en diffamation et la demande de retrait à la source, avec son régime et ses délais propres. Le présent article traite du cas inverse, celui où l’information est exacte mais où son maintien associé à votre nom, des années après les faits, porte une atteinte disproportionnée à votre vie privée. Les deux logiques peuvent se cumuler lorsque plusieurs contenus coexistent, et chaque demande doit alors être calibrée sur le fondement adapté à chaque lien.

Les suggestions automatiques qui accompagnent votre nom dans la barre de recherche appellent le même traitement que les résultats eux-mêmes. Quand la saisie de votre identité propose automatiquement des compléments tels que le nom d’une infraction, d’une affaire ou d’un lieu lié à votre passé, ces suggestions constituent elles aussi des données personnelles associées à votre nom, et la demande de déréférencement doit les viser expressément, captures d’écran à l’appui. La démarche ne se limite pas à Google : si les mêmes liens remontent sur Bing, Qwant ou un autre moteur à partir de votre nom, chaque exploitant, en tant que responsable de son propre traitement, doit recevoir une demande distincte et documentée. La CNIL recense les formulaires des principaux moteurs et recommande de commencer par cette étape avant toute plainte, ce qui suppose de conserver la preuve de chaque envoi. Cette multiplication des demandes n’est pas une formalité : elle démontre, en cas de contentieux ultérieur, que l’atteinte persiste sur l’ensemble des points d’accès que consulte le public français.

B. Les situations dans lesquelles Google doit retirer les résultats associés à votre nom

Le fondement textuel du droit à l’effacement figure à l’article 17 du règlement général sur la protection des données, qui dispose que donne à toute personne le droit d’obtenir du responsable du traitement l’effacement de ses données dans les meilleurs délais dès lors que l’un des motifs prévus par le texte est rempli. En droit français, l’article 51 de la loi du 6 janvier 1978 renvoie directement à ce texte : « Le droit à l’effacement s’exerce dans les conditions prévues à l’article 17 du règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016. » Les motifs d’effacement prévus par le règlement couvrent notamment les données qui ne sont plus nécessaires au regard de leur finalité, celles dont le traitement était illicite, et celles auxquelles la personne s’oppose. Le droit d’opposition complète ce dispositif : toute personne peut s’opposer, en invoquant sa situation particulière, à un traitement fondé sur l’intérêt légitime du responsable, et le responsable doit alors cesser le traitement sauf s’il établit des motifs prépondérants et légitimes qui justifient de le poursuivre, ou si le traitement sert à la constatation, à l’exercice ou à la défense de droits en justice.

Face à une demande de déréférencement, Google oppose presque toujours le même argument : le public a le droit d’être informé, protégé par la liberté d’expression. Le règlement réserve en effet les traitements qui restent nécessaires à la liberté d’expression et d’information. Tout l’enjeu consiste donc à mettre en balance, d’un côté, vos droits au respect de la vie privée et à la protection de vos données, et de l’autre, l’intérêt du public à accéder à l’information en tapant votre nom. Cette balance se fait au cas par cas, et la jurisprudence française en a fixé la méthode avec netteté. Dans une affaire où un expert-comptable demandait le déréférencement d’articles relatant une condamnation pénale pour escroquerie fiscale remontant à 2011, la Cour de cassation a cassé l’arrêt qui avait rejeté sa demande en référé : la cour d’appel s’était contentée de relever que les informations intéressaient le public et que l’intéressé jouait un rôle dans la vie publique, sans vérifier si le droit à l’information présentait, au jour où elle statuait, un caractère prépondérant, malgré le caractère sensible des données et la gravité de l’atteinte. L’enseignement de cet arrêt du 27 novembre 2019 est double : les données relatives aux infractions et aux condamnations sont des données sensibles dont la diffusion pèse lourd dans la balance, et le juge doit apprécier la prépondérance de l’intérêt du public à la date où il statue, pas à la date des faits. Un arrêt antérieur du 14 février 2018 avait déjà posé que la juridiction saisie d’une telle demande doit procéder concrètement à cette mise en balance au lieu d’appliquer une solution automatique.

