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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Découvert bancaire novembre 2026 : ce qui change le 20 novembre et comment réagir si votre banque coupe ou refuse

Le 16 octobre 2026 au matin, les recherches « découvert bancaire » bondissent en France : plus de 2 000 requêtes, une progression de 1 000 %, et des suggestions Google qui donnent le ton, « découvert bancaire novembre 2026 », « découvert bancaire interdit », « découvert bancaire autorisé ». Selon les articles de presse liés à cette tendance par Google Trends, ce regain d’intérêt tient à une échéance précise : à partir du 20 novembre 2026, les banques devront vérifier la solvabilité de leurs clients même pour les petits découverts, et les minimums forfaitaires d’agios seront interdits. D’après Boursorama, la France doit appliquer à cette date la directive européenne du 18 octobre 2023 relative au crédit à la consommation, dite DCC2 ; d’après le Journal du Net, cette transposition, attendue par décret, supprimera des frais qui pénalisent les comptes les plus fragiles. Un quart des Français serait à découvert presque chaque mois, et 41 % le seraient au moins une fois par an pour 229 euros en moyenne, selon les chiffres cités par ces deux publications. Dirigeant de TPE, associé caution ou simple titulaire d’un compte courant, vous devez donc comprendre ce que la banque aura le droit de vous demander, ce qu’elle ne pourra plus vous facturer et comment réagir si elle réduit, refuse ou coupe votre découvert.

I. Découvert bancaire : ce qui change le 20 novembre 2026

A. Votre solvabilité sera vérifiée même pour un petit découvert : que devra contrôler la banque ?

Jusqu’à présent, l’analyse de solvabilité n’était exigée que pour les découverts d’un montant égal ou supérieur à 200 euros ou d’une durée de plus d’un mois. Les petits découverts, inférieurs à 200 euros ou de moins d’un mois, bénéficiaient d’un régime d’octroi plus souple, sans examen systématique de la situation du client, comme le rappelle Boursorama dans son article du 12 octobre 2026. À compter du 20 novembre 2026, ces petits découverts basculeront dans le cadre du crédit à la consommation, et l’obligation d’analyse de solvabilité s’étendra à eux. Le site Service-Public, cité par Boursorama, précise que cette évaluation sera proportionnée à la durée et au montant du découvert, comme c’est déjà le cas pour les découverts égaux ou supérieurs à 200 euros ou d’une durée de plus d’un mois. Concrètement, la banque pourra donc examiner vos revenus et autres ressources, vos actifs et passifs financiers ainsi que vos charges avant de vous accorder ou de renouveler une autorisation, même modeste. Midi Libre résume la même évolution le 15 octobre 2026 : les banques vont éplucher vos comptes avant d’accorder un découvert ou un crédit à la consommation.

Cette bascule repose sur un fondement que le droit en vigueur annonce déjà. L’article L. 312-16 du code de la consommation dispose : « Avant de conclure le contrat de crédit, le prêteur vérifie la solvabilité de l’emprunteur à partir d’un nombre suffisant d’informations, y compris des informations fournies par ce dernier à la demande du prêteur. Le prêteur consulte le fichier prévu à l’article L. 751-1 , dans les conditions prévues par l’arrêté mentionné à l’article L. 751-6 , sauf dans le cas d’une opération mentionnée au 1 de l’article L. 511-6 ou au 1 du I de l’article L. 511-7 du code monétaire et financier . » (article L. 312-16 du code de la consommation). Or cet article est aujourd’hui en vigueur avec abrogation différée au 20 novembre 2026 : c’est la date charnière de la réforme. Autrement dit, le principe de la vérification de solvabilité existe déjà pour le crédit, et c’est son périmètre qui s’élargit aux petits découverts à cette date. Retenez aussi que, pour les découverts inférieurs à 200 euros ou d’une durée de moins d’un mois, la consultation du fichier national des incidents de remboursement des crédits aux particuliers restera facultative pour la banque, toujours selon Boursorama. Ce fichier est celui de l’article L. 751-1 du code de la consommation : « Un fichier national recense les informations sur les incidents de paiement caractérisés liés aux crédits accordés aux personnes physiques pour des besoins non professionnels. Ce fichier est géré par la Banque de France, laquelle est seule habilitée à centraliser ces informations. » (article L. 751-1 du code de la consommation). La banque pourra donc vous interroger sur vos ressources et vos charges, croiser vos relevés et, seulement si elle l’estime utile pour un petit découvert, consulter le fichier des incidents.