En pratique, plusieurs facteurs font pencher la balance en faveur du déréférencement. Le temps écoulé depuis les faits joue un rôle central : une condamnation ancienne, une peine exécutée, une affaire classée ou un litige définitivement soldé voient leur intérêt actuel pour le public s’amenuiser, tandis que le préjudice pour la personne demeure chaque jour que les liens restent affichés. La nature privée des faits compte également : des agissements commis dans la sphère privée, sans lien avec l’activité professionnelle actuelle, justifient moins leur exposition permanente que des faits liés à des fonctions publiques ou à une activité qui expose au regard du public. Le rôle dans la vie publique s’apprécie strictement : exercer une profession réglementée ou diriger une société ne suffit pas à faire de vous une personnalité publique dont le passé appartiendrait durablement au débat public. La sensibilité des données renforce la demande : condamnations pénales, santé, vie familiale ou opinions exposées dans les résultats pèsent lourd face à un intérêt général abstrait. Enfin, la situation des mineurs bénéficie d’une protection renforcée : la loi impose au responsable d’effacer dans les meilleurs délais les données collectées dans le cadre d’une offre de services en ligne lorsque la personne était mineure au moment de la collecte.

L’hypothèse du contenu présenté comme inexact mérite un développement particulier, car Google exige parfois du demandeur qu’il ait d’abord fait trancher le litige contre l’éditeur du site. La Cour de justice a écarté cette exigence : dans le cadre de la mise en balance entre vie privée et liberté d’information, ce déréférencement n’est pas subordonné à la résolution préalable, même provisoire, de la question de l’exactitude du contenu dans le cadre d’un recours intenté contre l’éditeur du site. Autrement dit, vous n’avez pas à gagner d’abord un procès contre le journal ou le blogueur avant de demander à Google de dissocier votre nom du contenu. Il vous appartient en revanche d’apporter des éléments pertinents qui rendent l’inexactitude plausible : décision de justice, classement sans suite, attestation, document officiel contredisant le contenu. Si l’inexactitude est manifeste au vu des pièces fournies, le maintien du lien devient difficile à justifier ; si le point reste sérieusement discuté, le juge tranchera dans le cadre de la balance des intérêts.

Parallèlement à la demande adressée au moteur, il est souvent utile d’écrire à l’éditeur du site source pour lui demander l’actualisation du contenu : ajout de l’issue de la procédure, anonymisation de vos nom et prénom dans un article ancien, mention de la relaxe, du classement ou de l’exécution de la peine. Cette démarche ne conditionne pas le déréférencement, que vous pouvez exiger même si l’éditeur refuse toute modification, mais elle renforce le dossier à deux titres. D’une part, un article mis à jour perd une partie de son caractère préjudiciable, ce qui peut suffire à régler la difficulté concrète avec un recruteur ou un partenaire. D’autre part, le refus de l’éditeur, dûment conservé, établit que la seule voie effective restante passe par le moteur de recherche, ce que le juge prend en compte dans la balance. Le cadre de cette demande complémentaire reste celui de la chapitre des droits de la personne concernée de la loi Informatique et Libertés, dont le chapitre des droits de la personne concernée organise l’effacement et l’opposition que le moteur doit ensuite appliquer à ses propres résultats.

II. Contester le refus de Google, saisir la CNIL et le juge, obtenir réparation

A. Le parcours à suivre quand Google refuse ou ne répond pas : relance, plainte CNIL, juge

La demande initiale conditionne tout le contentieux ultérieur, et elle doit être construite comme une pièce de procédure. Le formulaire du moteur exige l’identification précise de chaque adresse visée, la qualité du demandeur et l’exposé des motifs. Pour chaque lien, indiquez la date approximative des faits relatés, leur nature privée ou l’absence de lien avec votre activité actuelle, le temps écoulé et les décisions intervenues depuis, et joignez les pièces qui établissent ces points : jugement devenu définitif, attestation d’exécution de peine, décision de classement, preuve de l’ancienneté. Conservez une copie complète de la demande et de ses pièces, avec la date d’envoi, car ces documents serviront devant la CNIL puis devant le juge. Google doit répondre dans les meilleurs délais et au plus tard dans un délai d’un mois, en motivant un éventuel refus : le règlement attend du responsable du traitement qu’il réponde dans les meilleurs délais et au plus tard dans un mois, en motivant tout refus de donner suite Un refus stéréotypé, qui se borne à invoquer l’intérêt du public sans examiner votre situation particulière ni l’ancienneté des faits, est précisément le type de réponse que la CNIL et le juge censurent.