Avant de signer, exigez la fiche d’informations. L’article L. 312-12 du code de la consommation prévoit : « Préalablement à la conclusion du contrat de crédit, le prêteur ou l’intermédiaire de crédit fournit à l’emprunteur, sous forme d’une fiche d’informations, sur support papier ou sur un autre support durable, les informations nécessaires à la comparaison de différentes offres et permettant à l’emprunteur, compte tenu de ses préférences, d’appréhender clairement l’étendue de son engagement. » (article L. 312-12 du code de la consommation). Cette fiche doit comporter, en caractères lisibles, la mention de l’article L. 312-5 du même code, elle aussi en vigueur avec abrogation différée au 20 novembre 2026 : « Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager ». (article L. 312-5 du code de la consommation). En pratique, à partir du 20 novembre 2026, un découvert, même petit, devra donc être précédé d’une information comparable à celle d’un crédit classique, et la banque devra garder la trace de son analyse de solvabilité. Si elle vous accorde un découvert sans aucun examen alors que votre dossier montrait des charges manifestement incompatibles avec vos revenus, cette légèreté pourra ensuite être discutée devant le juge, sur le terrain du devoir de mise en garde que la seconde partie de cet article développe. Pour un dirigeant, l’enjeu est double : votre compte personnel et la trésorerie de votre société seront scrutés séparément, et un découvert professionnel consenti sans examen sérieux exposera la banque autant qu’il vous fragilisera.

B. La fin des minimums forfaitaires d’agios : combien votre découvert vous coûtera-t-il vraiment ?

Second changement majeur, directement chiffré : les minimums forfaitaires d’agios disparaîtront le 20 novembre 2026. Le mécanisme est décrit par le Journal du Net dans son article du 15 octobre 2026. Quand un compte passe dans le rouge, la banque facture des agios, calculés selon le montant du découvert, le nombre de jours débiteurs et le taux en vigueur. Ces agios sont plafonnés : 8 euros par opération et 80 euros par mois, rappelle la publication. Mais l’Observatoire des tarifs bancaires relève que, depuis plusieurs années, les banques appliquent des minimums forfaitaires d’intérêts débiteurs sur les petits découverts : lorsque le découvert est trop faible pour générer plusieurs euros d’agios, l’établissement substitue au calcul proportionnel une somme forfaitaire fixe. Cette pratique est aujourd’hui autorisée par l’article R. 314-9 du code de la consommation, qui dispose : « Lorsque le montant des opérations mentionnées aux articles R. 314-7 et R. 314-8 est inférieur à un montant fixé par arrêté du ministre chargé de l’économie et des finances, il peut être perçu pour chaque opération un minimum forfaitaire qui n’est pas pris en compte pour déterminer le taux effectif global ; ce minimum doit être porté à la connaissance de l’emprunteur. » (article R. 314-9 du code de la consommation). L’article est en vigueur avec une abrogation différée qui prend effet à la date de fin du 20 novembre 2026 : après cette date, le minimum forfaitaire n’aura plus de base légale.

L’effet pour votre portefeuille est concret. L’association de consommateurs citée par le Journal du Net évoque le cas d’un client dont le compte est tombé à moins 2 euros pendant une semaine : au lieu d’un centime d’agios résultant du calcul proportionnel, la banque lui a facturé 10 euros de minimum forfaitaire. Selon la même source, ces forfaits varient aujourd’hui de 3 à 12,50 euros selon les établissements. À partir du 20 novembre 2026, un découvert de quelques euros ne pourra donc plus générer une facturation forfaitaire de plusieurs euros : seuls les agios proportionnels, dans la limite des plafonds légaux, resteront possibles. D’après le Journal du Net, c’est la directive européenne du 18 octobre 2023 sur le crédit à la consommation, dont la transposition doit intervenir par décret, qui impose cette suppression afin de ne plus pénaliser les clients les plus précaires. Vérifiez dès maintenant votre convention de compte : le minimum forfaitaire doit y être mentionné puisqu’il doit être porté à votre connaissance, et c’est cette ligne tarifaire qui devra disparaître de vos relevés après le 20 novembre 2026. Si elle subsiste, conservez vos relevés : ils constitueront la preuve la plus simple d’une facturation devenue sans fondement. Pour les comptes professionnels, la convention de compte de dépôt des personnes physiques n’agissant pas pour des besoins professionnels obéit à un formalisme écrit précis : « La gestion d’un compte de dépôt des personnes physiques n’agissant pas pour des besoins professionnels est réglée par une convention écrite, sur support papier ou sur un autre support durable, passée entre le client et son établissement de crédit. » (article L. 312-1-1 du code monétaire et financier). Toute modification tarifaire liée à la réforme devra donc vous être notifiée sur support durable, et un changement appliqué sans information préalable sera contestable.

II. Banque qui refuse, réduit ou coupe votre découvert : vos recours pas à pas

A. Compte personnel : exiger les motifs, saisir le médiateur et invoquer le devoir de mise en garde

Avec l’extension du contrôle de solvabilité, les refus et les réductions d’autorisation vont se multiplier : un client dont les charges absorbent l’essentiel des revenus se verra proposer un découvert moindre, voire aucun découvert. Face à un refus, demandez d’abord à la banque, par écrit, les raisons précises de sa décision et la copie de l’analyse de solvabilité qu’elle a menée. Si la banque a consulté le fichier des incidents de paiement, elle doit vous informer du résultat de cette consultation et des références du fichier, afin que vous puissiez vérifier et, si nécessaire, faire rectifier des données erronées auprès de la Banque de France. Lorsque le refus vous paraît fondé sur une appréciation contestable de vos ressources, par exemple des revenus variables ou saisonniers sous-évalués, adressez une réclamation écrite au service client puis, en l’absence de réponse satisfaisante, saisissez le médiateur bancaire désigné dans votre convention de compte. Le médiateur examine les pièces des deux parties et rend un avis que la banque s’est généralement engagée à suivre. Parallèlement, si vos dettes s’accumulent et que plusieurs mensualités deviennent impayées, vous pouvez déposer un dossier de surendettement auprès de la commission départementale, via la Banque de France : la recevabilité de votre dossier suspendra les poursuites et ouvrira la voie à un réaménagement global de vos dettes, découvert compris.

Le levier juridique le plus solide reste le devoir de mise en garde. La cour d’appel de Nîmes l’a rappelé le 4 juillet 2025, dans un arrêt rendu en matière de crédit : « Le banquier dispensateur de crédit est tenu d’un devoir de mise en garde à l’égard de l’emprunteur non averti à raison de ses capacités financières et des risques de l’endettement né de l’octroi des prêts (Ch mixte, 29 juin 2007, n 05-21.104 et n 06-11.673) » (cour d’appel de Nîmes, 4 juillet 2025, RG 23/01791). La même décision précise les limites de ce devoir : si le crédit est adapté aux capacités financières de l’emprunteur, même non averti, la banque n’est pas tenue de cette obligation, et le caractère excessif du crédit s’apprécie au jour de son octroi. Transposé au découvert, ce raisonnement signifie qu’une banque qui vous laisse utiliser durablement un découvert alors que vos relevés montraient déjà une impasse budgétaire manque à son devoir de vous alerter, tandis qu’un découvert ponctuel et remboursé dans le mois ne caractérise pas, à lui seul, une faute de la banque. Pour agir, constituez dès aujourd’hui votre dossier : convention de compte et avenants, relevés des douze derniers mois, échanges écrits avec votre conseiller, fiche d’informations remise avant l’octroi et calcul détaillé des agios et forfaits facturés. À Paris et en Île-de-France, ce contentieux relève du tribunal judiciaire pour les comptes personnels, et les délais d’audience y sont souvent longs : une réclamation puis une médiation bien documentées règlent la majorité des dossiers sans passer par le juge.

B. Dirigeant et TPE : le préavis de 60 jours avant toute coupure et la nullité de la rupture brutale

Pour votre société, le régime protecteur est celui de l’article L. 313-12 du code monétaire et financier : « Tout concours à durée indéterminée, autre qu’occasionnel, qu’un établissement de crédit ou une société de financement consent à une entreprise, ne peut être réduit ou interrompu que sur notification écrite et à l’expiration d’un délai de préavis fixé lors de l’octroi du concours. Ce délai ne peut, sous peine de nullité de la rupture du concours, être inférieur à soixante jours. » (article L. 313-12 du code monétaire et financier). Le même article ajoute : « Le non-respect de ces dispositions peut entraîner la responsabilité pécuniaire de l’établissement de crédit ou de la société de financement. » Deux exceptions seulement dispensent la banque de ce préavis : le comportement gravement répréhensible du bénéficiaire ou une situation irrémédiablement compromise. Hors ces deux cas, une banque qui coupe du jour au lendemain le découvert de votre société, qui rejette vos paiements et qui vous réclame le solde au comptant commet une rupture nulle, et vous pouvez demander au juge des dommages et intérêts correspondant au préjudice subi pendant les soixante jours de préavis dont vous avez été privé : frais de rejet, perte de marchés, recours en urgence à un financement de substitution plus coûteux.