Si Google refuse ou garde le silence au-delà d’un mois, la deuxième étape consiste à saisir la CNIL par une plainte en ligne, en joignant la demande initiale, la réponse de Google ou la preuve de son silence, et les pièces justificatives. La loi organise cette voie de recours : « En cas de non-exécution de l’effacement des données à caractère personnel ou en cas d’absence de réponse du responsable du traitement dans un délai d’un mois à compter de la demande, la personne concernée peut saisir la Commission nationale de l’informatique et des libertés, qui se prononce sur cette demande dans un délai de trois semaines à compter de la date de réception de la réclamation. » Ce délai de trois semaines figure dans le dispositif de l’article 51 relatif aux demandes d’effacement ; dans la pratique des plaintes ordinaires, l’instruction par les services de la CNIL prend souvent plusieurs mois, et la décision peut consister en une mise en demeure adressée à l’exploitant, un rappel à la loi ou, dans les cas les plus graves, une sanction. Si votre plainte reste sans réponse ou se solde par un classement qui ne vous satisfait pas, des recours existent contre l’inaction ou la décision de la CNIL elle-même, et la démarche à suivre pour relancer utilement une plainte restée sans suite a été décrite dans notre analyse consacrée aux plaintes CNIL sans réponse et à leur contestation. L’essentiel est de ne pas considérer la plainte comme une impasse : elle constitue une pièce du dossier judiciaire et elle interrompt la stratégie d’attente de l’exploitant.

La troisième étape, décisive, est l’action devant le juge, qui n’a pas à attendre l’issue de la plainte CNIL. Le règlement garantit à toute personne qui s’estime victime d’une violation de ses droits un recours effectif devant le juge, et l’article 9 du code civil ajoute que « Chacun a droit au respect de sa vie privée. Les juges peuvent, sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes mesures, telles que séquestre, saisie et autres, propres à empêcher ou faire cesser une atteinte à l’intimité de la vie privée ». En pratique, la demande de déréférencement est portée devant le tribunal judiciaire, le plus souvent en référé lorsque l’atteinte est manifeste et actuelle, puisque les arrêts rendus dans cette matière l’ont été dans ce cadre procédural rapide. En Île-de-France, ces demandes sont portées devant le tribunal judiciaire de Paris, dont les formations de référé connaissent régulièrement ce contentieux, ce qui suppose une assignation construite autour de la mise en balance : ancienneté des faits, sensibilité des données, absence de rôle dans la vie publique, caractère actuel du préjudice. Le juge statue au jour où il se prononce, de sorte qu’une condamnation encore récente au moment de la demande initiale peut être devenue ancienne au jour de l’audience, ce qui renforce l’intérêt d’agir sans laisser le dossier s’enliser. Le dossier de preuves doit comporter des captures d’écran datées des résultats sur requête de votre nom, la copie de la demande adressée au moteur et de sa réponse, la plainte CNIL et ses suites, ainsi que tout élément établissant le retentissement concret : refus d’embauche, rupture de pourparlers, résiliation d’un contrat, messages de tiers qui ont découvert les liens.

La solidité des preuves techniques mérite un soin particulier, car les résultats de recherche changent d’un jour à l’autre et Google pourra soutenir que les liens ont disparu ou n’ont jamais été prépondérants. Réalisez des captures d’écran complètes, en navigation privée pour écarter la personnalisation, en faisant apparaître la requête exacte, la date et l’heure du système, l’adresse de la page de résultats et la position des liens litigieux. Pour les enjeux professionnels importants, faites établir un constat par un commissaire de justice, dont le procès-verbal fige la configuration des résultats à une date certaine et fait foi jusqu’à preuve contraire. Conservez également chaque étape écrite du parcours : demande initiale et accusés de réception, réponse ou silence du moteur, plainte CNIL et échanges avec ses services, courriers de l’éditeur. Ce faisceau de pièces datées répond par avance aux deux contestations les plus fréquentes, l’ancienneté réelle de l’exposition et la réalité du préjudice, et il accompagne utilement la saisine du juge comme la demande d’indemnisation.