La Cour de cassation veille strictement au respect de ce préavis. Le 20 septembre 2023, la chambre commerciale a jugé : « La notification par une banque, en application de l’article L. 313-12 du code monétaire et financier, de la résiliation d’un concours à durée indéterminée à l’expiration d’un délai de préavis ne le transforme pas en concours à durée déterminée. » (Cour de cassation, chambre commerciale, 20 septembre 2023, n° 22-15.878). Dans cette affaire, une ouverture de crédit en compte courant de vingt-quatre mois, tacitement reconduite pour une durée indéterminée, avait été résiliée avec le préavis de soixante jours, puis la banque avait prononcé la déchéance du terme pour dépassement du découvert pendant ce préavis : la cour d’appel avait annulé la résiliation et la déchéance du terme et rejeté l’action en paiement dirigée contre la société et ses cautions, et la Cour de cassation a rejeté le pourvoi de la banque. L’enseignement pour un dirigeant est double : pendant le préavis, la banque ne peut pas dégrader vos droits en invoquant une clause du contrat d’origine, et vos cautions, souvent le dirigeant lui-même et son associé, bénéficient du même rejet de l’action en paiement lorsque la rupture est jugée irrégulière. Si votre banque vous notifie une réduction de découvert, vérifiez donc trois points avant tout : la notification est-elle écrite, le délai de soixante jours minimum est-il respecté, et la banque a-t-elle, sur votre demande écrite, communiqué les raisons de sa décision, comme le texte l’y oblige. Le détail de cette contestation, pièce par pièce, est exposé dans notre analyse consacrée à la rupture du découvert de société (banque qui coupe le découvert de votre société sans préavis : contester la rupture et obtenir des délais). À Paris et en Île-de-France, ces litiges professionnels relèvent du tribunal de commerce, et un référé peut être envisagé lorsque la coupure menace la paie des salariés ou le règlement des fournisseurs : demandez alors au juge la poursuite provisoire du concours le temps du préavis.

Un dernier point de vigilance pour les comptes personnels : le découvert sans autorisation, dit découvert tacite, lorsque la banque laisse passer des paiements au-delà du plafond ou sans aucune autorisation. Ce dépassement n’est pas un droit acquis : la banque peut vous mettre en demeure de régulariser sous bref délai, facturer des agios au taux majoré prévu par votre convention et, si le solde débiteur persiste, engager une procédure de recouvrement puis inscrire l’incident au fichier des incidents de paiement. Avec la réforme du 20 novembre 2026, la frontière entre découvert autorisé et dépassement toléré deviendra plus nette, puisque toute autorisation, même petite, supposera une analyse de solvabilité : ne comptez donc plus sur une tolérance tacite et durable de votre conseiller. Si votre compte dérive, demandez vous-même une autorisation écrite d’un montant réaliste, avec son taux et sa durée, plutôt que de subir des rejets et des frais en cascade. Cette demande écrite vous protégera aussi en cas de litige ultérieur sur les agios facturés, car la banque devra justifier chaque frais au regard de la convention signée et des plafonds légaux.

Conclusion

Le 20 novembre 2026 marquera donc un tournant pour tous les titulaires d’un découvert : une vérification de solvabilité proportionnée même pour les petits montants, une information renforcée avant l’octroi et la disparition des minimums forfaitaires d’agios qui faisaient payer plusieurs euros pour quelques euros de rouge. Pour un particulier, le réflexe utile consiste à anticiper le contrôle de la banque en préparant un dossier de revenus et de charges cohérent, à lire la fiche d’informations avant de signer et à conserver chaque relevé pour vérifier la fin des forfaits. Pour un dirigeant, la protection décisive reste le préavis écrit de soixante jours avant toute réduction ou interruption du concours de la société, sanctionné par la nullité de la rupture et la responsabilité pécuniaire de la banque, sous le contrôle exigeant de la Cour de cassation. Dans les deux cas, l’écrit fait la différence : demandez les motifs par écrit, réclamez par écrit, saisissez le médiateur ou le juge avec un dossier complet. Les banques appliqueront la réforme dès cet automne dans leurs procédures internes : les clients qui auront mis leur convention et leurs relevés en ordre avant l’échéance négocieront leur découvert de fin d’année en position de force.

D’ici au 20 novembre 2026, trois démarches simples sécuriseront votre situation. Premièrement, relisez votre convention de compte et repérez la clause de découvert autorisé, son plafond, son taux et sa durée : tout écart entre ce document et vos relevés devra être signalé à la banque avant l’entrée en vigueur des nouvelles règles. Deuxièmement, si vous êtes dirigeant, distinguez nettement vos flux personnels de ceux de la société et évitez les avances croisées entre vos comptes, car la banque examinera chaque risque séparément et une confusion des patrimoines affaiblira votre contestation en cas de coupure. Troisièmement, en cas de refus ou de réduction, écrivez immédiatement pour obtenir les motifs et conservez la réponse : ce courrier conditionnera l’issue d’une médiation comme celle d’un procès. La réforme protégera les clients dont le dossier est transparent et ordonné ; elle pénalisera ceux qui découvriront leurs droits le jour où la banque fermera le robinet.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».