B. La réparation du préjudice causé par le maintien des résultats litigieux

Le maintien de résultats qui auraient dû être déréférencés cause un préjudice réparable, et le règlement ouvre à toute personne ayant subi un dommage matériel ou moral du fait d’une violation de ses dispositions le droit d’en obtenir réparation auprès du responsable du traitement ou du sous-traitant Le préjudice matériel recouvre les pertes financières directement liées à l’exposition des liens : opportunité d’emploi manquée, promotion refusée, contrat commercial perdu, crédit refusé après consultation des résultats par l’établissement prêteur. Le préjudice moral recouvre l’atteinte à la réputation, l’anxiété liée à l’idée que chaque nouvel interlocuteur découvrira le passé en tapant votre nom, et la contrainte de devoir se justifier en permanence. La perte de chance constitue un poste indemnisable lorsqu’elle est sérieuse : il faut démontrer qu’une embauche, un financement ou un partenariat avait une probabilité réelle d’aboutir et que la découverte des résultats a pesé dans l’échec. Les attestations de recruteurs, les échanges de courriels interrompus après une recherche en ligne, les refus écrits et les témoignages de partenaires prennent ici toute leur valeur, et leur réunion doit commencer dès la demande initiale, avant même tout procès.

L’action en réparation se dirige contre l’exploitant du moteur en tant que responsable du traitement, et elle peut viser également l’éditeur du site source lorsque celui-ci maintient un contenu illicite ou refuse sa mise à jour. Chaque responsable répond du dommage causé par le traitement qui viole le règlement, et il ne s’exonère qu’en prouvant que le fait dommageable ne lui est nullement imputable. En pratique, Google devra expliquer pourquoi il a maintenu les liens malgré une demande documentée et une ancienneté établie, ce qui devient difficile lorsque la balance des intérêts penchait clairement vers le déréférencement. Le juge peut assortir l’injonction de déréférencer de mesures d’exécution propres à garantir son effectivité, sur le fondement du pouvoir de prescrire toutes mesures propres à faire cesser l’atteinte à la vie privée que lui reconnaît l’article 9 du code civil. Quant au délai pour agir, les actions personnelles se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer, aux termes de l’article 2224 du code civil : « Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer. » Le maintien prolongé des liens et la découverte tardive de leur effet sur un recrutement ou un financement doivent donc être datés avec soin, car le point de départ du délai s’apprécie à partir de la connaissance des faits permettant d’agir. Aucun barème ne fixe par avance le montant de l’indemnisation : tout dépend du préjudice démontré, de sa durée et de son intensité, et c’est la qualité du dossier probatoire qui fait la différence entre une indemnisation symbolique et une réparation à la mesure du dommage subi.

Une vieille affaire qui remonte à chaque recherche de votre nom n’est pas une fatalité numérique. Le droit européen et le droit français imposent aux moteurs de recherche de dissocier votre identité des contenus anciens lorsque votre vie privée pèse plus lourd que l’intérêt actuel du public à les retrouver sous votre nom, et la jurisprudence applique cette balance avec une exigence croissante à mesure que les années passent. La méthode gagnante tient en quatre temps : une demande initiale précise et documentée adressée au moteur, une relance puis une plainte devant la CNIL en cas de refus ou de silence, une action rapide devant le juge qui apprécie la situation au jour où il statue, et une demande de réparation du préjudice matériel et moral causé par le maintien des liens. Chaque étape suppose des preuves datées et conservées : captures des résultats, copies des échanges, attestations sur les conséquences professionnelles. Après une décision favorable, restez vigilant pendant plusieurs semaines : vérifiez que les liens ont disparu des versions européennes du moteur, y compris depuis un autre navigateur et un autre appareil, et signalez sans délai toute réindexation du même contenu sous une adresse légèrement différente, en vous appuyant sur la décision obtenue. Le déréférencement obtenu sur le fondement de l’article 51 de la loi Informatique et Libertés et de l’article 17 du règlement européen suit le contenu et non la seule adresse, de sorte qu’une réapparition du même article sous une nouvelle adresse appelle une demande complémentaire immédiate, souvent traitée plus rapidement au vu de l’antériorité du dossier. Constitué tôt, ce dossier transforme une exposition subie en un contentieux maîtrisé, et rend au nom sa fonction première : désigner la personne que vous êtes aujourd’hui, pas l’affaire que vous avez connue hier.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».